Rapprocher la main droite La main droite s'agite
des lèvres de l'expérimentateur.
(Lève-la !).
(Lève-la !) Elle lève la main.
(Donne à embrasser !) Elle rapproche la main droite de son visage, retire Sa cravate.
(C'est pas ça, à ma bouche ! Elle approche sa main droite N de la tête de l’expérimenta-
teur.
(Aux lèvres!) Elle l'approche de ses lèvres.
‘Ochorowicz rapporte une cinquantaine d'expériences analogues ; il dit en avoir conservé l’impression personnelle, si longtemps recherchée, d’une action vraie, directe, individuelle.
Pour que la suggestion mentale réussisse, il faut que le sujet ne soit pas trop profondément endormi : «On est sourd pour une transmission de pensée, dit Ochorowicz (‘), lorsqu'on dort si bien que le cerveau ne fonctionne pas. Comment vouléz-vous qu’un sujet, plongé dans une aidéie paralytique profonde, obéisse à votre pensée, s'il ne vous entend pas de vive voix. Aussi, les suggestions mentales sont-elles encore plus difficiles dans cet état d’aïdéie, pro- : fonde qu'à l’état de veille, et; par conséquent, ceux qui s’imaginent qu'il suffit d’endormir quelqu'un magnétiquement pour le te sensible à leur action, se trompent. » | |
(1) Ocaorowicz. Loc. cit., p. 111.
Ba TE te CR Ad ché, sûr »
Il est inutile d'essayer la suggestion mentale dans le somnambulisme actif, pendant lequel l’activité cérébrale, trop grande, s’oppose à une perception délicate, cet état de po/yidéie active ne convient pas plus qu’une aïdéie paralytique.
C'est un état intermédiaire qu’il faut rechercher, un état monoidéique, dans lequel le cerveau concentre toute son action fonctionnelle sur une seule idée dominante: cet état de monoïdéisme peut encore être actif ou passif, Actif il se rapproche du polyidéisme, il y a une idée prépondérante, associée à quelques autres très faibles ; c’est ce que Ochorowicz appelle la monomanie somnambulique ; ils’accompagne souvent d’hallucinations spontanées qui pervertissent les résultats de la suggestion mentale.
Le monoïidéisme passif se rapproche de l’aïdéie, la vivacité des
sensations est très grande, mais l’état d’hallucination spontanée n'existe pas; les idées accessoires font presque défaut, le sujet est attentif, tendu. Dans cet état, les suggestions mentales ont toujours une action, il y aura froncement des sourcils, agitation des membres et enfin exécution de la volonté.
Si l'action de l’expérimentateur est trop vive au début, elle sera trop fortement ressentie par le sujet, qui s’acharnera à exécuter son ordre sans l’avoir bien compris, il le cherchera, courra après lui; ou bien il passera dans un état de polyidéisme et il sera capable d’exécuter autre chose que ce qu’on lui a ordonné.
Cet état ne donne pas encore le maximum de succès : « Le vrai moment de la suggestion mentale, c’est la limite entre l’état aïidéique et le monoïidéisme passif.
€ Cela, parce que d'habitude on fait un effort trop grand au
début : si on pouvait graduer son action mentale, en agissant un
peu violemment en aïdéie (pour réveiller le cerveau), un peu plus doucement en monoïdéie (pour ne pas le réveiller trop}, et tout à fait librement à la limite des deux états, on obtiendrait le même résultat. » :
Mais comment régler un somnambule ? Il faut étudier son sujet, voir sa nature et bien discerner son état psychique, qui doit être intermédiaire entre le sommeil profond et le sommeil lucide. Les passes sont le meilleur moyen de produire le sommeil, d’après Ochorowicz ; il faudra choisir le moment où le sujet entend déjà et
L49 ‘#7 CHAPITRE XVIN
ne répond pas bienencore ; il “eut du reste des sujets particahess pour réussir, 1 AS | EEE
Orchorowicz a pu reproduire aussi Vos expériences de Gibert, ïl est arrivé à faire des suggestions mentales à échéances : il approche son front de celui de Mile Z.:., et lui dit mentalement:: À
« Dans cinq minutes tu désireras aller te coucher. » Cinq minutes se passent, pendant lesquelles Ochorowicz lui repète dix fois d’aller se coucher. |
« Comme vous voudrez », lui répond- ÉÊee et elle se et au lit.
