A) MALADIES CHRONIQUES
1) La tuberculose
On connaît, en effet, l’action hypotensive très nette du bacille de Koch. Dans l'immense majorité des cas, elle n'est qu'un épiphénomène, mais on peut se demander si, dans d’autres cas, la tuberculose ne serait pas capable d’entraîner, sans aucun autre signe objectif, une hypotension artérielle permanente d’allure idiopathique. C’est le problème qui peut se poser chez un tel sujet ayant présenté quel-
ques lésions tuberculeuses, telles que adénite, coxalgie, «dont on peut constater une cicatrisation complète, datant depuis de très longs mois. L'hypotension artérielle permanente et ces séquelles revêtent-elles une origine identique ? La tuberculose est actuellement complètement eteinte ; cependant, autrefois, n'a-t-elle pas entrainé simultanément une de ces manifestations dont nous parlions plus haut, et une lésion discrète, latente, mais indélébile, d’une capsule surrénale par exemple ? Ce sont ces cas qu'on pourrait rapprocher de ceux décrits par M. Sezary, sous le nom « d'hypoépinéphrie chronique latente ».
Rien ne permet de l’affirmer, mais l’hypothèse demeure vraisemblable. Seule, l’autopsie trancherait les doutes. C'est le cas de l'observation suivante (obs. 70). |
Un de nos malades, âgé de 21 ans, vient nous consulter parce qu'il est fatigué. Cette fatigabilité est légère, mais elle est nette. Elle revêt le type de la fatigabilité d'effort que nous avons décrit plus haut. Ce malade a eu une coxalgie à l'âge de 8 ans, elle a parfaitement guéri par ankylose. Depuis, il a une santé excellente. Actuellement, outre cette fatigabilité légère et une tension à 10,1/2/5, I. O = 2, on ne trouve absolument rien. Les poumons sont normaux, radioscopiquement et radiographiquement. L'appélit est excellent. Pas de fièvre, pas d’expectoration. Le système neuro-végétatif examiné est normal. L'épreuve au dynamomètre est normale. Pas de ligne blanche, pas de mélanodermie. Aucune amélioration par l'extrait de surrénal. Bon effet de l’arsenic, phosphore et strychnine.
2) La syphilis :
Il en est de même de la syphilis ; est-elle capable de déterminer une hypotension artérielle permanente qui soit d'apparence idiopathique ? À vrai dire, le problème est un peu différent de la tuberculose pour une doubie raison
d'une part, c'ast que la syphilis est une infection latente par excellence, et qu’elle peut léser tous les viscères ; d'autre part, elle peut être héréditaire, et c'est peut-être ainsi qu’elle crée surtout des lésions endocriniennes. Or, celles-ci jouent un rôle considérable dans la pathogénie du syndrome qui nous intéresse.
Enfin, c’est que chez un syphilitique il faut se méfier de la syphilis, en présence de toute manifestation morbide qui ne fait pas sa preuve. Tel n’est pas le cas de la tuberculose.
Par conséquent, une hypotension artérielle permanente, d’allure idiopathique, peut, dans certains cas, faire soulever l'hypothèse de syphilis, en présence de stigmates flous, d’antécédents douteux, héréditaires et personnels, même si on ne la trouve pas biologiquement.
C’est d’ailleurs en nous basant sur les travaux de M. Sezary que nous soulevons cette hypothèse. Cet auteur a prouvé que la syphilis acquise est capable de déterminer de la surrénalité scléreuse qui pourrait être la séquelle d’altérations latentes : il en résulterait une débilité surrénale par hypoépinéphrie chronique latente. x
Nous n’avons malheureusement pas d'observations dans lesquelles une discrimination semblable eût pu se poser ; cependant, il nous a été donné d'observer une hypotension artérielle d’origine syphilitique si nette et si schématique que (bien qu’elle sorte du cadre de ce syndrome, la syphilis étant révélée biologiquement) nous croyons utile de la rapporter brièvement.
IT s'agissait d’une malade âgée de 48 ans, entrée dans le service du docteur Lian, pour une prostration et une asthénie considérable. Elle pouvait à peine se tenir debout et elle tombait si on ne la soutenait.
Un examen de la malade avait révélé une abolition des réflexes achilléens et rotuliens, pas de signe d'Argyll- Robertson. Pas de douleurs à la pression des masses musCulaires. Pas d’incoordination des mouvements. Parésie plutôt que paralysie. On trouva une tension artérielle 8/5,
avec IL. O. 7. Pouls à 100. Rien au cœur, La séroréaction de Wassermann fut trouvée ultra-positive. On commence un traitement spécifique, par le bismuth. En un mois de temps, à raison de 2 piqüres par semaine, se produisit une véritable résurrection. La malade qui était. prostrée, immobile et ne s’intéressait à rien commence à s'intéresser à ce qui sé passe, à marcher, à causer, la T. A. de 8/5 est passée, en un mois à peine à 15/8.