‹ L'hypnotisme scientifiqueChapitre 46 sur 140 · TITI · texte numérisé non relu

TITI

DISCUSSION ET OPINIONS PERSONNELLES

A la question suivante :

« L’extériorisation de la sensibilité existe-t-elle ? il a été repondu par (') :

SANCHEZ HERRERO (de Madrid). «Je crois que oui. »

Buror (de Rochefort). «L'extériorisation de l’influx nerveux est très probable; elle doit se développer dans de certaines conditions. »

Davio (de Narbonne). «J’ai constaté d'une façon irréfutable, l'extériorisation de la sensibilité, même à l’état de veille, chez des sujets n’ayant jamais été hypnotisés. »

Luys (de Paris). « Oui. »

Prrres (de Bordeaux). « ? »

— Manor (de Paris). « J'ai refait et réussi quelques-unes des expé-

«riences de Barety; en particulier, un objet ou une personne étant vus par l'hypnotisé lorsqu'ils étaient touchés du doigt par l'hypno- …tiseur, et disparaissant pour l’hypnotisé, dès que le doigt ne les touchait plus. Bien entendu, toutes les précautions ayant été pri- “ses pour éviter les suggestions, l’hypnotisé ne pouvant s’apercevoir en rien de ce que l’on faisait, et parlant sans être questionné. » |

OcHorowicz (de Varsovie). « Probablement, mais je n'ai pas eu … de preuves suffisantes. Se méfier de la suggestion mentale et autres Suggestions involontaires. » no

DumonrPazLzier (de Paris). (Je ne sais. »

(1j Réponses à mon questionnaire.

Le MENaNT Des CHEesnais (de Ville-d’Avray). Les quelques expériencés que j'ai faites d’extériorisation de la sensibilité, ont été négatives. Je n’ai pas encore d'opinion personnelle sur ce point, pas plus que sur la question du transfert. »

HENR1 PETERSEN (de Boston). « Jusqu'à présent mes expériences restent sans résultat définitif. »

Beaunis (de Paris). « Je n’ai jamais pu la constater. »

Joie (de Lille). «Je n’admets pas l’extériorisation de la sensibilité, mais j'explique les expériences de Rochas par le phénomène de sensibilité à distance que j'ai prouvé (Neurohypnologie), p. 119. — Voir la discussion et l’application de ce fait aux expériences de de Rochas, Revue de l’Hypnotisme, déc. 1893, p. 172. »

BrémauD (de Brest). « Je serais trés désireux de voir des expériences sincères, j'ai recherché, je n’ai rien trouvé. Quand j'ai vouLu extérioriser la sensibilité, chez un certain nombre j'ai réussi en quelques minutes; un hystérique hypnotisé est suggestible à l'infini ; un geste, un froncement de sourcil lui indiquent ce qu'il faut qu'il fasse ou qu'il dise. »

DE JoxG (de la Haye). «Je n’ai pu constater l’extériorisation de la sensibilité. »

Lagoie (de Nashua-New-Hamspire). «°? »

DÉJERINE (de Paris). « L'extériorisation de la sensibilité est uniquement due à la suggestion. »

G. Bazzer (de Paris). « Rien ne l'établit. Les expériences de de Rochas sont des plus défectueuses. » |

Voici ce que j'ai dit, en juillet 1893, dans la Revue de l’hypnotisme (p. 36 à 38).

« 4° Pseudo-extériorisation spontanée. — (Collette H... présentait, dès la première séanee, les phénomènes suivants : la sensibilité était complètement absente; si au lieu de piquer dans la peau, on piquait à plusieurs reprises dans l’atmosphère, à une distance de un à deux centimètres, la malade, interrogée, indiquait parfaitement l’endroit exact où l’on opérait ; si l’on piquait à une distance plus grande, elle ne ressentait rien.

Ayant constaté ce premier point, j'ai voulu essayer de charger une statuette de cire ou un verre d’eau de cette sensibilité : une statuette de cire étant placée dans la main de Collette, je pique cette statuette à l’aide d’une épingle, la malade ne ressent rien ; si je pratique la même expérience en plaçant la poupée sur la poitrine de la malade, elle ne ressent pas davantage la piqûre ; si je pique la figurine après l'avoir enlevée du contact de Collette, aucune sensation n’est non plus perçue.

| Avec des plaques photographiques, je n’ai rien obtenu ; celles-

ci étant appliquées au contact du sujet extériorisé, et reproduisant ensuite l’image de ce dernier, n’ont pas présenté les particularités qu’ont observées de Rochas et Luys.

