‹ L'hypnotisme scientifique (volume 2)Chapitre 3 sur 208 · WiRDiG, Nova medicina spirituum. Hamburg · texte numérisé non relu

WiRDiG, Nova medicina spirituum. Hamburg

8. Maxwell, Medicinæ magneticæ libri ti'es, etc. Franckfort, 1679.

APERÇU HISTORIQUE

fluide sidéral. « Antoine Mesmer était entreprenant, audacieux, avide de renommée et de fortune, et peu scrupuleux sur le choix des moyens qui devaient le conduire à son but (Pitres). »

N’ayant obtenu à Vienne que du mépris, Mesmer se rendit à Paris, où il eut un succès considérable ; il y publia plusieurs trav.aux tendant à prouver qu’un fluide magnétique, émané des astres, pénètre tous les corps. Ce Iluide se répartissant différemment suivant les individus, amène la santé ou la maladie. Appliquant ces données ù 1 art de guérir, Mesmer crut posséder le moyen de combattre toutes les maladies. « La nature, dit-il, offre dans le magnétisme un moyen universel de guérir et de préserver les hommes. » Les malades se présentèrent en foule, et Mesmer, ne possédant plus assez de fluide pour satisfaire tout le monde, s’adjoignit un valet toiicheur.

Pour magnétiser ses malades, Mesmer s’asseyait, le dos vers le nord, en face des sujets, ses genoux contre ceux des patients, ses yeux dans leurs yeux, ses mains sur leurs hypocondres ; il n’ém ployait que l’attouchement et le regard. Mais bientôt Mesmer et son valet toucheùr ne suffirent plus à la tâche et le célèbre magnétiseur inventa le procédé du baquet magnétique.

« C’était, au milieu d’une grande salle, une caisse circulaire, faite de bois de chêne et élevée d’un pied ou d’un pied et demi: ce qui fait le dessus de cette caisse est percé d’un •nombre de trous, d’où sortent des branches de fer coudées et mobiles. Les malades sont placés à plusieurs rangs autour de ce baquet et chacun a sa branche de fer, laquelle, au moyen d’un coude, peut être appliquée directement sur la partie malade : une corde passée autour de leur corps les unit les uns aux autres ; quelquefois on forme une seconde chaîne en se communiquant par les mains, c’est-à-dire en appliquant le pouce entre le pouce et le doigt index de son voisin ; alors on presse le pouce que l’on tient ainsi, l’impression reçue à la gauche se rend par la droite et elle circule à la ronde*. »

Pour compléter l’action magnétique du baquet, dans le silence de la salle s’élevait un air- mélodieux, produit par un

\. Rapport des commissaires chargés par le Roi de l’examen du magnétisme animal. Paris, 1784.-

aiAI'lTIlK PRKMlKll.

piano forte ou un hannonica ; quelquefois, une voix liuinaine ^’y joignait. Mesmer se promenait dans la salle en habit de soie lilas, il tenait à la main une longue baguette de fer, dont il touchait les parties malades des patients; souvent aussi, il magnétisait en fixant le regard ou en appTupuint ses maijis sur les bypochondres des malades ; (|nel([iiefois encore, il employait les passes.

« Alors, rapporte Bailly dans son rapport à l’Académie des sciences, les malades offrent un tableau très varié. Quelquesuns sont calmes et n’éprouvent rien ; d’autres toussent, crachent, sentent quelques légères douleurs, une chaleur locale ou une chaleur universelle et ont des sueurs ; d’autres sont agités et tourmentés par des convulsions. »

Ces convulsions n’étaient que des attaques d’hystéiae ; leur fréquente apparition sous l’influence des pratiques de Mesmer fit dénommer la salle où il opérait du nom à’E?ifer à convulsions.

L’engouement produit par les guérisons indiscutables obtenues à l’aide de ce moyen fut tel que Mesmer s’installa dans un vaste hôtel de la place de la Bourse. Quatre baquets magnétiques y fonctionnaient continuellement; un baquet était réservé aux indigents, mais l’affluence des malheureux y fut telle que Mesmer imagina Yarbre magnétique : il alla magnétiser un arbre au bout de la rue de Bondy, et bientôt des milliers de malades vinrent s’y -attacher avec des cordes.

Mesmer voulait obtenir une récompense du gouvernement français; grâce à Desion, régent de la Faculté de médecine, le Roi nomma une commission, composée de Borie, Sallin, d’Arcet et Guillotin, de la Faculté de Paris, et de Franklin, Leroy, Bailly, de Borry et Lavoisier, de l’Académie des sciences. Les conclusions du rapport furent défavorables au magnétisme : le magnétisme animal n’existe pas, son utilité en thérapeutique est nulle, ses pratiques sont dangereuses et immorales.

