‹ L'hypnotisme francChapitre 96 sur 240 · Le mot est de M. Bernheim (Delà Suggestion, p · texte numérisé non relu

Le mot est de M. Bernheim (Delà Suggestion, p

Il n'est donc pas exact de dire qu'on peut employer n'importe quel moyen, pour endormir n'importe qui. L'on vous met au défi d'endormir un homme sain, à son état normal, et qui n'a pas encore été hypnotisé, en lui soufflant une fois sur les deux yeux, ou même en tirant à son oreille un coup de reyolver.

— Mais, n'y a-t-il pas quand même, dans la manière dont on endort les sujets bien portants, quelque chose d'étrange, qui sent l'occultisme, une disproportion plus qu'inquiétante, absolument suspecte, entre les procédés d*hypnotisation mis en œuvre et le sommeil ?

— La seule chose étrange, inquiétante, mais pas suspecte, en toute cette affaire, c'est la facilité avec laquelle de bons esprits voient ou soupçonnent des puissances occultes et au-dessus de nature là où tout se passe et arrive de la façon la plus simple et la moins extraordinaire. L'on pourra s'en convaincre, si l'on veut bien lire avec quelque attention la belle page où M. le D"" Liébeault compare, au point de vue de leur genèse, le sommeil ordinaire et le sommeil provoqué.

'( Si l'on considère, l'un après l'autre, les signes de la formation du sommeil ordinaire et du sommeil artificiel, on remarquera qu'ils sont les mêmes.

« Les psychologues qui se sont occupés du sommeil ordinaire, ont déjà observé que cet état ne peut le plus souvent se manifester sans un consentement préalable de l'esprit. Il est aussi acquis à la science que, lorsqu'on veut s'abandonner au repos, on recherche l'obscurité et le silence ; on se couvre la tête et le corps pour éviter le contact d'un air trop vif ou la piqûre des insectes ; on

se place sur un lit moelleux et l'on chasse de son esprit toutes les idées qui pourraient le préoccuper ; bref, on s'isole de ce qui amène la distraction des sens et de ce qui alimente activement les facultés intellectuelles ; l'on ne songe qu'à une chose, reposer ; l'on ne se berce que d'une idée, dormir. Et ce n'est pas seulement l'homme qui entre ainsi dans le sommeil, les animaux à sang chaud s'isolent de même ; les oiseaux se mettent la tête sous l'aile, les mammifères se réfugient dans une retraite ou se roulent en boule, la tête entre leurs pattes ; tous cherchent une place commode et profitent du silence et de l'obscurité de la nuit. Et l'enfant^ dès lors qu'il est fatigué par les excitants extérieurs des sens, ne fait-il pas aussi de même quand il se replonge de nouveau dans le sommeil? En se repliant instinctivement sur soimême, en s'isolant ainsi du milieu qui l'entoure, il entre dans l'état de repos bienfaisant où il était dans le sein de sa mère et où s'accomplissaient les mystères de son développement. Et, quand un élément nouveau, le rêve, s'ajoute à ce sommeil, n'est-ce pas que l'enfant a déjà appris à sentir et à penser ?

ce Outre ces causes essentiellement psychiques du sommeil, il en est qui leur sont antérieures et qui leur viennent en aide. Les unes se révèlent sous forme de besoins ; c'est d'abord un léger degré de faiblesse ou de fatigue, dans lequel les sens sont émoussés, et, par conséquent, peu susceptibles de distractions. C'est ensuite le travail digestif qui exerce une révulsion puissante de l'attention vers l'estomac et les intestins, aux dépens de celle qui se porte aux sensations et au remuement des

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idées, fonctions qui, devenant moins actives, prédisposent par cela même à un laisser-aller, à la pensée naturelle de reposer. Les autres causes sont de véritaljles procédés pour déterminer le sommeil : ainsi, une lecture ou une conversation ennuyeuse, le bercement, un bruit monotone, la récitation de formules dont la tête est ressassée, toutes choses qui ont pour résultat, en imposant à l'esprit un aliment saus attrait, de conduire l'attention à s'immobiliser sur l'idée plus habituelle et plus agréable de dormir. Les bains tièdes, qui ont la propriété de calmer le sens le plus étendu et le plus impressionnable, le tact, peuvent aussi être rangés dans cette seconde catégorie ; ce sont des calmants de la sensibilité, ils éloignent des distractions.