Ces expériences, faites sans parti pris, car j'avoue n'avoir pas cru jusqu'ici à ces phénomènes, prouvent que, chez certains Sujets spéciaux, il y a un semblant d’extériorisation de la sensibilité, existant spontanément pendant le sommeil hypnotique.

Je ne puis être aussi affirmatif que de Rochas, qui semble dire que l’extériorisation de la sensibilité est la règle chez les sujets en état somnambulique. Quant à la possibilité de charger un corps de la sensibilité de la personne extériorisée, je ne pourrai l’admettre que lorsque je serai parvenu à le reproduire chez un sujet non habitué aux manœuvres hypnotiques. Le doute persiste en mon esprit à cet égard, mais J'espère, si le fait existe réellement, pouvoir bientôt m'en assurer d'une manière indéniable.

2 Pseudo-extériorisation artificielle. — J'ai appelé pseudoextériorisation spontanée, celle qui se manifeste d’elle-même, sans suggestion aucune ; pour mettre les expérimentateurs à l'abri de toute cause d'erreur, je vais montrer que l’on peut produire par suggestion une pseudo-extériosition artificielle absolument semblable à la précédente. | |

La première fois que j'ai hypnotisé Joséphine, elle ne présentait aucun phénomène Wextériorisation de la sensibilité ; comme elle est très intelligente, je lui dis : « Écoutez bien votre sensibilité, au lieu d’être sur votre peau, sera maintenant

au-dessus de votre peau, de telle sorte que, quand je piquerai la peau, vous continuerez à ne rien sentir. et quand, au contraire, je piquerai dans l'air qui se trouve au-dessus de la peau, vous sentirez. Est-ce bien compris » ? La malade répond

affirmativement et aussitôt elle présente une extériorisa-

tion de la sensibilité aussi développée que celle de Colette.

Si je lui place la figurine de cire en mains, elle ne sent pas quand je pique dans la cire; à la poitrine, les résultats sont les mêmes; avec un verre d’eau, les phénomènes sont semblables. Comme précédemment aussi, si j’enlève l’objet de la zone sensible, le sujet ne ressent pas les piqüres.

Avec des plaques photographiques sensibilisées, les résultats ont été aussi négatifs.

Ces phénomènes se sont reproduits chaque fois que j'ai hypnotisé la malade sans nouvelle suggestion. Cette pseudoextériorisation artificielle de la sensibilité n'a pu être reproduite chez aucun autre sujet ; il faut donc admettre une particularité individuelle, comme pour la pseudo-extériorisation spontanée.

Je concluerai donc que chez certains sujets spéciaux, on peut

produire par suggestion une pseudo-extériorisation artificielle de

la sensibilité, en tout semblable à la pseudo-extériorisation spontanée.

J'ai appelé à dessein pseudo-extériorisation ce que de Rochas appelle extériorisation, parce que je crois que Ces phénomènes doivent être expliqués tout autrement qu’on ne l’a fait jusqu’à présent. Ce qui paraît surnaturel’ pourrait bien n'être qu'un phénomène physique très simple tel que : vibration de l'air, température de l'objet approché du corps, ete. Ceci ne peut encore être expliqué scientifiquement, ce n’est pas une raison pour croire aussitôt au surnaturel (!).

Cette première publication fut mal comprise par Mavroukakis,

qui me prit pour un chaud partisan de la théorie de de Rochas.

Voici ce que je répondis (?)

(1) Croca fils. De la pseudo-extériorisation de la Sensibilité (Coinm. à la Soc. des sciences méd., et Revue de l’Hypn., 1893, p. 362) :

(2) Croca fils.” 4 propos de la pseudo- setérioristtion de la sensibilité (Revue de l’'Hypnotisme, 1894, p. 217).

