Gillks db la Tourbtte, loc. cit., p
CII\1'ITUK II.
iiiinel ! un névropathe, un hystéri(pie clans l’immense majorité des cas, hypnotisé déjà un grand noml)re de; fois ; car, nous ne saurions trop le répéter, ce n’est pas, comme semble .le croire M. Liégeois « en regardant lixement c[uelcju’un à table, dans un salon, au théâtre, dans un compartiment de chemin de fer », cju’on lui suggérera de se faire l’exécuteur fidèle des rancunes d’autrui... Ce n’est pas de but en blanc c]ue le magnétiseur ourdira son crime; il devra soigneusement prendre ses précautions et s’arranger de telle sorte cpi’un fil de sa trame ne ne soit pas rompu. A la grande rigueur conçoit-on, dans les très grandes villes où tant de crimes indépendants de la suggestion restent impunis, la possibilité de tels actes et l’impunité pour le siiggestionneur. Mais en province, à la campagne, cela nous semble parfaitement impossible. »
Gilles de la Tourette reconnaît cpe l’on peut .suggérer un faux témoignage à plusieurs individus, il avoue que ces individus seront certains d’avoir vu ou entendu telle chose, mais il croit c£ue la position de l’accusé ne serait pas bien dangereuse. « Nous croyons, dit-il, que la position de 1 accusé serait beaucoup moins dangereuse que celle du suggestionneur. En admettant môme qu’il ne puisse invoquer un alibi, il pourra, par exemple, facilement prouver, si cette première erreur n’avait été relevée par l’emiuète, que X, Y, Z n’étaient pas, au moment du crime, à tel endroit, ensemble, à la même heure. On pourra se demander alors dans quel but tous ces névropathes viennent faire une déposition — qui tout entière se ressentira forcément dé son origine — et accuser M. A. d un crime que celui-ci nie énergiquement avoir commis, et que rien dans ses antécédents, dans sa manière d’ôtre, ne saurait justifier. »
Cet auteur admet aussi la possibilité d’obtenir des somnambules des révélations, des confidences que ceux-ci n eussent certainement pas faites pendant la veille ; toutefois, il insiste sur ce fait, que môme à l’aide des suggestions les plus appropriées, on ne peut obtenir une réponse à toutes les questions, bien plus, dans certains cas Ica sujets n’bésitcut pas à mentir pour cacher leurs sentiments intimes.
I DOCTRINKS DK l’ÉCOLE DK PARIS.
I Tel est l’cxpos(5 des idées de Gilles de la Tourette sur les B sug-gestions ci'iminelles, mais tons les partisans de l’Ecole de I Paris ne sont pas aussi exclusifs : Mesnet', membre de l’Acali démie de médecine, vient de prouver expérimentalement la j possibilité du viol pendant le somnambnlisme.
Une icune malade se trouvait dans un service de chirurgie,' voisin de celui de Mesnet, elle avait été considérée comme atteinte de métrite ; on lui proposa l’examen au spéculum, elle le repoussa avec indignation et fut prise à la suite de cette proposition d'attaijues violentes d’hystérie. Elle fut transportée dans le service de Mesnet, ou lui proposa de nouveau l’examen au spéculum, elle répondit (pi'elle n’y consentirait jamais.
I Pendant quinze jours on insista journellement auprès de la i malade pour qu’elle consente à cet e.xamen, aucun raisonne- : ment ne put la convaincre, le nom seul de l’instrument suffisait à l’irriter.
Un jour, à sa visite, Mesnet l’hypnotise, elle présente le 1 somnambulisme, ou lui ordonne de se lever et de se rendre I au lit d’examen, elle obéit.
Le lit d’examen se trouvait dans une chambre voisine, elle hésite à y entrer, disant qu’il était défendu de franchir le seuil de cette porte ; Mesnet insiste, elle entre, sa main heurte le lit, « Mais c’est le spéculum, dit-elle » ; elle s’indigne et veut fuir; on lui ordonne de rester et de monter sur le lit : « Jamais, jamais » ; Mesnet lui commande la chose avec autorité, elle hésite, puis elle monte sur le lit. Nouvelle résistance pour lui faire prendre la position nécessaire i\ l’examen. Bientôt la résistance est vaincue ; « l’examen se fit sans difficulté , dit l’auteur, elle se prêta à tout ce que nous lui demandâmes. L’introduction passa inaperçue : l’insensibilité des organes gé- : uitaux était d’ailleurs complète. »
On la reconduit à son lit, on la fait se déshabiller et se I recoucher, puis on la réveille; elle ne se rappelait de rien, j Mesnet la rendort, sa physionomie exprime le méconten- ! tement :
1. Mesnet, Le somnambulisme provoqué et la fascination. 1894, p. 83 et suiv.
ciiAi'rmK II.
« Qii’avcz-vons ? lui clU-il.
— (i’csi. une indig’uitù ! vous m’avez endormie, vous m’avez examinée au spécidum ! .le vous avais dit que je ne le voulais pas ! .le veux partir d’ici ! »
On la réveille :
« Soyez donc raisonnable, lui dit-on, laissez-vous examiner demain, puisque c’est nécessaire.
