Summa contr. Gentil, lib. III, cap. xcix
410 LHTPXOTISME FRANC
Car l'action de Dieu sur toute la nature est comparable à l'action de l'âme sur le corps. Or le corps peut être modifié et changé en dehors des agents physiques, principal enunt par une imagination fixe, en suite de laquelle le corps s'échaufte soit par les désirs, soit par la colère, ou même est altéré jusqu'à la fièvre et a LA LÈPRE, corpus aiifem fransmufafur prœfer orâinem principiorum naturalium, prœci'pue per aliquam imaginai ionem fixam, ex qua corpus cahfacit per concupiscentia.m vel iram, aut etiam immutatur ad febre^i vel
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Nous voilà maintenant renseignés sur la puissance que reconnaît saint Thomas à l'imagination.
(c Une imagination fixe » peut, d'après lui, non seulement donner la fièwe, mais la lèpre. Lisez, si vous en avez le courage, une description de la lèpre dans n'importe quel livre de médecine : — « La lèpre est une maladie squameuse, etc. » — et dites ensuite si nous allons plus loin que saint Thomas en attribuant à la redoutable fantaisie le pouvoir de produire ce sur la peau » des exsudations et des gouttelettes de sang.
Cette pensée de saint Thomas, qu'il a si souvent et si nettement formulée, nous est une garantie suffisante
1. Questiones dkputatœ, De potentia, q. VI, a. 9. Saint Thomas exprime la même idée en de nombreux endroits de ses œuvres ; et en quelques-uns il ajoute : ce Comme l'enseignait Avicenne. » L'on a exploité habilement ces paroles, et l'on a dit, en fermant complaisamment les yeux sur le contexte : (( Yous le voyez, saint Thomas ne parle pas ici en son nom, mais au nom d' Avicenne. » Le passage que je viens de citer coupe court à cette exégèse.
que les théologiens de l'École dominicaine et thomiste ne sont pas éloignés de ce sentiment. Mais ce pom-rait être un sentiment particulier à cette Ecole.
Qu'a pensé là-dessus Suarez ?
L'illustre théologien nous fait connaître son opinion dans son traité de l'Incarnation, à l'endroit où il parle de l'agonie du Sauveur au Jardin des Oliviers, et de la sueur de sang <.c coulant jusqu'à terre » ^ qu'y versa Jésus. Quelle idée faut-il se faire de cette sueur de sang ? Devons-nous la considérer comme miraculeuse en ellemême, ou, au contraire, comme un phénomène naturel en soi, résultant de la mystérieuse et insondable tristesse qui avait saisi l'âme du Christ ?
« Je dis, répond Suarez, que, sans miracle spécial, le Christ Jésus sua le sang, par la violence de la tristesse et de l'agonie qu'il souffrit dans sa prière. JDico, Christus Dominus, alsque speciali miraculo, sanguinem sndavit, ex viinternœ afflictwim et agonke, quam in iïïa oratione jjassus est -. » Il le prouve par une première raison théologique, et poursuit : <-< En second lieu, cela peut s'expliquer, comme le fait Cajetan, par une raison naturelle et physique, natumli et pliysica ratione. Car, de même qu'une grande émotion produit violemment la sueur, ainsi une émotion intense si les sources de la sueur sont taries, peut faire sortir le sang, ita si vehemens sitpassio, et deftcicit sudoris materia, fieri potest ut sanfjuinem exj)eUat... Le corps du Christ était affaibli