‹ L'hypnotisme scientifique (volume 2)Chapitre 181 sur 208 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l’affirmative; le rapporteur insiste sur ce point, qu’il serait intéressant d’hypnotiser Maria F..., afin d’obtenir une description plus détaillée de la scène.

Cet intéressant rapport n’entralna pas la conviction de la Chambre des mises en accusation; voici ce ([ue conclut le juge d’instruction de la Chaux-de-Fonds : « Il résulte, pour moi, de cette enquête, que les dires de la fille F. sont faux, et qu’elle les a inventés pour obtenir une place à la maternité de Berne, pour son accouchement. Jusque-là elle n’a rien dit à personne. Je puis me tromper, mais tout cela me fait l’effet d’un chantag’e. »

La Chambre des mises en accusation rendit un verdict de non-lieu.

11 est probable qu’en expérimentant sur Maria F., on serait parvenu à savoir la vérité; il est vraiment regrettable que M. Ladame n’ait pu examiner la jeune mère.

IV. — Affaire C. — Une jeune fille de quinze ans se plaignait d’avoir été violée par un prétendu médecin magnétiseur.

« Le 3 juillet 1886, dit-elle, dans son cabinet, G. me fit asseoir et il commença par m’électriser un peu, je vis alors qu’il faisait devant ma figure des signes qui ressemblaient à des passes magnétiques, mais elles n’eurent en moi aucune influence; et alors, avec les appareils électriques, il m’adonné de nouvelles décharges électriques beaucoup plus fortes que celles reçues antérieurement. Le résultat de cette nouvelle épreuve fut de me paralyser absolument. Je ne pouvais plus remuer aucun membre et il m’était impossible de desserrer les dents, ni de pousser un en. G. alors s’est mis à genoux devant moi, il m’a prise par les jambes et m’a tirée sur le bord du fauteuil; il a relevé mes jupons, écarté mes jambes, etc... Je souffrais horriblement sans pouvoir opposer de résistance, ni pousser aucun cri. »

Le D" Tardieu, chargé d’examiner cette affaire, conclut comme suit ;

« 1" L’électricité n’a pu produire, de quelque manière qu’elle ait été appliquée, les effets signalés par la plaignante, ni paralyser ses môuv'ements, ni l empêcher de crier,

DISCUSSIONS KT OPINIONS PERSONNELLES

« 2“ La combinaison de l’électi’icité et des prétendues passes magnétiques n’a pu rien ajouter à ces effets, et aucune influence particulière n’a pu en résulter, qui se serait produite k l’insu de cette jeune fille;

« 3° La déclaration de la jeune G. est en désaccord avec les données les plus positives et les plus élémentaires de la science. »

Ces trois conclusions, qui pouvaient peut-être paraître justes à 1 époque où eut lieu le procès précédent, sont absolument fausses d’après les données actuelles de l’bypnologie : l’électricité peut produire le sommeil hypnotique par suggestion tout comme une foule d’autres moyens, à plus forte raison 1 électricité combinée avec les passes, que la malade savait être « magnétiques », devaient agir pour produire le sommeil; par conséquent les déclarations de la jeune G. pouvaient être parfaitement exactes; elles réclameraient , aujourd’hui, une enquête minutieuse.

La description des quatre procès dont je viens de parler montre 1 importance pratique de l’étude du viol commis sur dus sujets endormis; je dois maintenant examiner dans quelles circonstances cet attentat peut se perpétrer.

D’après Gilles de la Tourette, les états cataleptique et léthargique seraient les plus favorables à l’exécution du viol : « Pendant l’état léthargique ou cataleptique, dit-il, le sujet est une pMe molle, un chiffon inconscient à la merci du premier venu. »... « En thèse générale, dit-il encore, celui qui, lors d’une première hypnotisation, voudra violer une femme’ c evra plutôt profiter de la léthargie où elle est inerte, que du somnambulisme, où elle peut opposer la plus vive résistance « A moins d’hypnotiser pendant longtemps la même personne, de s’en faire aimer comme dans le cas de Bellanger nous admettons en principe, assuré d’avance que l’expérimentation nous donnera raison, qu’un individu qui plonge une emme en somnambulisme ne la possédera que si celle-ci veut len, comme dans la vie normale, céder à ses désirs »

La catalepsie et la léthargie étant exceptionnellement rares SI 1 Idée émise par Gilles de la Tourette était exacte, l’inipor-

CnAPITRE VI.

tance du viol commis sur les somuambules serait peu considérable, il faudrait la coïncidence d’im hypnotiseur malhonnête et d’un sujet exceptionnel. Il n’en est malheureusement pas ainsi, les femmes en somnambulisme véritable sont très fréquemment à la merci de leur hypnotiseur.

