Ibid
ù. Sum. Tlieolog., I. II, q. 15, a. 1.
Contrairement à la thèse du spiritualisme exagéré, en particulier de Malebranche — qui surfait l'imagination jusqu'à la confondre avecrintelligence, et d'autre part en aurait écrit tout le mal qu'on peut en dire s'il n'avait omis de constater qu'il en était lui-même une des plus illustres victimes ' -— notre grand Docteur affirme que l'imagination est une faculté de l'ordre sensible, c( imaginatio esfpofe/ifia sensitivœ partis » : et cela avec raison, puisqu'une puissance qui a j^our objet les êtres matériels concrets et déterminés par l'étendue, et qui de plus nous est commune avec l'animal, comme c'est le cas de l'imagination, ne saurait être qu'une faculté organique -. Il affirme en outre que l'imagination conserve les impressions recueillies par les sens extérieurs, et peut être regardée « comme le trésor des représentations qui nous viennent par eux, « imaginatio quasi thésaurus quidam fonnarum per sensian acceptarum y> '^. Et, de fait, en l'absence de tout objet, l'homme peut revivre, dans une certaine mesure, toutes ses sensations passées : le voyageur revoit les pays qu'il a parcourus, après de longues années ; le musicien entend la mélodie qui l'avait charmé autrefois ; le sensuel, dans ses rêveries, aspire le parfum des fleurs, savoure les mets délicats, palpe les tissus fins et moelleux.
De ce que l'imagination garde ainsi les images des objets que les sens ont perçus, plusieurs philosophes ont