CHAPITRE VI Éducation morale
FORMATION DU COEL'U
Que serait-ce après tout qu'un corps sain, robuste et bien fait, sans un esprit droit et sensé? Que servirait à L'homme d'avoir des forces s'il ne savait pas en faire un bon usage ? Or, quoi qu'en ait dit J.-J. Rousseau, ce n'est pas vers le bien, mais vers le mal, que se portent ses premiers penchants. « J'ai vu le cœur de l'homme, dit le Seigneur, et j'ai vu qu'il était enclin au mal dès son adolescence. » — « Les enfants, dit La Bruyère, sont hautains, dédaigneux, colères, envieux, curieux, intéressés, paresseux, volages, timides, intempérants, menteurs, dissimulés. Ils ne veulent point souffrir le mal et aiment à en faire... » — « L'homme au fond est une bête sauvage. Nous ne la connaissons que domptée, apprivoisée, ditSchopenhauer, en cet état qui s'appelle civilisation. Aussi reculons-nous d'effroi devant les explosions accidentelles de sa nature. Que les verrous et les chaînes de l'ordre légal tombent n'importe comment, que l'anarchie éclate, c'est alors qu'on voit ce qu'est l'homme. » (Martin.) Nous en avons eu la preuve en 1871, quand
les habitants de Paris, qui se regardent comme les gens les plus intelligents du monde, fusillèrent des hommes inoffensifs et incendièrent les plus beaux monuments de la ville, pour le plaisir de les brûler.
Mais si l'enfant en venant au monde apporte en lui le germe de tous les vices, il n'y a pas de nature si mauvaise, si stérile, si disgraciée qu'elle paraisse, qui n'ait son riche fonds de qualités précieuses que l'éducation doit cultiver et développer ; mais aussi, dans toute nature d'enfant, sans en excepter les plus heureuses, il y a, à côté des bonnes qualités, toute cette famille pullulante de défauts sans nombre qu'il faut corriger et réprimer, et, grâce à Dieu, quelque multipliés que soient les germes mauvais cachés dans une àme d'enfant, ils ne rendent jamais impossible son éducation.
Platon avait constaté cette vérité : « L'homme, disait-il, ne nait pas bon, mais il peut le devenir par l'éducation. »
Le duc de Bourgogne, fils du grand Dauphin et petit-fils de Louis XIV, en est une preuve bien frappante. Autant son père était d'une nature molle et flexible, autant il était violent et emporté. « Cet enfant, dit Saint-Simon dans ses Mémoires, naquit terrible, et dans sa première jeunesse fit trembler ; dur, colère jusqu'aux derniers emportements contre les choses inanimées ; impétueux avec fureur, incapable de souffrir la moindre résistance sans entrer dans des fougues à faire craindre pour sa vie{ opiniâtre à l'excès, passionné pour tous les plaisirs, la bonne chère, la
chasse avec fureur, la musique avec une sorte de ravissement, et le jeu encore où le danger avec lui était extrême ; enfin livré à toutes les passions et transporté de tous les plaisirs ; souvent farouche, naturellement porté à la cruauté ; barbare en railleries ; ne regardant les hommes que comme des atomes avec qui il n'avait aucune ressemblance, quels qu'ils fussent ; à peine les princes ses frères lui paraissaient intermédiaires entre lui et le genre humain, quoiqu'on eût toujours affecté de les élever tous trois dans une égalité parfaite... » De cet enfant si terrible, si dur, si fier, si emporté, Fénelon, par sa douce fermeté et son habileté, fit un homme si bon, si doux, si modeste et si accompli, que Voltaire n'a pu s'empêcher de lui donner cet éloge :
Sous son règne la France eût été trop heureuse.
Aussi le savant Leibnitz ne craignait pas d'affirmer qu'on réformerait le genre humain si on réformait Téducalion de la jeunesse ; car c'est l'éducation qui fait la grandeur des peuples et maintient leur splendeur, qui prévient leur décadence et au besoin les relève.
Nous avons déjà dit en quoi consiste l'éducation : c'est cultiver, exercer, développer, fortifier et polir les facultés physiques, intellectuelles, morales et religieuses qui constituent dans l'enfant la nature et la dignité ; donner à ces facultés leur parfaite intégrité, les établir dans la plénitude de leur puissance et de
leur action. Par là former l'homme et le préparer à servir sa patrie dans les diverses fonctions sociales qu'il sera appelé un jour à remplir pendant sa vie sur la terre, et ainsi, dans une pensée plus haute, préparer l'éternelle vie, en élevant la vie présente. Telle est l'œuvre, tel est le but de l'éducation. (Dupanloup.)
Un Père de l'Église nous a laissé ce mot sur l'éducation : « Qu'y a-t-il de plus grand, dit-il, que de diriger une jeune âme et de la former à la vertu ; de lui donner en quelque sorte son empreinte ; de lui parler pour l'éclairer et l'émouvoir, de l'attirer et de la conduire ; de la ramener, quand elle s'échappe ; de la redresser, quand elle fléchit ; de la réveiller, quand elle s'endort ; de la soutenir, quand elle se lasse ? » Celte influence patiente et continue laisse à la longue des traces impérissables et donne à l'âme sa physionomie particulière. Voilà pourquoi l'Église tient tant à l'éducation de tous les enfants, et spécialement de ceux qui semblent les plus incapables de la recevoir. Elle ne recherche pas les enfants les plus intelligents, les plus fortunés et les plus aimables ; mais les plus disgraciés à tous les égards : les vagabonds, les plus pauvres entre les pauvres. Qui ne connaît les prodiges opérés par le zèle et la charité de Dom Bosco ?
L'art de l'éducation, comme tous les autres arts, a son idéal, ses règles et ses modèles, ses peines et ses joies, ses succès et ses mécomptes ; car ce n'est au fond que l'art réfléchi d'intervenir à son heure dans les instincts naturels pour les gouverner et les conduire à leur fin. Gomment réussir dans cette tâche si l'on
ne connait pas les besoins de l'enfant pour les satisfaire, ses aptitudes pour les exciter, les limites de ses forces pour s'y conformer? Mais comment acquérir l'empire nécessaire sur un être aussi capricieux, aussi mobile que l'enfant, si l'on ne sait pas à quels principes d'action il obéit spontanément ? Gomment manier sans la froisser, sans la briser, celte délicate petite machine, si l'on n'en a pas d'avance analysé les ressorts? (Gompavré.) Ce qui faisait dire à un saint Père : Ârs artiûm regimen animarum : la conduite des âmes est l'art des arts, l'art par excellence.
