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M. Albert Farges, Le cerveau et la jJensi'e, p

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qu'il possède une âme et un cerveau plus parfaits. Elle se révèle dans tous ces cas où nous percevons des rapports de convenance ou d'opposition entre les objets et nous, quand nous les estimons, d'une appréciation toute pratique, ou nuisibles ou utiles. Et toujours il est aisé de distinguer son jugement de celui de la raison : car celui de la raison est universel et abstrait, celui de l'estimative concret et particulier : alors que la raison peut donner la définition scientifique de ce qu'est un rapport ou une convenance en général, l'estimative ne perçoit et n'apprécie que ce rapport, cette convenance, avec tel objet donné. Elle n'est rien de plus que la faculté des jugements empiriques.

Nous pouvons maintenant comprendre et embrasser dans son ensemble la conception que s'est formée saint Thomas des moyens de connaissance que l'homme possède en sa nature. Il a d'abord ses cinq sens extérieurs, qui lui font percevoir l'existence et les diverses propriétés des êtres matériels placés autour de lui, et aussi les qualités apparentes du corps qui constitue la moitié de sa substance. Il a ensuite un sens interne central ou commun, qui unit et coordonne les perceptions spéciales des sens, nous instruit de leurs opérations, du fonctionnement et de l'état de nos organes. Les sens extérieurs et le sensorium commun exercent leurs opérations seulement quand les objets ou les phénomènes sont présents : l'imagination en conserve les images ou les impressions, et nous les montre encore après qu'ils ont disparu. La mémoire les reconnaît et

détermine leur place sur la ligne du passé. Enfin l'estimative porte ses jugements empiriques sur le convenable, l'utile, le nuisible des choses. Et au-dessus de toutes ces facultés et de leurs organes, contemplant l'idéal et l'immatériel pur, resplendit la raison.

Si abrégées que soient ces notions sur l'existence et la nature des facultés humaines de connaissance, elles suffisent à notre but. Mais je ne saurais me dispenser d'ajouter quelques mots sur nos facultés de tendance.

Saint Thomas n'a pas le moins du monde préludé à Hartmann l'inventeur, plus fou que philosophe, de la '( Philosophie de l'Inconscient yj et de la ce Volonté vide, das ïeere WoUen )>, d'où il faisait sortir tout l'univers ; mais il a cependant accordé à la tendance et à l'effort un grand rôle dans le monde. D'après lui, si toute chose n'est pas l'évolution d'un vouloir, il y a un vouloir en toute chose. Mais il faut l'entendre luimême expliquer sa pensée sur ce sujet, dans une magnifique page que je veux traduire :

^' Tous les êtres tendent vers quelque bien, et ceux qui sont doués de connaissance, et ceux-là même qui en sont dépourvus... Mais l'on peut tendre vers quelque chose de deux manières : en se dirigeant soi-même, comme fait l'homme qui se rend à l'endroit qu'il s'est l'hypxotisme fraxc. 19

fixé ; OU en étant dirigé par un autre, comme la flèche par l'archer. Ces êtres seuls se dirigent eux-mêmes Ters le but, qui le connaissent ; car nul ne peut diriger s'il ne sait où il veut faire parvenir. Quant à ceux qui ne connaissent pas le but, ils peuvent y être conduits par un autre. Et, en réalité, cela arrive de deux façons. Quelquefois ce qui est dirigé vers le but reçoit de l'être qui le dirige une simple impulsion sans nulle forme d'où suivent la tendance et l'inclination comme propriétés : une telle direction est violente ; ainsi la flèche est lancée vers le but. D'autres fois ce qui est dirigé vers une fin reçoit de ce qui le dirige une forme d'où résulte l'inclination elle-même ; et alors cette inclination est naturelle, comme ayant son principe dans la nature : telle l'inclination de la pierre à tomber quand elle est libre... C'est de cette sorte que tous les êtres de la nature sont inclinés vers ce qui leur convient; car ils ont en eux-mêmes le principe de cette tendance, si bien qu'elle leur est naturelle, et qu'ils semblent marcher, plutôt qu'être dirigés, vers ce qui est leur perfection... Mais ce qui tend vers quelque chose sous la direction d'un autre, tend vers le même but que celui qui dirige ; ainsi la flèche tend vers le but même que vise l'archer. Comme donc tous les êtres ont été inclinés vers leurs fins propres, d'une inclination suivant leur nature, par Dieu premier moteur, tous aspirent naturellement vers ce qu'il veut lui-même. Et, parce que l'objet dernier de sa volonté ne peut être que lui, et qu'il est la bonté par essence, il s'ensuit, par nécessité, que tous les êtres tendent naturellement vers le l)ien, et, en con-

séquence, le désirent et le veulent, puisque tendre vers un bien c'est, en quelque façon, le désirer et le vouloir '. »

Tout être tend, par la pente même de sa nature, à ce qui est sa perfection. En le disant, saint Thomas n'invente pas, il constate. Depuis le plus bas degré jusqu'au sommet de l'échelle des êtres, tout s'efforce, tout travaille et lutte pour s'assurer l'existence et l'action. Toute chose veut son bien, par volonté de nature. C'est d'après cette loi universelle que l'œil veut voir, l'oreille entendre, la mémoire se souvenir, l'intelligence comprendre. De soi, chaque nature ne demande qu'à agir : elle n'attend qu'un objet, des circonstances propices, et l'impulsion dont elle peut avoir besoin.

Je ne m'étends pas davantage sur cette belle théorie thomiste de la volonté, ou appétit naturel, ce ajipetitus naturalis >>, qui nous découvre un des ressorts profonds de l'activité des êtres. Tout au plus ferai-je observer qu'il ne faut pas confondre cette volonté naturelle avec l'habitude, par cette raison que, si l'habitude elle aussi incline à agir, elle n'y incline pas comme 1' a appetitus naturalis ». Celui-ci crée simplement le besoin d'action : l'habitude sollicite à agir de telle ou telle façon particulière, à poser telle ou telle espèce d'acte pour lequel elle vous donne de la facilité et de l'attrait, (( faciliter ac delectaliUter » '-. Elle détermine et spécifie ^ le désir naturel d'activité, qu'elle rend en même temps plus intense.

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