Richer, L’homme et l’intelligence. Paris, 1884, p
Binet’ considère la personnalilé comme résultant de la mémoire et du caractère : « Deux éléments fondamentaux, dit-il, constituent la personnalité, c’est la mémoire et le caractère. »
Pour ce qui concerne les variations de personnalité pendant l’hypnose, on peut dire que le somnambule possède pres(]iie toujours une personnalité double : Tune se rapportant aux faits relatifs à son état de veille, l’autre comprenant son existence somnambulique dont les souvenirs s’effacent au réveil et se reproduisent dans un sommeil ultérieur. C’est ce que Pitres appelle variation par alternance ; il appelle variation par aliénation l’état dans lequel les sujets parlent d’eux-mèmes à la troisième personne,, se croyant être amis de leur propre personne.
Ces deux variations de la, personnalité peuvent se présenter spontanément chez les sujets hypnotisés, mais on peut provoquer par sug’g-estion des phénomènes analog-ues ; on peut suggérer à une femme qu’elle est tour à tour général, médecin, avocat, juge, etc., et l’ensemble de ses actes se conformera aussitôt à l’idée qu’elle se fait de ses différentes positions.
On peut encore, par suggestion, provo(juer des variations de personnalité par réversion, des amnésies partielles rétrogrades avec réversion de la personnalité, ce que Pitres appelle ecmnésies. Si l’on affirme à une malade enâormie qu’elle a tel âge, elle se met à penser et à agir comme si réellement elle avait l’âge indiqué. On peut ainsi provoquer chez les adultes la réversion de leur personnalité à un âge quelconque, ils ne se souviennent absolument de rien de ce qu’ils ont appris depuis.
Aux changements de personnalité se rapporte encore ce que l’on peut appeler la personnalité de récriture : Ferrari, Héricourt et Ch. Richet" se basant sur cette idée que l’écriture est sous la dépendance directe des états permanents ou passagers de la personnalité, au môme titre que le geste en général,,
!• Binkt, Les (xliéTalious de la peTSOuualité. Ptirîs 1892. ifop/t.!’ personnJlÜc de l'écvilnre (Rev. philo-
CIIAPITllE II.
liront des expériences nlin de s^'^sslIrer si un sujet endormi ancpicl on suggérerait diH'érontes personmdités ne présenterait pas des niodilications de l’écriture eu rapport avec la personnalité suggérée. « Les mouvements ipii agitent la main de l’homme ([ui prend une plume, disent ces auteurs, auraient la même origine, la même nature et la même signiücation que ceux qui déterminent ses allures générales, ou animent sou visage pour lui coustituer sa physionomie particulière. »
Les résultats ont confirmé leurs prévisions; on peut voir (pl. XII, fig. 41) l’écriture normale d’un étudiant ignorant de la graphologie; on lui suggère la personnalité d’Ilarpagon (fig. 42).
Voici l’écriture d’une dame à laquelle on suggère la personnalité de Napoléon (pl. XIII, fig. 43);
Ferrari, Iléricourt et Richet tirent de ces faits cette conclusion que les variations de l’écriture sont fonction des variations de la personnalité ; ils font encore remarquer que les variations de l’écriture reproduisent assez exactement, dans leurs traits généraux, les signes caractéristiques attribués par les graphologues aux diverses personnalités suggérées.
Varninard a obtenu des résultats analogues ; la fig. 44 (pl. XIV) représente l’écriture normale d’une personne ; la fig. 45 donne son écriture à l’état de sommeil ; la fig’. 46 a ete écrite sous l’influence de l’opiniêlreté, de l’obstination et de la ténacité ; la fig. 47 (pl. XV) ne laisse aucun doute sur la profondeur de l’avarice du scripteur ; la fig. 48 exhale la dépense et la prodigalité ; la fig. 49 (pl. XVI) donne l’écriture de la personne à laquelle on suggère l’admiration du beau; enfin, la fig. 50 est écrite sous l’influence de la diplomatie et de la dissimulation.
Toutes ces figures ont été publiées par l’auteur dans Paris- Graphologie (avril 1887), elles sont accompagnées d’un intéressant article sur la description graphologique de ces écrits.