Si, envisagée à ce point de vue, l'éducation est indispensable aux jeunes gens, elle n'est pas moins nécessaire aux jeunes filles. « N'ont-elles pas aussi des devoirs à remplir, dit Fénelon, et des devoirs qui sont les fondements de la société humaine? Ne sont-ce pas les femmes qui ruinent et qui soutiennent les maisons, qui règlent tout le détail des choses domestiques, et qui, par conséquent, décident de tout ce qui touche de plus près à la société humaine ? Une femme judicieuse, appliquée et pleine de religion, est l'âme de toute une maison ; elle y met l'ordre pour le bien temporel et pour le salut. Les hommes mêmes, avec toute leur autorité, ne peuvent effectuer aucun bien dans la famille, si les femmes ne leur aident à l'exécuter. Qui peut la diriger avec un soin plus exact que les femmes, qui, outre leur autorité naturelle et leur assi-
duité, ont encore l'avantage d'être nées soigneuses, attentives au détail, industrieuses, insinuantes et persuasives ? Est-ce que ce ne sont pas les femmes qui sont chargées de l'éducation des enfants, des garçons jusqu'à un certain âge, des filles jusqu'à ce qu'elles se marient ou qu'elles se fassent religieuses ; de la conduite des domestiques, du détail de la dépense et des moyens de faire tout avec économie et honorablement? Les hommes peuvent-ils espérer pour eux-mêmes quelque douceur dans la vie, si leur plus étroite société, qui doit être celle de leur femme, se tourne en amertume? Les enfants, que deviendront-ils, si les mères les gâtent dès leurs premières années ? Les occupations des femmes ne sont donc guère moins importantes pour le bien social que celle des hommes, puisqu'elles ont une maison à régler, un mari à rendre heureux, des enfants à bien élever.
« Enfin il faut considérer, outre le bien que font les femmes quand elles sont bien élevées, le mal qu'elles causent quand elles manquent d'une éducation qui leur inspire l'amour de leurs devoirs. Il est constant que la mauvaise éducation des femmes fait plus de mal que celle des hommes, puisque les désordres des hommes viennent souvent de la mauvaise éducation qu'ils ont reçue de leurs mères et des passions que d'autres femmes leur ont inspirées dans un âge plus avancé. » Les grands principes d'après lesquels l'éducation des garçons doit être dirigée conviennent donc aussi parfaitement à l'éducation des filles.
Pendant les premières semaines de son existence, l'enfant n'a, pour ainsi dire, qu'une vie végétative: tous ses besoins se bornent à prendre de la nourriture et à dormir; dès qu'il est rassasié, il s'endort, parfois même sur le sein de sa mère. « Mais comme il digère avec une rapidité extraordinaire, dit Descuret, et que son estomac ne saurait rester longtemps inactif, le besoin de nourriture ne tarde pas à se faire sentir de nouveau, et, pour peu qu'on le laisse pâlir, il fait bientôt connaître par ses gémissements le besoin qu'il éprouve impérieusement. C'est ce besoin d'alimentation qui excite en lui les excès de jalousie auxquels il se livre, dès sa première année, plus fréquemment qu'on ne le pense. C'est surtout quand sa nourrice lui retire le sein pour le donner à un autre enfant qu'on voit ses traits se contracter et ses bras débiles chercher à écarter cet importun rival qui vient lui disputer la source où il puise sa vie...
« Mais bientôt il s'opère en lui un travail secret dont il n'a pas conscience, et qui ne se manifeste que par les résultats. Bientôt les objets environnants viennent éveiller son attention, il étend ses petites mains, il veut tout saisir et tout porter à sa bouche, comme plus tard, vers la fin de sa première année, il voudra tout briser. »
Il a à peine quelques mois, il n'obéit encore qu'à la stimulation du besoin, et déjà ses instincts se manifes-
lent : les mauvais beaucoup plus tôt que les bons. Il ne parle pas encore, et déjà il se montre colère, égoïste, jaloux; il a déjà sa volonté qu'il cherche à imposer à tout ce qui l'entoure. Ainsi il n'a pas tardé à remarquer qu'on accourait aussitôt qu'il pleurait ; il n'oubliera pas un moyen si simple de se faire obéir, et, dès qu'il voudra quelque chose, il poussera des cris perçants jusqu'à ce qu'il ait obtenu ce qu'il désire. Si on lui cède, tout est perdu. Sans doute, il y aurait de la cruauté à ne pas pourvoir à ses besoins légitimes, mais ce serait une déplorable faiblesse de céder à ses caprices. Le meilleur moyen de prévenir ou de guérir cette habitude, c'est de n'y pas faire attention. Personne n'aime à prendre une peine inutile, pas plus les enfants que les autres. Ils sont obstinés dans leurs tentatives, mais si vous avez plus de constance, d'opiniâtreté qu'eux, ils se rebutent et n'y reviennent plus. C'est ainsi qu'on leur épargne des pleurs et qu'on les accoutume à n'en verser que quand la douleur les y force. (Morère.)
« Savez-vous, disait J.-J. Rousseau, le plus sûr moyen de rendre votre enfant malheureux toute sa vie? c'est de l'accoutumer à tout obtenir, car ses désirs croissent incessamment parla facilité de les satisfaire. D'abord il voudra la canne que vous tenez ; bientôt il voudra votre montre ; ensuite il voudra l'oiseau qui vole ; il voudra l'étoile qui brille ; il voudra tout ce qu'il verra : comment ferez-vous pour le satisfaire?» On a vu des enfants élevés de cette manière s'arracher les cheveux, s'égratigner le visage et entrer dans une
telle fureur qu'ils tombaient en convulsion, si Ton tardait à leur obéir et à satisfaire leurs volontés les plus bizarres et les plus déraisonnables : tristes préludes des maladies nerveuses qui se développeront inévitablement à l'âge de l'adolescence et de la jeunesse. Je ne sais quel auteur parle d'une mère qui ne voulait pas qu'on contrarie son fils, de peur de troubler sa digestion et de le rendre malade.
Accordez de suite et avec plaisir à votre enfant ce qui est raisonnable, sans vous faire prier, sans mettre de conditions ; mais ne lui accordez jamais ce qu'il demande avec impatience ou en pleurant. L'enfant est très opiniâtre dans ses tentatives ; il pleurera tout un jour s'il s'aperçoit que vous ne voulez pas qu'il pleure, mais si vous avez plus de constance que lui d'opiniâtreté, s'il voit qu'il n'obtient rien ni par la violence ni par les pleurs et que vous n'avez pas même l'air d'y taire attention, il se rebutera et n'y reviendra plus. Que tous vos refus soient donc inviolables, qu'aucune importunité ne vous ébranle, et que le non, une fois prononcé, soit comme un mur que l'enfant tenterait vainement de renverser.
