LE TRANSFERT. — LES COURONNES AIMANTÉES. — LES EFFLUVES MAGNÉTIQUES
« Le transfert fut découvert en 1879, par Charcot, Luys et Du-
—montpallier (?) qui avaient été chargés par la Société de Biologie
d'examiner les données de Burcq sur la métalloscopie. Ces auteurs
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… (4) Luys. (Société de Biologie. Nov. 1890).
crurent remarquer que les métaux, et surtout les aimants, sont Capables, par la simple application sur la peau, de faire passer
d’un côté du corps à l’autre des anesthésies, des contractures, des päralysies, etc.
Babinski (*) reprit cette étude en 1886 et déclara que ces transferts peuvent même se produire d’un sujet à un autre. En 1890, Luys (‘) communiqua à la Société de Biologie une note intitulée : « Du transfert à distance. à l'aide d'une couronne aimantée, d'états névropathiques variés d’un sujet à l'état
(1) Croca fils. Expériences de suggestion (Journ. de Méd. de Bruxelles, août
(2) Cuarcor, Luys et DumonrPpaLLier. (Communication à la Société de Biolo-
gie, 1879). ARTS (3) Basinskr. (Soc. de psychol. physiol. Octobre 1886 et Soc. de Biologie. Nov.
de veille à un autre à l’état hypnotique. D’après l’auteur, on pourrait ainsi transporter sur l’aimant un état psychique d’un sujet à un autre; en plaçant, par exemple, la couronne pendant cinq minutes sur la tête d’un mélancolique, cette couronne
se chargerait d’une partie de la mélancolie du malade ; si alors
on la place sur la tête d’un sujet sain endormi, ce dernier manifesterait bientôt tous les symptômes de mélancolie présentés par le malade. La mélancolie développée artificiellement se dissiperait, du reste, fort facilement.
Le transfert de Charcot, de Babinski, est unilatéral ; celui
que Luys produit avec ses couronnes aimantées peut être con-
sidéré comme bilatéral.
C'est aussi un transfert bilatéral que Binet et Féré (‘) ont appelé polarisation humaine et qui consiste dans la disparition momentanée d’une hallucination visuelle ou de la vision réelle d’un objet sous l'influence de l’aimant ; on prie un sujet éveillé de regarder attentivement un gong, on approche lPaimant de sa tête, le gong disparaît à sa vue.
La polarisation serait encore capable de Die des phénomènes complémentaires ; on suggère à un sujet l’hallucination d’une croix rouge ; on approche. à son insu, un aimant de sa tête ; le sujet voit apparaître des rayons verts entre les bras de la croix ; peu à peu, ces rayons verts s’allongent, la croix devient rose, puis verte, et enfin le sujet voit une croix vide, un trou en forme de croix, entouré de rayons verts.
Pour terminer ce qui se rapporte à l'action des aimants sur les sujets hypnotisés, je dois vous parler des recherches de Luys (?) sur la visibilité des effluves magnétiques et électriques chez les sujets placés en état hypnotique. &« Parmi les aptitudes des sujets placés en état hypnotique, dit Luys, il en existe une très remarquable : c’est de devenir sensibles à l’action des effluves aimantés, d’être attirés et repoussés par ces effluves,
(1) Bixer et Féré. Le Magnélisme animal. Paris, 1887, p. 199, et Revue philos. 1885, p. 369.
‘2, Luys. De la visibilité des effluves magnétiques et électriques chez les sujets en élat hypnotique (Ann. de psych. et d'hypn., 1892, p. 193).
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qui émanent soit du pôle positif (rouge), soit du pôle négatif (bleu). »
Ces phénomènes, que l’on pourrait qualifier de merveilleux, ont été diversement interprétés ; certains auteurs s’en sont déclarés partisans, d’autres les ont niés. ;
Je voudrais aujourd’hui, Messieurs, vous démontrer que tous ces phénomènes existent réellement, mais qu'ils sont tous d'ordre suggestif.
