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PLANCHE XXXIV

Fig. 07.

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DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES

le feu à une maison dans la rue de Laeken , vous réveillez le sujet, il ne sait rien ; vous le rendormez un autre jour et il se rappelle de nouveau de la conversation cpi’il a entendue rue Royale ainsique de tout ce qu’il vous aura plu de lui suggérer, ce sujet ne possède-t-il pas deux personnalités bien distinctes?

Vous suggérez à une hystérique endormie que M. X., ici présent, est son amant : elle le serre dans ses bras , vous la réveillez, elle ne se rappelle de rien ; vous la rendormez plusieurs jours après et elle considère de nouveau M. X. comme son amant, sans que vous lui ayez lait aucune nouvelle suggestion I cette malade ne possède-t-elle pas deux personnalités bien distinctes, deux vies différentes ayant chacune leurs sentiments?

Ce dédoublement de la personnalité est assez fréquent chez les somnambules, mais les sujets hypnotisés peuvent encore présenter d’autres variations de leur personnalité.

Pitres a attiré l’attention sur ce qu’il appelle les variations de la personnalité par aliénation; certains sujets endormis parlent d’eux-mêmes à la troisième personne.

Au premier abord, cela parait être une bizarrerie sans importance; en réalité, c’est le résultat d’une perturbation profonde dans la conscience de l i personnalité. Les personnes qui s’expriment ainsi ont perdu la notion exacte des rapports de leur moi du sommeil avec leur moi de la vie ordinaire. Endormies, elles se croient autres qu’éveillées. Une malade nommée Marguerite disait ; « Marguerite est souffrante aujourd’hui ; elle n’est pas contente, elle a été contrariée, il faut la laisser tranquille. — Mais, qui êtes-vous donc, lui dit Pitres, pour parler ainsi au nom de Marguerite? — Je suis son amie. — Et comment vous appelez-vous? — Je ne sais pas, mais j’aime beaucoup Marguerite, et quand on lui fait de la peine, cela m’attriste. » Dans cet état, elle reconnaissait ses amis, mais elle ne tutoyait plus ses parents; son mari était celui de son amie; elle conservait ses penchants, son caractère : sa personnalité seule était changée.

Les variations de personnalité par alternance dont je viens de parler se développent spontanément chez certains sujets

CIIAPITIIE VI.

hypnotisés; mais, comme je l’ai dit précédemment, on peut, par suggestion, provoquer des phénomènes semblables; ou peut suggérer à une femme qu’elle est tour à tour général, médecin, avocat, juge, etc., et l’ensemble de ses actes se conformera à l’idée qu’elle se fait de ces dilférentes positions.

On peut encore, par suggestion, provoquer des variations de la personnalité par réversion, des amnésies partielles rétrogrades avec réversion de la personnalité, variations que Pitres appelle .’si l’on affirme à une malade endormie qu’elle

a tel âge, elle se met à penser et à agir comme si réellement elle avait l’âge indiqué. On peut ainsi provoquer chez des adultes la réversion de la personnalité â un âge quelconque, on peut leur suggérer qu’ils ont dix ans, quinze ans ; aussitôt ils se mettent à agir, à penser, â parler comme ils le faisaient à cet âge : ils ne se souviennent absolument de rien de ce qu’ils ont appris depuis. Bien plus, si l’on fait cette suggestion â une hystérique ayant des zones anesthésiques, l’insensibilité disparaît lorsqu’on lui suggère qu’elle est enfant, parce qu’à cet âge elle n’avait aucun trouble de la sensibilité.

Comme le fait fort bien remarquer Pitres, ces transformations si étranges de la personnalité s’expliquent par deux phénomènes élémentaires : •

1° L’amnésie, qui fait perdre la notion de la personnalité;

2° L’hallucination, qui s’objective fortement et substitue à la notion de personnalité ancienne une personnalité nouvelle.

A l’étude des changements de personnalité se rapporte encore ce que l’on peut appeler la 'liersonnalité de l’écriture.

Comme le disent fort bien Ferrari, Héricourt et Richet, la première conclusion à tirer de ces expériences, c’est qu^’elles démontrent que les variations de l’écriture sont fonctions des variations de la personnalité ; les auteurs font encore remarquer que les variations de l’écriture des sujets reproduisent assez exactement, dans leurs traits généraux, les signes caractéristiques attribués par les graphologues aux diverses personnalités suggérées.

Les changements opérés dans l’écriture ont porté :

1" Sur la dimension des lettres ;

DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES

2” Sur leur contexture ;

3° Sur l’épaisseur des traits ;

4“ Sur leur direction générale.

J’ai fait de nombreuses e.xpériences sur cette question et je dois dire que souvent je n’ai pas réussi; c’est, en effet, que pour réussir dans des expériences semblables, il faut avoir affaire à des sujets intelligents. Célestine ne sait pas écrire, d’antres ne savent ce que c’est qu’IIarpagon, Napoléon, Victor Hugo, etc. Il faut avant tout que le sujet se représente le caractère de la personnalité qu’on lui suggère ; il écrira différemment suivant l’idée qu’il se fait d’une personne. Voici ce que j’ai obtenu avec deux jeunes filles fort intelligentes ; je leur ai suggéré successivement une foule de personnalités et, comme on le voit, l’écriture a chaque fois différé.

La figure 88 (pl. XXXIII) représente l’écriture d’une jeune fille à laquelle j’ai suggéré la personnalité de Napoléon ; la figure 89 reproduit l’écriture de cette même personne, à laquelle j’ai suggéré la personnalité d’Harpagon ; les figures 90 et 91 (pl. XXXIV) représentent son écriture lorsque je lui ai suggéré les personnalités d’un homme à idées larges et généreuses et de Victor Hugo. La figure 92 est l’écriture ordinaire d’une autre jeune fille ; je lui snggère la personnalité de Napoléon, fignre 93 (pl. XXXV) ; d’Harpagon, figure 94; de Victor Hugo, figure 95 ; d’une jeune fille bien sage, figure 96 ; d’un enfant de douze ans, figure 97; d’un vieillard, figure 98.

On peut voir que l’écriture de mon sujet, auquel j’ai suggéré la personnalité de Napoléon, diffère sensiblement de l’écriture du sujet de Ferrari, Héricourt et Richet; c’est sans doute que mon sujet se fait une conception différente du caractère du grand empereur.

Les autographes de Napoléon ne ressemblent aucunement aux deux écritures précédentes. Cela prouve tout simplement que le caractère véritable de Napoléon différait du caractère que nos sujets lui attribuent.

D après ces expériences, je crois pouvoir conclure que, bien qu il faille pour ces recherches des sujets exceptionnels, les données de Ferrari, Hériconrt et Richet sont fondées et

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