Comment peut-on expliquer la suggestion mentale? Tel est É problème que se pose Ochorowiez.
Une première hypothèse a été émise par Morin. Cet auteur explique la suggestion mentale par une perception exaltée ; il n’ad-
met ni le fluide, ni une action physique quelconque, ni l'influence
directe de la volonté sur les organes du sujet; celui-ci devine la pensée grâce à des signes ordinaires : « Le physique est l’expression du moral, dit Morin {(‘),.. le fluide qui pénètre la pensée ne fait autre chose que le phrénologue, le physionomiste ou le chirognomiste, seulement il voit une foule de signes matériels qui échappent à notre vue et qui complètent les indications que donne l'examen du crâne, de la figure ou des mains. Le lucide n'a donc que des moyens analogues aux nôtres, mais beaucoup plus étendus. Tout consiste dans l’observation des organes. Il ne peut ni
nous rendre compte, ni se rendre compte à lui-même dela valeur.
de chaque signe : c’est une sorte de langue qu’il comprendinstinetivement, sans en avoir les principes, et cela ne doit pas nous
étonner, Car chacun de nous connaît les premiers éléments de cette |
langue sans les avoir appris et nous-mêmes nous pouvons en for: muler les règles. ) |
Ochorowiez ne s one pas ce que vient faire ici le ee. gue, aucun phrénologiste n’ayant soutenu qu’en touchant les bos-
ses, on peut deviner les pensées. Il ne comprend pas davantage ce
que vient faire ici la chiromancie. | Ta Quant à la physiognomonie, elle est digne d'attention : il n’est pas douteux, en effet, que nos pensées, nos sentiments, notre carac-
: (4) Morin. Du magnétisme et des sciences occultes. Paris, 1860, p. 185-188.
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à Cote e TX QU NME ES EEE PAETA SE me AE ER EE
tère se-reflètent sur notre visage. « La physiognomonie, dit-il, a une base positive, qui tient à un‘déterminisme général applicable aussi bien au développement des organismes qu’à leurs caractères stables et qui, dans l’espèce, peut se résumer dans ce principeï: Rien n’est accidentel dans l'extérieur d’un organisme vivant. » Mais cette théorie n'explique pas les expériences dans lesquelles le sujet tourne le dos à l’opérateur, ou bien celles dans lesquelles il a les yeux bandés et, à fortiori, elle n’explique pas une transmission à distance. | “Figuier (‘) a élargi la théorie de Morin, il explique la divination de la pensée par une exaltation exceptionnelle des sens et de l'in: telligence : (Un bruit, dit-il, un son, un geste, un signe quelconque, une impression inappréciable de tout le reste des assistants, a suffi au somnambule, vu l’état extraordinaire de tension de ses principaux sens, pour lui faire comprendre, sans aucun moyen surnaturel, la pensée que le magnétiseur veut lui communiquer. »
Cette théorie-ne satisfait pas Ochorowiez : elle explique, certes, un grand nombre de cas mixtes, mais elle ne peut être considérée comme la cause de toutes les divinations de pensées.
Après la théorie de la perception exaltée, il faut étudier celle qui considère la suggestion mentale comme dépendant d’une exaltation du cerveau. C'est Bertrand (?) qui a émis cette opinion: pour lui, les faits de transmission de la pensée sont incontestables, ils sont dus à l’éxaltation morale, à l'augmentation de la sensibilité du cerveau, qui favorise une communication sympathique entre le cerveau du somnambule et celui des assistants.
