‹ L'hypnotisme francChapitre 156 sur 240 · Saint Thomas, De Veritate, q. xxiv, a · texte numérisé non relu

Saint Thomas, De Veritate, q. xxiv, a

3. S'il avait fait cette remarque, M. Wundt, qui par ailleurs a écrit sur l'hypnotisme des pages pleines de sens et de modération, n'aurait peut-être pas employé la formule si absolue que nous lisons, p. 156 et 157 de son livre : Hypnotisme et Suggestion, Étude critique, traduction A. Keller.

L'on se souvient de la fameuse parole : « L'hypnotisé est entre les mains de son hypnotiseur une proie brute, irreda Irutta », il est à sa merci, il peut lui faire commettre toutes les horreurs et tous les crimes, lui arracher tous les secrets, etc. Un pareil état est contraire à la dignité humaine, il expose à blesser toutes les vertus : la raison et la morale ne peuvent que le condamner d'une façon absolue.

Ici encore il nous faut considérer froidement les faits et les principes.

Je dois d'abord faire observer que cet esclavage de l'hypnotisé n'est pas essentiel à l'hypnose, puisqu'il n'arrive que dans les cas extrêmes, et dans les sujets d'une suggestibilité exceptionnelle. Que dirait-on si, quelqu'un me demandant : « Est-il immoral de boire du Champagne ? )> je répondais : « Boire du Champagne, eu soi, est immoral, puisque, qui boit dix bouteilles de Champagne de suite est sûr de s'enivrer, et blesse la vertu de tempérance ? )j L'on se récrierait aussitôt, en disant que boire du Champagne ne suppose pas le moins du monde qu'on en boive dix bouteilles de suite... Ainsi, quand on parle de l'hypnose, en général, on doit la considérer dans ce qu'elle a d'essentiel, et non pas au maximum d'intensité où elle peut être portée quelquefois. Or, l'hypnose peut fort bien exister, et très souvent existe, sans que le sujet soit de cette sorte à la merci de l'opérateur. Pour ma part, j'ai vu M. Bernheim lui-même, à l'hôpital de Nancy, ne jamais pouvoir, malgré tous ses efforts, déterminer un jeune malade endormi à voler à son voisin je ne sais plus quel petit objet. C'était un apprenti

MOKALITE SPECIFIQUE DE L'HYPXOSE, Hb

serrurier. L'habile docteur lui suggéra d'abord qu'il était à l'atelier et qu'il fallait travailler. Le jeune homme obéit, et si consciencieusement que, de temps en temps, par inexpérience, il se donnait des coups de marteau sur les doigts, ce qui visiblement lui était fort désagréable. Mais quand M. Bernheim voulut lui suggérer le vol, il opposa une résistance que rien ne jDut vaincre. — Une autre fois l'opérateur voulant simplement faire causer une fillette de douze ans et lui ayant dit, sans précaution aucune, parce qu'il ne soupçonnait pa3 une méprise de sa part, qu'il allait lui poser des questions et qu'elle devrait lui répondre ; l'enfant témoigna aussitôt une vive contradiction, commença à s'agiter dans son fauteuil, appela son père, comme dans un cauchemar... si bien que vite il fallut lui dire qu'elle n'aurait point à parler, qu'elle ne serait point inteiTogée, etc., sous peine de la voir tomber dans une crise nerveuse.

L'on pourrait citer par centaines des faits semblables ', mais je ne veux pas m'engager, pour le moment, sur ce terrain. Qu'il me suffise de rappeler, ce qui est notoire, que l'hypnose admet de nombreux degrés, et que tel qui entre facilement en état hypnotique, ne manifeste souvent qu'une aptitude ou docilité fort restreinte à objectiver et à réaliser les suggestions -.

1. V. Delbeuf, L'hypnotisme et la liberté des représentations publiques. Lettre à M. TJiiriar, p. 51 et suiv.

2. (( Certains sujets ne sont pas susceptibles d'être influencés par les suggestions pendant leur sommeil hypnotique. D'autres sujets acceptent les suggestions dans certaines phases du sommeil hypno-

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M. Bernheiina distingué neuf degrés dans l'hypnotisme. Or Yoici tout ce qu'il peut obtenir d'un sujet qui déjà est arrivé au sixième degré :

(c Le sujet présente une certaine docilité ou obéissance automatique plus ou moins grande. Inerte et passif, tant qu'on l'abandonne à lui-même, il se lève par suggestion ; il marche , s'arrête au commandement , reste cloué sur place, quand on lui dit qu'il ne peut plus avancer. Comme dans les degrés précédents, il n'est susceptille ni d'illusions sensorielles, ni d'hallucinations *. »

On le voit, cette assertion, et autres semblables : c( l'hypnotisé, entre les mains de l'hypnotiseur n'est plus qu'une machine », si on la rapproche des faits, se trouve, d'un coup, passablement réduite. Je fais l'observation, par simple égard pour la vérité, car autrement je n'en ai nul besoin, comme on va le voir. Mais pénétrons plus avant, et recherchons si la différence qui existe entre le dormeur ordinaire et l'hypnotisé est aussi grande qu'on pourrait le croire, au point de vue de la dépendance et des influences à subir.

(( Le dormeur spontané n'est en rapport qu'avec luimême ; l'idée dernière qui persiste à son sommeil, les impressions que les nerfs périphériques sensitifs et sensoriels continuent à transmettre au cerveau, les invitations venant des viscères deviennent le point de départ

tique et ne les acceptent pas dans les autres. )> (Pitres, Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotisme, t. II, p. 50(3.) 1. Bernheim, La Sur/gestion, p. '20"k

d'images et d'impressions incohérentes qui constituent le rêve. Ceux qui nient les phénomènes psychiques de l'hvpnotisme ou ne les admettent que sur des tempéraments nerveux malades, ont-ils jamais réfléchi à ce qui se passe dans le sommeil normal, où le cerveau le phis pondéré s'en va à la dérive, où les facultés se dissocient, où les idées les plus bizarres, les conceptions les plus fantastiques s'imposent ? La pauvre raison humaine s'est envolée, l'esprit le plus orgueilleux se laisse halluciner et devient, pendant ce sommeil, le jouet des rêves que l'imagination évoque. Dans le sommeil provoqué, l'idée de celui qui l'a endormi reste présente dans l'esprit de l'hypnotisé, d'où la possibilité à l'endormeur de mettre en jeu cette imagination, de suggérer lui-même des rêves, de diriger lui-même les actes que ne contrôle plus une volonté faible ou absente ^ . »

Oui, tout dormeur — je le montrerai par des exemples décisifs, quand j'exposerai la théorie psychologique de l'hypnose — est, pendant qu'il dort, à la merci des objets qui l'entourent, comme il dépend de l'état de ses organes, des positions même qu'il prend. Suivant la manière dont fonctionnent chez lui le cœur, les poumons, l'estomac, les intestins, le foie, et suivant qu'il s'est endormi sur le côté gauche ou sur le côté droit, il rêvera ou ne rêvera pas, et s'il rêve, ses rêves seront tels ou tels, auront tel ou tel caractère, seront gais, tristes, paisibles, agités; on l'entendra parler, rire, pousser des gémissements, il se dressera en sursaut, se lè-

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