‹ L'hypnotisme scientifiqueChapitre 17 sur 140 · XVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVIII PRÉFACE

selon:les données actuelles de la science et en raison

des observations que j'ai personnellement faites depuis

la publication de la première édition. PEN de | D' Croco.

Bruxelles le 25 décembre 1899.

L'hypnotisme, qui semble être une acquisition du développement extraordinaire qu'ont pris dans ces dernières années les sciences médicales, trouve son origine à une époque très lointaine. L’histoire de l’Inde, de l'Egypte ancienne, l’histoire romaine et grecque nous apprennent le rôle important joué par l'hypnotisme dans

l'antiquité et le degré de perfection qu’avaient acquis les pra-

tiques merveilleuses dues à l'hypnose.

Depuis plus de vingt siècles, les Fakirs et les Djoguis de l'Inde affectent les attitudes les plus invraisemblables pendant dés journées entières, ils se raidissent, deviennent insensibles et sem-

blent pétrifiés ; il suffit pour cela qu'ils fixent pendant quelques

instants leur nombril ou le bout de leur nez. En Egypte, les prêtres dessinaient deux triangles enlacés sur une assiette, les fidèles s’endormaient en fixant cette image et se trouvaient transportés dans l’autre monde; à certaines fêtes publiques, le dieu Apis inspirait aux femmes et aux enfants ie don de prophétie. En Chaldée, il suffisait de s'endormir dans certains

temples pour acquérir le don de seconde vue. À Babylone, on évoquait les esprits frappeurs ; chez les Hébreux, la Pythonisse d’'Endor faisait parler les morts; en Archaïe, les prêtres faisaient apparaître, dans un miroir placé au fonds d’un puits, l’image de la personne pour laquelle on venait consulter la déesse. A Delphes, le temple d'Apollon était bâti sur une fissure du sol, qui laissait échapper des vapeurs sulfureuses ; la Pythonisse, assise sur le trépied sacré, respirait ces émanations, elle entrait en extase et rendait les oracles. Les sibylles grecques et romaines ne prédisaient l’avenir que lorsqu'elles étaient en proie à des convulsions abominables ; alors seulement le dieu les pénétrait et rendait ses jugements par leur bouche.

Aucune religion n’écaappa aux pratiques magnétiques : Île christianisme, comme le paganisme, sut en tirer profit. Que Île service divin se passe dans une Mosquée, une Synagogue, un Temple ou une Église, tout y est arrangé pour frapper l’imagination : les gestes des officiants sont des passes magnétiques, l’obscurité, l'éclat de l’or, le son de la musique, l'odeur des parfums mettent les fidèles dans un véritable état extatique.

Bientôt le culte du Diable naquit et fit, du XIE au XV: siècle, de tels progrès, qu'en 1600, il y avait en France près de cent mille sorciers et sorcières ;:on étudiait le diable, on le connaissait, on savait qu'il hantait le corps des malades, on connaissait les formules qu’il fallait employer pour le chasser. Ces procédés, agissant par suggestion, Soulageaient et guérissaient comme: auJjourd’hui nous le faisons par l’hypnotisme.

Il faut arriver à Paracelse (‘), en 1529, pour trouver les premières données scientifiques sur le magnétisme animal ; selon l’auteur, chaque individu possède son magnes, son fluide, émané des astres ; le magnes des personnes saines attire celui des personnes malades et est susceptible d’agir sur leur constitution. Ce système, appelé système de la sympathie magnétique, rallia de nombreux partisans. Glocenius (?), en 1608, Burgraeve (#) et van Helmont (‘),

(1) ParAceLsE. Practica Theophrasti Paracelsi, Nuremberg, 1529.

(2) GLocexivs. Tractatus de magnetica curatione vulnerum. Marburg, 1509. (3) BurGRaeve. De magnelica vulnerum naturali et legitima curatione. 1621. (4) Van HezmonT. Dispulalio de magnetica vulnerum curatione. Paris, 1621.

en 1626, se basant sur les données de Paracelse, publièrent des travaux sur la cure magnétique des plaies.

