‹ L'hypnotisme scientifique (volume 2)Chapitre 198 sur 208 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

chose de semblable à la topturc que pratiquaient nos ancêtres.

On ne doit cependant pas rejeter absolument le somnambulisme pour éclairer la justice; si, par exemple, un prévenu réclame, pour prouver son innocence, l’interrogatoire en somnambulisme, on pourra et on devra même recourir à ce moyen.

Mais dans le cas où l’on pratiquerait cet interrogatoire, les réponses de l’accusé pourraient-elles être considérées comme infaillibles ?

Pour résoudre cette question, il me suffit de rappeler ce qui a été dit précédemment du mensonge possible des sujets hypnotisés : certains somnambules peuvent mentir si les questions qu’on leur pose se rapportent à des faits qu ils sont habitués à nier.

Indépendamment du mensonge possible, il faut tenir compte de la manière d’interroger, des suggestions que Ion peut involontairement provoquer en parlant à l’accusé.

Je suppose un homme innocent, accuse de meurtre ; les preuves abondent, lui seul avait intérêt à la mort de la victime, il ne peut prouver un alibi ; pour prouver son innocence, cet homme propose de se laisser hypnotiser, ce qu on ne peut lui refuser, puisque c’est un moyen d eclairer la justice. Ün endort l’accusé, le juge le questionne avec l’idée préconçue qu’il est coupable, il l’interroge comme il le ferait dans son cabinet, en présence d’un individu éveillé.

« C’est bien vous, n’est-ce pas, qui avez assommé M. X. . .?

— Non.

— Si, si, c’est vous, tout le prouve, avouez votre crime.

— Eh bien, c’est moi. »

Le juge ne se rend pas compte qu’il vient de suggérer à l’inculpé de s’avouer coupable. Voici un fait intéressant, rapporté par Laurent, fait qui prouve quelles précautions il faut prendre pour interroger un somnambule sans rien lui sug-

Un hystérique hypnotisable était accuse de complicité de vol : sa maltresse avait volé un cheval et une voiture, elle l’avait chargé de ramener l’attelage à la maison, lui disant

DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES

qu’elle les avait achetés; telle était du rlioins la version de l’accusé.

Laurent le plonge en somnambulisme.

« Ou VOUS accuse de complicité de vol, dit-il.

— Je suis innocent.

— Vous saviez cependant que le cheval et la voiture avaient été volés.

— Non, non, je n’en savais rien.

— Vous le saviez.

— Je vous jure que non.

— Je vous dis que vous le saviez.

— Non, dit-il déjà plus mollement.

— Je vous assure que vous le saviez ; vous le saviez.

— Oui, je le savais.

— C’est sûr, vous le saviez?

— Je le savais.

— Vous ne saviez pas que la voiture avait été volée.

— Si, je le savais.

— Non, je vous dis que vous n’en saviez rien.

— Non, je n'en savais rien. »

Laurent eutbeau essayer, les réponses ne furent jamais que ce qu’il voulait quelles fussent. « J’ai beau lui ordonner de dire la vérité; la vérité pour lui, c’est ce que je lui dirai, ce que je lui ferai croire. »

Devons-nous pour cela dire, avec Arthur Desjardin et E. Laurent ; « Le juge qui aurait recours à ce procédé d’inquisition devrait être flétri et dépouillé de sa robe? »

Non, l’innocent, accusé d’un délit ou d’un crime, a le droit de réclamer ce mode d’investigation, l’interrogatoire lie peut être dirigé que par un homme parfaitement au courant de la question; dans tous les cas, les résultats de cette enquête ne pourront jamais être considérés comme des preuves irrécusables, mais seulement comme des présomptions qui, jointes à d autres faits, pourront mettre la justice sur le chemin de la vérité.

CnAHTRE VI.

Des variations de la personnalité dans le somnambulisme provoqué.

Pour Dallemag-ne la personnalité est le résultat d’un double travail d’adoption entre l’étre humain et le monde extérieur. Cette définition est bien exacte au point de vue biologique, elle est, du reste, soutenue avec énormément de talent par l’auteur; mais au point de vue hypnotique, nous devons plutôt envisager la personnalité au point de vue psychologique.

Pour Binet, la personnalité résulte de la mémoire et du caractère :

« Deux éléments fondamentaux, dit-il, constituent une personnalité, c’est la mémoire et le caractère. » Pour ce qui concerne les variations de personnalité pendant l’hypnose, le changement du caractère n’existe généralement pas, le somnambulisme ne durant pas assez longtemps. La mémoire, au contraire, subit, dans les états hypnotiques, des variations considérables. J’ai dit que, bien que rien ne soit absolument constant dans l’état de la mémoire des hypnotisés, il n’en est pas moins vrai que le plus souvent le sujet ne se rappelle à son réveil de rien de ce qui s’est passé pendant son sommeil; j’ai dit que, pendant son sommeil, il se rappelle de tout ce qu s’est passé à l’état de veille et, généralement aussi, de tout ce qui s’est passé pendant ses sommeils antérieurs. C’est pendant le somnambulisme que la mémoire du sujet atteint son étendue maximum ; ori peut donc admettre que le sujet a changé de personnalité en s'endormant.

Vous avez, je suppose, suggéré à un somnambule qu’il a vu deux individus rue Royale, que l’un d’eux a avoué avoir mis

1. Dallemagne, Dégénérés et déséquilibrés. Bruxelles, 1894, p. 15.

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