‹ L'hypnotisme francChapitre 164 sur 240 · Quodlib., IX, art. lô · texte numérisé non relu

Quodlib., IX, art. lô

entre les actes humains une grande différence. Quelquesuns, en effet, ont une difformité qui leur est attachée inséparaltement ; ainsi la fornication, l'adultère, et d'autres de ce genre qu'il ne jxnit jamais être lien de faire, quœdam enim sunt qim hahent defmmitatem inseparahiliter anmxanijUt forny.aiio, adidterium, et alia hifjusmodi quce nulle modo hene fieri jiossunt : posséder simultanément plusieurs bénéfices n'appartient pas à cette catégorie ; autrement l'on ne pourrait jamais recevoir de dispense qui y autorise, ce que personne ne soutient. Il est d'autres actions qui de soi sont indifférentes au mal ou au bien, quœ de se indifférentes sunt ad bonum vel malum, comme de relever une paille ou autre chose semblable ; de ce nombre serait posséder plusieurs prébendes, s'il faut en croire quelques-uns. Mais cela est inadmissible. Car, avoir simultanément plusieurs prébendes, cela renferme en soi plusieurs désordres, cum hoc quodest Jtabere jjlures jrrœlendas, j)Jurimas in se inordinationes contineat : ainsi le prébende ne pourra desservir ces églises multiples dont il perçoit les revenus, alors pourtant que ces revenus paraissent avoir été attachés aune église pour l'entretien de ceux qui la desservent effectivement ; ainsi il y aura perte pour le culte divin, puisqu'un seul y sera substitué à plusieurs ; ainsi les fondateurs seront frustrés dans leurs volontés, car ils ont doté les églises afin justement d'assurer un nombre fixe d'hommes qui y servent Dieu; ainsi encore l'inégalité est introduite, par ce fait q^ie l'un a plusieurs bénéfices, et l'autre pas un seul ; et beaucoup d'inconvénients de cette sorte qui apparaissent d'eux-mêmes, et multa atia hujusmodi quœ defacili^}»-

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tent. L'on ne saurait donc ranger parmi les actes indifférents celui de posséder plusieurs bénéfices : beaucoup moins encore pourrait-on le compter parmi les actions qui sont bonnes en soi, comme de donner l'aumône et autres semblables, unde non pofesf contineri inter indifférentes actiones : et multo minus inter eas qwe sunt secundurn se honœ, ut dore éteemosynam, et Tivjusmodi. Mais il y a certaines actions qui considérées d^une façon alsolue portent en ettes-mémes une difformité et un désordre, et cependant sont faites bonnes par quelques circonstances survenantes, snnt vero quœdam actiones quœabsoJute consideratœ dfiformitatem veJ inordinationem quamdam im- [lortant quœ tamen aliquibus circumstantiis advenientihm home efficivntur ; ainsi tuer ou frapper un homme importe en soi une certaine difformité , in se deformitatem quamdam importât; mais si l'on ajoute que c'est un malfaiteur et au nom de la justice que l'on tue, que c'est un coupable et au nom de la discipline que l'on frappe, il n'y aura plus de péché, mais un acte de vertu, non erit l^eccatum, sed virtuosum. C'est au nombre de ces dernières actions, semble-t-il bien, qu'il faut mettre posséder simultanément plusieurs prébendes. Encore en effet qu'un tel acte renferme plusieui*s désordres, cependant d'autres circonstances peuvent survenir lui communiquant une telle bonté que ces désordres tombent à néant, tamen aliœ circumstantiie jwssunt supervenire ita honestantes actum, quodprœdictœ inordinationes totaliter evacuantur : comme si la nécessité des services d'un homme se fait sentir dans plusieurs églises, utputa si sit nécessitas in pturihus ecctesiisejus ohsequio^ s'il peut être plus utile à une église,

même absent, qu'un autre ne le serait, même présent, et autres motifs semblables : et ainsi, ces conditions intervenant, l'intention d'ailleurs étant droite, il n'y aura pas péché, même sans dispense, si l'on considère seulement le droit naturel, non erit peccatum, etiam nuUa clisj)ensatione interveniente, si consideretur fanfum jus naturale. »

On le voit, saint Thomas est formel : il y a, selon lui, une distinction capitale à faire entre les actions qui sont mauvaises en soi, in se, secundum se. Les unes sont si absolument mauvaises que jamais elles ne peuvent devenir bonnes : le saint docteur nomme la fornication et l'adultère ; l'on peut ajouter le mensonge, la calomnie, le sacrilège, la haine de Dieu, le blasphème ; d'autres, bien que mauvaises en soi, ne le sont pas tellement que certaines circonstances ne puissent les rendre honnêtes et légitimes, « circumstaiitiœ Iwnestantes adum », comme la nécessité et des avantages compensateurs manifestes.

Il ne faudrait pas croire du reste que cette doctrine est particulière à saint Thomas et à son Ecole. Duns Scot, enseignant que Dieu ne peut pas dispenser de tous les préceptes de la loi naturelle, mais peut dispenser raison nalleinent, c( rationabile est » de quelques-uns, ce pour assurer un plus grand hiei), p/ ojjfer majus lonum [rroveniens, ou pour prévenir un plus grand m.?i\,j)ropier majus malum vitandum ' », reconnaît par là même que tous les actes défendus ne sont pas à un degré irrémédiablement mauvais ; et Richard de Middletown, lui aussi un

1. In sent., lib. lY, D. xxxiii, q. 3. Hic dicitur, et Ad argumenta.

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maître de l'Ecole Franciscaine S déclare, en se servant des mêmes paroles que saint Thomas, qu'il est des actions telles qu'il n'est jamais bien de les faire, ce in miUo casu ])otest fieri hene », et d'autres qui, quoique défendues en général, deviennent permises en tel cas donné, (( potuit esse casiis et fuit - y>.

Suarez enseigne exactement la même doctrine, quand il traite de la loi naturelle , et affirme à son tour qu'il est telles actions défendues et condamnées en général par le droit de nature qui deviennent licites par le concours de telles ou telles circonstances. Ainsi, pour citer ses propres exemples, la loi naturelle a beau défendre au dépositaire de retenir, contre la volonté du propriétaire, le dépôt qui lui a été confié, il pourra cependant et devra même le retenir, si le dépôt rendu doit compromettre la sûreté de l'Etat : de même, bien qu'elle défende de manquer à sa promesse, de dévoiler un secret, de tuer, il se présente des cas où, de l'aveu de tous, l'on peut et Ton doit tuer, Mve des révélations, ne pas tenir sa parole ^.

Là-dessus les théologiens de toutes les écoles sont d'accord.

Si parfait et rassurant que soit un tel accord, la raison

1. L(i Scolastlque et les Traditions Franciscaines, par le T. R, P. Prosper de Martigné, p. 153.

2. Ricbardus de Mediavilla in IV Sent, D. xxxiii, quœritur de 2» principal!, II,

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