‹ L'hypnotisme scientifique (volume 2)Chapitre 5 sur 208 · DOCTRINES DE L’ÉCOLE DE PARIS · texte numérisé non relu

DOCTRINES DE L’ÉCOLE DE PARIS

Les phases du sommeil hypnotique.

L’École de Paris fut fondée en 1878 par Charcot. Après avoir' fait de nombreuses expériences sur les hystériques de la Salpétrière, ce savant crut pouvoir conclure que le sommeil hypnotique se manifeste sous trois aspects distincts.

Voici le résumé de sa communication à l’Académie des sciences, en 1882 : « Les phénomènes si variés et si nombreux qui s’observent chez les sujets hypnotisés ne répondent pas à un seul et même état nerveux. En réalité, l’hypnotisme représente cliniquement un groupe naturel, comprenant une série d’états nerveux, différents les uns des autres, chacun d’eux s’accusant par une symptomatologie qui lui appartient en propre. On doit, par conséquent, suivant en cela l’exemple

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des nosographes, s’attacher à bien définir, d’après leurs caractères génériques, les divers états nerveux, avant d’entrer dans l’étude plus approfondie des phénomènes qui relèvent de chacun d’eux. C’est faute d’avoir spécifié, au préalable, l’état particulier du sujet chez lequel ils ont relevé une observation, que divers observateurs arrivent trop souvent à ne point s’entendre et à se contredire les uns les autres sans motifs suffisants.

« Ces différents états, dont l’ensemble représente toute la symptomatologie de l’hypnotisme, semblent pouvoir être ramenés à trois types fondamentaux, à savoir : 1" l’état cataleptique ; 2“ l’état léthargique et 3" l’état de somnambulisme provoqué. Chacun de ces états, comprenant d’ailleurs un certain nombre de formes secondaires et laissant place pour les états mixtes, peut se présenter d’emblée, primitivement, isolément ; ils peuvent encore, dans le cours d’une même observation, chez un même sujet, se produire successivement, dans tel ou tel ordre, au gré de l’observateur, par la mise en œuvre de certaines pratiques. Dans ce dernier cas, les divers états signalés plus haut représentent en quelque sorte les phases ou périodes d’un même processus.

« Laissant de côté les variétés, les formes frustes, les états mixtes, on devra se borner, dans cet exposé, à indiquer d’une façon sommaire, les traits généraux de ces trois états fondamentaux qui dominent en quelque sorte la symptomatologie si complexe de l’hypnotisme.

« 1“ État cataleptique. — 11 peut se produire ; a primitivement, sous l’influence d’un bruit intense et inattendu, d’une lumière vive, placée sous le regard, ou encore, chez quelques sujets, par la fixation plus ou moins prolongée des yeux sur un objet quelconque, etc; — b consécutivement à l’état léthargique lorsque les yeux, clos jusque-là, sont, dans un lieu éclairé, découverts par l’élévation des paupières.

c( Le sujet cataleptisé est immobile, il parait comme fasciné. « Les yeux sont ouverts, le regard fixe ; pas de clignement des paupières; les larmes s’accumulent bientôt et s’écoulent sur les

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joues. Assez fréquemment anesthésie de la conjonctive et même de la cornée. Les membres et toutes les parties du corps g’ardent souvent, pendant un temps fort long', les positions, les attitudes, môme les plus difficiles à maintenir, qu’on leur a communiquées. Ils paraissent d’une grande légèreté lorsqu’on les soulève ou les déplace, et l’on n’éprouve aucune résistance à les fléchir ou à les étendre. La « flexibilitas cerea » et ce que l’on a appelé « la raideur du mannequin des peintres » n’existent pas. Les réflexes tendineux sont abolis. L’hyperexcitabilité neuro-musculaire fait défaut. — Il y a analgésie complète, mais certains sens conservent, du moins en partie, leur activité (sens musculaire, vision, audition). — Cette persistance de l’activité sensorielle permet souvent d’impressionner de diverses façons le sujet cataleptique et de développer chez lui, par voie de suggestions, des impulsions automatiques et de provoquer des hallucinations. Lorsqu’il en est ainsi, les attitudes fixes artificiellement imprimées aux membres, ou, d’une façon plus générale, aux diverses parties du corps, font place à des mouvements plus ou moins complexes, parfaitement coordonnés, en rapport avec la nature des hallucinations et des impulsions provoquées. Abandonné à lui-même, le sujet retombe bientôt dans l’état où il était placé au moment où on l’a impressionné par suggestion.

