CE QUE L'OX SAIT DU SOMMEIL
Comme cette qualité de l'auteur ne saurait dispenser d'être juste, je dois reconnaître que l'étude est sérieuse, riche d'observations, bien conduite et parfaitement à jour pour tout ce qui concerne la littérature du sujet. Mais le voile qui nous cache la nature du sommeil n'a pas été entièrement levé. M. de Manacéine réfute aisément et par de bonnes raisons la plupart des théories du sommeil que l'on a présentées : théories localisantes, théories chimiques, théories vasomotrices ; puis elle s'applique à prouver que le sommeil, dans son essence, est « le repos de la conscience ^) '. Mais tout en admettant comme établi que l'homme, pendant le sommeil, ne jouit pas de la conscience et de la parfaite possession de soi-même, je ne vois pas et l'auteur ne fait pas voir, comme il le faudrait pour que sa définition fût irréprochable, que la réciproque soit vraie. Aristote disait : « Le sommeil est une suspension de l'activité des sens ; mais toute suspension de l'activité des sens n'est pas le sommeil ; car une telle insensibilité se remarque aussi dans le délire, dans l'asphyxie, dans la syncope » -. Je dirais de même : le sommeil se caractérise par la perte ou le repos de la conscience, mais toute perte ou repos de la conscience n'est pas le sommeil ; et cette définition n'en exprime pas la nature propre et spécifique.
La vérité est que personne jusqu'ici n'a pu encore nous en donner la notion adéquate et précise. Heureusement que nous sommes mieux renseignés sur l'exis-
logie, hygiène, psychologie : traduit du russe par Ernest Jaubert.