I. — Le viol
Le viol est certes le crime le plus facilement réalisable par l’hypnotisme; il ne s’agit pas ici simplement d’expériences de laboratoires, n’ayant en pratique aucune application, le viol commis sur des somnambules a occupé les tribunaux à différentes reprises.
I. — Affaire Marguerite C ... — En 1858, M. Co5/e, directeur de l’École de médecine de Marseille, et Brogniei\ chirurgien à riiôtel-Dieu de cette ville, furent chargés par la justice de faire iin rapport médico-légal sur le cas d’une jeune fille qui accusait de viol un magnétiseur-guérisseur installé à Marseille. Voici le rapport de la commission ; « La jeune Marguerite A. . , âgée de dix-huit ans, se croyant malade, se fit conduire par sa plus jeune sœur, dans le courant du mois de novembre dernier, chez le nommé G. . . exerçant à Marseille, à ce qu il parait, la profession de guérisseur par le magnétisme.
ff Chaque jour elle allait prendre sa seance. Vers le commencement d’avril s’étant aperçue qu’elle était enceinte, elle porta plainte à l’autorité; et c’est alors que M. le commissaire de police nous commit tous deux à 1 effet de constater la giossesse et l’époque à laquelle elle pouvait remonter, et, en second lieu, de répondre à la question de savoir si la jeune Marguerite A. . . avait pu être déflorée et rendue mère contrairement à sa volonté, c’est-à-dire si cette volonté avait pu être annihilée complètement ou eu partie par l’efiet du magnétisme. »
DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES
Se basant sur le rapport de Hiisson, fait en 1831 à l’Académie de médecine, les rapporteurs émirent cette opinion que « si une jeune fille, sous l’inlluence du sommeil magnétique, est insensible à toutes les tortures, il semble rationnel d’admettre qu’elle pourra subir l’acte du coït sans qu’il y ait participation de sa volonté, sans qu’elle en ait conscience, et que, par conséquent, elle ne saurait repousser par la force l’acte qui est consommé sur elle. »
Les commissaires concluent en conséquence :
1" « La fille Marguerite est enceinte.
2“ « Sa grossesse ne remonte pas au-delà de quatre mois à quatre mois et demi.
3“ « Nous pensons qu’il est possible qu’une jeune fille soit déflorée et rendue mère contrairement à sa volonté, celle-ci pouvant être annihilée par l’effet magnétique. »
Ces conclusions sont extrêmement remarquables eu égard à l’époque à laquelle elles. furent formulées; en 1858 le magnétisme animal était encore considéré comme une duperie, on ne peut s’étonner qu’aucune expérience n’ait été tentée dans le but de s’assurer que Marguerite était hypnotisable et quels étaient les caractères de son sommeil.
Il- — Affaire Lévy. — En 1879, Brouardel fut chargé de donner son avis dans une affaire de viol commis pendant le sommeil hypnotique. A la fin du mois d’avril M™” B. . blanchisseuse à Rouen, déposait au parquet de Rouen , une plainte contre le dentiste Lévy qu’elle accusait d’avoir commis le crime de viol sur sa fille, La mère déclarait avoir été présente pendant toute la durée des séances que sa fille avait faites chez ce dentiste, et elle disait n’avoir rien vu, rien soupçonné, pas plus que sa fille, jusqu’au moment où Lévy lui-même avait instruit celle-ci des actes qu’il avait commis sur sa personne. Tant de naïveté autorisait quelque scepticisme; mais dès la première confrontation avec l’accusé, le dotite sur la réalité des actes commis ne fut plus possible. Devant le juge d’instiuction, Lévy fit cet aveu étonnant ; « Oui, vous étiez pure, vous étiez vierge; vous avez cru, dans votre naïveté, que ce que je faisais était nécessaire, et vous n’avez pas résisté.
354 CllAlMTRE VI.
Sauvez-nioi, sauvez ma reniine el mes enfants, dites que Je ne vous ai pas violée, et je vous donne tout *ce (jue je possède. »
Ainsi Je fait était certain, l’accusé avait eu des raj)ports avec la fille B. . . en présence de sa mère. Pour cela Lévy plongeait la jeune fille dans un état plus ou moins insconscient, il plaçait la mère près du feu lui tournant le dos.
