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quée, d'endormir les gens : une fois trouvée la zone, vous pressez du bout du doigt le centimètre carré de peau qui jouit du merveilleux privilège, et le sommeil se produit aussi infailliblement, aussi instantanément que le bruit de la sonnette électrique quand vous poussez le bouton.
Mais j'en ai dit assez sur les diverses manières dont le tact peut être utilisé pour déterminer le sommeil. Ne mentionnons que pour mémoire les tentatives de MM. Binet et Féré' pour endormir en agissant sur le goût et l'odorat ; et après avoir parlé comme nous venons de le faire des procédés hypnotiques exclusivement physiques, arrivons à cette autre méthode d'endormir où Ton emploie le concours de l'activité psychique.
Il était bien naturel, en effet, de se demander si Tâme et ses diverses facultés ne pourraient pas aider en quelque chose à la production du sommeil. Il est malheureusement trop sûr que ne dort pas qui veut : pourtant chacun a l'expérience que la volonté n'est pas sans influence sur le sommeil, que tel état mental y est favorable, tel autre réfractaire ; et c'est pourquoi l'idée est venue de faire appel à l'esprit pour amener plus vite et plus sûrement l'hypnose.
James Braid, le fameux médecin de Manchester, a
1. Binet etFéré, Le tnar/nàisme animal, i>. G3. (."«édition.)
popularisé cette méthode. Je sais bien que l'on a dit souvent que Braid endormait en ne se servant que des « agents physiques » et que tel est le caractère distinctif du Braidisme; mais ce n'est pas exact. Xous n'avons, pour nous en convaincre, qu'à écouter Braid lui-même, nous expliquer comment il procédait :
« Prenez, dit-il, un objet brillant quelconque (j'emploie habituellement mon porte-lancettes) entre le pouce, rindex et le médius de la main gauche ; tenez-le à une distance de 2^j à 45 centimètres des yeux, dans une position telle au-dessus du front, que le plus grand effort soit nécessaire du côté des yeux et des paupières pour que le sujet regarde fixement l'objet. Il faut faire entendre au patient qu'il doit tenir constamment les yeux fixés sur l'objet et Vesprit wiiq[ii£m€nt attaché à ce seul olijet. On observe que, à cause de Faction synergique des yeux, les pupilles se contracteront d'abord : peu après elles commenceront à se dilater et, après s'être considérablement dilatées et avoir pris un mouvement de fluctuation, si les doigts indicateur et médian de la main di'oite, étendus et un peu séparés, sont portés de l'objet vers les yeux, il est très probable que les paupières se fermeront involontairement avec un mouvement vibratoire. S'il n'en est pas ainsi, ou si le patient fait mouvoir les globes oculaires, demandez-lui de recommencer, lui faisant entendre qu'il doit laisser les paupières tomber quand, de nouveau, vous porterez les doigts vers les yeux, mais que les globes oculaires doivent être maintenus dans la même position et Tes^rrit attaché à la seule idée de l'objet au-dessus des yeux. Il
14 L'HYPNOTISME FRAXC.
arrivera, en général, que les yeux se fermeront avec un mouvement vibratoire, c'est-à-dire d'une façon spasmodique ' . »
Ainsi fixation du regard sur un objet brillant, et de hi pensée sur ce un oltjeiuniqiœ, sur une idée unique, n'étant 2KIS de nature excitante- », voilà tout ce qu'il faut pour dormir; mais voilà bien aussi, comme je le disais, deux facteurs du sommeil, l'un physique, l'autre psychologique. Et qui sait si, de même que les moyens physiques employés isolément suffisent à produire le sommeil, les moyens psychologiques, à eux seuls, n'en pourraient pas foire autant ? Les faits vont résoudre la question.
Au commencement de ce siècle, le fameux abbé portugais Faria, qui, pendant quelque temps, eut un si grand succès à Paris, endormait ses sujets, simplement en leur commandant de dormir. Le général Noizet, son fidèle disciple, nous a décrit sa méthode :
« On fait placer commodément dans un fauteuil la personne qui consent à se soumettre à l'expérience; on lui fait fermer les yeux pour éviter toute cause de distraction ; on a soin aussi de faire observer un grand silence autour d'elle ; on lui recommande enfin de s'abandonner au sommeil sans résistance, et, pour diminuer l'action des idées passagères qui pourraient occuper son cerveau, celui qui entreprend l'expérience l'engage
1. Neiirt/pnoloffk, Traité du sommeil nerveux ou hypnotisme . Traduction française du D»" Jules Simon, p, 32,
com:^iext ox hypxotise. 15
à concentrer toute son attention sur lui, sans idées déterminées, s'il est possible. Lorsque l'on a ainsi disposé cette personne à éprouver les effets du sommeil,, on lui (xprime avec fermeté le coinmandement de (lormir. A ce commandement, elle éprouve souvent une commotion dont elle ne saurait se défendre, et en même temps elle se sent un premier degré d'assoupissement. Si l'on agit ainsi pour la première fois, il devient ordinairement nécessaire de répéter le commandement à plu-, sieurs reprises pour obtenir le sommeil. L'effet est quelquefois plus certain en appuyant un doigt sur le front de la personne qu'on endort ou en l'agitant brusquement par les épaules. Dans tous les cas, si elle doit s'endormir, cet effet ne se fera pas attendre plus de deux ou trois minutes ^ »
Ce procédé est aujourd'hui employé un peu partout,, mais nulle part plus habilement et avec plus de succès qu'au sein de la célèbre École hypnotiste de Xancy., M. le docteur Bemheim va nous dire lui-même comment il endort ses malades :
ce Yoici comment je procède pour obtenir l'état hypnotique :
« Je commence par dire au malade que je crois devoir avec utilité le soumettre à la thérapeutique suggestive ; qu'il est possible de le guérir ou de le soulager par l'hypnotisme ; qu'il ne s'agit d'aucune pratique nuisible ou extraordinaire ; que c'est un simple sommeil ou engourdissement qu'on peut provoquer chez tout le