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à la main une longue baguette de fer, dont il touchait les parties malades des patients.
« Alors, rapporte Bailly, dans son rapport à l'Académie des sciences, les malades offrent un tableau très varié. Quelques-uns sont calmes et n'éprouvent rien; d’autres toussent, crachent, sentent quelques légères douleurs, une chaleur locale ou une chaleur universelle et ont des sueurs ; d’autres sont agités et tourmentés par des convulsions. »
Ces convulsions étaient des attaques d’hystérie : leur fréquente apparition sous l'influence des pratiques de Mesmer fit dénommer la salle où il opérait du nom d’Enfer à convulsions.
L'engouement produit par les guérisons indiscutables obtenues à l’aide de ce moyen fut tel que Mesmer s'installa dans un vaste hôtel de la place de la Bourse; quatre baquets magnétiques y fonctionnaient continuellement. Un baquet était réservé aux indigents, mais l’affluence des malheureux y fut telle que Mesmer imagina l'arbre magnétique : il alla magnétiser un arbre au bout de la rue de Bondy, et l’on vit bientôt des milliers de misérables venir s’y attacher avec des cordes.
Mesmer voulait obtenir une récompense du gouvernement français ; grace à Deslon, régent de la Faculté de médecine, le Roi nomma une Commission, composée de Borie, Sallin, d’Arcet et Guillotin, de la Faculté de Paris, et de Franklin. Leroy, Bailly, de Borry et Lavoisier, de l’Académie des sciences. Les conclusions du rapport furent défavorables au magnétisme : (le magnétisme animal n’existe pas, son utilité en thérapeutique est nulle, ses pratiques sont dangereuses et immorales. »
Ce rapport porta un coup terrible à la renommée de Mesmer : beaucoup de malades, parmi lesquels se trouvaient le prince Henri de Prusse et la princesse de Lamballe, n'étant nullement influencés par ses pratiques, commencaient à combattre les prétendues vertus curatives du magnétisme. |
Une guerre acharnée fut dès lors faite aux magnétiseurs ; le passage suivant extrait d'une brochure intitulée : Rapport au public de quelques abus auxquels le magnétisme a donne lieu,
par M. Donglé (‘), docteur régent, montrera toute l’animosité que déployaient à cette époque, les savants officiels à l’égard des magnétiseurs. EU:
« On dénonce trente docteurs magnétisants, on donne un veniat à chacun en particulier. Ils arrivent presque tous et sont relégués dans une salle séparée de l'assemblée, Chacun attendait avec impatience l'appel général, et se promenait en long et en large avec sa façon de penser et d'agir. On m’apprend qu’il est question de nous faire signer une espèce de formulaire : « Nous verrons ce » qu'il contient, dis-je, et nous signerons, ou nous ne signerons » pas ).
» L’appariteur paraît enfin et m'appelle: comme le plus ancien, j'avais cet honneur-là.
» J’entre, fort surpris de n'être suivi d'aucun de mes compagnons. On me fait asseoir, et M. le doyen commence par me demander si J'ai donné de l'argent pour me faire instruire au magnétisme. Surpris encore plus de cette question, je répondis,
par respect, que M. Deslon ne prenait poiut d'argent, qu'il ne
recevait que des médecins pour observer et l'aider, qu’il était on ne peut plus honnête, modeste et complaisant, et que d’ailleurs la Faculté ne l'ignorait pas.
» Je ne fatiguerai point le lecteur par le détail des autres questions. Je fus interrogé en criminel, et je me croyais transféré en la grande salle de la Tournelle. On finit par me présenter une formule à laquelle je ne crus pas devoir m'assujettir. Je ne voulus point signer, et répétai à la Faculté, pour lui prouver mon zèle et ma soumission, que je n'avais pas encore trouvé dans cette méthode un degré d'utilité suffisant pour lui en rendre compte, que j'y avais observé quelques effets pouvant être attribués à l’action de la chaleur d’un homme sain sur un infirme, qu'il fallait, pour magnétiser les malades dans leur lit, beaucoup de courage, de force et de santé, etc. Je sortis ; un autre me succéda ).
Voici la formule qu'on voulait faire signer à chaque docteur régent.
(1) Cette brochure a été publiée en 1785.
