Ochorowicz, toc. cit., p. Hi
CKAI'ITRK II.
voulez-vous (|u’uu sujet, plongé dans une aîdéie paralytique profonde , obéisse îY votre pensée, s’il ne vous entend jias de vive voix. Aussi, les suggestions mentales sont-elles encore plus difficiles dans cet état d’aïdéie profonde (pi’à l’état de veille, et, par conséquent, ceux ([ui s’imaginent qu’il suflit d’endormir (|uel<[u’un magnétiijuement pour le rendre sensible à leur action, se trompent. »
Il est inutile d’essayer la suggestion mentale dans le somnambulistne actif, pendant lequel l’activité cérébrale, trop grande, s’oppose à une perception délicate, cet état de polyïdéie active ne convient pas plus qu’une aîdéie paralytique.
C’est un état intermédiaire qu’il faut rechercher, un état monoïdéique, dans lequel le cerveau concentre toute sou action fonctionnelle sur une seule idée dominante ; cet état de monoïdéisme peut encore être actif ou passif. Actif il se rapproche du polyïdéisme, il y a une idée prépondérante, associée à quelques autres très faibles; c’est ce que Ochorowicz appelle la monomanie somnambulique ; il s’accompagne souvent d’hallucinations spontanées qui pervertissent les résultats de la suggestion mentale.
La monoïdéisme passif se rapproche de l’aïdéie, la vivacité des sensations est très grande, mais l’état àè hallucination spontanée n’existe pas; les idées accessoires font presque défaut, le sujet est attentif, tendu. Dans cet état les suggestions mentales ont toujours une action, il y aura froncement des sourcils, agitation des membres et enfin exécution de la volonté.
Si l’action de l’expérimentateur est trop vive au début, elle sera trop fortement ressentie par le sujet, qui s’acharnera à exécuter son ordre sans l’avoir bien compris, il le cherebera, courra après lui; ou bien il passera dans un état de polyïdéisme et il sera capable d’exécuter autre chose que ce qu on lui a ordonné.
Cet état ne donne pas encore le maximum de succès : « Le vrai moment de la suggestion mentale, c’est la limite entre
l'état aïdéique et le monoïdéisme passif.
« Gela parce que d’habitude on fait un effort trop grand au début : si on pouvait graduer son action mentale, en agissant
DOCTRINES DE i/ÉCOLE DE PARIS.
un peu violemment en aïdéie (pour réveiller le cerveau), un peu plus doucement en monoïdéie (pour ne pas le réveiller trop), et tout à fait librement iV la limite des deux états, on obtiendrait le môme résultat. »
Mais comment régler un somnambule? 11 faut étudier son sujet, voir sa nature et bien discerner son état psychique cpii doit être intermédiaire entre le sommeil profond et le sommeil lucide. Les passes sont le meilleur moyen de produire le sommeil, d’après Ocborowicz; il faudra choisir le moment on le. snjel entend déjà et ne répond pas bien encore; il faut du reste des sujets particuliers pour réussir.
Ocborowicz a pu reproduire aussi les expériences de Gibert, il est arrivé à faire des siTç-gestions mentales à échéance : il approche son front de celui de M"° Z*, et lui dit mentalement :
« Dans cinq minutes tu désireras aller te coucher. » Cinq minutes se passent, pendant lesquelles Ocborowicz lui répète dix fois d’aller.rfe coucher.
« Comme vous voudrez, » lui répond elle, et elle se met au lit.
Comment peut-on expliquer la suggestion mentale? Tel est le problème que se pose Ocborowicz.
Une première hypothèse a été émise par Morin. Cet auteur explique la suggestion mentale par une perception exaltée; il n’admet, ni le fluide, ni une action physique quelconque, ni l’influence directe de la volonté sur les organes du sujet; celui-ci devine la pensée grâce à. des signes ordinaires : « Le physique est l’expression du moral, dit Morin*,... le fluide qui pénètre la pensée ne fait autre chose que le phrénologue, le physionomiste ou le chirognomiste, seulement il voit une foule de signes matériels qui échappent à notre vue et qui complètent les indications que donne l’examen du crâne, de la figure ou des mains. Le lucide n’a donc que des moyens analogues aux nôtres, mais beaucoup plus étendus. Tout consiste dans l’observation des organes. 11 ne peut ni nous rendre compte, ni se rendre compte à lui-mème de la valeur de