“€ Dans une Communication à la Société d'hypnologie, M. Mavroukakis a rapporté quelques expériences faites dans le but ‘de s'assurer de la réalitè de l'extériorisation de la sensibilité : « En cherchant à vérifier ce phénomène, a-t-il dit, j'ai remarqué que cette sensibilité extériorisée était -un phénomène produit par la suggestion... J'ai conclu que ce n’était pas le fluide magnétique qui provoquait cette prétendue extériorisation de la sensibilité, mais que c’était tout simplement la suggestion. »

Pour prouver ce fait, l’auteur se place à quatre mètres d’une somnambule, il lui dit : « Madame, je vais vous piquer à la main gauche où -vous ressentirez une très forte douleur ; » dans une autre expérience, l’auteur place un verre d’eau dans la main du sujet, il lui dit : « Une partie de votre sensibilité va passer dans le verre ; chaque fois que je le piquerai, c’est vous qui sentirez la douleur ; » s’il piquait le verre sans bruit, il n’y avait aucune sensation ; s’il touchait le verre en produisant un son, le sujet ressentait la piqüre.

Les expériences rapportées par M. Mavroukakis sont probablement réalisables chez toutes les somnambules : elles sont ‘d'une simplicité extraordinaire et l’on s'étonne réellement de ”woir citer des expériences de suggestion aussi élémentaires pour arriver à conclure que l'extériorisation de- la sensibilité n’est que de la suggestion. |

M. Mavroukakis cite « Crocq (de Bruxelles) et de Rochas » comme s'étant occupés de l’extériorisation de la sensibilité ; il ajoute : Ces expériences m'ont convaincu que ce n’est pas le fluide magnétique qui agit dans ces cas, mais tout simplement la suggestion, et que, probablement, les auteurs de la pseudoextériorisation de la sensibilité ont été trompés par les faits. »

Il ressort clairement de la communication de M. Mavroukakis qu'il me considère comme partisan de l’extériorisation de la sensibilité, telle que de Rochas l’a décrite et que, par consé-. quent, il a mal compris mon récent article sur la pseudoextériorisation de la sensibilité.

Je dois d’abord faire remarquer que j'ai été le premier à

appeler pseudo-extériorisation de la sensibilité, le phénomène décrit par Rochas et Luys sous le nom d’extériorisation de Ia sensibilité. Je voulais, par cette dénomination, indiquer nettement que le phènomène considéré par son inventeur comme une manifestation fluidique et surnaturelle, je le considérais au contraire comme purement physique. | Il y à six mois déjà, j'ai pu produire une pseudo-extériorisation artificielle bien plus caractéristique que celle que rapporte M. Mavroukakis, je n’ai cependant pas conclu à la nonexistence de la pseudo-extériorisation spontanée de la sensibilité. Je le répète, mes vues diffèrent totalement de celles de M: de Rochas; tandis que ce dernier auteur considère le phénomène qui nous occupe comme fréquent, je le crois d’une rareté exceptionnelle ; au lieu de considérer cette extériorisation comme due à des émanations fluidiques, je crois qu’elle dénend tout simplement de phénomènes physiques vulgaires ; enfin je. n’ai pu réaliser la pseudo-extériorisation qu’en expérimentant à une distance de un centimètre de la peau du sujet; toutes les autres expériences rapportées par de Rochas, n’ont pu être réalisées ; jamais le verre d’eau ou la statuette de cire, ni les plaques photographiques ne se sont chargées de la sensibilité du sujet, ce qui tend à prouver qu'il s'agit simplement de phénomènes physiques ressentis par un sujet hypnotisé. » |

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ÉCOLE DE PARIS

- Comme nous le verrons à propos des idées de l’Ecole de Nancy “concernant l’action des médicaments à distance, cette propriété merveilleuse était connue et décrite déjà à l'époque de Braid. Ces “recherches tombèrent dans l’oubli et il faut arriver en 1885, pour voir MM. Bourru et Burot, professeurs à l’Ecole de médecine de 5 Rochefort, découvrir à nouveau l’action à distance des substances toxiques et médicamenteuses.

| - Ces auteurs, voulant étudier les phénomènes produits par Île contact des métaux chez les hypnotisés, imaginèrent, pour contrôler

leurs premiers résultats, d'avoir recours à des solutions salines. Ils virent, à leur grande surprise, ces solutions agir, par le simple contact sur la peau, comme si on les avait fait ingérer aux sujets.