Aussitôt assise dans le fauteuil, Berthe B... s’endormait sans que Lévy lui ait présenté aucune substance narcotique; cette jeune fille était très hypnotisable : « Nous lui avons fermé les paupières, dit Brouardel, et, presque immédiatement nous avons senti les globes oculaires agités de petits mouvements convulsifs, portés en haut et en bas dans un strabisme convergent. La tète s’est renversée sur le dossier du fauteuil, les mains qui étaient croisées sont tombées mollement des deux côtés du corps, la respiration est devenue un peu pénible, les parois de la poitrine se sont soulevées davantage et, dans un espace de temps qui n’a pas dépassé une minute, cette jeune fille s’est endormie... Il est donc possible, actuellement, de provoquer de la façon la plus simple et la plus facile un sommeil artificiel chez cette jeune fille, sans employer aucun agent anesthésique.. . Le procédé par lequel nous avons réussi à endormir la jeune B. . . est celui de l’application des doigts sur les paupières.
O Rien ne porte à penser que ce procédé ait été employé par Lévy; mais on sait que, chez les personnes qui subissent si facilement ce sommeil hypnotique, il suffit, pour le faire naître, d’employer bien d’autres moyens, de faire regarder à un sujet prédisposé par son état nerveux un objet quelconque, un peu brillant, placé à 15 ou 20 centimètres au-dessus des yeux, ou même encore de forcer les yeux à se diriger en haut, sans point de mire brillant, regardant un objet imaginaire ».
La grossesse de Berthe B... coïncidant avec l’époque des premières visites faites au dentiste Lévy, Brouardel arrive à formuler les conclusions suivantes : « Toutes rései’ves faites sur les possibilités de simulation, cet exemple doit être joint à ceux qui les avaient portés è admettre (Dkvergie et Iaudieu)
DISCUSSIONS KT OPINIONS PERSONNELLKS
qu’une fille peut être violée pendant que sa volonté est abolie pai* un état de sommeil nerveux ou hypnotique. »
Les aveux de l’inculpé déterminèrent la conviction du jury et Lévy fut condamné à dix ans de réclusion.
III. — Affaire Maria F. . . — Après les séances de Donato dans la Suisse Romande et dans le canton de Neuchâtel, on vit se produire une véritable « fièvre magnétique » dont voici une des conséquences :
« Le pasteur allemand de la Ghau.x-de-Fonds recevait, en juillet 1881, la visite d’une jeune fille originaire de Zurich, qui lui demandait d’écrire à sa commune pour obtenir l’autorisation. d’aller faire ses couches à la maternité de Berne. Cette jeune fille prétendait être enceinte depuis la veille de Noël. Restée seule un instant ce soir-là avec un jeune homme qui avait l’habitude de la magnétiser, elle fut violée par lui, racontait-elle, après qu’il l’eut endormie. La jeune fille fut reçue à la maternité et accoucha à la fin de septembre.
Mais la lettre du pasteur allemand, qui demandait son entrée à l’hôpital de Berne, tomba sous les yeux du juge d’instruction bernois, qui porta plainte aussitôt auprès du juge de Chauxde-Fonds. Celui-ci fit une enquête, qu’il transmit au procureur général de la République.
M. le docteur Ladame fut chargé de faire un rapport médico-légal sur cette affaire, il eut à répondre aux questions suivantes :
1 Le récit de Maria F... doit-il être considéré comme vraisemblable dans ses traits généraux?
2 Le coït a-t-il pu avoir lieu dans les conditions indiquées par elle et sans qu’elle ait pu se rendre compte des attouchements qu’elle subissait?
3“ La volonté était-elle complètement paralysée chez cette
jeune fille et n’a-t-elle pu opposer à son séducteur aucune résistance ?
4° La conception est-elle possible lorsque la femme est dans un état d’insensibilité absolue.
A toutes ces questions, après avoir fait des réserves quant à la possibilité d’une simulation, Ladame a répondu par