‹ L'hypnotisme francChapitre 5 sur 240 · Cbarcot, ouvrage cité, p · texte numérisé non relu

Cbarcot, ouvrage cité, p

immobile, fixe et dormant. Très connue aussi et très amusante l'aventure de cette hystérique de la Salpêtrière, qu'on soupçonnait de voler les photographies du laboratoire de M. P. Richer. Elle s'en défendait avec indignation. Mais, un matin, le docteur revenant de faire des expériences sur d'autres malades, aperçoit la voleuse la main dans le tiroir aux photographies. Il s'approche, elle ne bouge pas. Le bruit d'un gong percuté dans la salle voisine l'avait frappée de catalepsie au moment même où elle commettait son larcin.

On peut donc faire entrer le sommeil par l'ouïe tout aussi bien que par les yeux. Nous allons voir qu'il peut avoir également accès par le sens du toucher.

Les excitations légères et répétées de la peau comme celles que produisent de petites chiquenaudes ou un simple frôlement, une faible compression des globes oculaires, la friction douce des paupières, la compression des opercules des oreilles, le passage d'un petit courant électrique, l'application d'un aimant, peuvent, chez beaucoup de sujets, donner lieu au sommeil hypnotique. M. de Jong (de la Haye) raconte qu'un homme qu'il avait essayé d'endormir à plusieurs reprises et par plusieurs méthodes, sans aucun résultat, fut mis, après quelques minutes, en état cataleptique par la friction d'un certain point du crâne ^ M. de Jong avait peutêtre rencontré dans son patient une zone liypnogène : et cette particularité m'amène à parler de la découverte,

1. Compte rendu du premier Congrès deVhypnotisme. Paris, 1890, p. 192.

OU, si l'on aime mieux, de la théorie récente fort curieuse de ces sortes de zones.

MM. Charcot, P. Richer, Dumontpallier les avaient déjà signalées, mais c'est M. le professeur Pitres qui a étudié avec le plus de soin et de méthode cette intéressante question, dans son grand ouvrage sur Vhystérie et Vhijpiotisme; et c'est à lui que j'emprunterai les détails qui vont suivre :

« Je désigne sous le nom générique de zones hypnogènes, dit le savant professeur, des régions circonscrites du corps dont la pression a pour effet soit de provoquer instantanément le sommeil hypnotique, soit de modifier les phases du sommeil artificiel, soit de ramener brusquement à l'état de veille les sujets préalablement hypnotisés ' . »

De cette définition, il ne faut retenir que ces deux points : les zones hypnogènes, sous une pression convenable, ont pour effet de provoquer instantanément le sommeil hypnotique, ou de le modifier. Car, d'attribuer aux zones hypnogènes, comme le fait la définition, la propriété, toujours sous la pression vodue, de ramener brusquement à l'état de veille les sujets préalablement hypnotisés, c'est manifestement confondre les zones lujjmogènes avec les zones hyjmofrénatrkes dont M. Pitres, d'ailleurs, admet et établit fort bien l'existence.

Les zones hypnogènes peuvent se rencontrer presque sur tous les points du corps, aussi bien sur les membres

]. T. IL p. 98.

que sur le tronc et la tête. Leur nombre est très variable d'un sujet à l'autre. Sur certaines personnes on n'en trouve que quatre ou cinq, sur d'autres on en compte un nombre considérable, vingt, trente, cinquante et plus encore. Elles font parfois défaut chez des hystériques même facilement hypnotisables.

La peau qui recouvre les zones hypnogènes ne présente extérieurement aucun caractère qui la signale à l'attention du médecin. Elle a même coloration, même température que les parties voisines des téguments, et n'est habituellement le siège d'aucun trouble trophique. Aussi, pour trouver les zones hypnogènes, faut-il en faire la recherche en explorant attentivement les différents points du corps. C'est vraisemblablement à cause de cette absence de signes révélateurs, remarque M. Pitres, que les zones hypnogènes ont échappé jusqu'à présent à l'attention de la plupart des observateurs qui ont attaché leur nom à l'étude scientifique de l'hystérie et des phénomènes hypnotiques chez les hystériques.

Souvent, non pas toujours, les zones sont répandues symétriquement sur les deux côtés du corps. Chez les malades qui sont hémianesthésiques, on les rencontre indifféremment du côté hémianesthésié et du côté qui a gardé sa sensibilité normale. Leur étendue est habituellement très limitée. Dans la plupart des cas, elles mesurent de un à quatre ou cinq centimètres de diamètre. Quelquefois, mais rarement, leur surface est beaucoup plus large et peut être évaluée à deux ou trois décimètres carrés.

Maintenant que nous sommes renseignés sur l'exis-

tence des zones et les particularités les plus saillantes qu'elles présentent à l'observateur, nous allons apprendre de M. Pitres comment on peut mettre en action leur vertu hypnotique.

ce La pression brusque est le mode d'excitation le plus souvent efficace des zones hypnogènes. Dans un bon nombre de cas, des excitations tout à fait superficielles de la peau qui les recouvre suffisent à mettre en jeu leur excitabilité. Le frôlement léger avec un corps étranger résistant ou non (avec un pinceau à aquarelle, par exemple, ou avec un fragment de papier roulé), l'insufflation simple, le contact de quelques gouttes d'eau chaude ou froide, le rayonnement d'uii objet à température élevée, la pulvérisation de quelques gouttes d'éther, le passage d'une secousse électrique, peuvent dans ces cas, provoquer ou modifier... le sommeil hypnotique. Mais toutes les zones hypnogènes ne répondent pas à des excitations aussi superficielles, et pour être certain qu'une région déterminée du corps est ou n'est pas hypnogène, il convient d'en faire l'exploration méthodique en exerçant sur elle une compression assez forte.

ce Lorsque cette compression est pratiquée sur les zones elles-mêmes, elle provoque instantanément les effets spécifiques qui caractérisent les zones hypnogènes. Pratiquée en dehors des zones, elle ne détermine aucun de ces effets : elle peut donner lieu à une douleur plus ou moins vive, mais elle n'endort pas ^ )>

Yoilà certes une méthode expéditive, et pas compli-

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