Ils expérimentèrent alors avec les alcaloïdes et ils virent qu’un fragment brut d’opium, enveloppé dans un morceau de papier et placé sur la tête d’un sujet, provoquait rapidement un sommeil profond ; avec l’atropine, ils obtinrent la dilatation de la pupille; avec le chloral, un sommeil accompagné de ronflement ; avec la. digitaline, des vomissements; avec le jaborandi, une salivation abondante et de la sudation ; avec l’eau de laurier-cerise, une ex tase religieuse, des visions, etc.

Ces résultats furent communiqués au Congrès de Grenoble, en 1885, puis à la Société de Psychologie physiologique, en 1887 ; ils furent enfin publiés en un volume de 300 pages.

Les auteurs se servaient de tubes non hermétiquement fermés ; ces tubes qui étaient d’abord appliqués contre la peau, doivent plutôt être placés à 6 centimètres de cette dernière, de crainte d'obtenir des résultats trop forts. Il est nécessaire que les solutions « contenues dans les tubes soient diluées afin d'éviter les actions M brutales, toxiques des substances ; la durée de l’application variait î de deux à cinq minutes ; chez certains sujets, il fallait même beau- M

coup plus longtemps pour obtenir un résultat. : Ces recherches furent reprises par Luys, Dècle, Chazarain, Dufour et de Rochas. D

Luys rendit compte de ses résultats à la Société de Biologie et à l'Académie de médecine de ‘Paris, il produisit l’ivresse avec l’alcool, la purgation avec l'huile de ricin et l’exorbitis avec l’essence de thym.

L'Académie de médecine nomma une Commission chargée d'exa- miner les faits. signalés par Luys; Dujardin-Beaumetz, rapporteur, émit un avis défavorable. La Commission fit placer diverses substances dans des tubes semblables ; ces substances, préparées par.une tierce personne, n'étaient pas connues des expérimentas M teurs. Les phénomènes furent toujours à peu près identiqués, que

ÉCOLE DE NANCY

Braida, le premier, a démontré la nature suggestive de l’action des médicaments à distance.

Bernheim s’est demandé si l'action médicamenteuse à distance est réelle; il déclare n’avoir jamais réussi.

Cependant, à la suite d’expériences affirmatives obtenues par Focachon, Bernheim et Liébault résolurent de tenter des expériences rigoureuses avec le sujet de Focachon. A cet effet, Bernheim fit préparer par un pharmacien de Nancy huit substances contenues dans des tubes fermés par de simples bouchons de liège. C'était de l’émétique, de l’eau de laurier-cerise, du sulfate de strychnine, du chlorydrate de pilocarpine, de la vératrine, du nitrite d’amyle, de l’alcool et de la scammomée. Chaque tube était revêtu d’une étiquette identique, portant un numéro : le pharmacien seul connaissait à quelle substance correspondait chaque numéro. Les résultats furent consignés et les expérimentateurs ne connurent la nature des substances employées qu'après les expériences.

« Sur sept substances expérimentées, dit Bernheïm (‘), le sujet a accusé des troubles divers ; une fois seulement et nous pensons que c’est coïncidence fortuite, ce trouble correspondait à l’action réelle du médicament. »

Mais comment expliquer alors les résultats premiers de Focachon ? Y a-t-il eu coïncidence entre l’auto-suggestion du sujet et l’action réelle du médicament ? Y a-t-il eu de la part de l'expéri-

(1) BERNHEIM. De l'action médicamenteuse à distance (Rev. de l’Hypn., 1887-88, p. 164).

mentateur, trahison de la pensée. « On ne saurait croire, dit Bernheim, avec quelle finesse certains hypnotisés flairent, si Je puis dire ainsi, l’idée qu'ils doivent réaliser. Un mot, un geste, une intonation les mettent sur la voie. »

Bernheim ne prétend pas que tous faits observés puissent s’interpréter par la suggestion, il demande seulement que les expériences soient faites en observant les règles suivantes :

1° Faire préparer, par une tierce personne, qui n’assistera pas à l'expérience, une série de substances nettement définies, dans des flacons portant des numéros.

