‹ L'hypnotisme scientifique (volume 2)Chapitre 4 sur 208 · Faria, De la cause · texte numérisé non relu

Faria, De la cause

du sommeil lucide. Paris, 18i9.

APERÇU HISTORIQUE

portugais, dont les théories diffèrent totalement de celles de Mesmer.

Faria, grand vieillard efllanqué, au teint cuivré, avait habité longtemps les Indes, où il avait étudié les mystères de 13rahma.

Il donnait à Paris des séances publicpies, dans lesquelles il s’efforcait de prouver que le fluide magnétique n’existe pas; la cause du sommeil hypnotique résidant essentiellement dans le cerveau du sujet, le magnétiseur ne jouit d’aucune propriété spéciale. Pour provoquer le sommeil somnambulique, Faria faisait asseoir le sujet dans un fauteuil, il lui ordonnait de fermer les yeux et, tout à coup, d’une voix forte et impérative, il disait : «Dormez», répétant l’ordre si l’effet n’était pas suffisant. L’expérience réussissait souvent, s’il faut en croire le général Noizet.

Faria édifiait ainsi la base de la doctrine de l’École de Nancy; ses adeptes étaient nombreux, mais le savant prêtre n’était pas assez charlatan pour résister à la critique et aux moqueries des incrédules. Un jour, un comédien simula le sommeil, au commandement de Faria, il feignit de s’endormir. Tout à coup il se leva et dit en riant : « Eh bien ! Monsieur l’abbé, si vous, magnétisez les gens comme vous m’avez magnétisé moi, vous ne faites pas dormir grand monde. Je me suis moqué de vous. » L’affaire s’ébruita et l’abbé Faria, considéré comme un imposteur, fut oublié pour toujours.

I lusieurs auteurs, dont il ne faut citer les noms que pour mémoiie, s occupèrent alors du magnétisme, mais leurs idées, basées sur les anciennes théories fluidiques, ne firent progresser en rien la connaissance des phénomènes hypnotiques.

C’est en 1841, qu’un chirurgien de Manchester, James Braid‘, reprenant les idées émises en 1815 par l’abbé Faria, fonda la doctrine de l’hypnotisme, en renversant celle du magnétisme animal. Braid n’avait d’abord vu dans les pratiques des magnétiseurs que de la supercherie et du charlatanisme ; cependant, après avoir assisté à plusieurs séances données par Lafontaine, il eut un doute; il se mit à étudier la question et il publia

• 1. Braid, Neurypnologie. Trad. française Simon. Paris, 1883.

CHA.P1ÏI\E PHEM1ER.

bientôt un ouvrage intitulé : Nevrypnologie, traité du sommeil nerveux ou hypnotisme (1843). Je ne puis mieux caractériser l’œuvre de Braid (pi’en reproduisant la préface que Brown- Séquard fit pour la traduction française de cet ouvrage, parue quarante ans après l’édition anglaise.

« Il a, dit le savant physiologiste, prouvé qu’aucune force spéciale n’est émise par l’individu qui agit comme hypnotiseur. 11 a montré que la volonté ou les idées de cet individu, tant qu’elles ne sont pas exprimées par la parole ou par d’autres sons; que sou regard, s’il n’est pas vu; que ses gestes, s’ils s’agitent dans l’air, ne produisent aucun effet chez l’hypnotisé ou chez le sujet à hypnotiser. Enfin, et comme complément nécessaire de ce qui précède, il a prouvé que l’état hypnotique et tous les phénomènes qu’il comporte ont leur source uniquement dans le système nerveux de l’individu hypnotisé, luimême. »

Le Braidisme n’eut qu’un retentissement modéré en France et en Angleterre; aux Etats-Unis, Grimes le propagea sous le nom d’électro-biologie. Eu 1850, la doctrine de Braid fut reprise en Angleterre parDarling, Bennett, Simpson, Carpenter et llollander.

Eu France, ce n’est qu’en 1860 que l’on s’occupa de cette question : Durand ‘ (de Gros) exposa le Braidisme, il chercha à en donner une explication physiologique et le professeur Azam^ reproduisit à Paris les expériences de Braid : il insista surtout sur l’anesthésie des sujets hypnotisés, il pensa avoir trouvé une méthode pouvant remplacer la chlorofformisation.

