‹ L'hypnotisme scientifique (volume 2)Chapitre 179 sur 208 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

tance invincible aux snj:;g'e,stion.s, ils montrent ([iie les faits énoncés par Liébault et Liégeois existent également : (;ertains sujets sont <le pures automates réalisant toutes les suggestions; ils indiquent encore (jue^ dans certains cas, comme Brouardel l’a dit, les sujets n’exécutent <pie les suggestions qui leur sont agréables.

Comment ta suggestion post-hypnotique est-elle réalisable, puiscjne, d’après ce qui a été dit précédemment, le somnambule ne se rappelle qu’exceptionnellement au réveil ce qui a été dit et fait pendant son sommeil.

Le sujet, il est vrai, ne se rappelle généralement pas ce qu’on lui a dit ou ce cju’il a fait pendant qu’il dormait, mais ces paroles et ces actes n’ont pas passé dans son cerveau sans y laisser de traces; l’impression, bien qu’inconsciente, persiste, puisqu’on peut quelquefois faire décrire par te somnambule en état cle sommeil les faits écoulés pendant un sommeil antérieur.

Ce qui prouve la persistance de ces impressions dans le cerveau, ce sont les résultats journaliers cjue l’on obtient en thérapeutique par la suggestion; j’endors une malade hystérique, je lui suggère de ne plus avoir d’attaque, à son réveil elle ne se rappelle de rien, et eependant le plus souvent les attaques ne se produisent plus. Je suggère à une hystérique qui a un retard des règles, que dans autant de jours elle verra reparaître l’écoulement mensuel, elle ne se rappelle de rien à son réveil et les menstrues reparaissent. Je suggère à une malade atteinte de paralysie hystéricpie c[u’elle saura marcher, elle ne conserve aucun souvenir de la suggestion, et cependant elle se met à marcher à son réveil.

On peut admettre que les impressions perçues en état d’hypnotisme sommeillent dans le cerveau jusqu’au moment où une cause quelconque vient les réveiller. Grâce à cette interprétation, on peut concevoir la possibilité des faits indiscutables de suggestion post-hypnotique, dont l’existence n’est contestée par personne. Si nous disons à Adrienne C. . . ! « Immédiatement après votre réveil, vous irez mettre mon chapeau sur la tète de M. X..., » elle obéit, bien qu’étant parfaitement éveillée et consciente; elle sait ce qu’elle fait, elle se rend

DISCUSSIONS ET OPINIONS PEUSONNELLES

compte de roriginalité de son acle, elle l’exécute poussée par une force invincible.

(le ne sont pas seulement les suggestions d’actes qui se réalisent ainsi après le réveil, mais bien tous les genres de suggestions , qu’elles soient sensorielles, psychiques ou motrices.

On peut faire voir à des sujets parfaitement éveillés, des animaux, des plantes et tout ce que l’on veut; on peut leur faire oublier certains faits, leur faire nier qu’ils connaissent des personnes qu’ils voieat tous les jours. Dans tous les cas, ces sujets sont parfaitement conscients, ils se rendent bien compte de ce qu’ils font et, fait plus important, ils croient à leur libre arbitre, à leur spontanéité ; si je demande à Adrienne pourquoi elle va placer mon chapeau sur la tète de M. X. . ., elle répond que c’est une idée qui lui passe par la tête.

Après avoir étudié la suggestion intra-hypnotique, posthypnotique et à échéance, je dois parler de la suggestion à l’état de veille.

Devons-nous, avec Bernheim (édition de 1884) Beaunis, et Liégeois, admettre que la suggestion hypnotique ne peut être produite, à l’élat de veille, que chez des sujets hypnotisables, grâce à un état spécial de ces sujets, intermédiaire entre le sommeil et la veille, état appelé par Beaunis veille somnambulique^ par Liégeois condition seconde; ou bien devons-nous, avec Bernheim (édition de 1891), dire que la suggestion hypnotique à l’état de veille peut se manifester chez des sujets non hypnotisables ?

Le sujet que l’on suggestionne, sans l’endormir préalablement, semble éveillé, ses yeux sont ouverts, il parle, il agit librement, et cependant la suggestion exécutée est oubliée. Ou ne peut admettre qu’il se trouve à l’état de veille normale. Ce sujet se rappelle de tout ce qui s’est passé avant et après la suggestion, cette dernière seule a disparu de sa mémoire; c’est qu’à ce moment seulement il se trouvait en état hypnotique. Nous avons en effet vu que de nombreux états hypnotiques peuvent exister, les yeux étant ouverts, avec toutes les apparences de l’état de veille.

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filIAPITHE VI.