20 Mettre sous enveloppe cachetée les noms des substances correspondant à chaque numéro.

3° Chez les sujets soumis à cette expérience, employer autant que possible des solutions n'ayant pas été expérimentées chez eux, pour éviter les coïncidences par rappel d’une sensation.

4° Inscrire tous les phénomènes à mesure qu'ils se manifestent, pendant les expériences.

5° N’ouvrir l'enveloppe que lorsque les expériences seront:toutes terminées et que le sujet sera parti.

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DISCUSSION ET OPINIONS PERSONNELLES

Que pensez-vous de l’action des médicaments à distance ? (\) Luys (de Paris). « C’est indiscutable. »

Buror (de Rochefort). «Ce n’est pas seulement un eftet de sug-

gestion. »

Davio (de Narbonne). « Elle est le résultat de la transmission de |

la pensée de l’opéräteur. » Hat

Ocaorowicz (de Varsovie). « Il y a quelque chose là dedans, mais rien de positif pour le moment. En tout cas, ce sont plutôt des idiosyncrasies sans règle générale. »

Prrres (de Bordeaux). «°? ».

Maror (de Paris). «°? ».

SANCHEZ HERRERO (de Madrid). («Je n'ai obtenu qu’insuccès. »

A Voisin (de Paris). «Les médicaments n’opèrent pas à distance. )»

DumonTPALLIER (de Paris). « Mes expériences personnelles ont toujours été négatives. »

Beaunis (de Paris). « Je n’y crois pas, cependant je n'ai pas fait d'expériences personnelles à cet égard. »

Joire (de Lille). « Je crois que cette action doit être attribuée à la suggestion et au contact. »

Brémaun (de Brest). «Je n’ai rien obtenu ; rien que par mon attitude, mon air d'attente, de crainte, de satisfaction, de mécontentement, sans prononcer un mot, j'ai pu empoisonner des sujets

(1) Réponses à mon questionnaire.

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endormis, avec de l’eau claire, et constater que la strychnine, l’ipéca restaient sans effet. »

De JonG (de la Haye). « L’action des médicaments à distance n'existe pas, selon mes L'HOQNCes, les effets sont des produits de suggestion. )

LaJoIE (de ou te Amspire). «Je crois que c’est de la suggestion plus ou moins ouverte. » |

DÉJERINE (de Paris). « C’est de la suggestion. »

G. Bazer (de Paris). «Rien ne le prouve, pas une expérience valable. » | | | 3

Burot et Luys sont les inventeurs de l’action des médicaments

… à distance, il n'y a donc que David et Ochorowicz qui s’en déclarent partisans, tous les autres auteurs ont répondu négativement, excepté Pitres et Marot qui doutent.

Je ne puis mieux exposer ma manière de voir à ce sujet qu’en reproduisant ce que jai dit à la Société des Sciences médicales, en … juin 1894 (‘).

“ «Action à distance des substances toxiques et médicamenteuses. MM. Bourru et Burot{°’}, professeurs à l'Ecole de médecine de Rochelort, voulant étudier les phénomènes produits par le contact . des métaux chez les hypnotisés, imaginèrent, pour contrôler leurs résultats premiers, d'avoir recours à des solutions salines. Ils virent, à leur grande surprise, ces solutions agir, par le simple contact sur la peau, comme si on les avait fait ingérer aux sujets; - avec l’iodure de potassium ils produisirent des bâillements et des . éternuements.

— » Ils expérimentèrent alors avec les alcaloïdes et ils virent que l’opium produit le sommeil ; l’atropine, la dilatation de la pupille ; le chloral, un sommeil avec ronflement ; la digitaline, des vomissements ; le jaborandi, une salivation abondante et de la sudation, etc.

» Les auteurs se servent de tubes qui doivent, autant que possi- … ble, ne pas être fermés hermétiquement; ces tubes, que les auteurs Dot RE contre la peau, doivent plutôt être placés à

(1) Voir Journal de Méd., août 1894.

* (2) Bôurru et BuRor. Sociélé de ppt Mnhidié décembre does (eme

philos. mars 1886).