C'est ainsi que vous le rendrez patient, égal, résigné, paisible même quand il n'a pas ce qu'il aurait voulu, car il est dans la nature de l'homme de se révolter contre l'arbitraire, le caprice et le mauvais vouloir ; il se résigne assez facilement à endurer avec patience les maux qu'il ne peut empêcher. En travaillant ainsi à former sa raison, vous façonnerez en même temps son caractère, d'où dépend son bon-
heur et celui des personnes qui auront à vivre avec lui. (Môrère.)
Pour réussir, il faut commencer par rendre l'enfant docile. L'obéissance doit être la base de toute éducation ; sans elle il est impossible de rien faire d'un enfant. Il doit la pratiquer avant même qu'il sache ce que c'est qu'obéir. Les enfants ne sont désobéissants qu'autant qu'on veut bien qu'ils le soient. Il n'en est aucun qui ose résister, soit à ce qu'on lui ordonne, soit à ce qu'on lui défend, quand il est sûr d'en être châtié. Il ne faut pas qu'il balance, la plus légère désobéissance doit être punie. Pliez sa volonté dans toutes les occasions ; accoutumez-le même doucement à être refusé, à être privé des choses pour lesquelles il a témoigné trop d'ardeur, afin qu'il apprenne à modérer ses désirs : cela est d'une grande conséquence pour la suite. (École des mœurs.
Il est donc de la plus grande importance de réprimer les passions naissantes aussitôt qu'elles apparaissent et de ne pas attendre à les combattre que par l'habitude elles soient devenues une seconde nature. Si la médecine peut modifier, changer même la constitution d'un sujet par un régime longtemps continué, on peut aussi, parle même moyen, corriger les plus mauvais instincts, surtout lorsqu'on s'attache à les combattre de bonne heure et qu'on ne leur a pas donné le temps de dégénérer en des passions indomptables. (Descuret.)
Mais est-ce là la grande préoccupation des parents? Avec la mollesse et l'énervement des mœurs de notre
temps, loin de chercher à découvrir les défauts de leur enfant, c'est à peine s'ils consentent à les reconnaître quand on les leur signale. Aveuglés par leur tendresse, ils ne voient en lui qu'une petite perfection, ils l'adulent de toutes les manières. Puis, après l'avoir traité comme une précieuse idole et s'en être amusé pendant les premières années, quand les caprices de l'idole sont de plus en plus difficiles à satisfaire; quand l'enfant trop adulé devient ingouvernable et que celle prétendue perfection se montre telle qu'elle est, absolument insupportable, on s'empresse de s'en débarrasser en mettant la fille au couvent, ou le garçon au collège, et on confie à d'autres le soin de poursuivre une éducation si déplorablement commencée. (Dupanloup.)
Si l'on voit des enfants sans respect, sans affection, sans reconnaissance pour les auteurs de leurs jours, les parents ne sont-ils pas les premiers coupables ? Les désordres des hommes viennent souvent de la mauvaise éducation qu'ils ont reçue de leurs mères. (Fénelon.)
Qu'on ne s'y trompe pas, c'est dès les premiers jours de sa vie qu'on doit se préoccuper de l'éducation de l'enfant : tous les sages, tous les hommes expérimentés, tous les maîtres de la morale, les païens eux-mêmes l'ont proclamé ; parce que cette éducation première est le fond, la base de tout ce qui recevra plus lard son développement et son application dans le cours de sa vie. Si de très bonne heure on s'occupe avec soin des enfants, l'action et les enseignements
des parents ont alors une grande influence. Au contraire, si on les néglige et si on laisse contracter de mauvaises habitudes, il n'y a presque plus de remède qui puisse guérir le mal. (Dcpanloup.) Voilà pourquoi un poète disait :
Principiis obsta : sero medicina paratur Cum mala per longas invaluere moras.
L'esprit de l'enfant, disait quelqu'un, est comme une tige flexible qu'on peut diriger dans tous les sens, mais qu'on brisera plutôt que de la courber quand elle sera devenue un grand arbre. De même qu'une pâte molle, écrivait Plutarque, reçoit sans résistance toutes les formes qu'on veut lui donner, de même les principes que l'on donne à l'esprit encore tendre de l'enfant s'y impriment facilement et y laissent des traces profondes. Il faut donc veiller avec le plus grand soin à ne rien dire, à ne rien faire devant lui qui ne soit juste et raisonnable, et sans aucun effort, et, pour ainsi dire, tout naturellement, il prendra l'habitude d'agir raisonnablement. Mais il ne peut recevoir cetle éducation que dans un milieu sain, lorsqu'il grandit parmi des personnes habituées elles-mêmes à dominer leurs penchants, à résister aux séductions du plaisir et à diriger leur vie sans faiblesse vers le but du devoir. Car rien ne vaut la séduction de l'exemple, et, comme l'a dit quelqu'un, si les paroles touchent, les exemples entraînent.
Le foyer domestique doit être, pour l'enfant qui commence à apprendre à vivre, une école de vertu, de sagesse, de respect. C'est dans ce sanctuaire béni qu'un père et une mère doivent former son caractère, sa conscience et ses mœurs. (Morère.) Mais s'il en est ainsi, n'a-l-on pas lieu d'être effrayé en songeant aux conditions dans lesquelles, la plupart du temps, se fait l'éducation au sein delà famille? Comment des enfants seraient-ils simples, modestes, doux et vertueux, si leurs parents se livrent devant eux à des habitudes de faste, de luxe, à des accès de colère et à toutes sortes de désordres?