« 2“ Etat léthargique. — Il se manifeste : a) primitivement sous l’influence de la fixation du regard sur un objet placé à une certaine distance ; b) consécutivement à l’état cataleptique, par la simple occlusion des paupières, ou par le passage dans un lieu parfaitement obscur. Fréquemment, au moment où il tombe dans l’état léthargique le sujet fait entendre un bruit laryngé particulier, en même temps qu’un peu d’écume se montre aux lèvres. Aussitôt il s’affaisse dans la résolution, comme plongé dans un sommeil profond. Il y a analgésie complète de la peau et des membranes muqueuses accessibles. « Les appareils sensoriels conservent cependant parfois un certain degré d’activité ; mais les diverses tentatives qu’on peut faire pour impressionner le sujet par voie d’intimidation ou

CnAPITRE H.

de suggestion rcsteut le plus souvent sans cflct. Les membres sont mous, flasques, pendants, et, soulevés, ils retombent lourdement loi'squ’on les abandonne à eux-mômes. Les globes oculaires sont, au contraire, convulsés, les yeux clos ou demiclos, et l’on observe habituellement un frémissement presque incessant des paupières. Les réflexes tendineux sont exagérés ; riiyperexcitabilité neuro-musculaire est toujours présente, bien qu’à des degrés divers. Elle peut être générale, c’est-à-dire s’étendre à tous les muscles de la vie animale, face, tronc, membres, ou au contraire, partielle, c’est-à-dire occuper seulement les membres supérieurs, par exemple, à l’exclusion de la face. Le phénomène en question est mis en évidence en excitant mécaniquement par pression, à l’aide d’un bâton, d’un manche de plume, par exemple, le tronc d’un nerf : alors les muscles qui sont tributaires de ce nerf entrent en contraction.

« Les muscles eux-mèmes peuvent être directement excités de la même façon sur les membres, le tronc ; au cou les excitations un peu intenses et prolongées déterminent la contracture des muscles mis en jeu; à la face, au contraire, les contractions sont passagères, elles ne s’établissent pas à l’état de contracture durable. Les contractures se produisent encore sur les membres, par le fait de la percussion exercée sur les tendons, elles se résolvent rapidement sous l’influence de l’excitation des muscles antagonistes.

M Chez le sujet plongé dans l’état léthargique, on peut, ainsi qu’on l’a dit plus haut, développer instantanément l’état cataleptique, lorsqu’on met l’œil à découvert en soulevant les paupières supérieures.

« 3" État de somnambulisme provoqué. — Cet état peut être déterminé directement, chez certains sujets, par la fixation du regard, et aussi par diverses pratiques qu’il est inutile d’énumérer ici. On le produit à volonté chez les sujets plongés au préalable, soit dans l’état léthargique, soit dans l’état cataleptique, en exerçant sur le vertex une simple pression ou une friction légère. Cet état parait correspondre plus particulièrement à ce qu’on a appelé le sommeil magnétique.

« Les phénomènes très complexes qu’on peut observer dans cette forme se soumettent difücilcment à l’analyse. Us ont été pour beaucoup d’entre eux provisoirement relégués sur le dernier plan dans les recberebes faites à la Salpétrière. On s’est attaché surtout à déterminer autant que possible les caractères qui séparent l’état de somnambulisme des états léthargique et cataleptique, et à mettre en évidence la relation qui existe entre ce troisième état et les deux autres.