» La
APERÇU HISTORIQUE nl
Aucun ‘docteur ne se déclarera partisan du magnétisme animal, ni par ses écrits, ni par sa pratique, sous peine d’être rayé du tableau des docteurs régents.
Ceux qui ne signèrent pas furent rayés du personnel de la Faculté et privés des honneurs et des émoluments attachés à leurs fonctions. Deslon, premier médecin du comte d’Artois, fut du nombre.
Voyant son étoile pâlir, Mesmer voulut venäre son secret au gouvernement, il ne réussit pas; condamné par les sociétés savantes, délaissé par la clientèle, Mesmer quitta là France en 1782. Pendant les cinq années qu'il avait passées à Paris, ïl avait ramassé une fortune considérable, ce qui suffisait à son bonheur.
Mesmer n'avait fait faire aucun progrès à la science magnétique, sa théorie était celle de Paracelse, ses pratiques ne faisaient que reproduire celles de Glocenius, Burgraeve, van Helmont. La seule conséquence utile du Mesmérisme fut d'attirer l’attention du marquis de Puységur sur les phénomènes magnétiques.
Autant Mesmer avait été charlatan et intéressé, autant le marquis Chastenet de Puységur (‘) fut scientifique et philanthrope : retiré dans sa terre de Busancy, il pratiquait le mesmérisme par amour de l'humanité souffrante.
«Un jour, par hasard, il vit se produire un phénomène entièrement nouveau. Un jeune paysan de vingt-trois ans, nommé Victor, atteint depuis quatre jours d’une fluxion de poitrine, tombe, pendant qu’on le magnétise, dans un sommeil paisible sans convulsions ni douleurs. Il parlait, s’occupait tout haut de ses affaires. On pouvait changer sans eflort le cours de ses idées, lui inspirer des sentiments gais; alors, il était content, s’imaginant tirer à un prix, danser à une fête. Simple et niais pendant l'état de veille, il devint, pendant sa crise, d’une intelligence profonde; on n’a pas besoin de lui parler, il suffit de penser devant lui pour qu'il comprenne et réponde. » (BiNer et FÉRÉ.)
Le marquis, ayant vu pour la première fois un sujet en som-
(1) Puyséqur. Mémoires pour servir à l'histoire du magnétisme animal. 1784.
nambulisme, renouvela ses expériences ; il fut émerveillé. Les malades accourent dé tous côtés; ne pouvant suffire à la tâche, il renouvela le procédé de Mesmer, il magnétisa un orme planté sur la place du village ; les patients, assis sur des bancs, étaient ‘attachés par des cordes partant de l’arbre merveilleux et enlaçant les parties malades.
Puységur fut frappé des conséquences qui peuvent résulter de l'empire que possède le magnétiseur sur ses malades, il reconnut l’automatisme des somnambules, les mettant à la merci de leur hypnotiseur. :
En présence de faits aussi précis, le doute s’introduisit dans l'esprit des savants officiels qui n’osèrent plus combattre aussi violemment des phénomènes que tout le monde pouvait voir ; ils se turent, mais ne voulant pas se rétracter, ils se gardèrent bien de reconnaître leur erreur, malgré les appels réitérés de Puységur. « Toute découverte dans les sciences, disait-il, devant être revêtue de la sanction des savants, c’est à eux seuls qu’il appartient de prononcer, tant sur l’existence que sur l'utilité du magnétisme animal; certain de la réalité des faits que J'ai observés, autant je mets de prix à les en persuader, autant je leur soumets avec docilité tous les aperçus et toutes les conséquences que mon esprit ou mon sentiment en auraient pu tirer. Quelque sévère que soit le jugement à mon égard, il ne
pourra que satisfaire au désir que j'ai de n’admettre que des vé-
rités; mais qu'il n’en soit généralement reconnu qu’autant qu'elles seront sanctionnées par leur lumière et revêtues de leur autorité. L’utilité des sciences et l'estime que je leur porte, me feront toujours être flatté des leçons que je recevrai des savants et n'être affligé que de leur indifférence. »
Malheureusement, Puységur ne put continuer ses recherches, il
fut rappelé à son régiment à Strasbourg : en six semaines, il avait
découvert deux faits importants, alors que Mesmer, en six années, n'avait déduit aucune conséquence scientifique de ses pratiques. Grâce à Puységur, on connaissait, en 1784, le sommeil somnambulique, et l’on savait l’importance médico-légale du pouvoir du magnétiseur sur ses malades. |
… L'influence du. marquis fut grande en province: des sociétés
scientifiques se constituèrent à Strasbourg, Metz et Nancy, dans le but d'étudier les phénomènes magnétiques. À Paris, au contraire, cette influence fut presque nulle, la Révolution approchait et les esprits, préoccupés, oublièrent bien vite Mesmer et ses adeptes.