Les païens eux-mêmes gémissaient de ces funestes résultats. « Plût au ciel, s'écria Quintilien, qu'on n'eût pas à nous imputer à nous-mêmes de perdre les mœurs de nos enfants î Faut-il s'étonner s'il leur échappe quelque impertinence ou quelques-uns de ces mots qu'on se permettrait à peine dans les orgies d'Alexandrie ? Ce ne sont que de fidèles échos de ce qu'ils ont entendu. Chaque jour ils sont témoins de notre luxure ; tous nos festins retentissent de chants obscènes, et nous y étalons, sous leurs yeux, des spectacles qu'on aurait honte de nommer. Les malheureux ! ils apprennent tous les vices avant de savoir ce que c'est que le vice î Faut-il s'en étonner ? Les parents n'accoutument les enfants ni à la sagesse ni à la modestie, mais à une dissipation, à une licence
qui engendre bientôt l'effronterie et le mépris de soimême. »
Juvénal a écrit sur ce sujet une de ses plus belles satires. « Il est, dit-il, bien des vices déshonorants et capables de flétrir à jamais les plus heureux caractères, que les parents eux-mêmes enseignent et passent à leurs enfants. Tel leur transmet son goût pour le jeu, tel autre sa gourmandise; un autre sa cruauté à l'égard des esclaves, un autre son avarice; presque tous la passion des richesses et des plaisirs effrénés et sans scrupules. Et le maître se voit bientôt dépassé par son disciple... Car quiconque allume les passions dans un jeune cœur a lâché les rênes à des coursiers fougueux. En vain il voudrait les retenir ; méconnaissant sa voix, ils emportent loin des bornes et le char et le maître. »
Plût à Dieu, dirons-nous à notre tour, que, dans notre France catholique, on ne pût adresser à des parents de pareils reproches ! « Si la vanité, l'orgueil, l'insubordination, l'indélicatesse, la corruption, l'impiété, sont aujourd'hui si répandues et si difficiles à guérir, n'est-ce pas, dit Descuret, en grande partie la faute de la mauvaise éducation que l'on donne aux enfants ? A peine en effet leur intelligence commence-t-elle à s'ouvrir qu'on apprend à la jeune fille à s'estimer et à se croire plus que les autres, parce qu'elle a une robe neuve, une coiffure élégante, de beaux pendants d'oreilles ou d'autres vains ornements. On vante inconsidérément devant un petit garçon sa force, son agilité, la beauté de ses traits, son amabilité, son intelligence, et on le rend fat et orgueilleux
pour toute sa vie ; on en fait un être rempli de luimême et qui ne veut plus rien écouter. »
Et cependant combien de personnes qui ont la sottise ou l'imprudence d'admirer tout ce que disent ou ce que font les enfants ! Les yeux d'une mère surtout ne sont pas comme ceux des autres ; elle trouve dans ses enfants des beautés, des qualités et des perfections que personne n'y découvre. Quand les enfants s'aperçoivent qu'on les regarde avec complaisance, qu'on observe ce qu'ils font, qu'on les écoute avec plaisir, ils s'imaginent n'avoir rien que d'extraordinaire et d'admirable, ce qui les rend ridicules ou présomptueux.
« Que peut penser un enfant de lui même, dit à ce sujet l'auteur iï Emile, quand il voit autour de lui tout un cercle de gens sensés l'écouter, l'agacer, l'admirer, attendre avec un lâche empressement les oracles qui sortent de sa bouche et s'extasier en poussant des cris de joie à chaque impertinence qu'il dit? La tête d'un homme raisonnable aurait bien de la peine à tenir à tous ces faux applaudissements. Jugez ce que deviendra la sienne. »
Rien de plus déplorable et qui nuise plus au développement de leurs bonnes qualités que de gâter ainsi les enfants, et « il y a bien des manières de les gâter, dit M?l Dupanloup : on gâte leur esprit en leur donnant des louanges inconsidérées et en leur inspirant un orgueil sans bornes ; on gâte leur caractère en les laissant faire toutes leurs volontés ; on gâte leur cœur en s'occupant d'eux sans cesse, en les adu-
lant el les idolâtrant. Certains enfants gâtés semblent témoigner par leurs manières tendres et aimables une reconnaissance affectueuse qui trompe les parents et les fait redoubler d'attentions. Ce sont ce qu'on nomme de jolis enfants, gracieux, complaisants, flatteurs. 11 n'y a pas de souplesse insinuante, de bassesses agréables dont ils n'aient le secret pour obtenir de vous ce qu'ils désirent. Les plus habiles y sont souvent trompés. On s'en amuse ; quelquefois on s'en vante ; on les flatte ou on les laisse flatter par tout le monde ; on se prête à toutes leurs fantaisies et on nourrit comme à plaisir leurs passions les plus dépravées. Mais que l'on exige d'eux quelque travail ou quelque sacrifice, immédiatement la scène change : les grâces trompeuses de l'enfant s'effacent, la tendresse apparente du cœur se perd ; tout à coup on découvre en eux avec effroi une désolante sécheresse d'âme, une dépravation profonde, et, en fin de compte, ces jolis enfants deviennent véritablement effroyables. On s'aperçoit alors, mais trop lard, qu'il n'y a pas d'êtres plus durs, plus méchants, plus hautains, plus violents, plus égoïstes, plus ingrats, plus odieux que les enfants gâtés parla mollesse. » (Martin.) Et ce qu'il y a de plus triste, c'est qu'au témoignage de Mgr Dupanloup, qui en avait fait lui-même la triste expérience, il est presque impossible de les corriger. Que peut, en effet, disait Sénèque, devenir un enfant à qui l'on n'a jamais rien refusé, dont la mère a sans cesse essuyé les larmes, subi tous les caprices, et lui a donné raison contre tout le monde?
< Yn enfant, raconte Bernard Pérez, maladif, gâté, volontaire, se trouvait en wagon à côté de moi. Sa mère lui donna un morceau de poulet à manger; la peau ne lui plaisant pas, il l'enlève et la donne à sa mère en lui disant : « Tiens, mange la peau. » Quelques instants après, il mangeait un grappillon de raisin, et quelques grains dont il ne voulait pas furent aussi présentés à sa mère. Que l'égoïsme naturel à l'homme ait été de naissance assez fort chez cet enfant, nous ne le nierons point ; mais on ne l'aurait pas vu arriver, en peu de temps, à une telle grossièreté, si l'on avait eu soin de la réprimer dès sa première manifestation, et d'imposer à l'enfant, d'une manière suivie, des procédés tout différents ; si, par exemple, la première fois qu'il a choisi le meilleur morceau, on l'avait réprimandé, et si on l'avait habitué à offrir aux autres ce qu'il trouvait de meilleur. Ce petit sacrifice, d'abord très pénible, lui aurait coûté moins d'efforts et aurait fini par entrer en habitude. »
Rien ne peut donner une idée de ce que deviennent les enfants gâtés par la mollesse. L'indulgence qu'on a surtout pour les fils uniques et la liberté dont ils jouissent sont des sources inévitables de violence et de corruption. Rien ne dispose plus à la colère, à la violence et à toutes les affections nerveuses qu'une éducation molle et efféminée. (DcpàhloutO
Ici il nous faut aborder un sujet aussi délicat que pénible à traiter, nous voulons parler de la corruption précoce des enfants, aujourd'hui si commune, puisque, d'après le témoignage du R. P. Debreyne, célèbre médecin de la Grande-Trappe, « aucun vice n'est à la fois et plus fréquent et plus funeste à la jeunesse, et qu'on le rencontre dans tous les âges, depuis l'enfant encore couché dans son berceau jusqu'au vieillard décrépit gisant sur son grabat ». Qu'on me permette, en cette occasion, d'invoquer l'exemple et les paroles du savant évêque d'Orléans : « J'aurai des choses sévères à dire, écrit-il dans son traité de l'Education. J'étonnerai sans doute plus d'une mère ignorante des périls de son cher enfant et trop confiante peut-être sur une innocence qui, depuis longtemps, n'est plus. Mais puisque je suis amené à traiter ici un tel sujet, il faut que j'aie le courage de dire les vérités nécessaires, et de les dire à tous ceux qui ont besoin de les entendre, aux enfants, aux supérieurs, aux maîtresses, aux parents eux-mêmes. »
El pour qu'on ne puisse pas nous accuser d'exagération, nous nous contenterons de reproduire les enseignements des hommes les plus compétents et dont le témoignage fait autorité.
