‹ L'hypnotisme scientifiqueChapitre 19 sur 140 · CR · texte numérisé non relu

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gnétisme comme une branche très curieuse de psychologie et d'histoire naturelle.

» Arrivée au terme de ses travaux, avant de clore ce rapport, la Commission s’est demandé si, dans les précautions qu'elle à multipliées autour d'elle pour éviter toute surprise, si dans le sentiment de constante défiance avec lequel elle a toujours procédé, si dans l'examen des phénomènes qu'elle a observés, elle à rempli scrupuleusement son mandat. Quelle autre marche, nous sommes-nous dit, aurions-nous pu suivre ? Quels moyens plus certains aurions-nous pu prendre ? de quelle méfiance plus marquée et plus discrète aurions-nous pu nous pénétrer ? Notre conscience, Messieurs, nous à répondu hautement que vous ne pouviez rien attendre de nous que nous n’ayons fait. Ensuite. avons-nous été des observateurs probes, exacts, fidèles ? C'est à vous, qui nous connaissez depuis de longues années, c’est à vous qui nous voyez constamment près de vous, soit dans le monde, soit dans nos fréquentes assemblées, de répondre à eette question ! Votre réponse, Messieurs, nous l’attendons de Ia vieille amitié de quelques-uns d’entre vous et de l'estime de tous.

» Certes, nous n'osons nous flatter de vous faire partager entièrement notre conviction sur la réalité des phénomènes que nous avons observés, et que vous n'avez ni vus, ni SUIvis, ni étudiés, avec et comme nous. |

» Nous ne réclamons donc pas de vous une croyance aveugle à tout ce que nous avons rapporté. Nous concevons qu'une grande partie de ces faits sont si extraordinaires que vous ne pouvez pas nous l'accorder. Peut-être nous-mêmes, oserionsnous vous refuser la nôtre, si, changeant de rôle, vous veniez les annoncer à cette tribune, à nous qui, comme vous aujJourd'hui, n'aurions rien vu, rien observé, rien étudié, rien suivi.

Nous demandons seulement que vous nous jJugiez comme nous vous jJugerions, c'est-à-dire que vous demeuriez bien convaincus que ni l'amour du merveitleux, ni le désir de la célébrité, ni un intérêt quelconque ne nous ont guidé dans nos travaux. Nous étions animés par des motifs plus élevés, plus dignes de vous, par l'amour de la science et par le besoin

de justifier les espérances que vous aviez conçues de notre zèle et de notre dévouement. »

Ont signé : Bourdois de la Motte, président, Fouquer, Gueneau de Mussy, Guersant, Husson, Stard, J.-J. Leroux, Mare, Thillaye.

Après la lecture de ce rapport, M. Husson annonça qu'il déposerait le manuscrit sur le bureau, où chacun pourrait le consulter : M. Castel s’y opposa énergiquement, disant que si ces faits étaient réels, ils détruiraient la moitié des connaissances physiologiques et qu'il serait dangereux de propager ces faits par l’impression. Pour contenter tout le monde, on fit autographier le rapport et l’on étouffa le développement de nos connaissances.

En 1837. le docteur Berna écrivit une lettre à l'Académie de médecine.

Monsieur le Président,

« Malgré le rapport de la Commission de 4826 et ses conclu= sions unanimement favorables au magnétisme, l’Académie se trouve encore divisée sur, cette importante question.

» Une telle divergence d'opinions entre des hommes également éclairés, se conçoit sans peine : les uns ont vu, Ce sont ceux qui croient; les autres n'ont point vu, ce sont ceux qui nient; pour ceux-ci l’autorité n’est rien en pareille matière ; ils ne

veulent s'en rapporter qu’au témoignage de leurs propres sens.

» Cette expérienée personnelle, je viens la leur offrir, Monsieur le Président. Je propose de faire voir, sur des personnes que

j'ai actuellement à ma disposition, des faits concluants en fa-

veur du magnétisme. Ce moyen me semble plus rapide et plus sûr que celui qui consisterait à magnétiser successivement

plusieurs membres de l’Académie, comme on a proposé de le faire.