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5 centimètres de cette dernière, de crainte d'obtenir des résultats trop forts; les solutions contenues dans les tubes doivent être diluées afin d'éviter les actions brutales, toxiques des substances ; la durée de l'application doit varier de deux à cinq minutes et quelquefois même beaucoup plus longtemps.

» Luys reprit ces recherches ; il fut convaincu de la réalité des théories de Bourru et Burot et il n’hésita pas à communiquer ses résultats à l’Académie de médecine et à la Société de Biologie

» L'Académie nomma une Commission pour vérifier ces phénomènes, et Dujardin-Beaumetz{‘), rapporteur, conclut à leur nonexistence.

» Voisin (?) et Bernheim (‘)reprirent les expériences de Bourru, Burot et Luys, et ils conclurent que tous ces phénomènes sont dus à la suggestion.

» Mon sujet, Léon, réalise parfaitement l’action des médicaments à distance: voici quatre tubes contenant des substances diverses ; j'en ai pris un au hasard, je l'ai placé dans le cou de mon sujet et vous avez vu qu’il a manifesté une agitation extrême sans que j'aie prononcé une parole : c’est de l’'ammoniaque. |

» Avec cet autre tube, j'ai obtenu encore une agitation très grande : c’est du chloroforme, |

» Avec celui-ci, j'ai obtenu le calme et le sommeil : c’est de l’éther.

» Avec le dernier, j'ai obtenu du malaise, des maux de tête : c'est une solution de morphine.

» Recommençons cette série d'expériences.

-» Je prends un tube quelconque, il y a eu sommeil profond : c’est du chloroforme. :

» Avec un second tube j'obtiens de l’agitation : c'est l’ammoniaque.

» Avec un troisième tube, il se manifeste de l'agitation encore : c'est l’éther.

(4) DusarpiN-BEAUMETZ. Comptes rendus, Acad. méd., août 1888.

(2) Voisin. Action des médic. à distance (Soc. méd.-psych., octobre 1887).

3) BerNagrm. De l’action médicamenteuse à distance (Rev. de l'Hypnot.- 1888, p. 161).

» Enfin, avec le quatrième tube se montre le sommeil.

» Vous voyez, Messieurs, que mon sujet essaie inconsciemment de me contenter ; il manifeste certains symptômes particuliers lorsque l'approche un tube, mais ces symptômes ne sont nullement constants, ils varient pour une même substance, d’une expérience à l’autre.

» Quelquefois le sujet devine juste ; si on annonce ce qui doit se produire, il réussit toujours. J’ai essayé avec d'autres substances, avec de l’eau, avec un tube vide, et toujours il a manifesté certains phénomènes vagues pouvant être interprétés différemment, suivant l’idée préconçue de l’expérimentateur.

» Ici encore je crois qu'il s’agit de suggestion inconsciente ; je crois que le sujet tâche de se guider par ce flair si caractéristique que présentent les somnambules hyperesthésiques. »

Ma conclusion est donc semblable à celle de Braïd, de Bernheim,

etc.

D CHAPITRE x

nn. LES SUGGESTIBILITÉS

LOVE à

ce Avant d'aborder l'étude des suggestions hypnotiques, nous devons dire un mot des suggestibilités.

É Comme nous le verrons plus loin, la suggestion est, d’après Bernheim, l'acte par lequel une idée est introduite dans le | cerveau et acceptée par lui; elle implique deux facteurs : l'impression première, le germe, et l'élaboration de cette im- 4 pression le cerrain psychique.

Cette définition est la meilleure qui ait été donnée jusqu’à présent, elle montre clairement l'étendue presque infinie du domaine de la suggestion ; il y à suggestion chaque fois ë. qw une idée est introduite dans le cerveau et acceptée par lui, que cette idée soit émise par un être humain ou qu’elle résulte d’une impression extérieure quelconque. L'enfant qui | obéit à ses parents, l'élève qui écoute sa leçon, l'ami qui suit un conseil, se laissent suggérer ; le malade qui s’ima- . . gine qu'un grand appareil électrique doit lui faire plus de

4 7 (1) BeRNHEIM. Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (Paris, 1891).

bien qu’une machine plus simple quoique bien construite, celui qui guérit par le transfert à l’aide des aimants, celui qui, à la suite d’une contusion, est atteint de paralysie psychique du membre atteint, sont encore en état de suggestion.

