‹ L'hypnotisme francChapitre 4 sur 240 · Cullère, p · texte numérisé non relu

Cullère, p

3. Comme les miroirs à alouettes ne sont pas les plus connus, nos lecteurs seront peut-être heureux de lire la description suivante qu'en a donnée !M. le D' Foveau de Courmelles : ce Ce sont des mii-oirs à facettes, tournant automatiquement, grâce à un mouvement d'horlogerie. Ces miroirs, formés de morceaux de bois prismatiques, renferment enchâssés des fragments de glace ; ils sont généralement doubles et disposés en croix. Ils servent aux chasseurs à attirer les alouettes, par un beau soleil, dont ils réfléchissent les rayons dans tous les sens et vers tous les points de l'horizon. )^ L'Iiypiiotisme, p. 52.

chez ces oiseaux, je me suis demandé si, par analogie, ces mêmes instruments ne seraient pas aptes à produire chez l'homme, du moins chez certains sujets névrotiques, prédisposés, des actions similaires, et à développer ainsi, mécaniquement, leurs aptitudes latentes à l'hypnotisation '. » L'expérience réussit à souhait.

(( Une fois le sujet placé devant un de ces appareils en mouvement, l'appareil étant lui-même disposé de manière à réfléchir convenablement la lumière, une fois, dis-je, qu'on lui a dit de fixer le miroir, la fatigue arrive vite, et, en général, au bout de cinq à six minutes, quelquefois même d'une façon instantanée, on le voit fermer les yeux et s'endormir 2. »

Un des grands avantages de ce miroir que fait bien ressortir M. Luys, c'est ce qu'on peut grouper trois ou quatre sujets autour d'un appareil en rotation et les endormir tous en même temps : et c'est là un point utile à connaître pour l'étude des phénomènes hypnotiques, que l'on peut suivre ainsi simultanément sur plusieurs sujets à la fois ^. y>

Dans certains cas, au lieu d'impressionner la vue d'une façon douce et prolongée, on peut déterminer sur ce sens une impression brusque et intense et provoquer soudainement l'hypnose. « Chacun sait que l'éclair produit parfois une catalepsie spontanée chez certains individus. Le même efi'et peut être artificiellement provoqué en envoyant subitement sur le visage du su-

1. D'^ Luys, Les émotions dans l'état d* hypnotisme, "ç. 13. •2. Id.Ibid.

G l'hypxoïis:me franc.

jet un jet de lumière électrique ou oxhydrique, ou encore à l'aide de ce qu'on appelle la lampe à magnésium, instrument qui permet de régler et de projeter dans une direction voulue l'éclat aveuglant de cette substance ^ » Il ne faudrait pas croire, du reste, que l'objet à fixer doive nécessairement être brillant. Il suffit que les yeux convergent vers un point donné. Ainsi on peut endormir en faisant regarder le bout du doigt. Le docteur Bouchut rapporte qu'une petite fille présentait les phénomènes de l'hypnotisme au complet quand elle faisait des boutonnières, à cause de la fixité du regard et de l'attention que nécessitait chez elle ce genre de travail. Enfin, il est arrivé fréquemment à des femmes hystériques de tomber en catalepsie quand elles se regardaient pendant quelques minutes dans une glace.

Il existe bien des manières, comme on le voit, de provoquer le sommeil, en agissant sur le regard ; mais on le provoque également en agissant sur l'ouïe.

Une impression auditive faible et monotone, suffisamment prolongée, détermine facilement l'hypnose. M. Heidenhein, en Allemagne, emploie volontiers ce moyen. Un jour trois étudiants le prient de les endormir. Le maître y consent. Il les fait asseoir autour d'une table, met au milieu de la table sa montre, et leur dit d'en écouter tranquillement le tic-tac. Cinq minutes ne s'étaient pas écoulées que nos trois jeunes gens dormaient.

1. D"" Paul Marin, Llnjpnotisme théorique et pratique, p. 75. — Charcût, Œuvres complètes, t. IX, p. 254.

COI^niEXT OX HYPNOTISE. 7

M. Pitres, l'intéressant professeur et doyen de la Faculté de médecine de Bordeaux, nous fait assister à une opération semblable dans une des salles de l'hôpital Saint-André :

« Jeanne étant assise sur une chaise, je place ma montre au voisinage de son oreille, en la priant d'en écouter attentivement le tic-tac. Dix secondes après, vous la voyez faire une large inspiration. Elle est endormie, car ses membres soulevés conservent l'attitude qu'on leur donne, mais ses yeux sont encore largement ouverts. Attendons encore quelques secondes : voilà que ses paupières s'abaissent, les membres restant toujours dans les positions que nous leur avons données. Ne retirons pas encore la montre, et regardons bien ce qui va se passer. Tout à coup les membres se relâchent, la malade s'affaisse sur elle-même, glisse de sa chaise et s'étend sur le plancher comme une masse inerte ' . »

Mais des excitations sensorielles intenses et subites produisent le sommeil nerveux tout aussi bien que des excitations légères et continues. Le bruit soudain d'un gong, le son d'un grand diapason fait tomber instantanément en catalepsie une malade assise sur la caisse de l'instrument -. Tout le monde connaît l'histoire de la malade de MM. Bourneville et Regnard : elle jouait avec un tam-tam qui se trouvait au laboratoire. Tout à coup le tam-tam lui échappe et tombe, et la voilà qui demeure en catalepsie. C'est en ne l'entendant plus remuer qu'un des assistants alla la chercher et la trouva

1. Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotisme, t. II, p, 88.

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