» Ma croyance au magnétisme n’est point le fruit de l’en-

thousiasme ou d’un examen superficiel; mais de plusieurs années d'expériences et de méditation. Convaincu d'ailleurs que ces faits, quelque merveilleux qu’ils paraissent d’abord, n’ont rien, lorsqu'on y réfléchit, de contradictoire à la physiologie

bien comprise. qu'ils viennent l’éclairer, au contraire, et fournir à la thérapeutique de précieuses ressources, j'ai pensé qu’en. appelant sur eux l'attention des médecins dans un cours public, je servirais la science, la médecine ; et je ne crois pas moins les servir encore aujourd’hui en offrant à l’Académie les moyens de s’éclairer de nouveau sur ce sujet, si elle le juge convenable.

» J'ai l'honneur, etc. »

L'Académie désigna, comme commissaires, les ennemis les plus acharnés du magnétisme : MM. Roux, Bouillaud, Cornac, Dubois, etc. M. Dubois, rapporteur, démolit complètement le magnétisme et s’écria avec colère : € [1 faut en finir enfin avec ces absur- » dités, ces extravagances, ces tours de passe-passe magnétiques. »

M. Husson, indigné de tant d’audace, répondit à M. Dubois, lui reprocha de négliger à dessein tout ce qui pourrait le mettre sur la voie de la vérité, de dénaturer ce qu’il ne pouvait détruire, de mentir effrontément.

De nombreuses demandes furent encore adressées à l’Académie ; M. Double, en 1839, proposa de clore À jamais toute discussion sur ce sujet et l’Assemblée savante vota la proposition d’après laquelle il ne serait plus répondu aux demandes de cette nature.

C’est en 1841, qu’un chirurgien de Manchester, James Braid (‘), reprenant les idées émises en 1815 par l’abbé Faria, fonda la doctrine de l’hypnotisme, en renversant celle du magnétisme animal. Braid n'avait d’abord vu dans les pratiques des magnétiseurs que de la supercherie et du charlatanisme ; cependant, après avoir assisté à plusieurs séances données par Lafontaine, il eut un doute ; il se mit à étudier la question et publia bientôt un ouvrage intitulé : Neurypnologie, traité du sommeil nerveux -ou hypnotisme (1843). Je ne puis mieux caractériser l’œuvre de Braid qu'en reproduisant la préface que Brown-Séquard fit pour la traduction française de cet ouvrage, parue quarante ans après l’édition anglaise.

«Il a, dit le savant physiologiste, prouvé qu'aucune force spéciale n’est émise par l'individu qui agit comme hypnotiseur. Il à

(4) Brain. Neurypnologie. Trad. française. Simon. Paris, 1883,

montré que la volonté ou les idées de cet individu, tant qu’elles ne sont pas exprimées par la parole ou par d’autres sons ; que son regard, s’il n'est pas vu, que ses gestes, s'ils s'agitent dans l’air, ne produisent aucun effet chez l’hypnotisé ou chez le sujet à hypnotiser. Enfin, et comme compiément nécessaire de ce qui précède, il a prouvé que l’état hypnotique et tous les phénomènes qu'il comporte ont leur source uniquement dans le système nerveux de l’individu hypnotisé, lui-même. »

On retrouve, dans les ouvrages de Braïd, une foule d'idées que l’on attribue aujourd’hui à des auteurs modernes ; si l’on ignore en général toute la portée des travaux du savant anglais, c’est que ses nombreux volumes sont épuisés et que la plupart des bibliothèques ne les possèdent pas.

Au début, Braid affirmait que l’hypnotisme était d'origine purement physique et qu’une personne ne sachant pas ce qu'on attend d'elle peut être hypnotisée par certaines stimulations physiques.