. « Les yeux sont clos ou demi-clos ; les paupières se montrent en général agitées de frémissements ; abandonné à luimême, le sujet parait endormi, mais même alors la résolution des membres n'est pas aussi prononcée que lorsqu’il s’agit de l’état léthargique. L’hyperexcitabilité neuro-musculaire, telle qu’elle a été définie plus haut, n’existe pas, ou, autrement dit, l’excitation des nerfs, des muscles et des tendons ne déterminent pas la contracture. Par contre, on peut, par diverses manœuvres, entre autres à l’aide de légers* attouchements promenés à plusieurs reprises sur la surface d’un membre (passes), ou encore à l’aide d’un soufflet léger dirigé sur la peau, développer dans ce membre une rigidité qui diffère de la contracture liée à l’hyperexcitabilité musculaire, en ce qu’elle ne se résout pas, comme celle-ci, par l’excitation mécanique des antagonistes, et de l’immobilité cataleptique par la résistance même qu’on rencontre au niveau des jointures lorsque l’on essaie d’imprimer au membre raidi un changement d’attitude {flexibilitas cerea). Pour la distinguer de l’immobilité cataleptique proprement dite, l’on propose de désigner cette rigidité particulière à l’état somnambulique, sous le nom de rigidité cataleptoïde ; on pourrait encore l’appeler pseudocataleptique.

« Il y a analgésie cutanée, mais en même temps hyperacuité fort remarquable de certains modes de la sensibilité de la peau, du sens musculaire et de quelques-uns des sens spéciaux (vue, ouïe, odorat). Il est, en général, facile, par voie d’injonction ou de suggestion, de déterminer, chez le sujet, la mise en jeu d’actes automatiques très compliqués ; on assiste alors aux scènes du somnambulisme artificiel proprement dit.

CnAPITHE II.

« Lorsque, chez un sujet amené à l’état somnambulique, on exerce à l’aide des doigts appliqués sur les paupières une légère compression des globes oculaires, l’état léthargique avec hyperexcitabilité neuro-musculaire peut remplacer l’état somnambulique ; si, au contraire, relevant les paupières, on maintient dans un lieu éclairé, les yeux ouverts, l’état cataleptique ne se produit pas. »

Pour Charcot, l’hypnotisme est un sommeil nerveux, pathologique, que les hystériques sont seuls capables de présenter.

Dans la catalepsie, le sens musculaire est souvent à ce point développé qu’il suffit de placer le sujet à genoux, les mains croisées, pour que son visage présente une expression extatique.

Si l’on électrise, dans cet état, les muscles expressifs du visage, toute la personne du sujet prend des attitudes en rapport avec les expressions de la physionomie : l’électrisation du muscle de la colère, le pyramidal du nez, amène la fermeture des poings ; l’électrisation du triangulaire des lèvres, muscle de la tristesse, provoque l’abaissement de la tête, etc. C est évidemment que le sens musculaire suggère une attitude au sujet; ce phénomène serait purement spinal.

L’immobilité cataleptique présente des caractères bien distincts de celle qu’un individu simulateur pourrait manifester ; si l’on applique un tambour sur le bras étendu pour enregistrer les moindres mouvements, et un pneumographe sur la poitrine pour obtenir le tracé des mouvements respiratoires, on constate que le membre cataleptisé ne tremble pas, il descend lentement, sans secousses, le tracé respiratoire conserve son caractère calme, tandis que chez le simulateur le membre tremble, sa respiration se précipite (fig. 1).

Dans la léthargie, l’hyperexcitabilité neuro-musculaire se traduit souvent très nettement et l’on peut répéter les expériences de Duchesne (de Boulogne) : en excitant le biceps brachial, l’avant-bras se fléchit; si l’on opère sur le sterno-cleidomastoïdien, la tête s’incline du côté correspondant et la face se tourne du côté opposé ; l’excitation du nerf cubital, du nerf médian et du nerf radial donne lieu aux griffes cubitales (fig. 2 et 3), médianes (fig. 4 et b) et radiale (fig. 6). On peut

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encore obtenir de cette façon l’expression que donne la contraction des différents muscles de la face : l’attentiou, la réfle-

Fig. 1.

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