.losëpliinc I).... m’a pi’oiivé la possil/ililé cl’im élat liypnoü([ue passager, développé sous rinduence d’une suggestion faite î\ l’état de veille : lorsque je disais ù cette jeune fdle : « Fermez la main, vous no pouvez plus l’ouvrir, » elle faisait des efforts pour desserrer les doigts; si à ce moment j’enfonçais une épingle dans le hras do la malade, sans (ju’elle le sache, elle ne sentait rien ; (juelques minutes après la sensibilité revenait. Je n’avais rien suggéré relativement é la sensibilité, celle-ci disparaissait sous l’influence d’une suggestion quelconque; c’est (pie Joséphine tombait alors en état somnambulique les yeux ouverts, cet état ne durait que juste le temps nécessaire à l’exécution de la suggestion. Les faits rapportés par Bernheim (1884), Liégeois, Bannis, relatifs à des sujets hypnotisables, peuvent s’expliquer par l’apparition d’un sommeil hypnotique passager, ne durant que le temps nécessaire à la réalisation de la suggestion.

Mais plus récemment Gilles de la Tourette a démontré l’existence de suggestions à l’état de veille chez des individus 7ion hypnotisables; nous ne pouvons plus, dans ce cas, admettre un sommeil hypnotique se développant par un simple ordre. C’est que les sujets de Bernheim (1884), et ceux de Gilles de la Tourette sont absolument différents : le premier expérimentateur, étudiait la veille somnambulique chez des sujets normaux; le second expérimentait, au contraire, sur des hystériques et des dégénérés. Or, tandis que les sujets normaux, non hypnotisables, ne sont, en général, pas suggestibles à l’état de veille, les hystériques et les dégénérés sont, au contraire, très sensibles à la suggestion en dehors de toute hypnotisation.

Les faits rapportés par Bernheim (1884), Liégeois, Bannis, se rapportent bien à l’étude de Fhypnotisme, puisqu’ils ne se développent que chez des sujets hypnotisables, ceux mentionnés par Gilles de la Tourette et Bernheim (1891) appartiennent, non pas à l’hypnotisme, mais bien à la dégénérescence. Ne devant envisager ici que les faits se rapportant à l’hypnologie, nous concluons que la veille somnambulique ne se produit que chez des sujets hypnotisables.

La résistance aux suggestions, faites à l’état de veille, est beaucoup plus grande encore que celle qu’opposent les sujets

DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES

aux suggestions à échéances; d’une manière générale on peut dire que le sujet n’exécutera que les suggestions conformes à son sens moral.

Les suggestions criminelles.

Jusqu’ici, je me suis occupé de l’étude générale des suggestions, dans ce chapitre je compte envisager spécialement les suggestions criminelles. Il faut avant tout que j’expose dans quelles circonstances^ à mon avis, un délit doit être rapporté à l’hypnotisme.

Si l’on consulte les auteurs qui se sont spécialement occupés de la question, on constate qu’ils rapportent à l’hypnotisme une foule d’actes criminels qui ne doivent être imputés qu’à l’hystérie. Liégeois rapporte dans son livre la description d’une foule de procès qui n’ont rien à voir avec l’hypnotisme, il parle d’outrages à la pudeur, de vols, de meurtres, commis à l'état de veille sur des personnes ou par des personnes n’ayant jamais été hypnotisées, des hystériques dont la suggestibilité est très développée et qui sont susceptibles de présenter un sommeil •pathologique.

C’est que M. Liégeois, fidèle aux doctrines de Bernheim, considère l’hypnotisme et la suggestion comme une seule et même chose , il rapporte à l’hypnotisme tous les délits accomplis grâce à une suggestion quelconque.

Bernheim rattache à l’hypnotisme les crimes de Gabrielle Fenayrou, de Gabrielle Bompard, qui n’ont rien de commun avec l’hypnotisme, mais qui prouvent l’importance de ‘l’étude de l’hystérie dans ses rapports avec la médecine légale ; Gabrielle Fenayrou, jeune femme honnête et douce, devient la maîtresse d’un élève pharmacien, le mari veut se venger, il captive l’esprit de sa femme, lui persuade qu’elle doit tuer son amant. La jeune femme donne rendez-vous au pharmacien, « elle y va, chemin faisant elle entre prier à la Madeleine, puis froidement, sans émotion, elle conduit l’homme qu elle a aimé à son mari qui l’assassine. »

CHAl'ITUli: VI.

