PLANCHE XXVI
Fui-, 7i.
DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES
bataille s’ensuivit; j eus toutes les peines du monde à les séparer; mon sujet portait plusieurs morsures A la joue, il avait la bouche remplie de poils de chien, preuve qu’il avait lui-même mordu.
« Vous êtes un singe! » Aussitôt Léon se met sur scs pieds, accroupi, dans la position d un singe. — <( Vous avez une puce. » Avec une rapidité extraordinaire il se gratte la tête et fait mine de manger la puce. Je lui jette un morceau de pain, il le mange avidement eu le tenant des deux mains et en grignotant.
« Vous êtes Léon. » Il se remet debout.
On peut encore le transformer en chat, en cheval, eu tigre, etc., et toujours Tensembie de ses actes s’adapte à sa nouvelle personnalité.
Tous les phénomènes que je viens de reproduire devant vous par suggestion intra-hypnotique , le sujet étant endormi, je pouriais les reproduire après le révéil, par suggestion post-hypnotique. Le temps ne me permet pas de recommencer toutes ces expériences ; je vais en faire une seule qui vous montrera la facilité avec laquelle ces suggestions peuvent être faites. Notre sujet dort; je lui dis : « Cinq minutes après votre réveil, vous m’entendez bien, juste cinq minutes après, vous viendrez ici chanter devant tout le monde. »
Je le réveille, je le prie de sortir, et cinq minutes exactement après, il entre résolument, se tourne vers M. le président et se met à chanter. »
La %. 72 (pl. XXV) représente Léon en état de somnambnisrae les yeux fermés ; la fig. 73 (pl. XXV) montre qu’il conserve les attitudes qu’on lui donne ; la fig. 74 (pl. XXVI) est prise au moment ou il se déshabille lorsqu’on lui suggère « U fait chaud !» ; la fig. 78 (pl, XXVI) reproduit son attitude lorsqu’on lui suggère la personnalité d’un chien; si on le met 4 la
r7'*vv'!7M‘î comme l’indique la fig. 76
(pl. XXVII) ; enfin la fig. 77 (pl. XXVII) représente le sujet aans la personnalité d’un singe.
-Mais VOICI Adrienne C., également en somnambulisme véria )le, je lui dis : « Levez-vous, asseyez-vous, marchez, « elle
CllAPIÏRK VI.
obéit; je lui dis : u Dansez, » elle ne bouge pas; je lui répète l’ordre, elle reluse, elle ne danse pas. .le lui dis : « Déshabillezvous, » elle ôte son corsage mais elle n’enlève pas son jupon ; si l’on défait son jupon elle le retient, l’empêche de tomber; à ce moment je lui demande :
« Que faites-vous donc?
— Je ne fais rien.
— Pourquoi retenez-vous votre jupon?
— Je ne retiens rien. »
Et cependant, de ses deux mains, elle tient son jupon à la hauteur de ses hanches.
« Voici un œuf, gobez-le, ,» elle aspire le contenu de l’œuf.
« Maintenant voici une- plume et du papier, écrivez. »
Ædrienne tâte la table pour trouver le papier, puis elle prend la position normale de l’écriture. Je lui dis alors ;
« Écrivez : bon pour cinq cents francs! » Elle obéit.
Passant à un autre ordre de suggestions, je lui dis :
« Voyez-vous ce grand chien noir (|ui aboie et cherche à
vous mordre?
— Non.
— 11 y a là un grand chien, je veux que vous le voyiez.
— Je ne vois rien. »
Aucune suggestion sensorielle ne peut être provoquée, il est également impossible de faire naître des suggestions psychiques.
Voici donc une somnambule qui obéit aux ordres vulgaires mais qui refuse de danser et d’ôter son jupon, elle écrit sous la dictée qu’elle doit une somme de cinq cents francs, sans résistance aucune, enfin elle n’est pas susceptible de présenter des suggestions sensorielles et psychiques.
Cette personne a conservé dans l’état somnambulique, une partie de sa persolinalité ; mais comment se lait-il quelle écrive un bon de cinq cents francs alors qu’elle ne doit rien? c’est qu’elle ne se rend pas compte de l’importance de l’acte quelle pose; si eu effet je lui dis ;« Vous allez écrire que vous me devez cinq cents francs, » elle refuse; mais lorsque je hii dis « Écrivez, » puis que je lui dicte ce qu’elle doit écrire, son
DISCUSSIONS ET OPINIONS PEIISONNELLES
cerveau a accepté l’idée d’écrire sans résistance parce que rien ne révoltait son sens moral, l’idée d’écrire étant acceptée par elle, la sug-gestion est faite et la malade obéit.
Lorsque je lui dis d’ôter son jupon, cette jeune fille, qui est très pudibonde, refuse d’exécuter l’ordre ; si je veux ôter le jupon, elle le retient des deux mains, sans clvoit conscience de ce qu’elle fait; si au lieu de lui dire : « Lâchez le jupon, » je lui dis «Ouvrez les mains, » elle obéit et le jupon tombe; elle obéit parce que dans l’ordre donné il n’y a rien qui révolte son sens moral.
Adrienne G. est inconsciente, elle ne raisonne pas, puisque par des subterfuges elle écrit ce qu’on veut et elle laisse ôter son jupon.
Il n’en est pas moins vrai que cette somnarnbule a présenté une résistance invincible pour certaines suggestions.
Joséphine D. présente encore une résistance plus grande à la suggestion, elle n’exécute que les ordres qui lui conviennent : si on l’hypnotise dans la salle de l’hôpital, en présence des autres malades, elle refuse de sortir de son lit et de marcher au milieu de la salle de peur de se couvrir de ridicule. Il est impossible de lui suggérer des hallucinations, ni de provoquer des paralysies; cependant Joséphine est profondément endormie, en somnambulisme les yeux ouverts ou fermés, c’est un des sujets les plus sensibles que j’aie rencontrés. Je n’ai jamais pu lui faire écrire un bon de cinq cents francs parce qu’elle comprenait la gravité de l’acte qu’elle allait poser. Ici la suggestibilité est moins grande encore ; tandis qu’Adrienne était inconsciente et ne réagissait qu’à l’égard des suggestions contraires à des sentiments devenus chez elle instinctifs, Joséphine refuse d exécuter tout ordre qui lui déplaît; elle réalise ce que Brouardel a dit dans sou cours de médecine légale en 1887 •
« Si un individu agréable â la somnambule lui offre des simgestions agréables ou indilférentes, elle s’y soumet; mais "’sî ces suggesüons mettent en révolte ses affections personnelles ou ses instincts naturels, elle oppose une résistance presiiue invincible. » ^ ^
Je pourrais multiplier a l'iufiui 1rs exemples de rosislauc,. dux suggestions lutru-hypuolicjucs, les quatre cas que i'ai