On a encore expliqué la divination de la pensée par une action psychique directe en admettant quelque chose qui passe du cerveau de l'opérateur à celui du somnambule : c’est la théorie des spirites tels que Chardel (*). Allan Kardec (‘), etc. D’après ce dernier, l'esprit rayonne tout autour du corps et peut se communiquer.
(1) FiGuier. Histoire du merveilleux, Paris, 1883, t. III, p. 408. (2) BerTrann. Le somnambulisme et le magnétisme, 1823. (3) CHanvec. Essai de psych. physiol, Paris, 1838, p. 286. (4} ALLAN Karpec. Le Livre des esprits, Paris, 1862, p. 185.
«C’est joli, dit Ochorowiez (‘}, seulement il faudrait prouver qu’il existe une analogie entre une âme et une lanterne ? »
Après l'hypothèse d’une action psychique, vient celle d’une action physique : c’est un fluide qui transmet la pensée. Ce fluide se projette au dehors pour affecter les nerfs du sujet: C’est la théorie de Lecat (?)}, de Deleuze (*).
« La théorie du fluide est trop simple vis-à-vis de la complexité des faits et inutilement compliquée vis-à-vis des faits simples, dit Ochorowicz (‘). D'ailleurs l’existence du fluide n’est pas démontrée.»
Mesmer (*) et Despines (‘) expliquaient la divination de la pensée par l'hypothèse du fluide universel qui existe partout.
« Les mouvements résultant de la pensée sont transmis à l’air ou à l’éther, comme milieux intermédiaires, pour être reçus et sentis par les organes des sens externes. Ces mêmes mouvements, ainsi modifiés par la pensée dans le cerveau et dans la substance des nerîs, étant communiqués en même temps à la série d’un fluide subtil avec lequel cette substance des nerfs est en continuité, peuvent, indépendamment et sans le concours de l'air et de l'éther, s'étendre à des distances indéfinies et se rapporter immédiatement au sens interne d’un autre individu. »
Grâce au fluide, Mesmer expliquait aussi bien la divination du présent que celle du passé et de l’avenir: voir le passé, c’est sentir les causes dans les effets, et voir l’avenir, c’est deviner les eftets par les causes. Tout ce qui a été laissé des traces, tout ce qui sera est déjà déterminé par l’ensemble des causes. |
Le sommeil est plus propre que la veille pour ces transmis- SOINS :
19 Parce que les fonctions des sens sont suspendues et que les impressions se font directement sur la substance même des nerfs. Le sens interne devient ainsi le seul organe de sensation;
2° Parce que les fonctions phsychiques de la mémoire consciente,
(1) Ocnorowicz. Loc. cil., p. 456.
(2) Lecar. Traité des sensations. Paris 1767, p. 154.
(3) Dezeuze. Histoire critique du magn. Paris, 1815, p. 181.
(4) Ocaorowicz. Loc. cit., p. 466.
(5) Mesmer. Mémoires. Paris, 1828. p. 62.
(6) Despines. Elude Scientifiqne sur le somnambulisme. Paris, 1880, p. 222.
à runs.
de l'imagination et de la réflexion sont abolies et que par suite, la
substance cérébrale devient plus sensible pour les impressions qui seules l’attetgnent (monoïdéisme.)
Pour la transmission des pensées, il faut. d'après Mesmer: un rapport entre le somnambule et le magnétiseur, et une éducation du sujet.