Ce rapport porta un coup terrible à la renommée de Mesmer ; beaucoup de malades, parmi lesquels se trouvaient le prince Henri de Prusse et la princesse de Lamballe, n’étant nulle-

APKUÇU HISTORIQUE.

ment influencés par ses pratiques, commençaient à combattre les prétendues vertus curatives du magnétisme.

Voyant son étoile pAlir, Mesmer voulut vendre son secret au gouvernement, il ne réussit pas ; condamné par les sociétés savantes, délaissé par la clientèle, Mesmer quitta la France en 1785. Pendant les cinq années qu’il avait passées à Paris, il avait rairîassé une fortune considérable, ce qui suffisait à sou bonheur.

Mesmer n’avait fait faire aucun progrès à la science magnétique, sa théorie était celle de Paracelse, ses pratiques ne faisaient que reproduire celles de Glocenius, Burgraeve, van Helmont. La seule conséquence utile du Mesmérisme fut d’attirer l’attention du marquis de Puységur sur les phénomènes magnétiques.

Autant Mesmer avait été charlatan et intéressé, autant le marquis Chastenet de Puységur’ fut scientifique et philanthrope : retiré dans sa terre de Busancy, il pratiquait le mesmérisme par amour de l’humanité souffrante.

« Un jour, par hasard, il vit se produire un phénomène entièrement nouveau. Un jeûne paysan de vingt-trois ans, nommé Victor, atteint depuis quatre jours d’une fluxion de poitrine, tombe, pendant qu’on le magnétise, dans un sommeil paisible, sans convulsions ni douleurs. Il parlait, s’occupait tout haut de ses affaires. On pouvait changer sans effort le cours de ses idées, lui inspirer des sentiments gais ; alors, il était content, s’imaginant tirer à un prix, danser à une fête. Simple et niais pendant l’état de veille, il devint, pendant sa crise, d’une intelligence profonde ; on n’a pas besoin de lui parler, il suffit de penser devant lui pour qu’il comprenne et réponde. » (Binet et Féré.)

Le marquis, ayant vu pour la première fois un sujet en somnambulisme, renouvelle ses expériences ; il est émerveillé, les malades accourent de tous côtés. Ne pouvant suffire à la tâche, il renouvelle le procédé de Mesmer, il magnétise un orme planté sur la place du village ; les patients sont assis

1. Puységur, Mémoires pour servir à Vhistoire du magnélisme animal, 1784.

CHAPITIIE PREMIER.

sur des baucs, des cordes partant de l’arbre merveilleux enlaçant les parties malades.

Puységur fut frappé des conséquences <pii peuvent résulter de l’empire que possède le magnétiseur sur ses malades, il reconnut l’automatisme des somnambules, les mettant à la merci de leur bypnotiseur.

Malheureusement, Puységur ne put continuer ses recherches, il fut rappelé à son régiment à Strasbourg : en six semaines, il avait découvert deux faits importants, alors que Mesmer, en six années, n’avait déduit aucune conséquence scientifique de ses pratiques. Grâce â Puységur, on connaissait, en liSl, le sommeil somnambulique, et l’on savait l’importance médicolégale du pouvoir du magnétiseur sur ses malades.

L’influence du marquis fut grande en province : des sociétés scientifiques se constituèrent à Strasbourg, Metz et Nancy, dans le but d’étudier les phénomènes magnétiques. A Paris, au contraire, cette influence fut presque nulle, la Révolution approchait et les esprits, préoccupés, oublièrent bien vite

Mesmer et ses adeptes.

Pendant trente années, aucun travail ne parut sur le magnétisme animal, il faut arriver en 1815 pour voir Deleuze, savant honorable et judicieux, affirmer l’existence du fluide magnétique; cet expérimentateur reconnut, le premier, que e sujet, une fois réveillé, n’a plus aucun souvenir de ce qui s est passé pendant le sommeil.

En parcourant, ainsi que nous l’avons fait, les théories re atives au magnétisme animal, on voit que tous les auteurs anterieurs à 1815 ont admis, pour expliquer les pbénoinènes mer veilleux qu’ils provoquaient, un fluide spécial, différemment réparti suivant les constitutions. Pour magnétiser une personne il fallait, pensait-on, que le magnétiseur charge le magnetis de son fluide. Ce fut l’ère du magnétisme animal, base sui

l’inconnu et le merveilleux.

T’est en 1813 que commence l’ère de l’hypnotisme tel qu ou lelnçoit anjonrbini; son fondateur tnt l’abbé Faria', prêtre

Page 1