Le Dr Pitres, doyen de la Faculté de médecine de Bordeaux, qui s'est spécialement occupé des affections nerveuses, déclare dans son ouvrage sur ¥ Hystérie
que, parmi les personnes qu'il a soignées, un grand nombre avaient contracté, dès leur enfance, des habitudes vicieuses qui avaient beaucoup contribué au développement de cette triste maladie.
Voici ce qu'écrivait à Mgr Dupanloup un homme de grande vertu et de grande expérience : « Je suis chaque jour, comme médecin, à portée de voir que dès l'âge de un à deux ans la plupart des enfants contractent de détestables habitudes, funestes plus tard à leur innocence et à leur santé. Les observations faites à cet égard aux parents, même chrétiens, sont presque toujours accueillies avec mépris. »
Nous en avons fait nous-même l'expérience. Il y a une quarantaine d'années, on admit, dans un orphelinat dont nous nous occupions, une. enfant de quatre ans, nommée Eugénie. A notre grande surprise, cette enfant n'était pas propre ; chaque nuit elle salissait ses draps. On attribua d'abord cette infirmité à une faiblesse de tempérament ; on lui fit prendre des ferrugineux et des fortifiants, tout fut inutile. A la fin, une de ses compagnes plus âgée qui prenait soin d'elle nous dit qu'Eugénie avait de singulières manières et peut-être de mauvaises habitudes. Nous avions de la peine à le croire. Cependant on en parla à un vieux docteur, ancien major d'un régiment de dragons : « Ce n'est pas impossible, nous répondit-il, mais si vous voulez vous en assurer, placez-la à l'hospice de la ville voisine, il y a là une vieille Sœur qui s'est toujours occupée des enfants et qui est très habile à découvrir les habitudes vicieuses. » On suivit son avis.
Au bout d'un mois il revint. « Renvoyez celle enfant, nous dit-il, elle est corrompue jusque dans la moelle des os; elle est tellement pervertie, qu'elle serait dangereuse même pour de grandes personnes. Renvoyez-la, ou elle perdrait tous vos enfants. » On le fit, et quand on la rendit aux personnes qui s'en étaient occupées, elles nous répondirent avec hauteur et une espèce de dédain que c'était un faux prétexte pour nous défaire de cette enfant. Plus tard elles apprirent à leur dépens ce qui en était.
« Au reste, dit Mgr Dupanloup, quand le mal a atteint un jeune cœur, on s'en aperçoit bien vite à de tristes et lugubres symptômes. Quel changement soudain s'est opéré dans cet enfant ! Il était gai, ouvert, et tout à coup le voilà triste, inquiet, sombre, défiant, dissimulé. Ce n'est plus ce candide sourire, ce front épanoui, ce cœur qui se montrait, celte âme qui se dilatait ; quelque chose a passé sur cette physionomie et y a jelé comme un voile ; quelque chose est là dans ce cœur qui le resserre, quelque chose qu'il ne veut pas laisser voir, comme un honteux secret qu'il cache. » Je ne sais pas ce que peut avoir ma fille, disait un jour une mère affligée el inquiète, je ne la comprends pas : autrefois elle était aimable pour son père et pour moi ; elle ne cherchait qu'à nous faire plaisir ; aujourd'hui elle n'est plus la même, elle est taciturne, maussade, violente ! La pauvre mère ne se doutait pas que le désordre était entré dans le cœur de son enfant. (Charpentier.)
Bientôt l'habitude se forme, terrible habitude qui
triomphe de la volonté, de la raison, de l'honneur, de la foi, de la conscience, de tout. Hélas ! qui ne le sait ? Rien au monde n'est difficile à corriger dans un enfant comme les habitudes secrètes de l'impureté. Mais on n'outrage pas impunément la nature ; la nature outragée se venge, et ses vengeances sont terribles : bientôt la sanié reçoit une atteinte mortelle. Déjà le frais coloris de ce jeune visage a disparu et fait place à une pâleur accusatrice : ses yeux s'éteignent, des rides précoces sillonnent déjà son front, tout son tempérament s'use et dépérit ; la vie s'en va et la mort arrive. Vieillard de vingt ans, le voilà qui penche vers son tombeau. Tels sont les fruits du vice pour tant de malheureux enfants : une mort prématurée ou du moins une vie débilitée, une santé à jamais altérée.
Plus d'une fois dans l'exercice de notre ministère, nous avons rencontré des hommes de cinquante, de soixante ans, mariés, pères de famille, qui étaient restés les esclaves de cette passion dégradante. « Je meurs, nous disait l'un d'eux ; mais c'est ma faute, j'ai trop abusé de moi-môme. » Nous avons connu un malheureux jeune homme qui s'était livré à cette habitude honteuse avec une telle fureur que sa santé et son intelligence en étaient profondément allérées. Dans les moments de calme, il se rendait parfaitement compte de sa position, et alors il maudissait ceux qui l'avaient corrompu. « Si un tel qui m'a perverti était là, s'écriait-il, je le tuerais ! » Il devint fou furieux : il fallut l'enfermer ; et ce jeune homme, qui aurait pu
mener dans le monde une vie heureuse et honorée, mourait, il n'y a pas longtemps, après avoir passé près de cinquante ans dans une maison de fous.