— .Jamais, jamais, dit-elle énergiquement. »
Mesuet ne parvint jamais A, e.xaminer cette malade au spéculum ; peu A peu il gag-na sa confiance et un jour elle lui fit la confidence suivante :
Quelque temps avant son entrée A l’hôpital, elle était sortie avec un cousin, qui, la sachant facile A endormir, l’hypnotisa sans qu’elle s’en soit aperçue. Elle passa la soirée avec son cousin et ne sut pas ce qui s’était passé ; elle avait simplement remarqué, en rentrant chez elle, qu’elle éprouvait des douleurs dans le bas-ventre. Quelques jours plus tard, une de ses amies lui dit quelle avait tout appris, que son cousin lui avait tout dit, qu’elle s’était abandonnée A lui. . . La jeune fille rie sait si les déclarations dé son amie sont véritables , elle ne se rappelle de rien, aussi n’est-ce qu’avec réserve quelle en parle.
D’après les déclarations de Mesnet, cette jeune fdle conserve sa sensibilité cutanée pendant son sommeil, ses organes génitaux seuls sont insensibles ; s’il est possible chez un tel sujet de pratiquer le coït et d’introduire le spéculum, on comprend d’autant plus facilement le viol dans le sommeil somnambulique véritable avec anesthésie complète. Dans l’expérience précédente, la malade savait qu’elle se plaçait sur un lit A examen, elle se rendait compte de la position qu’on lui faisait prendre, et cependant elle ne pouvait résister A la suggestion ; on conçoit dès lors l’extrême facilité avec laquelle on peut commettre des outrages A la pudeur chez des somnambules anesthésiques, qui ont perdu la notion des attitudes corporelles qu’on leur imprime.
Voici une autre expérience rapportée par Mesnet : une jeune fille de vingt ans, hystérique, se plaignait de douleurs dans
DOCTIUNES DE l/ÉCOIÆ DE PAÏUS.
le bas-ventre, de pertes blanches; elle réclamait avec insistance l’examen an spécnlum.
Mesnet fermait l’oreille A ces demandes, dans le but de les I rendre plus pressantes ; au bout de trois semaines, il lui ! dit :
« Eh bien! puisque vous le voulez, ce sera pour demain. » '
11 l’endort instantanément et lui ordonne de monter sur le lit d’examen, la malade était complètement insensible; il intro- ' duit le spéculum, il examine la matrice, puis il commande à la I jeune lille de retourner se coucher. Chacun des élèves reprend la place qu’il occupait au moment où elle s’est endormie ;
I Mesnet la réveille.
I « Puisque vous le voulez, dit-il aussitôt, l’examen sera ! pour demain.
— Merci, Monsieur, de bien vouloir y consentir, soyez sûr I que je ne l’oublierai pas.
1 — Je n’ai point voulu attendre à demain ; l’examen vient
j d’être fait à l’instant ; vous avez une large ulcération du col. »
Elle se mit à rire, demandant si l’on se moquait d’elle ; elle ne se rappelait de rien.
Voici une expérience qui se rapproche plus encore des coudi tiens dans lesquelles le viol peut se praticjuer ; la scène se passe dans le cabinet de Mesnet.
Une jeune femme de vingt ans, qu’il avait soignée auparavant dans son service, vient le trouver, se plaignant de 1 différents troubles utérins ; la sachant très hypnotisable, Mesnet la fixe et l’endort en peu d’instants. « Je lui commandai d’enlever son chapeau, dit-il, de quitter son manteau, de se débarrasser de son corset et de venir avec moi. Elle me suivit dans la pièce voisine, accompagnée de quelques-uns de I mes élèves, qui la voyaient endormie sans se rendre compte j de la manière dont le sommeil avait pu être provoqué. Pendant 1 application du spéculum et le toucher plusieurs fois répété , elle n’eut aucune impression ni de contact ni de douleur. »
L examen terminé, Mesnet la fit revenir dans son cabinet, la fit se rhabiller, puis il la réveilla en lui disant ;
ClIAlMTnM II.
« Les renseignements (pie vous me donnez ne me laissent nncim doute sur la mati(';j‘e et le point de départ de votre mal... Je vais y voir, venez. »
Il l’entraîna vers le lit d’o-vamen^ puis se ravisant :
« C’est inutile, dit-il, je viens de vous examiner à l’instant; vous avez en effet telle et telle chose! »
liille crut à une mystification et dit en partant ;
« C’est bien difficile iï croire, puisque je ne me suis pas déshabillée !
« Il est donc certain, dit Mesnet', et démontré par les données expérimentales, par rexamen direct fait an spéculum sur un certain nombre de jeunes femmes atteintes d’affections utérines et vaginales, que leurs organes secrets peuvent, dans l’état de somnambulisme, êtres découverts, examinés, touchés, qiiih peuvent recevoir l’introduction d’un corps étranger, sans qu’au réveil elles en aient connaissance. »
« La volonté du somnambule, dit-il encore, est plus apparente que réelle; elle n’est qu’une volonté fruste en face d’un expérimentateur qui sait vouloir et commander. »
Voisin semble s’écarter aussi des idées de Gilles de la Tourette : le fait suivant, rapporté par lui à la Société d’IIypnologie , en 1892, prouve qu’il admet, plus que son savant confrère, la possibilité pratique des crimes hypnotiques.
Voisin fut commis, le 17 janvier 1888, pour examiner l’état mentale d’une nommée B., inculpée de vol; cette femme. Agée de vingt ans, avait dérobé de nombreux objets aux magasins du Louvre, de complicité avec trois individus, deux femmes et un homme, arrêtés en même temps. Elle présentait de nombreux signes d’hystérie, elle était sujette à des attaques hystéro-épileptiques, elle tombait en sommeil hypnotique lorsqu’on la fixait du regard. M. Voisin profita de son sommeil pour l’interroger, il apprit alors qu’elle avait été souvent hypnotisée par son complice qui lui àvaihsuggéré d’aller voler dans les magasins du Louvre.