PLANXHE XII
-IfM.
iv.-lt-* j pvt/.' T’v^<
yu^ f
Fio. 42.
D’après Feurari, Hiîricourt et Richet {Revue philosophique, 188G).
Fi0. 43.
D’a])rès Ferrari, Méricourt et Richet {lïevue ‘philosophique . 1S8G).
Fig. 47,
D'après Vaiunard {Paris Graphologie, 1887).
De l'influence des excitations sensitives et sensorielles dans les phases cataleptique et somnambulique du grand hypnotisme.
Tel est le titre d’un chapitre publié par Georges Guinon et Sophie Woltke (d’Odessa) dans les leçons cliniques de la Salpêtrière.
Ayant fait usage uniquement des sujets typiques et s’étant mis à l’abri de toute suggestion involontaire, les auteurs constatèrent que les excitations sensitives et sensorielles agissent différemment dans les diverses phases de l’hypnotisme.
Dans la léthargie, si elles sont perçues, elles ne provoquent aucune manifestation extérieure ; dans la catalepsie, au contraire, ces excitations provoquent des suggestions manifestes ; dans le somnambulisme, ces excitations sont encore mieux perçues, mais elles ne produisent que des sensations semblables à celles qui se produiraient à l’état de veille.
Guinon et Woltke placent un verre rouge devant les yeux d’un sujet eu catalepsie, immédiatement sa figure prend l’expression du plaisir ; avec un verre bleu, le sujet fronce les sourcils et sa physionomie dénote la tristesse ; avec un verre jaune, il manifeste la frayeur ; avec un verre vert foncé, l’étonnement, puis l’admiration.
Les auteurs explorent alors l’odorat ; ils fout respirer du sulfure de carbone à la malade, la face prend l’expression d’un profond dégoût ; avec de Xeau de Cologne^ les traits s’illuminent ; avec du chloroforme, la malade éprouve du dégoût, de la tristesse ; avec de X éther camphré, elle sourit. Revenu^ à elle, elle se rappelle un rêve parfaitement approprié aux jeux de sa physionomie : elle était d’abord dans les bras de son amant (verre rouge) ; puis, subitement, elle a vu la mer,
CHAI'ITUIC 11.
et il lui semblait quelle descendait au tomlieau (verre bleu). ]']iisuite, elle voit un incendie à coloration jaune (verre jaune); puis, tout à coup, elle est dans une salle de bal (verre vert) ; puis, dans un charnier rempli de cadavres en putréfaction (sulfure de carbone) ; puis, elle est dans un jardin superbe (eau de Cologne) ; bientôt, elle sent une odeur bizarre, irrespirable (le chloroforme).
Avec d’autres sujets, Guinon et Woltke ont obtenu des résultats analogues, variables, du reste, suivant les malades; ils concluent que l’on peut donner, dans la phase catalepli(jue du grand hypnotisme, à l’aide d’excitations sensitives et sensorielles, des suggestions, dont le caractère est d’être absolument indépendant de la volonté de l’opérateur et de varier avec chaque malade, qui interprète à sa façon chacune des sensations qu’on lui fait percevoir *.
Dangers de l’hypnotisme et des représentations publiques.
L’hypnotisme, appliqué maladroitement, peut amener l’éclosion de l’hystérie latente; jamais, évidemment, ce moyen ne développera de toutes pièces la névrosé,» mais, de même que toute autre perturbation physique ou morale, il peut en devenir la cause occasionnelle.
Tous les auteurs, depuis Mesmer, ont, du reste, signalé la provocation de l’hystérie par suite des manœuvres hypnotiques; Charcot et Gilles de la Tourette en ont vu de nombreux exemples. « Les pratiques d’hypnotisation, dit Charcot, ne sont pas, pour les sujets qui se présentent, aussi innocentes qu’on le croit trop généralement peut-être. Il est clair qu une étude clinique bien approfondie, et, partant, nullement à la
1. Clinique des maladies du système nerveux. Paris, 1893, t. II, p. 35.
DOCïniNES DE l’école DE PAniS.
portée des amateurs, peut établir sur ce point les indications et les contre-indications, ou, en d’autres termes, faire connaître et préciser les conditions dans lesquelles on peut agir sans crainte d’aucun inconvénient pour le sujet sur lequel on opère, et celles où, au contraire, il convient de s’abstenir*. »
C’est ainsi que les représentations publiques d’hypnotisme peuvent amener de graves accidents : un magnétiseur vient donner une séance, aussitôt tous les assistants veulent répéter scs expériences. Ils s’hypnotisent mutuellement, il n’est plus une soirée où l’on ne magnétise, et bientôt l’on peut compter plusieurs cas d’hystérie et de névropathies développées par ces pratiques.
