CHAPITRE VI
téi’iques ou candidates à l’hystérie. Il peut, employé par des hommes dénués de sens moral, causer de graves dangers pour la société. L’hypnotisme, développé en public, peut agir sur les simples spectateurs dans nn sens fâcheux, c’est un spectacle dangereux et malsain.
« Ce point de vue me semble être trop développé. 11 faut proscrire les hypnotiseurs publics, et j’approuve, quoiqu’en ayant été frappé, la mesure prise par les ministres de la guerre et de la marine d’interdire les manœuvres hypnotiques dans l’armée française. Quelques chercheurs ont pu être gênés dans leurs travaux, qu’ils ont dû abandonner, c'est regrettable évidemment. Mais on se ferait hypnotiser par plaisir ou curiosité par le premier venu.
« On eût détraqué nombre de braves gens. L’hypnotisme est une manœuvre médicale délicate qui doit être étudiée dans les hôpitaux, à l’amphithéâtre, par des savants compétents, et non un passe-temps. La mesure prise par nos ministres aurait pu être moins radicale et prévoir l'exception scientifique ; elle vaut mieux néanmoins que le laisser-faire de l’indifférence. 11 serait à souhaiter qu’on interdît absolument toute représentation publique.
Pitres (de Bordeaux). « Oui. »
Lets (de Paris). « Oui. »
Masoin (de Louvain). « J’estime que l’hypnotisme présente des dangers pour le sujet et la société, et je crois l’avoir démontré dans mes rapports et discours académiques. »
G. Ballet (de Paris). « Pour l’individu, quelques-uns; pour la société^ nuis ou bien minimes. »
Le Menant des Chesnais (de Ville -d’Avray). « Ce que nous avons dit précédemment nous fait considérer l’hypnotisme comme un danger pour le sujet et pour la société. »
David (de Narbonne). « C’est un poison qu’il faut savoir
manier. »
Henrik Petersen (de Boston). « Selon qu’on l’emploie. C’est comme les poisons, dangereux dans les mains ine.xpérimentées ou criminelles, mais utiles s’ils sont savamment manipulés. »
DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES
De Baets (abbé de Gand). « Que l’iiypnotisme enti-e les mains du premier venu présente des dangers pour le sujet et pour la société, me semble chose incontestable. »
DuMONTPALLiEii (de Paris). « Non, entre les mains des médecins instruits et honnêtes. »
Sanchez Herrero (de Paris). « L’hypnotisme thérapeutique pratiqué par des opérateurs compétents, non ; l’expérimentale, avec limitation, non plus. »
A. Voisin (de Paris). « L’hypnotisme ne présente aucun danger pour le sujet et la société, lorsqu’il reste employé par les médecins. »
De JoNG (de la Haye). « L’hypnotisme, dans les mains d’un médecin qui est parfaitement au courant de l’hypnologie et de la thérapie suggestive, ne présente aucun danger pour le sujet et pour la société. »
Lajoie (de Nashua-New-Hamspire). « Oui, quand ce n’est pas un homme de l’art qui hypnotise. »
Beaunis (de Paris). « Les mêmes dangers que peut présenter toute médication active mal ou criminellement employée. » JoiRE (de Lille). « Non, à condition de n’être employée que par des mains expérimentées. »
OcHOROWicz (de Varsovie). « Comme le gaz, l’électricité, les médicaments, pas davantage — plutôt beaucoup moins. En somme, rien de sérieux dans les mains honnêtes et expérimentées. »
Baron von Schrenck Notzing (de Munich). « Lorsque l’hypnotisme est appliqué dans un but thérapeutique conformément aux principes de l’École de Nancy, par des médecins compétents, c’està-dire bien familiarisés avec son application, il ne présente aucun danger ; les inconvénients qui pourraient en résulter sont en tout cas moindres que ceux de l’application de la plupart des autres remèdes. Au contraire, les expériences psychologiques accroissent l’automatisme et ne doivent être faites sans l’autorisation du sujet. On fait bien de ne pas en faire sur les malades. »
L’hypnotisme manié par des mains expérimentées est inoffensif et souvent très utile, il devient au contraire souvent
cnApiTniî VI.
dangereux lorsqu’il est appliqué ù tort et à travers, à tout le monde.
