‹ L'hypnotisme scientifiqueChapitre 45 sur 140 · RE TT RE · texte numérisé non relu

RE TT RE

qu'ils doivent réaliser ; un mot, un geste, une intonation les mettent sur la voie. » |

Pour moi, tous ces phénomènes sont dus à de la suggestion inconsciente, involontaire.

Quant au transfert de Babinski, d’un sujet à un autre, j'en ai vu de nombreux exemples à la Charité, dans le service de Luys. Je suppose un individu atteint de contractures hystériques ; on le fait asseoir, on lui place les mains dans celles d’un sujet endormi, assis en face de lui, les genoux de l’un touchant ceux de l’autre. On promène un aimant tout le long des bras des deux individus en passant par leur poitrine ; bientôt la contracture se manifeste chez le sujet endormi, en tout semblable à ce qu’elle était chez l’'hystérique éveillé.

On peut reproduire ces expériences, mais elles ne réussissent que quänd le sujet endormi sait quelle maladie il doit présenter ; si on lui bande ïjortement les yeux, si on l’amène ensuite auprès d’un malade qu'il n’a jamais vu, si l’on à surtout soin de ne laisser échapper aucune parole, de ne faire aucun geste, le sujet présente des phénomènes qui peuvent encore, par hasard, être exacts, mais qui, le plus souvent, sont inexacts. |

Pour prouver d’une manière irréfutable la nature suggestive du transfert de Babinski, je puis procéder comme je l’ai fait pour le transfert ordinaire : au lieu de me servir de l’aimant, je promène mes poings ou une canne sur les bras des deux individus en expérience, et le transfert se reproduit tout aussi bién qu'avec l’aimant.

Cela diminue-t-il la valeur thérapeutique du transiert de Babinski, tel que Luys l’employait à la Charité! Nullement, Car.si tout, dans le transfert, est suggestif, ce transfert frappe fortement l'imagination du malade qui voit son mal passer à un autre individu et qui s’en trouve véritablement soulagé. Le transfert peut être un puissant moyen curatif par suggestion, bien qu'il n'ait, à mon avis, aucune valeur scientifique.

Est-il nécessaire de dire que le transfert à distance d'états névropathiques variés à l'aide d’une couronne aimantée,

procédé recommandé par Luys, n’est aussi qu'une manière de suggestion ? :

Ici encore, comme pour le transfert ordinaire et le transfert. de Babinski, on peut obtenir des expériences très belles et très concluantes ; mais c’est toujours que le sujet endormi, chez lequel doivent se manifester les symptômes névropathiques, a flairé, deviné par un indice quelconque, ce qu'il doit présenter ; cette sensibilité exquise que vous avez remarquée, Messieurs, dans les expériences de transfert, le sujet la met à son service pour recueillir les moindres impressions pouvant lui faire deviner ce qu'il doit faire. lei encore, si l’on fait l'expérience avec un malade que le sujet ne connaît pas, si l’on a soin de ne lui donner aucun indice, les résultats sont vagues, inconstants ; si l’on se sert d’une fausse couronne aimantée, en fer ou en bois, l’expérience réussit tout aussi bien qu'avec la couronne aimantée véritable. : |

Je crois donc que la valeur scientifique de ces couronnes aimantées est douteuse, mais, je crois que leur valeur thérapeutique est, au contraire, très grande; j'ai été témoin, à la Charité, d'améliorations et même de guérisons par l’application journalière de ces couronnes. C’est que, de même, que le transfert, l’application de ces couronnes est un moyen puissant de suggestion : le mélancolique, le neurasthénique, le névropathe quelconque qui voit la maladie qui l’obsède passer ainsi de son cerveau à celui d’un autre individu, croit réellement être débarrassé d’une partie de son mal et guéri, on est soulagé par suggestion.

La polarisation psychigne de Binet et Féré se réalise dans les mêmes circonstances. Si je donne à Léon l’hallucination d’un singe, Ou si je lui fais regarder pendant son sommeil .(les yeux ouverts) un banc ou un objet quelconque, l’hallucination du singe ou la vision réelle du banc disparaissent au moment où j'approche l'aimant; c’est encore que mon sujet sait ce qu'il doit faire, c’est qu'il possède l’hyperesthésie spéciale qui lui indique lapproche d’un corps quelconque de son tégument cutané. |

D'ailleurs, si, au lieu d'approcher l’aimant, j'approche mes

poings, ma canne, etc., la polarisation s'effectue tout aussi bien.