Rappelons-nous la différence que nous avons établie entre les états somnambuloïdes et les états somnambuliques ; les premiers se caractérisent par la conservation de la conscience et de la sensibilité ; les seconds, au contraire, s’accompagnent de la perte de la conscience et de la sensibilité ; le viol ne sera presque jamais possible dans les états somnambuloïdes ; dans les états somnambuliques, au contraire, il pourra fréquemment se réaliser. Le sujet, dans ce dernier cas, est insensible ; on peut le toucher, le pincer, le piquer, il ne sent rien, il est le plus souvent inconscient de la position de son corps, on le couche, on le met debout, on l’assied, il ne peut dire dans quelle position il se trouve ; son corps est absolument automatique, on en fait ce qu on veut.

On comprend que, dans un tel état, le viol soit possible. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que cet automatisme physique se rencontre chez un grand nombre de sujets dont l'automatisme moral est loin d’être absolu. La résistance au viol doit être beaucoup moins marquée que celle que l’on rencontre pour la suggestion verbale ; la somnambule véritable, insensible, ne peut se rendre compte des attouchements dont elle est l’objet ; elle ne résiste pas, parce qu’elle ignore ce qu’on

lui fait.

Je ne puis admettre ce que dit Gilles de la Tourette : « Un individu qui plonge une femme en somnambulisme ne la possédera que si celle-ci veut bien, comme dans la vie normale, céder à ses désirs. Dans toute autre circonstance, il devra la violer, dans la propre acception du mot, ce qui ne se fera pas sans d’énormes difficultés, si l’on se rappelle combien est exaltée, chez les somnambules, la vigueur musculaire, au point qu’une jeune fille devient un véritable athlète. »

Gilles de la Tourette cite it l’appui de son opinion im fait de Dyce où deux individus, introduits par un proxénète auprès

DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES

d’une somnanibule, durent la bâillonner et l’attacber pour vaincre la résistance qu’elle leur opposait.

Liégeois dit, au contraire, que « toute personne mise en état de somnambulisme devient, entre les mains de l’expérimentateur, un pur automate, tant sous le rapport moral que sous le rapport physique. » J’ai montré, à propos de la résistance aux suggestions hypnotiques, l’exagération de cette proposition au point de vue du moral du somnambule ; cette exagération existe peut-être aussi au point de vue de son physique, mais elle est, dans ce cas, beaucoup moins marquée. En d’autres termes, autant je crois la résistance morale des somnambules importante et forte, autant je crois leur résistance physique rare et peu marquée ; c’est 'pourquoi je considère le viol comme le crime principal imputable à l’hypnotisme.

Quoi qu’en ait dit Gilles de la Tourette, les viols dont nous avons donné la description précédemment semblent avoir

été commis pendant le somnambulisme; à ces exemples nous pouvons encore ajouter les deux suivants ;

Une hystérique et somnambule quitte le service de Pitres (de Bordeaux), absolument et sûrement vierge. Elle sort accompagnée d’une autre hystérique, elle rencontre deux messieurs qui leur offrent à déjeuner ; « Nous arrivâmes, racontet-elle, dans un petit restaurant en dehors de la ville. Un des messieurs voulut m’embrasser ; je me fâchai vivement, et on se mit â déjeuner sans qu’il renouvelât sa tentative.

« Quand le déjeuner fut fini, mon amie me laissa seule avec lui. 11 voulut encore m’embrasser; je me défendis, je le menaçai de crier et je pris une chaise pour me défendre 11 s’élança sur moi et me saisit les bras. Alors je perdis connaissance et je ne sais plus ce qui s’est passé. Je m’aperçus que J étais mouillée aux parties et que j’y éprouvais un peu de douleur. Je revins â Bordeaux et je rentrai chez moi. „ Neuf mois après ce jour la jeune fille accouchait d’un enfant

Une autre jeune fille, qui était restée semaines â l’Ilôtel-Dieu, passe devant un

pendant quelques café; des étudiants

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