Plus tard, il modifia sa conception et considéra l'hypnose comme purement suggestive ; il mentionna la possibilité de l’auto-hypnose par pure imagination et l'inutilité des efforts des magnétiseurs les plus expérimentés chez les personnes ignorant complètement ce. qu'on attend d'elles.

« Quelque combinaison matérielle que ce soit, dit-il, jusqu'alors demeurée impuissante à provoquer l'hypnose, peut devenir sufisante dès que l'opérateur affirme qu'elle possède infaillibiement cette vertu. » | |

Il explique le sommeil hypnotique par la concentration mentale, la fascination de la pensée, autrement dit un état de monoidéisme. Il admet cependant que le sommeil artificiel n'est pas semblable au sommeil naturel. Celui-ci se caractérise par un état mental diffus, flottant, rendant le sujet incapable de fixer son attention sur aucune idée bien nette ; il y a passivité intellectuelle et les impressions adressées au domeur le réveillent ou suscitent un rêve vague. Le sommeil artificiel, au contraire, engendre un état intellectuel actif, permettant l'exécution de suggestions bien déterminées.

Braid prouva que les aimants, les métaux. etc., auxquels'à cette époque déjà l'on prêtait des vertus merveilleuses, agissent uniquement par suggestion : de nombreuses expériences lui permirent en

effet de conclure que ces métaux ne produisent aucun résultat lorsque les patients ignorent ce qu'ils doivent produire.

L'action des médicaments à distance, affirmée par des auteurs américains, fut considérée par Braid comme purement imaginative et suggestive ; il démontra l’action de la suggestion sur les fonctions organiques en exhaltant considérablement par l'hypnose la secrétion lactée d'une jeune femme.

Au point de vue thérapeutique, Braid recommanda la suggestion principalement dans les maladies fonctionnelles, sans lésion organique; mais il prétendit également que l’hypnotisme peut agir dans certaines maladies organiques. Il s’efforça de prouver que la divination de la pensée n'existe pas réellement, qu’elle résulte uniquement de l’'éxagération des perceptions naturelles.

Au point de vue médico-légal, Braiïd nia la possibilité des suggestions criminelles : « S'il est vrai, dit-il (‘}, que, sous l'influence hypnotique, les patients manifestent une grande docilité, il n’en reste pas moins certain que, dans cet état, ils demeurent aussi capables de la plus scrupuleuse correction de conduite que dans l'état de veille dont on attribue la priorité à des auteurs modernes.»

On le voit, l'œuvre de Braïd est trop ignorée, elle contient le développement d'une foule de questions que l’on considère comme des découvertes modernes et je crois qu’en lisant attentivement les écrits de ce savant, on y trouverait encore actuellement des données originales méritant d'être reprises.

Le Braidisme n’eut qu’un retentissement modéré en France et en Angleterre; aux Etats-Unis, Grimes le propagea sous le nom d’électro-biologie. En 1850, la doctrine de Braid fut reprise en Angleterre par Darling, Bennett, Simpson, Carpenter et Hollander. |

En France, ce n'est qu'en 1860 que l’on s'occupa de cette question : Durand (?}) (de Gros) exposa le Braidisme, il chercha à en donner une explication physiologique et le professeur Azam (?) reproduisit à Paris, les expériences de Braïd : il insista surtout sur

(4) MILNE BRAMWEL. James Braid : son œuvre el ses écrits (Revue de l'hypnotisme 1897, n° 12, p. 375. sa

(2) Duran» (de Gros). Cours théorique et pratique de Braidisme. Paris, 1860.

(3) Azam. Travaux réunis dans: Hypnotisme, double conscience, etc. Paris, 1887.

ni

l’anesthésie des sujets hypnotisés, il pensa avoir trouvé une méthode capable de remplacer la chloroformisation.

Les travaux de Azam furent le point de départ de nombreuses recherches : en 1866, Mesnet fit une curieuse étude sur le somnambulisme pathologique ; la même année, Liébault publia l'ouvrage qui servit de base aux doctrines de l'École suggestive de Naney.