Les habitudes vicieuses ne sont pas moins funestes à l'intelligence qu'à la santé. L'esprit perd sa vigueur et sa fécondité, sa délicatesse et sa grâce. Plongé dans la boue des sens, il s'émousse, il s'engourdit, il croupit dans la paresse et la torpeur. L'enfant impudique ne travaille plus, n'étudie plus, n'a plus en lui ni force morale ni élan pour la vertu ou pour la science. (Dupanloup.) L'intelligence, la volonté, le cœur, le caractère, tout est amoindri, vicié, perverti. « Voyez-vous ces jeunes gens qui se promènent en flâneurs dans les rues de nos cités universitaires, perpétuels étudiants n'obtenant jamais l'indispensable diplôme ? Que leur manque-t-il? L'intelligence? Ils en avaient. Mais leur volonté affaiblie ne leur permettait pas de se captiver sous la loi du travail. Ils passent des années et encore des années sans pouvoir atteindre le but convoité. Ils dépensent en orgies la fortune de leurs parents. Ceuxci se plaignent, se désolent ; mais ces jeunes licencieux n'ont point de cœur. > (Charpentier.)
« J'ai vu dans ma vie bien des jeunes gens, disait le P. Lacordaire, et, je vous le déclare, je n'ai jamais rencontré de tendresse dans un jeune homme débauché. Je n'ai jamais rencontré d'âmes aimantes que les âmes qui ignoraient le mal ou qui luttaient contre lui. » C'est ce qu'affirmait de son côté l'auteur & Emile : « Oui, disait-il, je le soutiens et je ne crains pas d'être démenti par l'expérience, un enfant qui a
conservé jusqu'à vingt ans son innocence est à cet âge le plus généreux, le meilleur, le plus aimant et le plus aimable des hommes. Mais j'ai toujours vu que les enfants corrompus de bonne heure étaient devenus méchants et cruels. Ils ne connaissent ni pitié ni miséricorde ; ils sacrifieraient père, mère et l'univers entier au moindre de leurs plaisirs. Jouir est tout pour eux, le reste n'est rien. »
Parmi les nombreux exemples que l'on trouve dans tous les livres de médecine, nous nous contenterons d'en citer un seul rapporté par le R. P. Debreync et depuis par le Dr Legrand du Saulle, et qui fait frémir. Il s'agit d'une petite fille livrée au désordre dès l'âge de quatre ans. Cette enfant, dont les premières années s'étaient passées chez son aïeule, femme respectable et pleine de religion, avait environ sept ans quand elle revint auprès de ses parents. Pendanlles premiers mois qu'elle fut de retour, on remarqua qu'elle était triste, qu'elle ne s'amusait pas comme les enfants de son âge et ne caressait jamais ni son père ni sa mère. Elle maigrissait à vue d'oeil, et l'on cherchait en vain la cause de cet amaigrissement, quand un jour, pressée de questions, elle avoua la triste vérité. Ses parents désolés employèrent tous les moyens en leur pouvoir pour lâcher de déraciner cette funeste habitude : remontrances, caresses, présents, médicaments, enseignements religieux, tout fut inutile. Les châtiments ne réussirent pas mieux que les présents et les caresses. Un jour, son père, voulant la corriger, la frappa rudement. L'enfant ne versa pas une larme et
répondit froidement : « Ces coups ne me font rien, vous me couperiez le cou que je ne changerais pas. »
Mais un penchant bien plus horrible encore ne tarda pas à se manifester. Cette petite fille fut prise d'un immense désir de donner la mort à ses parents pour avoir sa liberté. Et ce désir, elle l'exprimait avec une franchise épouvantable, ainsi que les regrets d'avoir manqué les occasions de le satisfaire. Aussi se promettait-elle de saisir avec empressement celles qui pourraient se présenter désormais. Les choses en vinrent à ce point que les parents durent, pour leur sûreté, s'enfermer chaque nuit, leur fille n'ayant pas dissimulé l'intention qu'elle avait de les assassiner pendant leur sommeil. A la fin, il fallut la faire enfermer dans une maison spéciale par mesure administrative.
Rien n'a fait sur nous une plus vive impression que le portrait qu'a tracé des malheureuses victimes de cette passion dévorante Fauteur de Y Essai sur l'indifférence. « Le premier effet, effet irrésistible des habitudes voluptueuses, est de lier les puissances de l'âme et d'en exclure toute autre pensée que celle des vils plaisirs dont elle s'est rendue l'esclave. Distrait par des désirs sans cesse renaissants, obsédé d'impurs fantômes, l'esprit perd sa vigueur et sa fécondité; tout s'altère et dépérit, la mémoire s'éteint, le caractère s'énerve, le cœur se dessèche. On ne sait plus aimer, ni compatir, ni répandre les délicieuses larmes de l'attendrissement. Le visage s'empreint d'une expression dure et repoussante. Des traits heurtés et morts annoncent que la source des doux sentiments est tarie.
On dirait que la vie tout entière s'est réfugiée dans les organes. Mais les organes mêmes s'usent bientôt : les infirmités, les maladies, les souffrances accourent en foule.
« J'ai vu de ces malheureuses victimes d'une passion dévorante offrir, à la fleur de l'âge, la dégoûtante image d'une complète décrépitude : le front chauve, les joues hâves et creuses, le regard plein d'une tristesse slupide, le corps chancelant et comme courbé sous le poids du vice ; épuisées de vie, de pensées, de sentiment, déjà hideusement en proie à la dissolution, à leur aspect, on croyait entendre les pas du fossoyeur venant enlever le cadavre. »
Il arrive même un moment où le jeune voluptueux se dégoûte de la vie et cherche à s'ensevelir sous les ruines de son corps, comme un roi détrôné sous les ruines de son palais. (Lamenhàis.) Voici ce que disait un joui" à quelques amis, dans la noire mélancolie qui le dévorait, un homme qui avait épuisé tout ce que peuvent donner la naissance, la gloire et la fortune, lord Byron. « Les fleurs et les fruits des plaisirs sont passés ; les épines, les vers, la pourriture, voilà tout ce qui m'en reste. Je ne trouve plus de plaisir dans la volupté, et j'en traîne les chaînes. Ma vie est un enfer. Mourons donc et cherchons dans le sein de la terre un repos que le monde n'a pu nous donner. » Quelques mois après, il était mort, à l'âge de trente-six ans.
Combien de malheureux parents n'auraient pas à déplorer la mort volontaire d'un fils tendrement aimé, s'ils avaient su de bonne heure le prémunir par leurs
avis, et surtout par leurs exemples, contre les dangereuses maximes de l'incrédulité et contre les excès qui en sont la suite ! N'est-ce pas à cette corruption précoce et à ce manque de foi religieuse qu'on doit attribuer ces nombreux suicides de jeunes enfants qui, à chaque instant, viennent épouvanter notre société et désoler les familles?