Pendant trente années, aucun travail ne parut sur le magnétisme animal; il faut arriver en 1815 pour voir Deleuze, savant honorable et judicieux, affirmer l'existence du fluide magnétique. Cet expérimentateur reconnut, le premier, que le sujet, une fois réveillé, n’a plus aucun souvenir de ce qui s’est passé pendant le <ommeil.
En parcourant, ainsi que nous l’avons fait, les théories relatives au magnétisme animal, on voit que tous les auteurs antérieurs à 1815 ont admis, pour expliquer les phénomènes merveilleux qu'ils provoquaient, un fluide spécial, différemment réparti suivant les constitutions. Pour magnétiser une personne, il fallait, pensait-on, que le magnétiseur charge le magnétisé de son fluide. Ce fut l'ère du magnétisme animal, basé sur l’inconnu et le merveilleux.
C’est en 1815 que commence l’ère de l’hypnotisme tel qu'on le vonçoit aujourd’hui; son fondateur fut l'abbé Faria (')}, prêtre portugais, dont les théories diffèrent totalement de celles de Mesmer.
Faria, grand vieillard efflanqué, au teint cuivré, avait habité longtemps les Indes, où il avait étudié les mystères de Brahma.
Il donna à Paris des séances publiques, dans lesquelles il s’efforça de prouver que le fluide magnétique n'existe pas ; la cause du sommeil hypnotique résidant essentiellement dans le cerveau du sujet, le magnétiseur ne jouit d'aucune propriété spéciale. Pour provoquer le sommeil somnambulique, Faria faisait asseoir le sujet dans un fauteuil, il lui ordonnait de fermer les yeux et, tout à coup, d'une voix forte et impérative, il disait : « Dormez », répétant l’ordre si l’éffet n’était pas suffisant. L'expérience réussissait souvent, s’il faut en croire le général Noizet.
Faria édifiait ainsi les bases de la doctrine de l’École de Nancy ;
(1) Faria. De la cause du sommeil lucide. Paris, 1819.
ses adeptes étaient nombreux, mais le savant prêtre n’était pas
assez charlatan pour résister à la critique et aux moqueries des:
incrédules. Un jour, un comédien simula le sommeil, au commandement de Faria, il feignit de s'endormir. Tout à coup ïl se leva et dit en riant : («Eh bien ! Monsieur l'abbé, si vous magnétisez les gens comme vous m'avez magnétisé moi, vous ne faites pas dormir grand monde. Je me suis moqué de vous. » L'affaire s’ébruita et l’abbé Faria, considéré comme un imposteur, fut oublié pour toujours.
Le 11 octobre 1825, M. le docteur Poissac, écrivit la lettre suivante à l’Académie de Médecine :
A Messieurs les membres de l'Académie royale de médecine,
Messieurs, |
« Vous connaissez toutes les expériences qui furent faites, il y a quarante ans,sur le magnétisme animal, par les commissaires de la Société royale de médecine ; leur rapport, vous le savez, ne iut point favorable au magnétisme; mais un des membres, M. de Jussieu, s’isola de la Commission et fit un rapport contradictoire. Depuis, malgré la réprobation dont il était frappé, le magnétisme donna lieu à de laborieuses recherches, à des observations multipliées. Assez récemment encore, des membres de l’Académie actuelle de médecine, s’en occupèrent spécialement, et le résultat de leurs expériences fait vivement désirer qu’elles soient continuées avec la même sagesse et la même impartialité.
» L'Académie royale de médecine, qui s'occupe avec tant de zèle et d'éclat de tout ce qui est relatif à l'avancement de la science et au soulagement de l'humanité, ne croirait-elle pas qu’il est dans ses attributions de recommencer l’examen du magnétisme animal ? Si elle se décide pour l'affirmative, j'ai l'honneur de la prévenir que j'ai actuellement à ma disposition une somnambule, et j'ofire à MM. les commissaires qu’il lui plaira de nommer, de faire sur elle les expériences qu'ils jugeront convenables, etc... »
L'Académie désigna MM. Odelon, Pariset, Marc, Husson et Burdin, pour faire partie de cette Commission.