En 1640, Robert Fludd (!) rechercha la cause des vertus magnétiques : d’après lui, le fluide part de l'étoile polaire, il traverse la terre en s’attachant particulièrement aux aimants, l’homme s’en charge parce .qu’il est un véritable aimant ayant ses pôles magnétiques. Lorsque les émanations fluidiques de deux personnes se repoussent, l’antipathie se produit, le magnétisme est positif; dans ce cas, les affections, tant organiques que morales, se communiquent. En 1841, le ‘Père Kircher (?) combattit cette théorie, mais Sébastien Wirdig (*) Maxwell (‘)} et Santanelli reprirent les données de Fludd et les développèrent.

Ces études servirent de base à la grandeur de Mesmer, qui, en 1766, donnait comme sienne [la théorie de Paracelse sur le fluide sidéral. « Antoine Mesmer était entreprenant, audacieux, avide de renommée et de fortune, et peu scrupuleux sur le choix des moyens qui devaient le conduire à son but (P1TRES). »

N'ayant obtenu à Vienne que du mépris, Mesmer se rendit à Paris, où il eut un succès considérable ; il y publia plusieurs travaux tendant à prouver qu'un fluide magnétique, émané des astres, pénètre tous les corps. Ce fluide se répartissant différemment suivant les individus, amène la santé ou la maladie. Appliquant ces données à l’art de guérir, Mesmer crut posséder le moyen de combattre toutes les maladies.

« La nature, dit-il, offre dans le magnétisme un moyen universel de guérir et de préserver les hommes.

» Nos pères ne tomberont plus qu'à l'extrémité de la décrépitude. Il n'y aura plus rien dans les hôpitaux qui révolte l’humanité ; on parcourra doucement la carrière de ses Jours, et la mort sera moins triste, parce qu'on y arrivera de la même manière qu’on s’avance dans la vie.

» Les peuples sains et robustes pourront écarter les épidémies,

les maladies amenées par le cours des siècles ; les hommes ne

(3) WiroiG. Nova medicina Spirivuum. Hamburg, 1673. (4) MaxweLz. Medicinæ magneticæ libri tres, etc. Franckfort, 1679.

connaîtront nos maux que par l’histoire ; leurs jours prolongés agrandiront leurs profits et les consommeront; ils jouiront de cet âge si vanté, où le travail se faisait sans peine, la vie passait sans chagrin et la mort approchait sans horreur.

» Ce que nous venons d'annoncer parait enthousiaste, mais on saura, Un jour, que nous avons ménagé la disposition des esprits et que nous sommes demeurés au-dessous du sujet que nous avons à peindre. »

Ces bonimernts charlatanesques attirèrent une foule énorne de malades et Mesmer « ne possédant plus assez de fluide » pour satisfaire tout le monde, s’adjoignit un valet toucheur.

Pour magnétiser ses malades, Mesmer s’asseyait, le dos vers le nord, en face des sujets, ses genoux contre ceux des patients, ses yeux dans leurs yeux, ses mains sur leurs hypocondres ; dans cette position, il faisait des passes lentes et monotones. Mais bientôt Mesmer et son valet toucheur ne suffirent plus à la tâche et le célèbre magnétiseur inventa le procédé du baquet magnétique.

« C'était, au milieu d'une grande salle, une Caisse circulaire, faite de bois de chène et élevée d’un pied ou d’un pied et demi : ce qui fait le dessus de cette caisse est percé d’un nombre de trous, d’où sortent des branches de fer coudées et mobiles. Les malades sont placés à plusieurs rangs autour de ce baquet et chacun à sa branche de fer, laquelle, au moyen d’un coude peut être appliquée directement sur la partie malade : une corde passée autour de leur corps les unit les uns aux autres: quelquefois on forme une seconde chaîne en se communiquant par les mains, c’est-à-dire en appliquant le pouce entre le pouce et le doigt index de son voisin; alors on presse le pouce que l’on tient ainsi, l'impression reçue à la gauche se rend par la droite et elle circule à la ronde {‘). »

Pour compléter l’action magnétique du baquet, dans le silence de Ja salle s'élevait un air mélodieux, produit par un piano forte où un harmonica ; quelquefois, une voix humaine s’y joignait. Mesmer se promenait dans la salle en habit de soie lilas, il tenait

(1) Rapport des commissaires chargés par le Roï,de l'examen du magnétisme animal. Paris, 1784.

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