‹ L'hypnotisme scientifique (volume 2)Chapitre 176 sur 208 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Elle rit aux éclats.

« Votre bras droit est paralysé. »

Aussitôt la malade fait de vains efforts pour relever le bras cpii reste inerte.

« Vous ne vous rappelez plus le mois, le jour ni la date. »

Il lui est impossible de se rappeler ces différentes choses qu’elle savait parfaitement avant la suggestion.

Il suffit d’ordonner à cette dame de faire un bon pour une somme quelconque, pour qu’aussitôt elle réalise l’acte suggéré, sans aucune résistance.

Toutes les suggestions sont possibles et M”'® X. . . réalise le type de Liébault, elle est entre les mains de l’hypnotiseur comme le bâton dans la main du voyageur.

Léon de T. . . est aussi un automate parfait; voici un extrait de ma communication à la Société des sciences médicales à propos de ce sujet.

Expériences de suggestion.

L’étude de la résistance aux suggestions a soulevé de nombreuses discussions, les uns prétendant avec Brouardel , que le somnambule hypnotique ne réalise que les suggestions qui lui sont agréables ; les autres proclamant, avec Liégeois , que le sujet hypnotisé est un pur automate, un bâton dans la maiu du voyageur, qui va â sou but fatalement, comme la pieiie qui tombe. Ces polémiques ont surtout été marquées lorsqu il s’est agi des suggestions criminelles que les premiers cousidéraient comme irréalisables, tandis que les seconds les croyaient parfaitement possibles.

Eh bien. Messieurs, les idées émises tant par Brouardel que par Liégeois sont à la fois exactes et inexactes ; elles sont exactes en ce sens que l’on peut rencontrer des sujets refusant de réaliser toute suggestion désagréable, et d’autres exécutant.

1 Brouardel, Cours de médecine légale (Gaz. Hebdom., nov. Ibbl).

2. Liégeois, De la suggesUon cl du somnambulisme dans leurs rapports aiec la jurisprudence el la médecine légale. Paris, 1889, p. 123.

DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES

au contraire, aveuglément tous les ordres; elles sont inexactes parce qu’elles ont été trop généralisées : elles ne s’appliquent toutes deux qu’à certains sujets, elles ne peuvent être érigées en lois invariables.

Les sujets présentant une certaine résistance aux suggestions sont de beaucoup les plus nombreux; les automates parfaits sont relativement assez rares.

Voici un jeune hystérique de vingt ans qui représente bien le type de Liégeois ; il est entre mes mains comme un bâton dans la main du voyageur. Réalisons tout d’abord les suggestions intra-hypnotiques : nous les diviserons en sensitives, motrices et psychiques.

1. Les suggestions sensitives peuvent s’adresser à tous les sens.

A. Vue. — « Voyez-vous ce petit singe? Que fait-il? » — « 11 saute », répond Léon; sa figure prend une expression souriante, il se représente bien le singe, il le voit et pourrait môme le dessiner. — (c Voici un tigre! » Léon tremble, il a peur, sa physionomie exprime la crainte.

B. Goût. — « Voici un verre de champagne, buvez-le. » Je présente un verre d’eau, Léon se met à boire avidement. — « Je me snis trompé, c’est de l’ammoniaque! » Aussitôt il crache avec dégoût ce qu’il a dans la bouche. — « Voici une pomme, mangez-la. » Je lui présente une pomme de terre crue, il y mord à belles dents.

c. Odorat. — « Voici de l’eau de Cologne, sentez! » 11 aspire avec délices; c’est de l’ammoniaque.

D. Ouïe. — « Entendez-vous la musique? Quel air jonet-elle? » — « C’est une valse, » répond-il. 11 entend bien l’hallucination suggérée puisqu’il la précise.

E. Sensibilité générale. — « 11 fait froid ! » Léon se met à trembler, il relève son col, il se frotte les mains et bat la semelle. — « 11 fait chaud! » Aussitôt il écarte sou col, il souffle, il veut ôter son veston.

F. Sensibilité viscérale. — « Vous avez des coliques! » Aussitôt il porte les mains au ventre et fait des contorsions comme si réellement il avait mal au ventre.

ClIAPITniC VI.

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2“ Les suggestions motrices sont aussi facilement réalisables; je puis dire aux sujets : Votre bras est pai-alysé; si on le soulève, il retombe inerte..

Si je .lui dis : « Dansez, » il exécute aussilét un pas de valse; « Sautez, » il saute, croyant devoir franchir un obstacle.

Comme suggestion psychique on peut produire des amnésies plus ou moins accusées ; mais ce qui est plus intéressant, c’est « l’objectivation des types, » c’est-à-dire que l’on peut transformer la personnalité du sujet et (jue l’ensemble de scs actes s’adaptera à ces diüérentes personnalités, .le lui dis — « Vous êtes Napoléon! » Aussitôt il relève la tète d’un air hautain et reste immobile. — « Vous êtes une jeune femme, vous vous promenez. » Il se met à marcher en se dandinant et eu tournant la tôle de droite et de gauche.

Ces changements de personnalité s’accompagnent de modifications de l’écriture, selon les données de Ferrari, Richet et HéricourD ; ainsi Léon, dans la personnalité de Napoléon, de Victor Hugo, d’un homme à idées larges et généreuses, a une écriture grande et large, une écriture autoritaire; au contraire, si on lui suggère la personnalité d’un avare, il écrit petit et serré.

On peut non seulement lui donner une personnalité humaine, mais encore une personnalité animale.

« Vous ôtes un chien ! » Il s’élance à quatre pattes.

« Qui êtes-vous? » Pour toute réponse, il aboie; j’ai beau lui redemander qui il est, il ne répond qu’en aboyant : il est devenu chien.

« C’est un sage chien? » Il sort la langue de la bouche à différentes reprises. — « Il y a là un petit chieu à deux pas de vous. » Il s’élance en grondant; je suis obligé de le retenir pour qu’il ne se blesse pas, car je sais par expérience qu’il va quelquefois se jeter la tète contre les murs en poursuivant le petit chien imaginaire.

Un jour, j’ai commis l’imprudence de pousser mon chien contre Léon; ce dernier s’est mis à mordre et une véritable

1. Peuraiu, ITÉRICOURT et Richet, La ppvsonnalih' de l’ccrilure {Revue philosophique, avril ISSU).

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