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Le 13 décembre 1825, la Commission fit son rapport et émit les conclusions suivantes :
« 1° Le jugement porté en 1784 par les commissaires chargés par le Roi d'examiner le magnétisme animal, ne doit en aucune façon nous dispenser de l’examiner de nouveau, parce que, dans les sciences, un Jugement quelconque n’est point une chose absolue, irrévocable ;
» 2 Parce que les expériences d’après lesquelles ce jugement à été porté paraissent avoir été faites sans ensemble, sans le concours simultane et nécessaire de tous les commissaires, et avec des dispositions morales qui devraient, d’après les principes du fait qu'ils étaient chargés d’examiner, les faire complètement échouer ;
» 3° Le magnétisme jugé ainsi en 1784 diffère entièrement par la théorie, des procédés et des résultats, de celui que des observateurs exacts, probes, attentifs, que des médecins éclairés, laborieux, opiniâtres, ont étudié dans ces dernières années ;
» 4° I] est de l'honneur de la médecine française de ne pas rester en arrière des médecins allemands dans l'étude des phénomènes que les partisans éclairés et impartiaux du magnétisme annoncent être produits par ce nouvel agent ;
» ° En considérant le magnétisme comme un remède secret, il est du devoir de l'Académie de l’étudier, afin d'en enlever l’usage et la pratique aux gens tout à fait étrangers à l’art, qui abusent de ce moyen et en font un objet de lucre et de spéculation.
» D’après toutes ces considérations, votre Commission est d'avis que la section doit adopter la proposition de M. Poissac et charger une Commission spéciale de s’occuper de l'examen du magnétisme animal. »
Signé : ODELON, Pariser, Marc, BuRDIN, Hus- SON, rapporteur.
Sur 60 votants, 35 votèrent les conclusions de ce rapport, 25 S'y déclarèrent hostiles. L'Académie nomma MM. Bourdois, Double, Joard, Guéneau de Mussy, Guersant, Fouquier, Leroux, Magendie,
Marc, Thillaye et Husson pour faire partie de la Commission spé- Diale. 27
Ce fut encore M. Husson qui fit, en 4831, par conséquent 5 ans plus tard, le rapport demandé. Voici les conclusions :
« 4° Le contact des pouces ou des mains, des frictions, ou certains gestes que l’on fait, à peu de distance du corps, et appelés passes, sont les moyens employés pour se mettre en rapport ou, en d’autres termes, pour transmettre l’action du magnétiseur au magnétisé. |
» 20 Les moyens qui sont extérieurs et visibles ne sont. pas toujours nécessaires, puisque, dans plusieurs occasions la volonté, la fixité du regard, ont suffi pour produire les phénomènes magnétiques, même à l’insu des magnétisés.
» 8° Le magnétisme a agi sur des personnes de sexe et d’âge différents.
» 4° Le temps nécessaire pour transmettre et faire éprouver l’action magnétique, a varié depuis une demi-heure jusqu’à une minute. |
» 5° Le magnétisme n’agit pas en général sur les personnes bien portantes.
» 6° Il n'agit pas non plus sur tous les malades.
» 1° Il se déclare quelquefois, pendant qu'on magnétise, des effets insignifiants et fugaces que nous n’attribuons pas au magnétisme seul, tels qu'un peu d’oppression, de chaleur ou de froid et quelques autres phénomènes nerveux dont on peut se rendre compte sans l’intervention d’un agent particulier savoir, par l’espérance ou la crainte, la prévention ou l'attente d’une chose inconnue et nouvelle, l'ennui qui résulte de la monotonie , du geste, le silence et le repos observés dans les expériences ; enfin par l'imagination, qui exerce un si grand empire sur certains esprits et sur certaines organisations.
» 8° Un certain nombre des effets observés nous ont paru dépendre du magnétisme seul et ne se sont pas produits sans lui. Ce sont des phénomènes physiologiques et thérapeutiques bien constatés.