Ainsi comprise, la suggestion fait partie de notre vie journalière, c’est elle qui donne lieu à la plupart de nos actes et de nos sensations. PURE £

Mais la suggestion ne se réalise pas aussi facilement ni dans les mêmes conditions chez les différents individus ; de même que dix individns exposés à un même refroidissement réagiront différemment en ce sens que l’un aura une pneumonie, un autre une amygdalite, un troisième une bronchite, | un quatrième une polynévrite, etc., suivant leur tempérament et leur prédisposition et que d’autres n’auront rien ; de même dix individus, soumis à une même suggestion, présenteront des phénomènes différents : l’un l'acceptera complètement, un autre en partie, un troisième la transformera, un quatrième la refusera, etc., suivant leur état psychique.

De même qu’en médecine, à côté de la cause occasionnelle ou du microbe, il y a l'état organique et qu'il faut, pour donner lieu à l'éclosion des maladies, un certain état de rapport entre ces deux éléments, de même en psychologie, à côté de l’idée et de l’impression introduites dans le cerveau,

il y a l’état psychique, et il faut, pour que la suggestion se produise, un état de rapport analogue entre ces deux éléments.

Dans les deux cas, à côté du germe, il y a le terrain. La suggestibilité qui n’est en somme que la faculté de se laisser suggestionner, variera donc considérablement suivant la nature du terrain psychique, absolument comme la morbidité varie extrêmement suivant la nature du terrain organique.

En médecine comme en psychologie, on .a d'abord accordé trop d'importance au germe : en médecine, on a étudié à fond la cause des maladies et particuliérement les agents étiologiques infectieux, on en est arrivé à déterminer les moindres détails concernant la vie et le mode de nropagation des microbes, on a retrouvé des agents pathogènes dans

LES SUGGESTIBILITÉS 207

lair que nous respirons dans des aliments et des boissons que nous ingérons, à tel point que l’on aurait pu être poursuivi par une véritable microphobie ; et ce n’est que plus tard que l’on a rendu au terrain organique toute l’importance qui lui revient et que l’on s’est aperçu que le microbe n’est rien, si l’organisme dans lequel il est introduit n’est pas prédisposé à le recevoir. |

— De même, en psychologie, sous l'influence des travaux de “Liébault, Bernheim, etc., la question de la suggestion a été “envisagée surtout en ce qui concerne son germe ; on a recherché avec soin les conditions dans lesquelles il est possible de suggestionner le sujet, on a décrit avec soin les diverses manières de l’automatiser, on a classé les suggestions, on en a fait des tipes, et ce n'est que très récemment que l'on a attribué. au terrain psychique un rôle capital et que l'on a insisté sur ce fait que la suggestion en elle-même n’est rien, “si l'organisme dans lequel elle est introduite n’est pas prédisposé à le recevoir.

Un des grands mérites des travaux inspirés par les savants

“de Nancy, et particulièrement par mon maître Bernheim, cest d'avoir appelé l’attention sur le terrain psychique sans

-lequel la suggestibilité est incompréhensible et vague. Comme je l'ai dit plus haut, la suggestibilité ou facilité plus ou moins grande de se laisser suggestionner, prédispo-

“ition plus ou moins marquée à faire éclore le germe consti-

“tué par l'impression, dépend avant tout du terrain psychique.

Ce terrain psychique varie considérablement, suivant les individus ; et ce n'est même pas assez que de le comparer au terrain organique, car les variations intellectuelles des individus sont bien plus grandes que les variations organiques.

La suggestion étant l'acte par lequel ure idée est introduite dans le cerveau et acceptée par lui, toute l'importance du

» terrain psychique consistera, au point de vue qui nous 0Ccupe, en une plus ou moins grande impressionnabilité et en une plus ou moins grande force de résistance, à accepter l’idée imposée. |

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L'individu normal, qui n’est peut-être qu’un idéal au point de vue intellectuel aussi bien qu’au point de vue organique, possédera toujours une force de résistance supérieure à son impressionnabilité ; son intelligence dominera ses sens et il n’acceptera l’idée suggérée que si son intellectualité, après mûre réflexion, lui conseille de l’accepter. Il examinera froidement et impartialement l’idée qu’on veut lüi imposer et celui qui agit comme suggestionneur n’a aucun pouvoir direct sur lui; Son seul guide sera son jugement. Ib

