‹ L'hypnotisme francChapitre 215 sur 240 · ni:PI KNVMMtiX, y · texte numérisé non relu

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Mais ce qui nous importe bien davantage est de savoir comment le Stagirite explique cette présence des images dans les sens, alors que les objets ne sont plus là pour les y imprimer, alors qu'il s'agit d'hommes qui rêvent et dont les sens demeurent fermés par le sommeil. C'est encore dans son traité des Songes que nous trouvons cette théorie, à l'endroit où il s'attache à montrer comment les rêves peuvent produire l'illusion de la réalité et nous font prendre si souvent les apparences des choses pour les choses elles-mêmes. Yoici la traduction du passage :

f( Pendant le sommeil, le sang descendant en plus grande abondance vers le principe (sensorium commun), les images capables d'émouvoir le sens et d'y faire naître la sensation ' descendent avec lui, les unes en acte, les autres en puissance : et ces images sont ainsi disposées, quand elles se concentrent, que l'une surnage audessus des autres, et que la première venant à disparaître, une autre prendra sa place ; si bien qu'elles font penser à nos grenouilles artificielles qui montent tour à tour à la surface de l'eau, quand le sel qui les enveloppe est fondu-. Ainsi elles ne sont d'abord qu'en puissance;

1. Je traduis par une périphrase le mot •/.■/;/, tîi;. parce que le mot français correspondant. « mouvement », serait ici inintelligible.

2. (( A ces grenouilles factices. Michel d'Ephèse et, après lui, les autres commentateurs expliquent ceci : d'ordinaire on avait, dans cette petite expérience a-sez ingénieuse, cinq grenouilles de bois enduites de sel, qu'on déposait successivement dans Teau (en les superposant) : quand le sel était fondu, elles remontaient à la surface dans l'ordre inverse où on les avait fait descendre au fond. » Note de M. Barthélémy Saint-Hilaire, Psychologie d'Aristote, Opuscules, p. 199.

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mais dès que l'obstacle qui les arrêtait a disparu, elles se répandent dans le peu de sang resté aux organes et deviennent actives, à la façon des nuages qui, dans leurs changements rapides, nous représentent tantôt des hommes et tantôt des centaures. Toutes ces images, nous l'avons remarque, ne sont que les traces des choses que nous avons auparavant perçues par nos sens, et dont il est vrai de dire, par exemple, que cela ressemble à Coriscos, mais non pas que cela est Coriscos. Et, de fait, la faculté supérieure qui juge en nous, prononçait bien, à l'état de veille, que ce n'est pas là Coriscos, mais ce par quoi Ton connaît le vrai Coriscos. Quand on dort, au contraire, le jugement se trouvant empêché par l'afflux du sang, et nos organes ébranlés comme lorsque les choses sont présentes, les apparences des objets nous paraissent être les objets eux-mêmes; et telle est la puissance du sommeil, que nous n'apercevons pas notre erreur '. »

Saint Thomas, dans son commentaire De Somniis^ reproduit, presque dans les mêmes termes, ces idées d'Aristote ; mais Albert le Grand les développe et leur donne ainsi la clarté et la précision désirables. En rapprochant divers passages de son écrit De Somno et VigUia nous aurons la théorie aristotélicienne complète.

Il faut avant tout connaître la genèse des images dans nos sens intérieurs. « Quand les objets matériels exercent leur action sur notre sensibilité externe, l'impression qu'ils produisent dans nos organes ne dispa-

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