Les travaux de Azam furent le point de départ de nombreuses recherches : en 1866, Mesnet fit une curieuse étude sur le somnambulisme pathologique; la même année, Liébault publiait l’ouvrage qui servit de base aux doctrines de l’école suggestive de Nancy.

Malgré ces importants travaux, il y avait encore des incré- < dules : en 1874, Dechambre, à l’article mesmérisme de son

1. Durand (de Gros), Cours théorique et pratique de Braidis7ne. Paris, 1860.

2. Azam, Travaux réunis dans : Hypnotisme, double conscience, etc. Paris, 1887.

APERÇU HISTORIQUE

dictionnaire de médecine, ne voyait dans les pratiques hypnoq^G mensonge, mauvaise toi et sotte crédulité.

Richet*, en 1875, après une année d’expérimentation, fut convaincu de la réalité des pliéuomônes hypnotiques, il n’hésita pas à se déclarer partisan du Braidisme. Malgré cela, l’hypnotisme fut encore considéré par de nombreux médecins comme une science occulte n’ayant aucune hase scientifique, et, de peur de se compromettre, on n’osait se prononcer sur la valeur de ces phénomènes.

Il fallait l’autorité et le savoir de Charcot pour trancher la question : l’éminent professeur fut convaincu de la valeur scientifique de l’hypnologie, cette science le captiva et bientôt il eut édifié de toutes pièces une doctrine qui compte encore actuellement de nombreux partisans.

Charcot^ considérait le sommeil hypnotique comme une névrose se développant exclusivement chez les sujets hystériques; d’après lui, ce sommeil comprenait trois états différents : l’état cataleptique, l’état léthargique et l’état somnambulique, caractérisés chacun par des phénomènes spéciaux.

Pendant que Charcot vulgarisait en France la science hypnologique, Heidenhain ® soutenait, en Allemagne, la réalité des phénomènes hypnotiques ; après avoir assisté aux représentations de Hansen, il fit des recherches personnelles et publia un travail qui eut beaucoup de retentissement.

En Suisse, l’hypnotisme fut étudié par Ladame et Yung, privat-docent à l’université de Genève.

En 1884, Bernheim \ élève de Liébault, compléta la doctrine émise par son maître : loin de considérer le sommeil hypno®tique comme une névrose, apanage exclusif des hystériques, Bernheim assura qu’il se produit aussi chez les sujets normaux, il considéra les phénomènes hypnotiques comme purement dus à la suggestion, il n’admit pas cj[ue les sujets présentent

1. Richet, Du somnambulisme provoqué {Journ. de Van. et de la phys., 1875).

2. Chaecot, Note sur les divers étals nerveux déterminés par V hypnotisation sur tes hystéro-épileptiques {Académie des sciences, 1882).

3. Hkidenhain, Der sogenante thierische Magnetismus. Leipzig, 1880.

4. Bernheim, De la suggestion dans l’état hypnotique et c/a»is l’état de veille. Paris, 1884.

CriAPITIlE PREMIER.

spontanémcnl les trois j)liases décrites par Gliarcot ; lorsque CCS états se produisent, c’est grâce â une suggestion, c’est qu’oü les provoiiuc en suggérant au sujet endormi de les présenter.

(ie fut la môme année que Liégeois', de Nancy, commença son étude juridique de l’hypnotisme et que Pitres, de Uordeaux, publia les cpiatre premières leçons de son cours de clinique, leçons consacrées à l’étude des suggestions hypnotiques.

A partir de cette époque les travaux d’hypnologie furent nombreux, je ne puis faire l’étude de toutes ces publications, dont j’aurai du reste l’occasion de parler bientôt.

En résumé, l’bistoire scientilique de l’hypnotisme se divise en deux périodes bien distinctes : l’ère du magnétisme animal et Père de l’hypnotisme : la première débute avec Paracelse, en 1529, et se termine en 1815 grâce â l’abbé Faria; la seconde débute avec l’abbé Faria et ne semble pas devoir se terminer de si tôt.

1. Liégeois, La suggestion dans ses rapports avec le droit civil et le droit criminel.

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