Malgré ces importants travaux, il y avait encore des incrédules : en 1874, Dechambre, à l'article mesmérisme de son dictionnaire

de médecine, ne voyait dans les pratiques hypnotiques que men-

songe, mauvaise foi et sotte crédulité.

Richer (‘) en 1875, après une année d’expérimentation, fut convaincu de la réalité des phénomènes hypnotiques, il n’hésita pas à se déclarer partisan du Braidisme. Malgré cela, l’hypnotisme fut encore considéré par de nombreux médecins comme une science occulte n’ayant aucune base scientifique ; de peur de se compromettre, on n’osait se prononcer sur la valeur de ces phénomèmes.

[ fallait l’autcrité et le savoir de Charcot pour trancher la question : l’éminent professeur fut convaincu de la valeur scien: tifique de l’hypnologie ; cette science le captiva et, en quelques années, il édifia de toutes les pièces une doctrine qui compte encore actuellement des partisans.

Charcot (?) considérait le sommeil hypnotique comme une névrose se développant exclusivement chez les sujets hystériques ; d’après lui, ce sommeil comprenait trois états différents : l'état cataleptique, l’état léthargique et l'état somnanbulique, caractérisés chacun par des phénomènes spéciaux que nous décrirons plus loin. | |

Pendant que Charcot vulgarisait en France la science hypnologique, Heidenhaïn (*) soutenait, en Allemagne, la réalité des phénomènes hypnotiques : après avoir assisté aux représentations de Hansen, il fit des recherches personnelles et publia un ouvrage qui eut un grand retentissement.

(1) Ricuer, Du Somnambulisme provoqué (Journ. de l’an..et de La phys., 1875). (2) Caarcor. Note sur les divers états nerveux déterminés par l'hypnotisation

sur les hystéro-épileptiques (Académie des sciences, 1882). | (3) HEIDENHAIN. Der sogenante lrierische Magnetismus. Leipzig, 4880.

En Suisse, l’hypnotisme fut étudié par Ladame et Yung, privat-docent à l’université de Genève.

En 884, Bernheim [‘}, élève de Liébault, compléta la doctrine émise par son maître ; loin de considérer le sommeil hypnotique comme une névrose, apanage exclusif des hystériques, Bernheim assura qu'il se produit aussi chez les sujets normaux, il considéra les phénomènes hypnotiques comme purement dus à la suggestion, il n’admit pas que les sujets présentent spontanément les trois phases décrites par Charcot et il affirma que si ces états se montrent, c’est qu’on les provoque en les suggérant inconsciemment au sujet endormi.

Ce fut la même année que Liégeois (?}, de Nancy, commença son étude juridique de l’hypnotisme et que Pitres (*), de Bordeaux, publia les quatre premières leçons de son cours de clinique, consacrées à l’étude des suggestions hypnotiques.

A partir de cette époque, les travaux sur l’hypnologie furent trop nombreux pour que je puisse en faire ici une étude complète ; jaurai du reste l’occasion de rappeler bientôt ces publications.

(1) Berxuemm. De la suggestion dans l’état hypnotique et dans l’état de veille. Paris, 1884.

(2) Lréceois. La Suggesfion dans ses rapports avec le droit civil et le droit criminel.

3) Prrres. Lecons cliniques sur l'hystirie et l’hypnotisme. Paris, 1884.