L’hypnotisatiou peut amener le développement de la neurasthénie, Linden en cite un exemple, Guermonprez a vu des étudiants perdre leur aptitude au travail pendant plusieurs semaines sous l’inlluence des pratiques des magnétiseurs.
" Masoin a vu un jeune ecclésiastique dont le cerveau était profondément troublé à la suite des pratiques d’un amateur; Pitres a vu un jeune avocat qui, à la suite des manœuvres de Donato, fut obsédé pendant plusieurs semaines par la crainte d’avoir aliéné son libre arbitre.
L’hypnotisation intempestive peut encore provoquer l’apparition d’attaques d’hystérie : Ladame, Boddaert, Seglas, Rommelaere, Pitres en ont observé des exemples et moi-même j ai vu deux fois survenir une attaque d’hystérie en voulant hypnotiser des sujets.
Enfin, certains sujets des magnétiseurs de tréteaux sont d’une telle sensibilité aux pratiques hypnotiques que la moindre chose provoque chez eux le sommeil ; si quelqu un les regarde un peu fixement, ils s’endorment; s ils voient une lumière vive, ils sont fascinés; si on leur met la main sur la tête, le sommeil arrive. Ces sujets peuvent se trouver à la merci du premiei venu qui les rencontre.
Ces dangers disparaissent lorsqu’on emploie l’hypnotisme en connaissance de cause, il faut calmer le sujet avant de 1 endormir; s’il est agité, craintif, il ne faut pas essayer de l’hypnotiser ; quand il est endormi, il faut lui suggérer un état cérébral parfait pour le réveil. En pratiquant l’hypnotisme scientifiquement, je ne crois pas qu il faille se préoccupei de ses dangers, Bernheim n’en a jamais provoqué et, quant à moi, hormis chez les deux sujets hystériques dont j’ai parlé, je n’ai jamais produit aucun accident, et dans ces deux cas, le mal n’était pas bien grand, ces personnes ayant spontanément plusieurs accès par jour.
Pour la société, les pratiques d’hypnotisme ne sont pas moins dangereuses que pour le sujet ; non seulement les spectateurs des séances d’hypnotisme peuvent être troublés au point de
DISCUSSIONS ET OPINIONS PERSONNELLES
manifester de l’hystérie, de l’épilepsie, de la neurasthénie, etc., mais l’hypnotisme présente encore pour la société un danger réel par la possibilité de provoquer des suggestions criminelles.
Je me suis assez longuement étendu sur les crimes hypnotiques pour qu’on comprenne les dangers de l’hypnotisme manié par des mains criminelles.
Faut-il interdire les séances publiques d’hypnotisme , selon l’opinion de Charcot, Lombroso, Gilles de la Tourette, Pitres, Masoin, Boddaert, Crocq, Héger, etc.? Ou bien faut-il les permettre, comme le prétendent Liébault, Bêrnheim, Delbœuf, Morselli?
Voici l’opinion de quelques auteurs ‘ :
Dumontpallier (de Paris). « Certes oui. »
Sanchez Herrero (de Madrid). « Avec toute grandeur. »
Marot (de Paris). « Je crois qu’il y aurait à cela tout avantage. Il est toujours au moins inutile d’augmenter le champ du merveilleux, ne fût-ce que pour ne pas augmenter la crédulité. De plus, ces séances publiques ne peuvent qu’être l’occasion — et elles l’ont été trop souvent — de l’éclosion de troubles nerveux plus ou moins graves, chez des prédisposés (qui peut-être n’auraient jamais, sans cela, trouvé l’occasion du développement de leur prédisposition.) »
A. Voisin (de Paris). « Il faut interdire les séances publiques d’hypnotisme. »
Azam (de Bordeaux). « Oui, je suis absolument partisan de cette interdiction et j’approuve le Gouvernement qui a donné l’exemple de cette sévérité. Le spectacle des troubles nerveux que provoque l’hypnotisme peut avoir des conséquences déplorables. Ce spectacle est plus ou moins sincère et n’a d autre but que d’extraire quelque argent du public de badauds, en exploitant une des misères de notre nature : la croyance au merveilleux.
« S’il est sincère, l’autorité doit protéger la victime dont le système nerveux est exploité par un homme quelconque; s’il