PLANCHE XXXI
Fig, M7.
DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES
pable : le somnambule, en effet, n’a généralement pas l’allure d’une personne éveillée ; on remarquerait bien vite l’aspect étrange du criminel, on le verrait aller automatiquement à son but, comme la pierre qui roule.
L’hypnotiseur, pouvant choisir entre la suggestion criminelle intra-hypnotique et la suggestion criminelle post-hypnotique, n’aura garde d’utiliser la première, il sait trop bien que la seconde lui offre de plus grandes garanties.
Cependant, pour le suicide, il pourrait arriver que l’on se serve de la suggestion intra-hypnotique ; grâce aux expériences de Bottey, nous savons que l’on peut parfaitement amener les somnambules à se tirer des coups de revolver, à s’empoisonner. On pourrait ainsi se débarrasser facilement de quelqu’un, puisque l’on peut même faire écrire à la victime une lettre indiquant les motifs qui l’ont déterminée à se donner la mort.
Ici , l’expérimentation prouve la possibilité pratique du crime ; les sujets, ne sachant pas que le revolver qu’on leur donne n’est chargé qu’à poudre, n’hésitent pas à en diriger le canon vers leur tête et à tirer.
Le sujet sait qu’on lui demande de jouer la comédie, dirait Delbœuf ; mais si, à brûle-pourpoint, un monsieur vous tendait un revolver en vous disant : « Tirez-vous une balle dans la tète, » oseriez-vous faire feu sans hésitation? Non, vous songeriez au danger possible d"une erreur ; vous vous diriez que l’arme peut être chargée. La somnambule n’hésite pas, elle tire ; on lui tend un verre contenant un breuvage verdâtre en lui disant : « C’est du poison, buvez-le. » Elle boit sans réfléchir; en ferions-nous autant? Non, je crois qu’il faut admettre la possibilité des crimes intra-hypnotiques. D’ailleurs, le vol commis par Pitt ’au détriment de de Rothschild prouve jusqu’à quel point un sujet endormi peut être inconscient ; une personne qui donne par suggestion sa cassette de bijoux, à laquelle elle tient énormément, doit être apte à exécuter une suggestion criminelle intra-hypnotique, c’est qu’elle ne présente aucune résistance et qu’elle réalise le type Liégeois : qu’elle est comme le bâton dans la main du voyageur.
cnAPiTnE VI.
On comprend qu’il ne sera pas toujours facile de découvrir celui qui a suggéré le suicide A un somnambule ; si le sujet est mort, la justice trouvera, dans sa lettre, l’explication de son suicide, les médecins déclareront que le coup a pu être tiré par la victime et tous les indices confirmeront cette hypothèse. Mais si le sujet se manque, s’il est blessé, il peut se rappeler, malgré la défense que n’aura pas manqué de faire l’hypnotiseur. Si le criminel emploie le revolver, il arrivera souvent que le sujet ne sera pas mort; mais s’il emploie le poison, s’il a bien calculé la dose, le résultat sera assuré.
Il peut arriver que certains faits mettent sur la voie du coupable, mais il peut se faire aussi que ce dernier échappe à la justice.
h. Crimes post- hypnotiques. — Le crime post-hypnotique est-il réalisable pratiquement, ou n’est-il qu’un crime de laboratoire? Afin de répondre à cette question, il est nécessaire de rappeler les lois qui régissent la résistance des somnambules aux suggestions post-hypnotiques.
1“ Le sujet est un automate parfait, il réalise toutes les suggestions.
2“ Le sujet ne réalise que les suggestions conformes à, son sens moral ou à ses instincts.
3“ Le sujet ne réalise que les suggestions qui lui sont agréables.
4° Le sujet ne réalise aucune suggestion post-hypnotique.
Ces quatre types, qui représentent bien les différentes résistances des somnambules à réaliser les suggestions posthypnotiques ordinaires, peuvent aussi servir à schématiser la résistance des sujets à l’égard des suggestions criminelles.
L’automate parfait, celui qui est comme le bâton dans la main du voyageur, celui qui va à son but comme la pierre qui roule, nous le croyons parfaitement capable de commettre un crime réel : les suicides dont parle Bottey sont concluants à cet égard; il est évident que si ces sujets avaient pu résister, ils ne se seraient pas tiré des coups de revolver, ils n’auraient pas avalé les breuvages noirâtres ou verdâtres qu’on leur présentait comme étant du poison. L’expérience rapportée par notre compatriote Masoin n’est pas moins concluante ; celles
DISCUSSIONS ET OPINIONS PEIISONNELLES
de Voisin et des autues expéi'inientateiii’S sont également probantes.
Pour ma part, j’ai souvent obtenu des résultats analog'ues.
Il ressort d’ailleurs clairement de tout ce que j’ai dit jusqu’ici que l’automatisme de certains somnambules est complet; en étudiant le viol, le vol, les faux, les faux témoignages, les viols de la conscience, toujours les faits, tant expérimentaux que pratiques, m’ont autorisé à admettre l’obéissance absolue de certains sujets. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les crimes proprement dits ? Une femme, ayant le sentiment d^ la pudeur, se donne malgré elle, par suggestion, à un homme qu’elle n’aime pas ; une autre, dont le sens moral est normal, vole sans hésiter; une autre encore fait un faux billet ou un faux témoignage ; et ces sujets ne seraient pas capables, sur l’ordre de leur hypnotiseur, de commettre un assassinat ou un crime?
Il faut se rendre à l’évidence des faits, il faut admettre la possibilité du crime suggéré et cela dans des circonstances bien définies : il peut se faire que le somnambule soit une machine inconsciente, ne se rendant pas compte de la gravité de l’acte qu’on lui fait commettre, il peut avoir un sens moral normal, il ne résiste pas, parce qu’il agit inconsciemment ; il peut encore arriver que le sujet soit conscient, qu’il se rende compte des actes qu’il doit exécuter, mais qu’il soit incapable de résister à la suggestion ; enfin il est possible que le somnambule; capable de résister à la suggestion criminelle, exécute l’acte, parce que ce dernier est en harmonie avec son sens moral dépravé. C’est ainsi que si l’on suggère à un voleur ou à un assassin de voler ou d’assassiner, cet ordre ne fera naître chez ces sujets aucune résistance, puisqu’il est conforme à leurs sentiments instinctifs.
Je viens de prouver que le crime, tant intra-hypnotique que post-hypnotique, est réalisable pratiquement, j’ai insisté sur ce fait que tous les auteurs, sauf Delbœuf, admettent la possibilité du crime suggéré; mais il ne suffit pas pour que la suggestion puisse devenir un moyen d’assassiner et d’empoisonner, que le criminel puisse se servir du somnambule pour perpétrer