Si donc nous représentons par [ son impressionnabilité, par

R sa puissance de résistance aux suggestions, nous pourrons dire que chez lui

IR 24e

Mais cet être idéal est rare ; le plus souvent on rencontrera des sujets dont l’intellectualité dominera moins fortemént l’impressionnabilité et chez lesquels la suggestibilité sera plus prononcée ; leur formule sera alors : |

| ln He 0-0 ou bien encore MAS RES RE EE

Dans ces deux cas encore, la force de résistance est suffisante pour empêcher l'acceptation de suggestions dont les con séquences pourraient être graves ; mais la diminution de la force de résistance, et par suite la prépondérance plus marquée de la suggestibilité, permettent les suggestions moins sérieuses ; ces individus n’accepteront pas les suggestions qui pourraient porter atteinte à leur position, à leur honneur, à

Jleur santé, à leur avenir, aux personnes qui leur sont chères,

mais ils accepteront celles qui, sans menacer fortement leur «

personnalité ou leur famille, constituent cependant des fautes qu'ils n'auraient sans doute pas commises sans une influence étrangère. | |

J'ai connu le cas d’un soldat qui, en rapport avec des camarades peu recommandables, refusa énergiquement et à différentes reprises, de déserter et de voler malgré les instances

LES SUGGESTIBILITÉS 209

de ses amis, et cependant ce soldat se laissait souvent entraincr à boire et à rentrer après l'heure réglementaire, quitte à regrétier et à expier sa faute ensuite. Il résistait parfaitement aux suggestions dont les conséquences pouvaient être graves, mais il ne possédait pas une force de résistance suffisante pour triompher des suggestions moins sérieuses.

De même que nous devons considérer comme appartenant à l’état normal les cas où Ja force de résistance est diminuée dans des proportions restreintes, de même nous pouvons rattacher à l’état physiologique les cas dans lesquels limpréssionnabilité est légèrement augmentée

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Ces deux formules, qui indiquent une augmentation notable de l'impressionnabilité, donneront lieu à une suggestibilité plus intense ; mais, tandis que dans les deux cas précédents, l'individu accepte les suggestions par manque de résistance, par mollesse, sans qu’il soit nécessaire de faire vibrer chez lui une corde sensible ; dans des cas actuels, ils ne seront succeptibles de se laisser influencer que si leur émotivité est en jeu. Le soldat qui refusait de déserter et qui cependant se laissait entrainer à l’ivrognerie et à la débauche Par manque de résistance, par indifférence, n’exigeait pas pour cela que ses camarades agissent sur son émotivité, sur sa sensualité ;. il pouvait n'être, par lui-même, ni ivrogne,. ni débauché. Dans le cas présent, si, au lieu d’une diminution de R, il présente une augmentation de Ï, ses camarades devront, pour l’entrainer, faire. vibrer sa corde sensible, lui re- “présenter les plaisirs du cabaret et des mauvais lieux et réveiller en lui ses instincts sensuels.

Mais ces cinq formules, évidemment schématiques, ne suffisent pas à caractériser les divers types de suggestibilité que nous obServons : journellement. Un grand nombre d'individus présentent une suggestibilité beaucoup plus prononcée, soit que leur force de résistance R soit encore plus faible, soit que leur impressionnabilité soit plus forte. Et ‘si :notre première

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formule peut être considérée comme exceptionnelle, et que, par suite, les quatre autres peuvent encore être considérées. comme physiologiques sous peine de devoir admettre, ce qui n’est peut-être pas une erreur, que, presque tous, nous appartenons à des types pathologiques, je crois cependant pouvoir, dire que les formules, qui vont suivre sont bien réellement du ressort de la pathologie.

Ici la formule pourra varier suivant que le facteur R sera diminué ou que le facteur I sera augmenté.

Lorsque la force de résistance aux suggestions R est simplement diminuée, sans pour cela que l’impressionnabilité soit augmentée, ce qui se rencontre chez certains esprits faibles, qui ne sont pas pour cela des émotionnels, la formule sera :

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