Despines fils admet une théorie analogue : il admet que l’activité cérébrale peut, dans certaines conditions, retentir sur le cerveau d’un autre individu, aw moyen de l’éther. Tout acte psychique a pour cause une modification des vibrations cérébrales qui ne sont pas susceptibles d'imprimer, par l'intermédiaire de l’éther, des modifications semblables dans les cerveaux sains environnants. Cependant, ces vibrations se répandent au dehors et frappent ces cerveaux sans effet. Si donc, parmi ces cerveaux, il s’en trouve un plus impressionnable, qui ressent ces vibrations éthérées, et que celles-ci ÿ produisent des vibrations identiques, l’activité de cet organe donnera bien des idées semblables. Si ce phénomène est rare. cela ne tient ni au mode d'action de l’éther, ni aux lois qui dirigent ce mode
d'action, cela tient à une sensibilité extrême, anormale, pathologi-
que, et heureusement rare du système nerveux. Ochorowicz ne peut se résoudre à admettre cet éther : « J'aime mieux mon ignorance qu’une science pareille, dit-
il; je comprends la nécessité d’un gaz plus raréfié que tous
les gaz que nous connaissons, c’est-à-dire plus raréfié que l’hy-
drogène, mais je ne comprends pas une matière qui n’est pas
matière, un corps raréfié qui supprime le vide, deus ex machina qui doit tout expliquer, sans être lui même compréhensible ('). »
Le marquis de Puységur ne peut s’assimiler ces théories fluidiques ; il préfére admettre l’hypothèse d’une transmission psychophysique. Il considère la pensée comme un mouvement, la transmission de la pensée n’étant aussi qu’une transmission de mouvement. Il veut transmettre un mouvement à son père, rien de plus simple, il se rappelle son image et pense à lui : c'est de la plus saine physique. la pensée est le principal moteur, elle est en nous ce qu'est le plateau de verre dans la machine électrique. Mais l'on ne
(1) Ocxorowicz. Loc. cit., p. 507.
446 “ CHAPITRE XVHI
peut agir sur quelqu'un que s’il est isolé, tout comme lé ‘soie n’est ressentie que par un individu isolé.
Après avoir longuement rie toutes ces théorie, Ochorowiez fait remarquer : | |
1° Que la suggestion, dite mentale, est un phénomène très complexe, qui ne peut être expliqué par un principe unique ; : 13
90 Que, même par rapport à un fait déterminé, la théorie doit être double : psychologique et physique :
3° Qu'il faut considérer : d’un côté, les conditions ds l'opérateur et de l’autre, celles du sujet. ï
à faut tout d’abord éliminer les suggestions mentales apparen-
: Ja transmission vraie est celle par laquelle un état a du cerz M veau À est reproduit par le cerveau B, sans l’ intermediaire de signes visuels, auditifs, olfactifs… R
En pratique, ces deux catégories de transmission se conte car iln'y a pas de pensée sans expression ; on pourrait aussi arriver: à conclure que la suggestion mentale est due à ce que le sujet déchifire la pensée grâce à son hyperesthésie. C’est ce qui a lieu dans de nombreux cas, mais dans d’autres, au contraire, la susEe : tion mentale est indéniable.
Certaines conditions sont nécessaires à la réalisation de ces suggestions : du côté de l'opérateur, il est probable qu’il y a des’différences personnelles, tenant par exemple au degré d’intensité de la pensée; il y a sans doute aussi quelquefois une sorte de concordanee entre deux intelligences. Les efforts excessifs de la volonté | semblent nuire à la netteté de la transmission, tandis qu'une pén- : sée ferme, prolongée, répétée, constitue une condition três favorable ; les distractions sont nuisibles. | d
Du côté du sujet dans l’état aidéique profond, la transmission) M n’est jamais immédiate, mais elle peut être latente : dans l’état de monoidéisme naissant, elle peut être immédiate et parfaite ; dans Pé-. tat de polyidéisme passif, elle peut être médiate ou immédiate, mais toujours plus faible ; dans l’état de polyidéisme actif, elle peut. être directe ou indirecte si le sujet aide l’expérimentateur, elle peut encore être, par exception, même sans que le sujet soit prévenu de l’action. Ceci se rapproche de l’action mentale à l’état de Ê veille, car le polyidéisme actif ne diffère de la veille que parce que