Lo mari n’avail jamais hypnotisé sa l'emmc, il l’a suggestionnée l’état de veille, parce cpie son cerveau était faible. « C’était une pâte molle, elle allait au vice comme à la vertu. » Il ne s’agit pas ici d’un être normal auquel le sommeil hypnotiipie a permis de suggestionner un crime, c’est un csi)rit déséquilibré, un cerveau de véritable aliéné. Il y a, entre un sujet normal hypnotisé, accomplissant une suggestion criminelle, et Gabrielle Fenayrou, la difiPérence qu’il y a entre un état physiologique et un état pathologique; l’hypnotisme étant, de l’avis même de l’Ecole de Nancy, un phénomène physiologique, on ne peut le rendre responsable des crimes commis sous l’infliience d’un état pathologique. En d’autres termes, Gabrielle Fenayrou est une malade, l’hypnotisé qui accomplit la suggestion criminelle peut être parfaitement sain d’esprit.

Le cas de Gabrielle Bompard est identique à celui de Gabrielle Fenayrou ; encore enfant presque, elle attire des jeunes gens chez elle ; elle se laisse dominer par Eyraud qui la bat, l’exploite; elle lui amène l’huissier qu’il veut assassiner, elle aide au meurtre, elle coud le sac qui contient le cadavre, tout cela sans aucun remords. Elle fait la connaissance d’un homme intelligent c[ui la captive, elle lui avoue son crime comme une chose naturelle, elle le raconte en riant, elle s’étonne qu’on la maintienne en prison.

Ici encore, pas d’hypnotisme, de la simple suggestion chez un esprit faible, hystérique, déséquilibré, dégénéré.

Pour bien faire comprendre la différençe que je fais entre le délit commis grâce à l’hypnotisme et celui commis grâce à la suggestibilité extraordinaire de certains esprits faibles, il faut cjue je rappelle ce cjui a été dit précédemment à propos de la veille somnambulique : la suggestion ne peut se faire, â l’état de veille, chez cles^sujets normaux, que s’ils sont hypnotisables, les suggestions pratiquées par Gilles de la Tourette et Bernheim (1891) chez des sujets non hypnotisables ont été faites, non pas chez des sujets normaux, mais chez des hystériques. En admettant [cette „ distinction entre les différentes suggestions faites â l’état de veille, ou comprend pourquoi les procès rapportés par Liégeois, Bernheim, etc., n appartiennent pas à

DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES

3ol

l’hypnotisme mais à la dégénérescence et à l’iiystérie. Gabrielle Fenayroii et Gabrielle Rompard, n’ayant jamais été hypnotisées, ne pouvaient obéir aveng’lément aux suggestions grâce aux phénomènes hypnotiques ; si elles ont obéi, c’est grâce à un état maladif de leur cerveau les rendant suggestibles. H ne faut enfin envisager à propos de l’hypnotisme, phénomène physiologique, que les suggestions faites dans cet état physiologique; les suggestions faites grâce à un état pathologique, inné du cerveau, n’ont rien à voir avec l’hypnotisme.

.l’ai tenu à insister sur ce point qui n’est signalé dans aucun auteur; c’est à cause de la confusion entre les suggestions hypnotiques et les suggestions hystériques que les rapports de l’hypnotisme avec la jurisprudence semblent si obscurs. Et à vrai dire, en lisant les ouvrages parus sur la question, on se demande où finit l’hypnotisme ; pour peu qu’on se laisse persuader d’une chose par quelqu’un, on est taxé d’avoir accepté une suggestion hypnotique. Grâce â la distinction que je viens d’établir on peut délimiter parfaitement ce qui appartient à l’hypnotisme; je le répète, on ne peut ratiacher â l’hypnotisme que des suggestions faites, soit pendant le sommeil, soit à l’état de veille chez les sujets hypnotisables, les suggestions faites à l’état de veille chez des sujets non hypnotisables appartiennent non pas â l’hypnotisme, mais à l’hystérie.

Les délits et les crimes, réalisés grâce à l’hypnotisme, peuvent être de diverses espèces, ce sont : le viol, les faux et captations de testaments, les faux témoignages, les substitutions d’enfants, les attentats à la personne morale, les rapts d enfants, les viols de la conscience et les crimes proprement dits.

Afin de rendre plus clair l’exposé de ces différents points, je diviserai les délits et crimes commis grâce à l’hypnotisme en deux catégories bien distinctes : ou bien le sujet hypnotisé est passif, et ne prend aucune part à la réalisation du crime, ou bien il est actif, c’est lui qui commet l’acte répréhensible sous l’influence d’une suggestion.

Dans la première catégorie de délits doivent être rangés : certains viols, certains vols d’enfants et même certains crimes;

CIIAIMTRK VI.

flans la clcuxièinc categorie nous placerons : certains viols, certains vols, les faux et captations de testaments, les faux témoignages, les attentats à la personne morale, les viols de la conscience et les -crimes proprement dits.

!'• CATÉGORIE Le sujet est passif.

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