CHAPITRE III
« Mais, je le répète, tous les soinnainhules ne sont pas accessibles A ces suggestions, et je crois, à ce point de vue, ((u'il tant diviser les hypnotisés en plusieui-s catégories ;
(( 1" Des sujets qu’on transi’orrno en véritables impulsifs; ceux-là exécuteront une suggestion criminelle sans hésiter; ils agiront comme un épileptique impulsif ;
« 2" Ceux qui antérieurement n’ont pas de sens moral; à ces sujets vous pourrez faire des suggestions criminelles; chez eux elles ne trouveront aucune résistance.
« 3“ Restent les honnêtes gens; chez ces derniers vous n’obtiendrez pas la mise en œuvre de suggestions criminelles. Toute leur éducation antérieure, toute leur vie, ont créé dans leur cerveau une force de résistance qui rendra vaines les suggestions criminelles. »
Bernheim rapporte l’expérience suivante : il montra à un de ces somnambules G..., un personnage imaginaire contre une porte, en lui disant que cette personne l’avait insulté, il lui donna un pseudo-poignard (coupe-papier en métal) il lui ordonna d’aller la tuer. Le sujet s’élança et enfonça le poignard dans la porte, puis il resta tremblant, l’œil fixe.
»( Qu’avez-vous fait, malheureux? lui dit Bernheim, le voici mort. Le sang coule. La police vient. »
On l’emmène devant un juge d’instruction fictif.
« Pourquoi avez-vous tué cet homme?
— Il m’a insulté.
— On ne tue pas un homme qui vous insulte. 11 fallait vous plaindre à la police. Est-ce que quelqu’un vous a dit de le tuer?
— C’est M. Bernheim. »
Bernheim lui dit alors : « On va vous mener devant M. le
procureur. C’est vous qui avez tué cet homme. Je ne vous ai • rien dit, vous avez agi de votre propre chef. » |
On le mène devant un faux procureur. «
« Pourquoi avez-vous tué cet homme ? i
— Il m’a insulté. y
— C’est étrange I On ne répond pas à une insulte par un |
coup de poignard ! Étiez-vous dans la plénitude de vos facultés? J On dit que vous avez le cerveau dérangé parfois. I
DOCTRINES DE l’ÉCOLE DE NANCY.
— Non, Monsieur!
On dit que vous êtes sujet à des accès de somnambulisme.
Est-ce que vous n’auriez pas obéi à une impulsion étrangère, à l’influence d’une autre personne qui vous aurait fait agir?
— Non, Monsieur, c’est moi seul qui ai agi, de ma propre initiative, parce qu’il m"a insulté.
— Songez-y, Monsieur, il y va de votre vie. Dites franchement, dans votre intérêt, ce qui est. Devant le juge d’instruction vous avez affirmé que l’idée de tuer cet homme vous avez été suggérée par M. Bernheim.
— Non, Monsieur, j’ai agi tout seul !
— Vous connaissez bien M. Bernheim, vous allez à l’hôpital où il vous endort.
— Je connais M. Bernheim, seulement parce que je suis en traitement à l’hôpital où il m’électrise pour guérir une maladie nerveuse, mais je ne le connais pas autrement. Je ne puis pas vous dire qu’il m’a dit de tuer cet homme parce qu’il ne m’a rien dit. »
Réveillé, G... ne se souvient de rien, il croit avoir dormi tranquillement sur sa chaise.
« La vérité, dit Bernheim \ est que la suggestion joue un rôle dans beaucoup de crimes. On n’a pas compris ce fait parce qu’on a cru que la suggestion ne s’accomplit qu’à la faveur de l’hypnose et que l’hypnose est un sommeil qui ne s’obtient qu’à l’aide de manœuvres prolongées, passes, fixation d’un objet brillant. Nous avons vu que l’hypnose existe sans sommeil, que la suggestion peut se faire à l’état de veille, que certaines personnes sont normalement très suggestibles. «
Bernheim rapporte à la suggestion les crimes de Gahrielle Fenayrou, de Gabrielle Bompard, de Chambige, il croit que certains criminels sont irresponsables parce qu’ils agissent par auto-suggestion : « Troppmann n’était peut-être que la victime irresponsable d’une auto-suggestion®. »
En 1886, Delbœuf se déclara partisan de la théorie de Liégeois, il admit que le somnambule est, entre les mains de