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Le Corps et l'Esprit, -p

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referme sur lai, et, selon le mot populaire mais si juste, elle reçoit elle-même un coup de sang au pied ; une mère voit, par l'imagination, le cou de son fils tranché par le rideau métallique d'une cheminée, et un cercle érythémateux et saillant se forme autour de son cou à ellemême ; un homme voit, en imagination, qu'un spectre le saisit par le pied, et la rougeur, le gonflement, la suppuration, suivent ; un autre voit, par l'imagination, toute l'horreur d'une opération à subir, et un liquide séreux coule abondamment de tout son corps ; un autre enfin, toujours par l'imagination, ressent toutes les affres du naufrage et de la mort, et il sue une sueur de sang. Quelle est la conclusion qui s'impose, et que tous ces faits démontrent ? La conclusion qui s'impose, c'est que V imagination vivement frappée a le pouvoir de projeter le sang sur un point donné du corps avec une telle violence et d'impressionner de telle manière les divers tissus de la périphérie, qu'il en résulte une rupture des vaisseaux capillaires, des boursouflures et de l'inflammation, de la suppuration, un écoulement de sérosités, une transpiration sanguinolente, parfois subitement, à l'improviste. Pouvons-nous encore, après cela, soutenir raisonnablement que les phénomènes présentés par Élisa F... ou par Louis V... exigent l'intervention d'un agent l^réternaturel ? Ces phénomènes sont les mêmes exactement que les observations rapportées nous ont mis sous les yeux. Dira-t-on que l'imagination des deux sujets n'était pas surexcitée ? Mais nous savons au contraire, par un récit authentique, que l'on avait déployé la plus gi'ande mise en scène pour la frapper aussi vivement que

possible ; mais nous savons que les deux sujets avaient été dès longtemps entraînés par des manœuvres hypnotiques répétées : nous savons enfin que tous les deux étaient hystériques, à un degré exceptionnel. L'on ne saurait donc prétendre que leur imagination n'avait pas été vivement frappée et surexcitée. Et dès lors, exsudations et hémorragies ne nous offrent plus rien que de naturel, et la loi du raisonnement scientifique, qui prescrit d'expliquer toujours les phénomènes par leur cause minima suffisante, nous interdit d'affirmer qu'il y ait eu autre chose.

Mais peut-être que plusieurs de mes lecteurs, tout en admettant que les faits sont avérés et la conclusion qu'on en tire légitime, penseront que Ton n'avait jamais reconnu jusqu'ici à l'imagination une aussi grande puissance ; et que la doctrine qui vient d'être exposée, puisqu'elle est vraie, constitue bien un progrès, mais ne laisse pas en même temps d'être une nouveauté. Je veux, par quelques citations peu nombreuses, mais prises aux bons endroits, éclairer brièvement leur doute sur ce sujet.

Commençons par saint Thomas, dont je ne vais rapporter que trois petits passages. Yoici le premier : « A l'imagination, si elle est forte, le corps obéit naturelhment en plusieurs choses, imcigiiiationi si fuerit fortis, NATURALITER oJjpdU corpus quaiifum ad aliqua : par exemple, dans le mouvement qui fait tomber quelqu'un d'une poutre élevée en l'air ; car l'imagination est, de nature, le principe du mouvement local, comme

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il est dit au livre III De VAmej texte 48 et suiv. ; par exemple encore, dans les altérations ' organiques qui se font par la chaleur et par le froid et ce qui s'ensuit, simiUtcr etiam qua/ihwi ad alterationem qwB est secimdîim calorem et frigus, et alin consequentia. C'est qu'en effet, de l'imagination naissent les passions de l'âme qui ont leur retentissement dans le cœur, secundum quas movetur cor : d'où il résulte, par l'agitation des esprits, que tout le corps est altéré, et sic, per commotionem sjiirituum totum corpus (dteratur ^ ».

Les physiologistes de profession auront tout de suite remarqué la portée, presque effrayante, de ces mots du saint Docteur ce : le corps obéit à l'imagination pour les altérations organiques qui se iontpar ta clialeur et par te froid et ce qui s'ensuit y> ; mais ces termes sont généraux, et nous pourrions attribuer aux paroles de saint Thomas une portée qu'il n'y a pas attachée lui-même. Il nous faut quelque texte qui précise. En voici un.

Il est tiré du chapitre de la Somme philosophique qui a pour titre : (( Que Dieu peut opérer en dehors de l'ordre établi dans les choses, en produisant des effets sans leurs causes propres. » Je traduis :

c( La création tout entière est plus soumise à Dieu que le corps de l'homme ne Test à son âme ; car Tâme est proportionnée au corps, puisqu'elle en est la forme, et Dieu dépasse, sans proportion, toute créature. Or,

1. V. le Commentaire de saiut Thomas 5 i<r /es Sentences : III, 15, 2, 1, 1, c.

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