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ÉCOLE DE PARIS

L'École de Paris fut fondée en 1878, par Charcot. Après avoir fait de nombreuses expériences sur les hystériques de la Salpêtrière, ce savant crut pouvoir conclure que le sommeil hypnotique se manifeste sous trois aspects distincts. ;

Voici le résumé de sa communication à l’Académie des sciences, en 1882 : « Les phénomènes si variés et si nombreux qui s’observent chez les sujets hypnotisés, ne répondent pas à un seul et même état nerveux. En réalité, l’hypnotisine représente ciiniquement un groupe naturel, comprenant une série d’états nerveux, différents les uns des autres, chacun d'eux s’accusant par une symptomatologie qui lui appartient en propre. On doit, par

conséquent, suivant en cela l'exemple des nosographes, s'attacher à bien définir, d'après leurs caractères génériques, les divers états nerveux, avant d'entrer dans l’étude plus approfondie des phénomènes qui relèvent de chacun d'eux. C’est faute d’avoir spécifié, au préalable, l'état particulier du sujet chez lequel ils ont relevé une observation, que divers observateurs arrivent trop souvent à ne point s'entendre et à se contredire les uns les autres, sans motifs suffisants.

» Ces différents états, dont l’ensemble représente toute la symptomatologie de l’hypnotisme, semblent pouvoir être ramenés à trois types fondamentaux, à savoir : 1° l’état cataleptique : 2° l’état léthargique et 3° l’état de somnambulisme provoqué. Chacun de ces états, comprenant d’ailleurs un certain nombre de formes secondaires et laissant place pourles états mixtes, peut se présenter d'emblée, primitivement, isolément ; ils peuvent encore, dans le cours d’une même observation, chez un même sujet, se produire successivement, dans tel ou tel ordre, au gré de l’observateur, par la mise en œuvre de certaines pratiques. Dans ce dernier cas, les divers états signalés plus haut représentent en quelque sorte les phases ou périodes d’un même processus.

» Laissant de côté les variétés, les formes frustes, les états mixtes, on devra se borner, dans cet exposé, à indiquer d’une facon sommaire, les traits généraux de ces trois états fondamentaux qui dominent en quelque sorte la symptomatologie si complexe de l’hypnotisme.

» 4° ÉTAT CATALEPTIQUE. — Il peut se produire: a (primitivement, sous l'influence d'un bruit intense et inattendu, d’une lumière vive, placée sous le regard, ou encore, chez quelques sujets, par la fixation plus ou moins prolongée des yeux sur un objet quelconque, etc. ; — b (consécutivement à l’état léthargique, lorsque les yeux, clos jusque-là, sont, dans un lieu éclairé, découverts par l'élévation des paupières. :

» Le sujet cataleptisé est immobile, il paraît comme fasciné.

» Les yeux sont ouverts, le regard fixe; pas de clignement des paupières ; les larmes s'accumulent bientôt et s’écoulent sur les

joues. Assez fréquemment anesthésie de la conjonctive et même de la cornée. Lés membres et toutes les parties du corps gar-

dent souvent, pendant un temps fort long , les positions, les attitu”

des, même les plus difficiles à toit qu’on leur a communiquées. Ils paraissent d’une grande légèreté lorsqu'on les soulève ou les déplace, et l’on n'éprouve aucune résistance à les fléchir ou à les étendre. La « flexibilitas cerea » et ce que l’on a appelé «la raideur du mannequin des peintres » n’existent pas. Les réflexes tendineux sont abolis. L'hyperexcitabilité neuro- -musculaire fait défaut. — Il Lye a analgésie complète, mais certains sens conservent,

du moins en partie, “leur. activité (sens musculaire, vision. audition). — Cette persistance de l’activité sensorielle permet souvent d’impressionner de diverses façons le sujet cataleptique et de développer chez lui, par voie de suggestions, des impulsions automatiques et de provoquer des hallucinations. Lorsqu'il en est ainsi, les attitudes fixes artificiellement imprimées aux membres, ou, d'une façon plus générale, aux diverses parties du corps, font place à des mouvements plus ou moins complexes, parfaitement coordonnés, en rapport avec la nature des hallucinations et des impulsions provoquées. Abandonné à lui-même, le sujet retombe bientôt dans l’état où il était placé au moment où on l’a impressionné par suggestion.

