Chapitre XII
temps comme gracieux, charmant, désirable à un titre quelconque, la sympathie, l'attrait, la tendance à posséder effectivement l'objet et à en jouir naissent spontanément ; et la faculté n'a point de repos et n'en laisse point aux autres, jusqu'à ce que ses désirs soient satisfaits ; jusqu'à ce que les nerfs moteurs et les muscles qui sont sous sa dépendance, guidés par l'imagination, exécutent les mouvements nécessaires pour atteindre ce qui la charme et donner cours à ses démonstrations de plaisir. Aussi, regardez ce qui se passe dans notre jeune homme : il se voit dans la main un vrai bouquet, sur le doigt un véritable oiseau : comme il aime les roses et les oiseaux, et qu'il a l'habitude de jouir des fleurs en aspirant leur parfum, et des oiseaux en les caressant, vous le voyez élever le bouquet pour Todorer, et passer la main sur l'oiseau, en souriant, pour le caresser.
Ainsi tout s'explique sans peine, l'existence et le fonctionnement de nos diverses facultés étant connus : et, que l'on veuille bien le remarquer, tout s'explique, sans qu'il soit besoin le moins du monde de recourir à une action directe quelconque de la volonté de M. Bernheim sur celle du jeune homme. M. Bernheim n'a pas agi sur la volonté. Il ne le pouvait pas : car nulle créature, si élevée qu'elle soit, « ne peut influencer dirertement la volonté humaine, pas même lui imprimer la plus légère inclination : Dieu seul le peut, parce que seul, comme créateur de la volonté, il a sur elle une action assez profonde pour y produire, ou y changer, telle inclination qu'il lui plaît, non pofesf idla creatura DIRECTE agere in volunfatem ut eam immutet neccssario^
THÉORIE DE L'HYPXOSE. 369
vel QUALITERCUMQUE iiidinet, quod Dcus potest^. » Nulle volonté créée, angélique, diabolique ou humaine, ne peut agir sur une volonté étrangère, sur ma volonté ou sur la vôore, par un autre moyen qu'en lui proposant un objet, qui la sollicitera avec plus ou moins de succès, c'est-à-dire par voie de persuasion : « ... jpofesf exfri/isecus (diquid projw/ie/ido volunta.ti eam ali- QUALITER IXDUCERE, iion tmuen immutarfi-.y> L'hypnotiseur agit sur la volonté de son sujet seulement à la façon de l'intelligence qui, comme le dit si bien saint Thomas, « ne dirige pas la volonté en l'inclinant vers le but, mais en lui montrant où elle doit tendre, non qua s indinans eam in id ad quod tendit^ sed siCUT ostendens ei quo tendere deheat^ ». Ainsi a fait M. Bernheim. En articulant nettement et en répétant à dessein plusieurs fois ces mots : « un bouquet de roses dans votre main — un oiseau sur votre doigt », il s'est attaché à donner du relief et de la couleur aux images : de fait, il a réussi à impressionner l'imagination ; et le reste a suivi, et devait suivre.
La seconde scène à laquelle nous avons assisté n'a plus besoin d'être expliquée après ce que j'ai dit sur la première. — « Voici le tambour... le clairon... un régiment qui passe... Allez voir à la fenêtre. » Le tambour, le clairon, le régiment, sont devenus des réalités, comme tout à l'heure le bouquet et l'oiseau, et pour la même raison. Seulement la sympathie éveillée dans