« Ainsi, consentement au sommeil, isolement ménagé des sens, afflux de l'attention sur l'idée de s'endormir, ce qui, physiologiquement,se traduit par le retrait de cette force des organes sensibles pour s'accumuler dans le cerveau sur une idée ; puis, enfin, subsidiairement, besoin plus ou moins pressant de reposer et moyens mécaniques facilitant l'immobilisation de l'attention : tels sont, au premier aperçu, les divers éléments du mode de la formation du sommeil ordinaire.

ce Pour le développement du sommeil artificiel, ce mode n'est pas différent. On s'est aperçu que les personnes que l'on veut endormir ne sont nullement influencées, si leur attention va d'une sensation à une autre ou voltige, tour à tour, sur une foule d'idées sans s'arrêter à aucune ; si enfin, elles font des efforts pour résister à la pensée de dormir ou sont convaincues

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qu'elles ne dormiront pas. De plus, on peut faire la remarque que, dans leurs procédés pour amener le sommeil artificiel, les endormeurs mettent d'abord ces personnes dans l'isolement des sens en privant, autant que possible, ces organes de leurs excitants et en empêchant, parla, l'attention de s'y diriger comme d'habitude. Aussi, leur recommandent-ils le silence et les placent-ils dans l'obscurité, sur un siège commode et dans une chambre dont la température est douce. Pour aider à l'immobilisation de l'attention de ces personnes, ils veillent encore à ce qu'elles fixent les yeux sur les leurs, ou à ce qu'elles regardent un objet qui frappe la vue par son éclat, et ils ont soin, ensuite, de les inviter à ne songer à rien autre chose qu'à dormir, comme lorsqu'elles veulent dliabitude se livrer au repos. Au bout de quelque temps, si leurs paupières ne sont pas closes, ils les leur ferment, et d'une voix impérative, ils leur ordonnent le sommeil.

« On le voit, au fond des procédés des endormeurs, on retrouve, pour le sujet, les mêmes éléments psychiques et rationnels que ceux par lesquels on entre dans le sommeil ordinaire : conviction que l'on peut dormir, consentement au sommeil, isolement des sens, concentration de l'attention sur un seul objet ou une seule idée, et cette idée est ordinairement celle vers laquelle l'esprit tend de lui-même. Il n'y a qu'un élément en moins, le besoin de repos et un autre en plus, l'injonction de dormir; ce dernier n'est qu'une stimulation au

cumul de l'attention sur Tidée de se livrer au sommeil : c'est-à-dire, un moyen de concentrer la pensée avec plus de rapidité.

((. Delà comparaison qui précède, on peut conclure que, dans sa formation et par les côtés mis en regard, le sommeil artificiel ne diffère pas du sommeil ordinaire, et que, dans l'une et l'autre forme de l'état passif, c'est le retrait de l'attention loin des sens et son accumulation dans le cerveau, sur nue idée, qui en est l'élément principal ^ »

Cette analyse comparée des moyens de produire le sommeil est classique, et personne n'en pourra contester Texactitude. Mais si les faits se passent de la sorte, si les deux sommeils ont les mêmes antécédents psychiques et physiologiques, pourquoi s'en va-t-on nous parler d'occultisme, de préternaturel, de diabolique ? Pourquoi nous dire que la naissance de l'hypnose n'est point naturelle ? Rien de plus naturel, au contraii'e ; et M. le D' Liébeault vient de nous le montrer si clairement que, d'avance, Ton est convaincu de la faiblesse et du néant des preuves par lesquelles on voudrait essayer d'établir le contraire.

Le E. P. Franco nous dit : « Ou vous expliquerez l'hypnose par le fluide, ou vous l'exphquerez par l'imagination. Or, il ne peut s'expliquer ni par l'un, ni par l'autre. Donc... "

Il est visible au premier coup d'œil que voilà un dilemme qui ne tient pas debout. Pour le jeter par terre, il suffit de nier que l'énumération des parties soit com-

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