Ces remarques sont applicables aux phénomènes complémentaires décrits par Binet et Féré : la croix rouge devient rose, verte, etc., aussi bien avec mes poings et ma canne qu'avec l’aimant.

Quant à la visibilité des effluves magnétiques, bleus au pôle négatif, rouges au pôle positif, les premiers attirant le malade, les seconds donnant, au contraire, une sensation de répulsion, je dois dire que le sujet que j'ai vu à la Charité présentait ces phénomènes d’une manière frappante : pour réaliser ces expériences, on se servait ordinairement d’un barreau aimanté droit ; il suffisait de présenter subitement, après l’avoir caché derrière le dos, le pôle négatif de l’aimant pour voir aussitôt, sans un moment de réflexion, le sujet fasciné s’élancer sur ce pôle, le caresser et le regarder avec délices. Si, au contraire, on présentait le pôle positif, le sujet était subitement pris d'horreur, il allait se cacher pour ne plus voir les effluves rouges. M. Luys réussissait toujours ces expériences. J’ai voulu me convaincre de la réalité de ces phénomènes, et je dois dire qu'au début de mes essais avec le sujet de M. Luys, j'a parfaitement réussi: je cachais l’aimant et brusquement je lui présentais un pôle quelconque; j'enregistrais les phénomènes, - puis je regardais à quel pôle j'avais affaire et toujours je réussissais.

Le barreau aimanté était composé de trois parties métalliques, retenues en contact par un ruban bleu ; je crus remarquer un jour que ce ruban avançait un peu plus d’un côté que de l’autre; je le remis bien au milieu et subitement je présentai le pôle négatif au sujet ; il manifesta une profonde horreur et s'enfuit : il avait donc vu des effluves rouges ; or il aurait dû voir des effluves bleus, il aurait dû être attiré. Ma conviction fut dès lors fortement ébranlée, et de retour à Bruxelles, je m'empressai de répéter ces expériences. N'ayant pu trouver un sujet qui présentât la visibilité spontanée des effluves magnétiques, j'imaginai d'en créer un : je suggérai à Joséphine qu’elle verrait d’un côté de l’aimant des effluves

rouges, de l’autre des effluves bleus.

Cette Joséphine était un sujet hystérique très sensible, qui présentait une hypéresthésie sensorielle analogue à celle de Léon: cette malade, que j'ai du reste eu l'honneur de montrer à la Société, présentait une pseudo-extériorisation artificielle de la sensibilité ; elle sentait, comme Léon, l'approche d’un corps quelconque à une distance de quelques centimètres de la peau. Eh bien, Messieurs, Joséphine réalisa très bién la visibilité des effluves magnétiques ; je lui présentais subitement un pôle quelconque de l’aimant : elle devinait souvent juste ; quelquefois cependant elle se trompait, plus souvent certainement que le sujet de Luys, mais je ne l’avais dressée que pendant une quinzaine de jours ; Luys connaissait son sujet depuis des années.

Comment Joséphine s’y prenait-elle pour se tromper si rarement ? Je crois qu’on peut encore expliquer ce phénomène par cette espèce d’hypéresthésie que manifestent certains sujets hypnotisés ; les barreaux aimantés présentent généralement de petites taches, la couleur qui recouvre le milieu du barreau offre certaines éraillures, les deux bouts de l'aimant peuvent avoir des formes différentes, etc.; nous distinguons à peine ces particularités qui sont des indices certains pour des sujets hypéresthésiés.

« C’est donc toujours cette espèce de flair que possèdent certains sujets, qui les met à même de réaliser ces expériences merveilleuses que l’on peut, je erois, qualifier toutes de suggestives. »

Quant à l’hypnoscope d’Ochorowiez, je n’ai jamais observé d’action bien constante ; tout a toujours dépendu de l’auto-suggestion : les malades qui s'imaginaient devoir ressentir quelque chose, réagissaient parfaitement, les autres ne présentaient aucun phénomène.

ÉCOLE DE PARIS

« Dès qu’on magnétise un sujet, dit le colonel Albert de Rochas('}, la sensibilité disparaît chez celui-ci à la surface de la peau. C’est là un fait établi depuis longtemps; mais ce que l’on ignorait, c’est que cette sensibilité s’extériorise : il se forme, dès l’état de rapport, autour de son corps, une couche sensible, séparée de la . peau par quelques centimètres. Sile magnétiseur ou une personne quelconque pince, pique ou caresse la peau du sujet, celui-ci ne sent rien ; si le magnétiseur fait les mêmes opérations sur la couche sensible, le sujet éprouve les sensations correspondantes.