» 90 Les effets réels produits par le magnétisme sont très va- -riés. Il agite les uns, calme les autres. Le plus ordinairement, il
cause de l'accélération momentanée de la respiration et de la circulation, des mouvements convulsifs, fibrillaires, passagers ressemblant à des secousses électriques, un engourdissement plus ou moins profond, de l’assoupissement, de la somnolence, et, dans un petit nombre de cas, ce que les magnétiseurs appellent somnambulisme.
» 100 L'existence d’un caractère unique propre à faire reconnaître, dans tous les cas, la réalité de l’état de somnambulisme, n'a pas été constatée.
» 41° Cependant on peut conclure avec certitude que cet état existe quand il donne lieu au développement des facultés nouvelles qui ont été désignées sous les noms de clairvoyance, d’intuition, de prévision intérieure, ou qu'il produit de grands changements dans l’état physiologique, comme l'insensibilité, un accroissement subit et considérable de forces et que cet effet ne peut être rapporté à une autre cause.
» 42° Comme parmi les effets attribués au somnambulisme, il en est qui peuvent être simulés, le somnambulisme lui-même peut quelquefois être simulé et fournir au charlatanisme des moyens de déception.
Aussi, dans l’observation de ces phénomènes qui ne se présentent encore que comme des faits isolés, qu'on ne peut rattacher à aucune théorie, ce n’est que par l’examen le plus attentif, Les précautions les plus sévères, par des épreuves nombreuses et variées, qu'on peut échapper à l'illusion.
» 13° Le sommeil provoqué avec..plus ou moins de promptitude et établi à un degré plus ou moins profond, est un effet réel, mais non constant, du magnétisme.
» 44° Il nous est démontré qu’il a été provoqué dans des circonstances où les magnétisés n’ont pu voir et ont ignoré les moyens employés pour les déterminer.
» 15° Lorsqu'on fait tomber une fois une personne dans le sommeil magnétique, On n'a pas toujours besoin de recourir au contact: et aux passes pour la magnétiser de nouveau. Le regard du magnétiseur, sa volonté seule, ont sur elle la même influence. On peut non seulement agir sur le magnétisé, mais encore le mettre complètement en somnambulisme et l’en faire
sortir à son insu, hors de sa vue, à une certaine distance et au travers des portes.
» 16° Il s'opère ordinairement des changements plus ou moins remarquables dans les perceptions et les facultés des individus qui tombent en semnambulisme par l'effet du magnétisme :
» Quelques-uns, au milieu du bruit de conversations confuses, n’entendent que la voix de leur magnétiseur; plusieurs répondent d'une manière précise aux questions que celui-ci ou que les personnes avec lesquelles on les a mis en rapport, leur adressent : d’autres entretiennent des conversations avec toutes les personnes qui les entourent. Toutefois, il est rare qu’ils entendent ce qui se passe autour d’eux. La plupart du temps, ils sont complètement étrangers au bruit extérieur et inopiné fait à leur oreille, tel que le retentissement de vases de cuivre vivement frappés près d'eux, la chute d’un meuble, etc.
» Les yeux sont fermés, les paupières cèdent difficilement aux efforts qu’on fait avec la main pour les ouvrir : cette opération, qui n'est pas sans douleur. laisse voir le globe de l'œil convulsé et porté vers le haut et quelquefois vers- le bas de l'orbite.
» Quelquefois l’odorat est comme anéanti. On peut leur faire respirer l’acide muriatique sans qu’ils en soient incommodés, sans même qu'ils s'en doutent. Le contraire a lieu dans certains cas, et ils sont sensibles aux odeurs.
» La plupart des somnambules que nous avons vus étaient complètement insensibles. On a pu leur chatouiller les pieds; les narines et l'angle des yeux par l'approche d’une plume, leur pincer la peau de manière à l’ecchymoser, les piquer sous l'ongle avec des épingles enfoncées à l’improviste et à une assez grande profondeur, sans qu'ils aient témoigné de la douleur, sans qu'il s’en soient aperçus.
» Enfin on en a vu une qui a été insensible à une des opérations les plus douloureuses de la chirurgie et dont, ni la figure, ni le pouls, ni la respiration, n’ont dénoté la plus légère émotion. |
» 47° Le magnétisme a la même intensité, il est aussi promptement ressenti à une distance de six pieds que de Six pouces,
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et les phénomènes qu’il développe sont les mêmes dans les deux cas.