» 2° ÉTAT LÉTHARGIQUE, -— Il se manifeste : a) primitivement sous l'influence de la fixation du regard sur un objet placé à une certaine distance ; b) consécutivement à l’état cataleptique, par la simple occlusion des paupières, ou ,par le passage dans un lieu parfaitement obscur. Fréquemment, au moment où il tombe dans l’état léthargique, le sujet fait entendre un bruit laryngé particulier, en même temps qu'un peu d’écume se montre aux lèvres. Aussitôt il s’affaisse dans la résolution, comme plongé dans un sommeit. profond. Il y a analgésie complète de la peau et des membranes muqueuses accessibles. Les appareils sensoriels conservent cependant parfois un certain degré d'activité; mais les diverses. tentatives qu’on peut faire pour impressionner le sujet par voie d’intimidation ou de suggestion, restent le plus souvent sans effet. Les membres sont mous, flasques, pendants, et soulevés, ils:

retombent lourdement lorsqu'on les abandonne à eux-mêmes. Les globes oculaires sont, au contraire, convulsés, les yeux clos ou demi-clos, et l’on observe habituellement un frémissement presque incessant des paupières. Les réflexes tendineux sont exagérés ; l'hyperexcitabilité neuro-musculaire est toujours présente, bien qu’à des degrés divers. Elle peut être générale, c’est-à-dire s’étendre à tous les muscles de la vie animale, face, tronc, membres, ou au contraire, partielle, c’est-à-dire occuper seulement les membres supérieurs, par exemple, à l’exclusion de la face. Le phénomène en question est mis en évidence en excitant mécaniquement par pression, à l'aide d'un bâton, d’un manche de plume, par exemple, le tronc d'un nerf: alors les muscles qui sont tributaires de ce nerf entrent en contraction. |

» Les muscles eux-mêmes peuvent être directement excités de la même facon sur les membres, le tronc; au cou les excitations un peu ‘intenses et prolongées déterminent la contracture des muscles mis en Jeu ; à la face, au contraire, les contractions sont passagèrés, elles ne s’établissent pas à l’état de contracture durable. Les contractures se produisent encore sur les membres, par le fait de la percussion exercée sur les tendons, elles se résolvent rapidement sous l'influence de l'excitation des muscles antagonistes. |

» Chez le sujet plongé dans l’état léthargique, on peut, ainsi qu'on l’a dit plus haut, développer instantanément l'état cataleptique, lorsqu'on met l'œil à découvert en soulevant les paupières supérieures.

» 30 ÉTAT DE SOMNAMBULISME PROVOQUÉ. — Cet élat peut être déterminé directement, chez certains sujets, par la fixation du regard, et aussi par diverses pratiques qu’il est inutile d'énumérer ici. On le produit à volonté chez les sujets plongés au préalable, soit dans l’état léthargique, soit dans l’état cataleptique, en exerçant sur le vertex une simple pression ou une friction légère. Cet état parait correspondre plus particulièrement à ce qu’on a appelé le sommeil magnétique. |

» Les phénomènes très complexes qu'on peut observer dans cette forme, se soumettent difficilement à l’analyse. Ils ont été, pour

beaucoup d’entre eux, provisoirement relégués sur le dernier plan, dans les recherches faites à la Salpétrière. On s’est attaché surtout à déterminer autant que possible les caractères qui séparent l’état de somnambulisme des états léthargique et cataleptique, et à mettre en évidence la relation qui existe entre ce troisième état et les deux autres.