4) De Rocuas. Les états profonds de l'hypnose. Paris, 1892, p. 57.

» De plus, on constate qu'à mesure que l'hypnose s’approfondit. il se forme une série de couches analogues à peu près équidistantes, dont la sensibilité décroit proportionnellement à leur éloignement du corps. » .

Les expériences du colonel de Rochas, auxquelles j'ai assisté fréquemment, à l’hôpital de la Charité, dans le service de M. Luys, sont fort intéressantes : lorsqu'il piquait avec une aiguille l’atmos” phère entourant un sujet, celui-ci ressentait une douleur, alors que l’on pouvait traverser sa peau de part en part sans qu'il manifestât rien.

Si l’on plaçait un verre d’eau dans les mains du sujet et que l’on plongeait une pointe dans le liquide, la douleur était aussitôt ressentie. Ce phénomène se produisait même si l’on éloignait le verre de la personne en expérience: il fallait donc que l’eau se soit chargée de lä sensibilité extériorisée. Cette sensibilité pouvait persister assez longtemps dans les corps qui en étaient chargés: (J'ai sensibilisé, dit M. de Rochas, une dissolution saturée d’hyposulfite de soude en la plaçant à la portée du bras de-L... endormie et extériorisée. Le sujet étant réveillé, un aide a déterminé, à son insu, la cristallisation, et au même instant, le bras de L... s’est contracturé, lui faisant éprouver de violentes douleurs. C'était prévu; mais ce qui l'était moins, c'est qu’une douzaine de jours après, quand j’enfonçai la pointe d’un poignard dans le ballon qui contenait l’hyposulfite cristallisé, un cri retentit dans la pièce voisine, où L..., ignorant ce que je faisais, causait avec d’autres personnes : elle avait: ressenti le coup, probablement au bras; mais ne m'’occupant pas alors du phénomène de la localisation des sensations, je ne pensai pas à le lui demander. »

« J’essayai, dit encore M. de Rochas, si la cire ne jouirait pas, comme l'eau, de la propriété d’emmagasiner la sensibililé et je réconnus qu'elle la possédait au plus haut degré, ainsi que d’autres substances, comme le cold-cream et le velours.

» Une petite statuette, confectionnée avec de la cire à modeler et sensibilisée par un séjour de quelques instants en face et à une petite distance du sujet extériosisé, transmettait à ce sujet la sensation des piqûres dont je la perçais, vers le haut du corps si je piquais la statuette à la tête, vers le bas si je la piquais aux pieds.

» Cependant, je parvins à localiser exactement la sensation, en implantant dans la tête de la figurine, une mèche de cheveux coupée à la nuque du sujet pendant son sommeil.

HAML X ayant alors emporté la statuette ainsi préparée, derrière un bureau où nous ne pouvions la voir, ni le sujet, ni moi, je réveillai le sujet qui, sans quitter sa place, se mit à causer jusqu’au moment où, se retournant brusquement et portant la main derrière sa tête, il demanda en riant qui lui tirait les cheveux, au moment précis où M. X... avait, à son insu, arraché les cheveux de la statuette. »

S1 l’on remplace la statuette par une plaque photographique sur laquelle on reproduit ensuite l’image du sujet, ce dernier sent chaque fois qu'on touche la photographie.

Voici un fait de cette nature raconté par Sicard de Plauzolles (!). « Une troisième plaque qui, avant d’être placée dans l'appareil photographique, avait été fortement chargée de la sensibilité du sujet endormi et extériorisé, a donné une photographie présentant un rapport complet de sensibilité avec lui. Chaque fois que M. de Rochas touchait à l’image, le sujet endormi sentait le contact précisément au point du corps correspondant au point touché de la photographie. M. de Rochas prit une épingle et égratigna deux fois la plaque sur l’image de la main du sujet: celui-ci s’évanouit; quand il fut réveillé, la main présentait deux stigmates rouges. ) |

(4) Srcarp DE PLAuzoLLes. Les expériences du D' Luys et de M. de Rochas sur l’extériorisalion de la sensibilité (Ann. de Psychiâtrie, 1893, n° 2).

IT

ÉCOLE DE NANCY

Ici encore, pour l'Ecole de Nancy, tout est d'ordre suggestif : si le sujet sent la piqûre, le pincement à distance, c’est qu'il sait qu’il doit présenter ces phénomènes ; c’est qu’il flaire ce que veut son hypnotiseur. |

Page 1