Que pourrions-nous dire de plus fort pour montrer aux parents avec quelle prudence et quelle sollicitude ils doivent veiller sur leurs enfants, sur leurs sociétés et sur leurs fréquentations ?« Mères! m ères de famille, s'écriait M»r Dupanloup, veillez, veillez sur vos enfants, dans voire maison, à vos côtés! Car là même, près de vous, et pour ainsi dire sous l'ombre de vos ailes, le mal peut les saisir et les dévorer ! Près de vous, autour de vous, chez vous, il y a des périls. Ayez les yeux ouverts non seulement sur les compagnons ordinaires de leurs jeux, mais aussi sur les cousins et cousines avec qui les familiarités, pour être plus faciles, n'en sont souvent que plus dangereuses. C'est par là ordinairement qu'ils s'apprennent le mal les uns aux autres. J'irai plus loin, au risque d'étonner et de scandaliser certaines personnes. Je dirai, et non sans cause, veillez même sur les frères et les sœurs. Voilà pourquoi saint François de Sales, écrivant à Mme de Chantai, lui faisait cette recommandation : « Que cha- « cun de vos enfants ait son petit lit, et que non seulece ment le petit enfant dorme seul, mais aussi chacune « de vos petites filles. »
C'est surtout quand il s'agit de la pureté des mœurs,
pendant l'éducation du premier âge, qu'une mère doit redoubler de zèle et entourer ses enfants des précautions les plus attentives. « Croyez en ma vieille expérience, disait un homme qui s'était occupé de l'éducation des enfants pendant toute sa vie, ne confiez vos enfants qu'à des personnes dont la sagesse vous est bien connue. » Des enfants ont été corrompus par des nourrices, des domestiques et des servantes. Aussi, rapporte l'auteur du Comte de Valmont, parmi les quelques domestiques que Mmc de Weimur employait auprès de ses enfants, il n'y en avait aucun dont elle ne voulût être sûre comme d'elle-même. C'est qu'elle savait que, trop souvent corrompus et corrupteurs, la plupart des domestiques communiquent la contagion dont ils sont infectés aux- enfants qui les fréquentent. Par leurs discours, par leurs lâches flatteries et par leurs pernicieux exemples, ils gâtent ces esprits flexibles, pervertissent ces âmes pures et innocentes, et leur apprennent souvent ce qu'elles devraient toujours ignorer. (École des mœurs.
((Un jour, raconte MsrDupanloup, une mère, au désespoir de ce que son fils était renvoyé d'une maison d'éducation pour une faute honteuse, s'emporte et dit au supérieur : « Si mon fils sait le mal, c'est chez (( vous qu'il l'a appris ; je vous l'avais confié pur. » — Mais le supérieur, malheureusement pour elle, était fondé à lui répondre : « Non, Madame, ce n'est pas « ici que votre fils a appris le mal. Vous avez encore « chez vous, à l'heure qu'il est, un domestique qui a (( toute votre confiance : c'est lui qui a perdu votre
« fils. Interrogez vous-même votre enfant. » Veillez donc, ô mères ! méfiez-vous, et n'oubliez jamais ce mot d'une mère prudente : « Il y a des membres de « ma famille à qui je ne voudrais pas confier ma petite « fille. »
Mais c'est en vain que l'on prendra toutes les précautions imaginables, si l'on n'a pas inspiré de bonne heure à l'enfant, avec l'horreur du mal, la crainte et l'amour de Dieu : il arrivera toujours un moment où il déjouera la vigilance la plus attentive et cédera à ces inclinations mauvaises que tout homme apporte en venant au monde, s'il n'est pas retenu par un motif plus puissant que celui de l'honneur et de la raison. La religion seule peut y mettre un frein ; car c'est elle qui est appelée spécialement à former le cœur et la conscience ; c'est elle qui élève, éclaire et fortifie rame en ajoutant les lumières de la foi à celles de la raison ; c'est elle enfin qui prescrit à l'homme ce qu'il doit faire et pratiquer pour s'élever jusqu'à cette fin sublime et éternelle pour laquelle il est fait. (Du-
PÀNLOUP.)
Mais où en sommes-nous aujourd'hui sous ce rapport? Quelle place la religion occupe-t-elle réellement dans l'éducation de la jeunesse française ? Elles sont devenues bien rares sur le sol de notre patrie, ces antiques familles dont les pères gardaient le dépôt sacré de la foi, dont les mères savaient ajouter à leurs
leçons l'exemple et l'encouragement des plus solides vertus, dont les enfants enfin, dès leur plus jeune âge, allaient dans les bras de la religion recevoir les premiers enseignements de la sagesse et mettre à l'abri leur innocence !
A ces jours de piété, de vertu, de bonheur, qui ne sait quels jours ont succédé? De toutes parts l'impiété triomphante a étendu ses déplorables conquêtes. Aujourd'hui, la plupart des hommes repoussent avec dédain les lumières de la foi et s'enfoncent obstinément dans les plus épaisses ténèbres de l'irréligion. Né au sein de cette nuit désastreuse, l'enfant grandit dans un oubli profond du ciel, dans le mépris de la religion et clans la haine de ses ministres.
Voyez-vous ce jeune homme flânant à travers les rues de nos cités, quel respect a-t-il ? Qui a l'air plus impudent, plus effronté que lui ? Et, je le demande, comment en serait-il autrement ? Le nom redoutable de Dieu, il ne l'entend proférer souvent autour de lui qu'au milieu des blasphèmes, et, s'il le faut, l'enfer saura bien lui envoyer quelque grossier précepteur d'impiété pour lui dire que Dieu n'est qu'un vain nom, le ciel une chimère, la conscience un préjugé, la religion une tyrannie, et les ministres de l'Évangile surtout des hommes farouches, ennemis de tout bien, et dont le cœur ne s'attendrit jamais.
« Que de fois, à la vue de ces jeunes fronts si tôt flétris par le vice et de ces regards si tôt pleins d'iniquité et d'orgueil, je me disais à moi-même : mais c'est donc le génie du mal qui a épié le premier éveil de
leur raison naissante pour l'égarer, leur premier souffle pour le corrompre î II faut que j'en fasse l'aveu avec confusion et douleur, le plus souvent tous mes efforts ont été sans succès contre une corruption si prématurée et si profonde. »(Dupanloi;p.)
