Chapitre XII
qu'admireront bien sûr nos physiologistes qui traitent de la parole et de l'aphasie, ' dit-il expressément : « Le verbe, ou la parole, quand il s'agit de l'homme, peut signifier proprement trois choses, verhum fri])licifer in nobis])roprie dicitur : en premier lieu, verbe signifie la voix articulée, le mot prononcé par la bouche, verlmm quod ore profertur ; verbe signifie, en second lieu, la pensée que l'esprit conçoit, infelJectu.s conceptum; enfin, en troisième lien, il signifie l'image qui représente le mot à prononcer et d'où il procède, ipsa imaginatio vocis... à quà pirocedit -. » Concluons donc de la prononciation du mot ce que nous avons dit des mouvements en général : la volonté ne fera efî"ort pour le faire prononcer par les organes qu'autant que Timagination en montrera l'image, et que la faculté du jugement aura statué que l'acte de prononcer le mot est opportun et posùhle.
Eevenons maintenant à notre hypnotisé, et voyons s'il remplit les trois conditions indiquées. Pour la première, l'on n'en saurait douter : les paroles de M. Bernheim ont bien fait naître dans son cerveau l'image du mouvement à exécuter, du mot à prononcer. De même, il faut admettre qu'il lui paraît désirable et bon d'accomplir ces actes. Les deux premières conditions sont donc remplies. Mais la troisième ne l'est pas. Notre homme ne voit pas ces actes comme « bien réalisable , bonum actuelle » : au contraire, il les estime impossibles.
1. Grasset, Leçons Je clinique médicale, leçon I : Des diverses variétés cliniques d'aphasie.