D'tssertat'iones In Vêtus et Novum Tedamentum, Y
2. Dom Calmet, comme il nous l'apprend lui-même avec une parfaite modestie, à la fin de sa dissertation, avait rédigé cette étude en collaboration avec Alliot de Mussey, docteur en médecine de la Faculté de Paris, qui lui avait fourni les plus précieux rensei ornements.
l'enseignement traditionnel et commua des grands théologiens. Je pourrais m'en tenir là, et considérer comme faite la preuve que j'avais promise. ^lais je n'aurai garde de négliger un document qui reste encore en ma faveur, et plus péremptoire que tout ce que j'ai produit.
Chacun sait ce que fut Benoit XIY, non seulement comme pape mais comme théologien, et de quelle autorité jouissent toujours dans l'Église ses opinions en matière de doctrine. Eh bieni Benoît XIV, dans son livi'e ce De la béatification des serviteurs de Dieu et de la canonisation des Bienheureux )>, l'un de ses ouvrages les plus célèbres, et qui demeure encore aujourd'hui la règle des Congrégations romaines dans leurs travaux et dans leurs décisions , consacre d'une façon éclatante par son suffrage les vues que je défends ici. Qu'on en juge.
Dans un chapitre de l'ouvrage cité tout à l'heure et intitulé : Des sueurs et des larmes de sanrj qui coulent parfois du corps et des ycur, des serviteurs de Dieu, le grand pape théologien, mentionnant l'étude de Dom Calmet que nous connaissons, écrit : « Si quelqu'un veut connaître des exemples de sueurs de sang, et de larmes de sang, ayant coulé sans miracle aucun, dira ullum miracuJump'ofluentium, il peut lire cette dissertation d'une érudition vraie, dissertationem plane eru-
ditam D'autres faits sont aussi rapportés par Marcel
Donat et Réjès, \^%(i\^<^?> dhmatrent imrfaitement (^^ ^^^ larmes et des sueurs de sang ont coulé naturellement, non seulement quand il y a eu maladie du corps, mais simplement par tristesse et peine d'esprit, QU^ per- FECTE DEMOXSTRANT^ iioii soliuii ex iiifirmitate corporis,
41 G L'HYPXOTISME FRANC
sed etiam ex mœstitia, (mimique dolore ncduraliter lacri/mas, su.doremqufi srnifjiàneum mariasse ' ».
Ces faits dûmeut constatés et admis, Benoît XIV tire la conclusion qui s'en dégage par rapport à la sueur du sang du Christ, et Toici en quels termes : « Puis donc que des sueurs de sang et des larmes de sang ont pu naiureUemenf ^ en certains hommes, résulter de certains états d'âme violents, qumiadmodum xaturaliter in aïiis hominihus veliementl imssione modo humxnio affectis pofuit nahiraliter siidor sanijuineus a corjwre^ j)oiuerunt lacrymœ sangvinecB al ocidis emanarc, le Christ Jésus, sous le poids de l'affliction, a bien pu, sans miracle, verser des gouttes de sang coulant jusqu'à terre. »
Comme on le voit, la pensée du Pontife est aussi nette ciue possible, et l'expression en est si claire qu'elle ne nous laisse rien à désirer. Il ajoute pourtant une phrase que je suis heureux de mettre sous le regard de nos lecteurs, — de ceux qui croient comme de ceux qui ne croient pas, — et dont chacun comprendra toute la portée. Yoici cette phrase, qui suit immédiatement les paroles que je viens de citer :
ce Les choses étant telles, il s'ensuit que, si quelquefois dans l'examen des actes des Serviteurs de Dieu ou des Bienheureux, des faits semblables se présentent, ils doivent être écartés de la classe des miracles, ex hoc efficitur ut, si aliquando in evoïrendi.^ r/rfis ServO'
1. De servonon Dci heatijîcatione et Beaiorum canonizatloiw. lib. IV, part. I, cap. xxvi, 7.
mm Dei, sive Beatorum, similia occurrant^ h^ec a
CLASSE MIRACULORUM ARCEXDA SUXT ^ ))
Je n'ai vu nulle part que, jusqu'ici, un hypnotiseur ait fait couler, cm sens matériel du mot, des larmes de sang à l'un de ses sujets, et je veux espérer que l'humanité, à défaut d'autres sentiments, empêchera toujours qu'on arrive jusqu'à un tel abus ; mais le fait se produirait-il que, suivant Benoît XIV, il ne nous obhgerait pas, considéré en lui-même, à invoquer une cause préternaturelle, et autre que l'imagination.
Avec cela, je crois que la puissance de cette faculté est suffisamment établie ; voyons maintenant s'il sera possible de nous rendre quelque peu raison qu'une faculté de connaissance, comme est l'imagination, puisse influencer de la sorte notre organisme, notre corps.
Vouloir expliquer, dans le détail, comment notre intelligence et notre imagination exercent cette influence mystérieuse, je l'ai dit, il n'y faut pas prétendre dans l'état actuel de la science humaine. Cependant l'on aurait tort de conclure de là que, sur cette question, nous soyons absolument sans lumière.
La lumière, ici, nous vient de deux côtés : de l'ancienne philosophie scolastique, et de la physiologie contemporaine. Disons d'abord en quoi la philosophie nous éclaire.
Elle le fait par sa doctrine de ce l'âme raisonnable forme substantielle du corps humain ». J'ai exposé ail-
1. De servorum Bel heatifcatlone et Beatorum canonizationey lib. lY, part. I, cap. xxvi, 7.
leurs ' cette théorie avec les développements qu'elle comporte, et prouvé sur quels fondements solides elle repose. Je ne puis faire ici qu'en reproduire la formule. La voici. Dans l'homme , qui est uu composé de corps et d'esprit, l'esprit et le corps ne forment pas deux êtres, subsistant l'un à côté de l'autre, et unis d'une façon plus ou moins étroite, mais seulement accidentelle : bien loin de là, l'esprit, dans l'homme, pénètre le principe matériel d'une façon si intime, le saisit à un état de réalité si indéterminée et si rudimentaire, qu'en se com muniquant à lui elle l'achève et le constitue comme être actuel d'abord, ensuite comme être corporel, être vivant, être sentant, selon le mot de saint Thomas : « wia enim et eadem forma est per quam homo est eus adu, efper qicam est corpus j el2)er quam est vivum, et per quam estanwuil, et per quam est homo -. ^) Les deux principes, matériel et spirituel, sont donc unis de manière à ne former qu'une seule substance, qu'une seule nature, subsistant d'une même subsistance, existant d'une existence unique; l'âme étant dans la matière avec son riche apport d'actualités, la pénétrant mais ne s'y emprisonnant pas, mais émergeant au-dessus d'elle, mais la dépassant et la dominant par lïntelligence, comme la flamme dépasse et domine le flambeau.
De cette doctrine, Albert le Grand tire la conclusion importante que voici : « Si l'àme, une dans sa substance, quoique multiple dans ses puissances, est par elle-même
1. L'àme îiumaine, exUtence et hû^jui', chapitre v, L'iinioa de rdme et du corps.