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LA NOURRICE

Beaucoup de personnes ne se doutent pas, et nous avons été longtemps de ce nombre, de l'influence de l'allaitement sur la constitution et le caractère de l'enfant. C'est cependant un fait qu'on ne peut révoquer -en doute et qui n'avait pas échappé à l'attention des anciens, si habiles conservateurs de la nature. « Depuis longtemps, dit Sylvius, j'ai observé que les enfants sucent, avec le lait de leurs nourrices, leur tempérament aussi bien que leurs inclinations, et qu'à ces deux, égards ils tiennent autant de leurs nourrices que de leurs mères. »

•< Cette considération n'est-elle pas assez puissante,

dit Descuret, pour déterminer les mères à nourrir elles-mêmes leurs enfants, pourvu qu'elles ne soient affectées d'aucune maladie constitutionnelle, ni d'aucune passion invétérée doublement transmissible avec leur lait ?

« Mais lorsque des parenls se trouvent dans la triste nécessité de confier leur enfant aux soins d'une étrangère, ils doivent donc, non pas la prendre au hasard, comme cela se fait journellement, mais la choisir d'après l'avis d'un médecin éclairé, qui examinera si sa constitution et son caractère peuvent neutraliser ou, du moins, contrebalancer les prédispositions fâcheuses qu'apporte le nourrisson. Une bonne nourrice doit être jeune, habituellement bien portante. Quant aux qualités morales, qui exercent une si grande influence sur la santé comme sur le caractère de l'enfant, on doit tenir à ce qu'elle ait des mœurs pures, qu'elle ne soit adonnée, ni à la colère, ni aux boissons alcooliques qui la provoquent. Outre que ces vices se transmettent avec le lait, je connais plusieurs exemples d'enfants morts de convulsions pour avoir pris le sein de leurs nourrices quand elles étaient ivres, ou peu d'instants après qu'elles s'étaient livrées à un accès de colère. Dans l'espace de quatre années, une jeune femme perdit subitement ses deux enfants et un nourrisson pour leur avoir donné le sein immédiatement après un violent emportement... Enfin je terminerai en recommandant, avec mon savant confrère le Dr Donné, de ne prendre pour nourrice une fille-mère que dans des cas tout à fait exceptionnels. »

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