18 L'action à distance ne paraît pouvoir s'exercer avec succès que sur des individus qui ont déjà été soumis au magnétisme.
» 19° Nous n'avons pas vu qu’une personne magnétisée pour la première fois, tombât en somnambulisme, ce n’a été quelquefois qu’à la huitième ou dixième séance que le somnambulisme s'est déclaré.
» 200 Nous avons constamment vu le Note ordinaire. qui est le repos des organes des sens, des facultés intellectuelles et des mouvements volontaires, précéder et terminer l’état de somnambulisme.
» 21° Pendant qu’ils sont en somnambulisme, les magnétisés que nous avons observés conservent l'exercice des facultés qu'ils ont pendant la veille. Leur mémoire même paraît plus fidèle et plus étendue, puisqu'ils se souviennent de ce qui s’est passé pendant tout le temps et toutes les fois qu'il ont été en somnambulisme.
» 220 À leur réveil, ils disent avoir oublié totalement toutes les circonstances de l’état de somnambulisme et ne s’en ressou-
venir jamais. Nous ne pouvons avoir à cet égard d'autre ga- :
rantie que leurs déclarations.
» 23° Les forces musculaires des somnambules sont quelquefois engourdies et paralysées. D'autres fois, les mouvements ne sont que gênés, et les somnambules marchent ou chancellent à la manière des hommes ivres, et sans hésiter, quelquefois aussi en évitant les obstacles qu'ils rencontrent sur leur passage. Il y a des somnambules qui conservent intact l'exercice de leurs mouvements ; on en voit même qui sont piue forts et plus agiles que dans l’état de veille.
» 24° Nous avons vu deux somnambules distinguer, les yeux fermés, les objets que l’on a placés devant eux ; ils ont désigné sans les toucher, la couleur et la valeur des cartes: ils ont lu des mots tracés à la main, ou quelques lignes de livres que l’on a ouverts au hasard. Ce phénomène a eu lieu alors même qu'avec les duigts on fermait exactement l’ouver-
ture des paupières.
nu De d
» 25° Nous avons rencontré chez deux somnambules, la faculté de prévoir des actes de l'organisme plus ou moins éloignés, plus ou moins compliqués. L'un d’eux a annoncé, plusieurs jours, plusieurs mois d'avance, le jour, l’heure, et la minute de l'invasion et du retour d'accès épileptiques. L’au-
tre a indiqué l’époque de sa guérison. Leurs prévisions se :
sont réalisées avec une exactitude remarquable. Elles ne nous ont paru s'appliquer qu'à des actes ou des lésions de leur organisme.
» 26° Nous n'avons rencontré qu'une seule somnambule qui ait indiqué les symptômes de la maladie de trois personnes avec lesquelles ont l'avait mise en rapport. Nous avions cependant fait des recherches sur un assez grand nombre.
» 270 Pour établir avec quelque justesse, les rapports du magnétisme avec la thérapeutique, il faudrait en avoir observé les effets sur un grand nombre d'individus et avoir fait longtemps et tous les jours des expériences sur les mêmes mala- ‘des. Cela n'ayant pas eu lieu, la Commission a dû se borner à dire ce qu’elle a vu dans un trop petit nombre de cas pour oser rien prononcer.
» 28° Quelques-uns des malades magnétisés n’ont ressenti aucun bien. D’autres ont éprouvé un soulagement plus ou moins marqué, savoir : l’un, la suspension de douleurs habituelles ; l’autre, le retour des forces ; un troisième, un retard de plusieurs mois dans l'apparition des accès épileptiques, et un quatrième. la guérison complète d’une paralysie grave et ancienne.
» 29° Considéré comme agent de phénomènes physiologiques ou comme moyen thérapeutique. le magnétisme devrait trouver sa place dans le cadre des connaissances médicales, et. par conséquent, les médecins seuls devraient en faire ou surveiller emploi ainsi que cela se pratique dans les pays du Nord.
» 90° La Commission n'a pu vérifier, par ce qu’elle n’en a pas eu l’occasion, d’autres facultés que les magnétiseurs avaient annoncé exister chez les somnambules. Mais elle communique des faits assez importants dans son rapport pour qu’elle pense que l’Académie devrait encourager les recherches sur le ma-