I-II, q. 24, a. l,ad
•2. Jbid.j art. 2, ad 2.
266 l'hypxotis:me fraxc.
pour riiomnie, ne consiste pas seulement à caresser nonchalamment une idée ou à suivre avec indifférence le vol silencieux d'une image. Sa fantaisie peut s'exalter, ses émotions peuvent devenir intenses, sans dépasser les bornes. L'homme qui converse tranquillement en société est dans un état naturel, mais l'artiste qui compose dans le feu de l'inspiration, mais l'orateur dont la voix vibre, dont le regard s'enflamme, dont le geste prend une vivacité et une ampleur inaccoutumées, ne le sont pas moins. Leur état n'est pas l'état ordinaire, normal, mais ce n'est pas un état contre nature. Ainsi, dans rhjpnose, l'imagination et la sensibilité peuvent être excitées, sans franchir pour cela les limites permises.
Sans doute l'hypnose peut être poussée jusqu'à un degré où l'équilibre des fonctions soit entièrement rompu; comme en dehors de l'hypnose, l'exaltation d'un homme peut arriver jusqu'à la folie, et dans ce cas nous aurons un état contre nature : mais, par elle-même, l'hypnose n'impose nullement cet excès, pas plus que l'acte de boire ne comporte nécessairement qu'on boive jusqu'à s'enivrer.
L'hypnose ou la suggestibilité, en soi, n'est donc pas un état contre nature. Si elle n'est pas l'état ordinaire, normal, elle n'est pas davantage un état morbide ^ . C'est gratuitement, et en contredisant l'expérience, que l'on a dit : (( L'hypnose est un cas pathologique, elle est une
1, Bemheim, Preniier- Congres international de V hypnotisme expérimental et th'rapentiqne, p. 277. — ZeitschrI/t /iir ffypnotismust. 1, p. 115.
névrose artificielle ouproToquée '. )^ Au début les apparences autorisaient à le prétendre : aujourd'hui, l'expérience et une étude plus approfondie obligent à penser le contraire.
Mais si l'hypnose n'est que la suggestibilité, et si la suggesbibilité, même développée dans une certaine mesure, n'est qu'une propriété ou le jeu naturel de nos puissances, l'hypnose, en soi, ne présente rien qui soit répréhensible. La raison, par conséquent, ne condamnera personne, pour le seul fait, considéré en lui-même et abstraction faite du but et des circonstances, de vouloir hypnotiser ou être hypnotisj.
Mais, nous devons le reconnaître, il s'en faut beaucoup, avec ce que nous venons de dire, que l'hypnotisme soit justifié , et sa cause gagnée. Admettons que, par cette distinction établie entre l'hypnose et tout ce qui ne la constitue pas essentiellement, il soit établi qu'elle n'est pas intrinsèquement condamnable, il reste à prouver qu'elle ne l'est pas davantage dans les conditions et les rapports qu'elle implique nécessairement. Or c'est là que se trouve la difficulté principale. A quelle condition, en effet, l'hypnotisé est-il apte, comme nous le disions, à objectiver et à réaliser les suggestions qu'on lui donne ? C'est à la condition, de l'aveu de tous, que sa raison