Liégeois, loc. cit., p. 68''i
DüCTRlNKS DE 1,’ÉCÜl-E DE NANCY.
Pour ce qui concenie les faii.v léinoigiiaqes, lîernlieim croit que les témoins ou accusateurs, faussés par suggestion, ne se comportent pas absolument comme les témoins ou accusateurs vrais. « Le souvenir de révénement suggéré, dit-il, ne semble pas persister avec la même intensité; l’impression n’est pas aussi continue, le souvenir redevient latent et obscur, tant qu’on ne Pévoque... Le magistrat devra interroger le témoin, sans peser sur lui, sans chercher à le mettre sur la voie, sans lui faire pressentir son opinion. Les témoins peuvent se suggestionner réciproquement... Aussi, chaque témoin devra-t-il d’abord être interrogé séparément... Le magistrat éclairé peut mesurer la suggestibilité du témoin suspect par un interrogatoire habilement dirigé. Il, aura l’air d’accepter son dire, insistera sur les incidents, y ajoutera du sien, suggérant des détails qui trahiront la suggestibilité du témoin, s’il les confirme.
« L’examen médical du sujet, par un médecin bien au courant de la question, permettra, je crois, dans la majorité des cas, d’établir qu’on a affaire à un suggestible. »
L’hypnotisme en thérapeutique.
Les 1800, Liébault avait ouvert à Nancy une clinique d hypnotherapie ; il eut des clients, mais il fut considéré comme un charlatan par ses confrères ; et, lorsqu’en 1806 il publia son ouvrage sur Le sommeil et les états analogues, dans eque il attribuait les effets thérapeutiques du magnétisme ;Y d concentration de l’attention sur les organes, il n’eut pas de ™
l’oi'iuion ,1c scs
eonf.ues, continua patiemment a pcatiijnei. sa méthode de
21 i CltAPITEE III.
traitiiiiienl ; il se vU as.sailli [»ar les malades désespérés qui avaient couru tous les médecins ; il en guérit un gr-and nombre. Liébault s’attaquait îV toutes les maladies, tant organiques que Ibnctionnclles ; il dit avoir obtenu d’éclatants succès dans les unes et dans les autres.
Parmi les résultats mentionnés par cet auteur, les plus remarquables furent ceux qu’il obtint chez les enfants atteints d’incontinence d’urine et chez les enfants paresseux, indociles, vicieux ou récalcitrants.
Sur 77 enfants, âgés de plus de trois ans, atteints d’incontinence d’urine, il obtint 33 guérisons assurées, dont il a eu des nouvelles ultérieures ; 23 guérisons probables, dont il n’a reçu aucune nouvelle dans la suite ; 9 améliorations notables, et peut-être même guérisons sans qu’il ait eu des renseigne-i ments ultérieurs ; 8 cas n’ont été ni améliorés, ni guéris ; les] 4 derniers cas n’ont été soumis qu’à une seule séance, n’étantj plus jamais revenus. I
Liébault a donc obtenu 41,35 “/o de guérisons certaines,^ 77,9 °jo de guérisons incertaines; il n’a eu que 8 enfants nonl améliorés, ce qui fait 10,3 ° j o- 1
Sur ces 77 cas, 58,4 “/o étaient des filles, 41,5 des gar-J cons, leur âge moyen dépassait à peine 7 ans ; 68 avaient leuid incontinence depuis leur naissance ; parmi les 9 autres, 4 ontj contracté leur affection à 2, 3, 4 et 8 ans, à la suite d’uiiel frayeur; un à l’àge de 3 ans, consécutivement à une pneu-J monie ; un autre, au même âge, après une angine ; un sep-] tième à 6 ans, comme effet de la masturbation ; enfin les deu:^ derniers devinrent incontinents à 3 et à 4 ans, sans caus^
appréciable. I
Liébault a également guéri, par suggestion, trois adultesj
atteints d’une incontinence d’urine survenue à la suite d’une fausse couche, d’un accouchement et de grands chagrins'. I Cet auteur s’est également occupé de traiter par suggestioid les enfants peu intelligents et vicieux ; ses résultats furent très satisfaisants. Il prétend même être parvenu à développer la
1 . Liébault, Association pour l’avancement des sciences. Congrès de Nancy , 1886.
DüCTIUNKS DIC l’ÉCOLIC 1)15 NANCY.
faculté de l’attenlioii chez im jeune idiot; au bout de deux mois cet enfaut connaissait ses lettres et les quatre règles de rarithmétique.
Enchanté de ces résultats, Liébault voulut essayer si l’on ne pourrait pas corriger des habitudes vicieuses chez les adultes : il parvint à guérir un homme chez lequel l’abus du tabac et de l’alcool ruinaient la santé.
Bernheim, tout en reconnaissant que la suggestion est une thérapeutique presque exclusivement fonctionnelle, la recommande cependant dans bon nombre de maladies organiques : « Si une hémorrhagie cérébrale a détruit la capsule interne, la suggestion n’y pourra rien, mais la clinique nous apprend que la lésion fonctionnelle peut survivre à la lésion organique'. » C’est alors que la suggestion peut produire la guérison.
Bans la sclérose eiï plaques, dans l’ataxie, etc., les troubles fonctionnels peuvent dépasser le champ de la lésion organique, la suggestion peut faire disparaître le tremblement, l’incoordination. « C’est ainsi, dit Bernheim", que les maladies organiques du système nerveux peuvent être guéries, si la lésion le permet, ou momentanément amendées, si elles sont de leur nature
incurables Les vomissements incoercibles de la grossesse,
la névropathie consécutive aux déplacements internes, l'hystérie traumatique, le névrosisme arthritique, l’hystérie saturnine, le vertige stomacal, les convulsions dues aux vers intestinaux, la cliorée A^ermineuse, l’épilepsie par frayeur, les paralysies sympathiques, les palpitations nerveuses du cœur engendrées par la dyspepsie, la migraine liée à la menstruation, les mille et une douleurs, sensations, manifestations diverses qui gravitent autour des lésions, déroutent le diagnostic, déconcertent la thérapeutique, tout Cela ne montre-t-il pas que le dynamisme nerveux, venant s ajouter à la lésion primordiale, joue dans la séméiologie un rôle immense et ouvre à la suggestion un champ d intervention plus vaste que ne semble le comporter l’organe lésé.