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Summa Theolofj., I, q. 34, a

376 LHYPNOTISME FRANC.

M. Bernheim ne lui a-t-il pas dit et répété avec insistance : a vous ne pouvez plus bouger de votre place... vous ne pouvez plus prononcer mon nom... vous ne pouvez plus... cela vous est impossible. » Il le croit, comme il l'eutend. Si sa raison était libre, il redresserait ce jugement ; il se moquerait des affirmations du docteur : mais c'est que justement sa raison est liée et a perdu son pouvoir de contrôle, puisqu'il est en sommeil hypnotique. Sa volonté ne posera donc pa s l'acte requis pour que les organes se mettent à l'œuvre ; tout se bornera donc, chez lui, à de vains et impuissants désirs ; il ne bougera donc point de place et ne prononcera point le nom de M. Bernheim. Le fait se passe exactement comme le demandait la théorie .

M. Bernheim érant sorti de la salle quelques instants, comme il l'avait annoncé, rentre et trouve N... précisé ment à l'endroit où il l'avait laissé. — ce Eh bien, vous n'avez pas bougé, je l'avais bien dit. Essayez tant qu'il vous plaira : vous ne pourrez pas y réussir. » Pendant que M. Bernheim lui parle ainsi, N... regarde autour de lui d'un air distrait et indifférent. — a Mais regardez-moi donc, je suis devant vous... je vous parle... Vous voyez, Messieurs, que je n'existe plus pour lui : je puis lui faire ce que je voudrai, tout sera non avenu. » En disant cela, M. Bernheim saisit N... par les épaules et le secoue vivement; ensuite, il prend une épingle, et lui pique le dessus des mains, le bout des doigts, les narines ; il approche la pointe des yeux grands ouverts ; pinçant la paupière de l'œil gauche entre l'index et le pouce, il la retourne et appuie dessus légèrement l'épin-

THEORIE DE L'HYPXOSE. 377

gle. Pendant tout ce temps N... a montré la même indifférence : il n'a point retiré les mains, point détourné le visage, point fermé les yeux, ni donné un signe d'étonnement ou de douleur. Manifestement, tout ce que nous venons de voir n'est point arrivé pour lui.

Je ne m'attarderai point à montrer que X... a pu très naturellement, dans son état, ne point apercevoir M. Bernheim,etne point sentir ses piqûres ; puisque, d'une part, il est notoire et scientifiquement prouvé que, « chez les somnambules la rétine devient insensible même souvent à la plus vive lumière \ et que, d'autre part, un homme peut, sans qu'il faille invoquer le miracle, être insensible à des coups d'épingle, quand tant d'autres ont été insensibles à des coups d'épée, et que l'on a entendu, par exemple, un soldat crier, après une décharge de l'ennemi: (( rien, tout va bien », alors qu'il venait d'avoir le bras fracassé par un boulet -. Ce qu'il serait intéressant de savoir, et ce que je voudrais pouvoir dire, ce serait l'état ou les états psychologiques auxquels répond cette insensibilité. Malheureusement, les sujets, quand ils ne sont plus en expérience, oublient ce qui leur est arrivé ; puis, s'il est si rare de trouver, même chez les hommes instruits, l'art et l'habitude d'analyser sa propre vie psychique et d'en rendre compte, qu'espérer d'esprits le plus souvent incultes et incapables de toute réflexion tant soit peu subtile et approfondie ? Puisque nous ne pouvons attendi'e de notre malade qu'il nous rapporte ce qui s'est passé en lui, essayons de nous l'expliquer un

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