» Les yeux sont clos ou demis-clos : les paupières se montrent en général agitées de frémissements ; abandonné à lui-même, le sujet paraît endormi, mais même alors la résolution des membres n’est pas aussi prononcée que lorsqu'il s’agit de l’état léthargique. L'hyperexcitabilité neuro-musculaire, telle qu’elle a été définie plus haut, n'existe pas, ou, autrement dit, l’excitation des nerîs, des muscles et des tendons ne déterminent pas la contracture. Par contre, on peut, par diverses manœuvres, entre autres à l’aide de légers attouchements promenés à plusieurs reprises sur la surface d’un membre (passes) ou encore à l’aide d’un soufflet léger dirigé sur la peau, développer dans ce membre une rigidité qui diffère de la contracture liée à l’hyperexcitabilité musculaire, en ce qu'elle ne se résout pas, comme celle-ci, par l’excitation mécanique des antagonistes, et de l’immobilité cataleptique par la résistance même qu on rencontre au niveau des jointures, lorsque l’on essaie d'imprimer au membre raidi un changement d’attitude (flexibilitus terea). Pour la distinguer de l’immobilité cataleptique proprement dite, l’on propose de désigner cette rigidité particulière à l’état somnambulique, sous le nom de rigidité cataleptoïde ; on pourrait encore l'appeler pseudo-cataleptique.

» Il y a analgésie cutanée, mais en même temps hyperacuité fort remarquable de certains modes de la sensibilité de la peau, du sens musculaire et de quelques-uns des sens spéciaux (vue, ouïe, odorat). ILest, en général, facile, par voie d’injonction ou de suggestion, de déterminer, chez le sujet, Ia mise en jeu d’actes automatiques très compliqués; on assiste alors aux scènes du somnambulisme artificiel proprement dit.

» Lorsque, chez un sujet amené à l’état somnambulique, on exerce à l’aide des doigts appliqués sur les paupières, une légère compression des globes oculaires, l’état léthargique avec hyperexcitabilité neuro-musculaire peut remplacer l’état somnambulique ;

si, au contraire, relevant les paupières, on maintient dans un lieu éclairé, les yeux ouverts, l’état cataleptique ne se produit pas. »

Pour Charcot, l'hypnotisme est un sommeil nerveux, pathologique, que les hystériques sont seuls capables de présenter.

Dans la catalepsie, le sens musculaire est souvent à ce point développé qu’il suffit de placer le sujet à genoux, les mains croisées, pour que son visage présente une expression éxtatique.

Si l’on électrise dans cet état, les muscles expressifs du visage,

toute la personne du sujet prend des attitudes en rapport avec:

les expressions de la physionomie : l’électrisation du muscle de la colère, le pyramidal du nez, amène. la fermeture des poings ; l’électrisation du triangulaire des lévres, muscle de la tristesse, provoque l'abaissement de la tête, etc.

L'immobilité catalepitique présente des caractères bien distincts de celle qu'un individu simulateur pourrait manifester : si l’on applique un tambour sur le bras étendu pour enregistrer les moindres mouvements, et un pneumographe sur la poitrine pour obtenir le tracé des mouvements respiratoires, on constate que le membre cataleptisé ne tremble pas, il descend lentement, sans secousses, le tracé respiratoire conserve son caractère calme, tandis que chez le simulateur, le membre tremble, sa respiration se précipite HR e DE | | |

Dans la léthargie, l'hÿperexcitabilité neuro-musculaire se traduit souvent très nettement et l’on peut répéter les expériences de Duchesne (de Boulogne): en excitant le biceps brachial, l'avantbras se fléchit ; si l’on opère sur le sterno-cleido-mastoïdien, la tête s'incline du côté correspondant et la face se tourne du côté opposé; l’excitation du nerf cubital, du nerf médian et du nerf radial donne lieu aux griffes cubitale (fig. 2 et 3), médiane (fig. 4 et 5) et radiale (fig. 6). On peut encore obtenir de cette façon l'ex pression que donne la contraction des différents muscles de la face : l’attention, la réflexion, la douleur, la Joie, le rire, etc. En électrisant le nerf du grand zygomatique, on obtient l'expression de la fig. 7; en irritant celui des transverses du nez, on voit se produire l'expression de la fig. 8; en faradisant le nerf facial, on produit l’expression de la fig. 9; enfin, en excitant le ner de l’élé-

vateur commun de la lèvre supérieure et de l’aile du nez, on à l'expression représentée fig. 10.

ic. À

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