Gilles de la Tourette cite quelques cas semblables à la suite des séances de Donato à Turin et de Hansen, en Autriche, en Allemagne et en Suisse.
Ces conséquences désastreuses dépendent surtout du procédé dont se servent les magnétiseurs. Ils ont recours à des moyens brusques : « Donato, dit le professeur Mosso’^, se sert d’un procédé de tous le plus détestable, parce qu’il est trop violent quand on l’applique sur les personnes faibles ; le magnétiseur commence par diminuer la force physique et la résistance nerveuse de ses sujets en leur faisant exécuter un effort prolongé ; alors, subitement, il leur tourne la tête, les fixe de ses grands yeux ouverts et menaçants, et provoque ainsi une émotion soudaine et une secousse puissante dans les centres nerveux, au moyen de laquelle la volonté de la victime succombe... L’œil grand ouvert et immobile de l’bypnotiseur s’approche tellement de celui du sujet que ce dernier recule; le regard le suit, animé d’une expression de terreur et de férocité. »
Ces procédés de force doivent être proscrits, ils n’hypnotisent qu’en sidérant tout à coup le sujet; les procédés doux, au contraire, amènent bien rarement des accidents. Bien que Gilles de la Tourette ne puisse admettre que l’affirmation, procédé de l’école de Nancy, hypnotise indistinctement toutes
1. Charcot, Sur Vinler diction des séances publiques d’hypnotisme. 1887.
2. Pitres, Les dangers de l'hypnotisme {Journal do médecine de Bordeaux, 1887).
CIIAPITIIH 11.
les personnes, il doit reconnaître qu’elle présente le ininiinuin d’inconvénients, elle est essentiellement douce et persuasive.
l’itres cite le cas d’un individu, sujet de Donato, (jui, dans une crise de sommeil, tenta de se suicider; il considère cet exemple comme une preuve du danger des pratiques d’hypnotisation inconsidérée et non scientifique.
« Les pratiques de l’hypnotisme sont presque toujours inoffeusives, dit-il', quand elles sont dirigées par des gens experts et prudents, et appliquées à des sujets qui n’ont pas de tares névropathiques accentuées; dirigées par des personnes inexpérimentées ou appliquées à des sujets doués d’une certaine susceptibilité nerveuse, elles peuvent avoir pour ceux qui s’y soumettent inconsidérément des conséquences fâcheuses. »
L’hypnotisation peut déterminer l’apparition de symptômes neurasthéni([ues et vésaniques comme du reste Linden, (luermonprez, Masoiu, Hughes le Roux^ LwofF, etc., l’ont signalé. Elle peut amener l’explosion de grandes attaques d’hystérie, surtout quand l’hypnose est provoquée par la méthode de Braid, ou de Faria, et cela chez des sujets qui n’avaient eu antérieurement aucun accident de ce genre ; Ladame, Boddaert, Séglas, Rommelaere et Pitres lui même, en ont observé des exemples. Les pratiques hypnotiques peuvent encore provoquer ultérieurement des attaques de somnambulisme spontané et des attaques de délire ; Pitres, Charpignon et Lwolf en ont observé des cas. Elles peuvent rendre les sujets si sensibles qu’un rien suffit à les endormir brusquement et à les mettre à la merci du premier venu; Pdcher, Pitres et Liébault ont vu des sujets, victimes de mauvaises plaisanteries, devenir le jouet des personnes de leur entourage.
L’étude des dangers de l’hypnotisme nous amène tout naturellement à celle des représentations publiques d’hypnotisme ; Charcot,' Lombroso, Gilles de la Tourette, furent les premiers à signaler les dangers de ces représentations. « On sait parfaitement aujourd’hui, dit Charcot'*, que la jiropagation vul-