Binet, U Hallucination {Revue philosophique, avril
doctriniîs de l’école de pauis.
moitié vert et moitié blanc d’un côté, complètement blanc de l’antre, portant à son centre, sur les deux faces, un point destiné è immobiliser le regard, fixé pendant une demi-minute du côté vert-blanc, donne la sensation d’un carton rouge-vert, si l’on fixe ensuite l’autre côté complètement blanc (Paiunaud). Ce contraste chromatique se réalise aussi bien pour les couleurs suggérées que pour les couleurs réelles. Richer, modifiant cette expérience, suggère un carré vert au milieu d’une feuille de papier blanc, il présente ensuite au sujet une autre feuille de papier identique, et ce dernier y voit un carré rouge, couleur complémentaire du vert suggéré.
L’hallucination, qui n’est en somme qu’un souvenir, se comporte donc comme la sensation réelle ; ce qui indique l’unité de siège et l’identité de nature des modifications matérielles cérébrales qui accompagnent ces deux états de conscience différents, sensation et souvenir.
Nous avons dit précédemment que l’hypnotique associe l’image hallucinatoire à une sensation extérieure, il prend des points de repère, l’hallucination se localise. Pour prouver ce fait, Charcot prend une vingtaine de feuilles de papier semblables, il en choisit une ou deux au dos desquelles il trace un faible trait de crayon ; il suggère ensuite à la malade l’existence d’un portrait sur ces feuilles ; il les place au hasard parmi les dix-neuf autres feuilles, et la malade ne voit le portrait que sur les deux premières; elle reconnaît ces feuilles qui, pour tout le monde, sont semblables aux autres, mais qui présentent sans doute un point de repère pour le sujet.
On peut produire des suggestions inhibitoires, des hallucinations négatives : on peut supprimer partiellement ou complètement l’activité d’un sens ; on peut suggérer la perte totale de la vue, la cécité partielle pour un objet ou pour une personne quelconque. Cependant si l’on place devant la figure d’une personne un écran rendu invisible, le sujet ne peut indiquer les grimaces que fait cette personne; l’écran joue donc son rôle ordinaire, il est vu par l’œil, l’image cérébrale seule n’existe pas.
En somme, le sujet doit distinguer un objet afin de ne pas le voir : pour prouver ce fait, Richer montre au sujet dix car-
CHAl'ITllIi II.
tons semlilciblos ; il lui suggère que ruu cl’eu.Y sera invisible; le sujet voit les ueul’ autres cartons et le preiuicr seul n’est pas perçu; pour le reconnaître, il faut évidcinincnt que la soninainbule le voie.
Riclier fait alors fixer à la malade un carré rouge au milieu d’une feuille de papier blanc, en lui suggérant de ne pas voir le carré rouge ; il lui présente ensuite une feuille complètement blanche, et la somnambule accuse un carré vert (jui n’est autre que l’image consécutive du carré rouge ([u’elle n’a pas vu.
Les illusions et hallucinations peuvent encore se produire sous forme de sensations internes et viscérales; on peut suggérer aux somnambules qu’ils sont ivres, qu’ils ont des coliques, etc.
On peut changer la personnalité du sujet, le transformer en singe, en chien, en oiseau, et on le voit reproduire les allures de ces animaux; on peut suggérer une personnalité humaine quelconque, c’est ce que Richer a appelé V objectivation des types, le sujet est acteur, il joue le rôle du personnage suggéré; on peut le transformer eu paysan, en général, en roi, en religieuse, etc.
h. La suggestion verbale peut provoquer des amnésies quelconques : on peut faire oublier au sujet son nom, un mot, les chiffres, les faits relatifs à un événement, etc.
c. On peut, par suggestion verbale, produire des paralysies, des contractures plus ou moins étendues; ces paralysies s’accompagnent souvent de perte de la sensibilité et du sens musculaire, d’exagération des réffexes tendineux et quelquefois de trépidation spinale et de troubles vaso-moteurs.
d. Enfin on peut produire le mouvement par simple commandement; l’hypnotisé devient alors la chose de l’expérimentateur; il peut même devenir un instrument de crime. Cependant le somnambule peut résister à la suggestion et opposer un refus formel à sa réalisation : « Le plus souvent, dit Richer, ce pouvoir de résistance est faible^ l’expérimentateur en a facilement raison. Mais quelquefois cette résistance ne peut être vaincue. »
DOCTIlINIîS DlC L’ÉCOLE-Dli: l'AlUS.
Afin de compléter les données de l’Ecole de Paris sur la suggestion, il faut que je décrive les idées de Gilles de la Tourettc^ Cet auteur divise les suggestions en inti-a-liypuotiques, post-hypnotiques et à l’état de veille.
Gilles de la Tourette émet pour les suggestions tant intra (pic post-hypnotiques les propositions suivantes :
« Les hypnotisés suggestibles exécutent, pendant le sommeil, tous les actes <pii leur sont' commandés.
« Ces mômes actes sont exécutés, au réveil, par l’hypuotisé, dans les conditions déterminées à l'avance par l’hypnotiseur.
« Le sujet qui exécute une suggestion post-hypnotique ne se souvient nullement de la personne qui lui a donné l’ordre, ni des conditions dans lesquelles cet ordre a été donné.
« Le souvenir existe à nouveau lors d’une deuxième hypnotisation. »
A ces propositions, l’auteur fait de nombreuses réserves, il attire l’attention sur les variations nombreuses que peuvent présenter les sujets; il conclut qu’il faut avoir, à nombreuses reprises, hypnotisé un individu pour savoir exactement ce qu’il est capable d’exécuter par suggestion.
Gilles de la Tourette, qui, comme on le sait, s’est surtout occupé des suggestions criminelles, insiste peu sur les suggestions intra-hypnotiques : le sujet endormi sera remarqué s’il commet un acte quelconque, il sera arrêté et interrogé. Au contraire, s’il exécute une suggestion post-hypnotique, il aura 1 apparence normale, il croira môme à son libre arbitre.
L’auteur a produit des assassinats, des empoisonnements expérimentaux, qui ont parfaitement réussi, mais il attire à juste titre l’attention sur la résistance aux suggestions; il croit qu il est nécessaire que la suggestion soit acceptée pour que son exécution soit assurée.
« Le somnambule hypnotique, dit Gilles de la Tourette®, n est pas un pur automate, une simple machine que l’on peut faire tourner au gré de tous les vents de l’esprit. Il possède