1. Morin, Du magnétisme et des sciences occultes. Paris, 1860, p. 186-188.
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cliacjue signe : c’csl une sorte de langue qu’il eomprend insünetiveinent, sans en avoir les lu-incipes, el cela ne doit pas nous élouner, car chacun de nous connaît les premiers éléments de cette langue sans les avoir appris el nous-mômes nous pouvons en formuler les règles. . . »
Ochorowicz ne s’e-vpUque pas ce <pie vient faire ici le phrénologuo, aucun phréuologiste n’ayant soutenu qu’en touchant les bosses on peut deviner les pensées. 11 ne compreud pas davantage ce que vient faire ici la chiromancie.
Quant à la physiognomonie, elle est digne d’attention ; il n’est pas douteux, en clfet, que nos pensées, nos sentiments, notre caractère se réflètent sur notre visage. « La physiognomouie, dit-il, a une base positive, qui tient à un déterminisme général applicable aussi bien au développement des organismes qu’à leurs caractères stables et qui, dans l'espèce, peut se résumer clans ce principe : liieii n'est accidentel dans V extérieur d’un organisme vivant. »
Mais cette théorie n’explique pas les expériences dans lesquelles le sujet tourne le dos à l’opérateur, ou bien celles dans lesc|uelles il a les yeux bandes et, à fortiori, elle n ex-
plic[ue pas une transmission à distance.
Figuier 1 a élargi la théorie de Morin, il explicpe la divination de la pensée par une exaltation exceptionnelle des sens et de l’intelligence : « Un bruit, dit-il, un so7i, un geste, un signe guelcongue, une impression inappréciable de tout le reste des assistants a suffi au somnambule, vu l’état extraordinaire de tension de ses principa^ix sens, pour lui faire comprendre, sans aucun moyen surnaturel, la pensée que le magnétiseur veut lui communiejner. »
Cette théorie ne satisfait pas Ochorowicz, elle explique, certes, un grand nombre de cas mi.xtes, mais elle ne peut être considérée comme la cause de toutes les divinations de pensées.
Après la théorie de la perception exaltée il faut étudier celle cjui considère la suggestion mentale comme dépendant dhme exaltation du cerveau. C’est BertraucU qui a émis cette opinion :
1. FiGUIEB, Histoire du merveilleux. Paris, 1881, t. III, p. 406. ‘2. Bertuand, Le somnambulisme el le macjnclisme, 1823.
UOCTIUNES l»E l’école DE PARIS.
pour lui, les faits de transmission de la pensée sont incontestables, ils sont tins à l' exallalion murale, à l’augmentation de la sensibililé du cerveau, qui favorise une communicaiion sympathique entre le cerveau du somnambule et celui des assistants.
On a encore expliqué la divination de la pensée par une action psychique directe, eu admettant quelque chose qui passe du cerveau de l’opérateur à celui du somnambule : c’est la théorie des spirites tels que Chardel*, Allan Kardec", etc. D’après ce dernier l’esprit rayonne tout autour du corps et peut se communiquer.
<( C’est joli, dit Ochorowicz’, seulement il faudrait prouver qu’il existe une analogie entre une èine et une lanterne? »
Après l’hypothèse d’une action psychique, vient celle d’une action jihysique : c’est un fluide qui transmet la pensée. Ce fluide se projette au dehors pour affecter les nerfs du sujet. C’est la théorie de Lecat'', de Deleuze®.
« La théorie du fluide est trop simple vis-à-vis de la complexité des faits et inutilement compliquée vis-à-vis des faits simples, dit Ochorowicz^ D’ailleurs l’existence du fluide n’est pas démontrée. »
'Mesmer’' et Despines® expliquaient la divination de la pensée par l’hypothèse du fluide universel qui existe partout.
« Les mouvements résultant de la pensée sont transmis à l’air ou à l’éther, comme milieux intermédiaires, pour être reçus et sentis par les organes des sens externes. Ces mêmes mouvements, ainsi modifiés par la pensée dans le cerveau et dans la substance des nerfs, étant communiqués eu même temps à la série d'un fluide subtil avec lequel cette substance des nerfs est en continuité , peuvent indépendamment et sans le concours de l’air et de l'éther, s’étendre à des distances