‹ L'hypnotisme francChapitre 186 sur 240 · Sum. Theolo;/., I. q. 64, a · texte numérisé non relu

Sum. Theolo;/., I. q. 64, a

ce sont les circonstances où l'on nous trompe de la sorte. Saint Thomas va nous l'apprendre dans un texte qui causera de l'étonnement à plus d'un lecteur, et que je vais traduire : « Ce qui fait que nous ne distinguons pas les images des choses elles-mêmes, c'est que la faculté supérieure, qui a pouvoir de juger et de discerner, se trouve liée, hoc qiiod rerum species vel sbnilitudwcs non discerimntur a reins ipsîs, conUngit ex hoc qiwd vis a.ltior quœjiiMcare et discernere pofesf, ligatur : ainsi nos doigts étant disposés d'une certaine façon, un même objet nous paraît-il double au toucher, si une autre puissance n'y contredit, par exemple la vue, nisl (dm pofenfia contradicat pula visus K Lors donc que des représentations imaginaires surgissent, nous les prenons pour les choses elles-mêmes, à moins que quelque faculté ne s'y oppose, — soit un sens, soit la raison, sic ergo cum offerimtur imaginant similitudines, inhœrehir eis quasi rébus i2)sis, nisi sit aliqua cilia vis quce contradicat, pufa

1. Saint Thomas parle de cette illusion du toucher connue sous le nom d'expérience d'Aristote : (( Si l'on touche une petite boule avec les extrémités de deux doigts croisés l'un sur l'autre, l'index et le médius par exemple, on éprouve la sensation de deux boules. C'est qu'en efiEet, par expérience, nous avons associé les sensations éprouvées normalement par les cotés contigus de deux doigts dans la notion d'un seul objet, et celles qui naissent de l'excitation des côtés opposés des doigts (bord radial de l'index et cubital du médius par exemple), dans la notion de deux objets distincts. L'illusion tactile tient donc à ce que l'excitation porte sur des points de la peau qui n'ont pas coutume d'être excités simultanément par le même objet, et cette illusion est si forte que notre erreur de jugement ne peut être rectifiée que par la vue. )) (Hédon, rncls de physiologie^ p. 472.)

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sensus aut ratio. Mais si la raison est liée et le sens endormi, les images sont prises pour les objets eux-mêmes, si aiitem sit Jifjata ratio fit sfinsiis sopifus^ inhœretur similitndinihus sicut ipsis relus * . »

X'est-il pas curieux d'entendre saint Thomas formuler, six siècles avant M. Taine, la fameuse théorie des sensations antagonistes et réductrices de l'image, dans ce qu'elle a d'essentiel et de ^Tai ? Et avais-je tort de dire que plus d'un de mes lecteurs éprouverait quelque surprise en lisant ces paroles de saint Thomas : cum offeruntur imar/inariœ similitudines, inhœretur eis quasi relms ipsis, xisi coxtradicat sexsus aut ratio, et en les rapprochant de cette assertion, de cette thèse, du célèbre penseur moderne : «. Pour que Timage soit reconnue comme intérieure, il faut qu'elle subisse le contrepoids d'une sensation ; ce contrepoids manquant, elle paraîtra extérieure '-. »

Cette loi, du reste, est rigoureusement vérifiée par les faits, et je pourrais apporter en preuve ceux-là mêmes que raconte M. Taine. Mais j'aime mieux citer une expérience personnelle où on la verra pour ainsi dire en action :

C'était le 7 janvier 1892, — l'observation m'avait tellement intéressé au point de vue psychologique que je la notai le soir même avec sa date, — je m'étais rendu longtemps d'avance à la gare des Brotteaux, à Lyon, pour prendre le train de Genève qui passe à sept heures. En attendant, je fis ce que font probablement beaucoup

1. Qq. Disput. q. De malo, III, a, 3, ad 9 ; et Comment, in. lib. de Somniis, lect. IV.

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