Faisons rentrer Léon, que nous avons eu soin de faire sortir pendant ces préliminaires, endormons-le et voyons ce qui va se produire.
Je lève le bras droit du sujet : ce bras reste immobile, dans la position que je lui ai donnée; j'approche un aimant, sans rien dire, de son bras gauche ; au bout de quelques secondes, le bras droit s’abaisse insensiblement, le gauche s'élève et prend la position de l’autre. Je recommence cette expérience, elle réussit toujours ; je la fais aux membres inférieurs, même résultat; je place l’aimant derrière la tête du sujet: ses bras s'élèvent, d’abord le droit, puis le gauche. On pourrait croire qué le sujet se guide sur ma présence d’un côté ou de l’autre de son corps et qu’il sait ainsi de quel côté Jj'approche l’aimant, bien que ses yeux soient bandés. Il n’en est rien. Vous voyez, Messieurs, que je viens de prier, par signes, M. R. Verhoogen d'approcher l’aimant pendant que je parlais à
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à dessein de côté opposé ; le transfert s’est produit. M. Gratia pense qu'il pourrait y avoir suggestion mentale; je me place loin du sujet, je lui tourne le dos, je ne sais ce qu’il doit faire, et le transfert réussit encore. Tout ceci semblerait indiquer l’existence réelle de l’action de l’aimant sur les sujets endormis ; mais si j'approche mes poings au lieu d'approcher l’aimant, les mêmes phénomènes se reproduisent de rechef!
On pourrait m’objecter que si Charcot, Luys, etc., attribuent au fluide magnétique certaines actions sur les somnambules, Luys, de Rochas, etc., croient que l’homme est chargé d’un fluide analogue et que, par conséquent, quand j'approche mes poings, le fluide qui s’en SFeREs peut agir semblablement sur le somnambule.
Malheureusement, si j’approche ma canne au lieu d’approcher l’aimant ou mes poings, le transfert se fait encore ; je puis approcher un objet quelconque, toujours le phénomène se réalise. Il faudrait donc admettre que tous les corps sont bons conducteurs du fluide humain et que ce fluide humain est anologue au fluide de l’armant.
Je ne crois pas pouvoir accepter une telle théorie et Je préfère conclure de ces expériences une chose bien simple : c'est que mon sujet sent lorsqu'on approche un objet quelconque de son corps, qu'il est hyperesthésié, qu’il possède en somme une sensibilité très grande, une espèce de pseudoextériorisation de la sensibilité. | :
On pourrait objecter à cette manière de voir que Léon est anesthésique, puisqu'on peut, comme je l'ai fait tantôt, le piquer, le brûler, sans produire de réaction. Je répondrai à cela que mon sujet peut pariaitement être en même temps anesthésique et hyperesthésique pour certaines sensations, qu'il peut présenter une dissociation sensorielle analogue à celle des noctambules qui ne voient, qui ne sentent, n’entendent que ce qui fait partie de leur rêve. Un noctambule se lève, ïl allume sa bougie, 1l travaille ; plusieurs personnes entrent, il ne les voit pas ; elles allument d’autres bougies, il ne s’aperçoit de rien et continue à travailler ; quelqu'un éteint la bougie allumée par le noctambule, aussitôt ce dernier ne voit plus, il tâtonne, cherche des allumettes, se heurte aux meubles’; il ne voit que lorsque sa bougie est allumée ; les autres lumières ne l’éclairent pas, il ne les voit pas.
Eh bien, Messieurs, je crois que Léon présente une dissociation analogue ; son rêve, à lui, c’est ce que Je veux lui faire faire, c'est la suggestion. Je ne lui ai Jamais dit de présenter ces phénomènes, mais certaines phrases peuvent m'avoir échappé et avoir produit chez lui une véritable suggestion; je dirai avec Bernheim ('), « qn’on ne saurait croire avec quelle finesse certains hypnotisés flairent, si je puis dire ainsi, l’idée
(1) BERNHEIM. De l’action médicamenteuse à distance (Revue de l'hypnotisme, 1888, p. 164). .