Qu'on ne s'y trompe pas, tous les devoirs religieux sont de ceux dont l'accomplissement est le plus nécessaire à l'éducation. La crainte et l'amour de Dieu, la reconnaissance pour ses bienfaits, le respect de son nom, le sentiment d'une juste et profonde dépendance devant lui, sont pour les parents des sentiments et des devoirs sacrés sans lesquels l'éducation de l'âme, de la conscience, du cœur, de la volonté, de la haute intelligence, est impossible. « Qu'avant tout, disait Bossuet, dès sa plus tendre jeunesse et pour ainsi dire dès le berceau, l'enfant apprenne premièrement la crainte de Dieu, qui est le plus fort appui de la vie humaine. » On sait que Newton, cet illustre savant qui pénétra si profondément dans la connaissance des lois qui régissent l'univers, avait tant de respect pour le nom de Dieu qu'il ne l'entendait jamais prononcer sans se découvrir.
Une mère vertueuse se félicitera toujours d'avoir travaillé elle-même à inspirer de bonne heure à ses enfants l'amour et la crainte de Dieu. En agissant ainsi, ce n'était pas seulement le bonheur de la vie future qu'elle leur assurait, c'était aussi l'honneur et le bonheur ici-bas. « La piété est utile à tout, écrivait saint Paul à son disciple Timolhée, elle a des promesses pour la vie présente aussi bien que pour
la vie future. » — « Chose admirable, s'écriait Montesquieu, la religion, qui ne semble avoir d'objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur en celle-ci. »
Après de pareils témoignages, qui pourrait croire que l'éducation religieuse est complètement négligée dans nos collèges universitaires, ou, pour mieux dire, qu'elle n'y existe pas? « Je me souviens avec terreur, s'écriait M. de Gasparin à la tribune de la Chambre des députés, de ce que j'étais au sortir de cette éducation nationale ; je me souviens de ce qu'étaient tous ceux de mes camarades avec lesquels j'avais des relations : nous n'avions pas même les plus faibles commencements de la foi et de la vie évangélique. » M. Chambolle ajoutait dans la séance du i-S juin 1853 : « Il est des vérités morales qu'il est nécessaire de répandre dans les collèges... Vous en connaissez les élèves ; vous les avez interrogés ; je les ai interrogés aussi. Eh bien ! quand on leur adresse certaines questions, ils savent à peine ce qu'on veut leur dire. » Si des hommes éminents s'exprimaient ainsi il y a cinquante ans, que diraient-ils aujourd'hui où il est défendu dans nos écoles primaires de prononcer le nom de Dieu et de donner le moindre enseignement religieux, où il est banni dans nos lycées de l'éducation de la jeunesse? Et cela ne date pas d'hier. Il y a près de soixante ans, un jeune abbé était professeur dans un établissement universitaire ; ses élèves étaient des jeunes gens de dix-huit à vingt ans, et comme ils lui témoignaient une respectueuse déférence, il en profi-
tait pour leur donner, quand l'occasion s'en présentait, quelques avis pratiques pour la conduite de la vie. Ces avis n'étaient pas du goût d'un vieux voltairien assez haut placé qui chercha sournoisement à les empêcher. Quelques semaines avant la fin de l'année scolaire, un inspecteur vint visiter la maison. Après avoir interrogé les élèves, il prit le jeune abbé : « Je ne suis pas mécontent de votre classe, vos élèves ont bien répondu ; mais il paraît que de temps en temps vous leur tracez des règles de conduite ; vous avez tort ; cela n'est pas permis ; vous êtes chargé d'enseigner les belles-lettres, le grec et le latin ; l'éducation ne vous regarde pas, c'est l'affaire du père de famille. » Or, comme les pères de famille ne s'en occupaient pas le moins du monde, il s'en serait suivi que ces jeunes gens seraient restés sans aucune éducation au moment où ils en auraient eu le plus de besoin. Aussi l'abbé répondit à l'inspecteur : « Je n'accepterai jamais, Monsieur, une pareille règle de conduite que je trouverais déshonorante pour la robe que je porte. » Et il envoya immédiatement sa démission au recteur.
Que voulez-vous que devienne un enfant élevé sans religion? Si dès ses premières années il a vu son père en négliger toutes les pratiques ; s'il l'a entendu se moquer des grandes vérités de la foi, tourner en ridicule la piété de sa mère, il marchera sur ses traces. Son père s'était moqué de Dieu, il se moquera de son père, et dissipera dans des orgies les trésors que son père avait amassés par des moyens plus ou moins hon-
nètes. « Buvons, mes amis, disait un de ces jeunes fous, mon imbécile de père a des écus, nous les ferons danser. » Pendant six mois, les journaux ont raconté les scandaleuses aventures et la Iriste fin d'un malheureux jeune homme qui était possesseur, à l'âge de dix-huit ans, de plus de vingt millions, et qui restera connu, dans les Mémoires du temps, sous le nom du Petit Sucrier.
Est-ce possible que des parents ne comprennent pas qu'un enfant sans religion sera un enfant sans pitié et sans affection pour eux? J'ai été, pendant quelque temps, aumônier dans une maison des Petites- Sœurs des pauvres. Celui qui remplissait les fonctions d'enfant de chœur et qui me servait la messe était un beau vieillard de près de quatre-vingts ans, aimable, intelligent, poli, gracieux ; il était facile de voir qu'il avait reçu une excellente éducation. Un jour, causant familièrement avec lui, je lui demandai son nom. « Je m'appelle À'..., me répondit-il, je pourrais dire de X..., ajoula-t-il tout bas, mais je suis aujourd'hui trop pauvre pour conserver la particule. » Il appartenait à une des grandes familles de France ; un de ses proches parents avait été ministre. Il avait été ruiné par des spéculations malheureuses. Cependant il restait encore à chacun de ses deux fils de cinq à six mille livres de rente. Malgré cela, ils ne rougirent pas de faire entrer leur père chez les Petites-Sœurs : l'un prétextant qu'il était garçon et n'avait pas de ménage; l'autre, qu'il avait femme et enfants et qu'il ne pouvait pas se charger de son père. Qui sait si un jour,
quand se? enfants auront grandi, et qu'à son tour il sera devenu vieux et infirme , ils ne suivront pas l'exemple qu'il leur a donné ?
« Un homme, raconte M. Charpentier, vivant dans l'aisance et n'ayant qu'un fils unique, eut la barbarie d'envoyer son vieux père à l'hôpital. Ce pauvre vieillard ayant demandé quelques vêlements qui lui furent refusés, supplia qu'au moins on lui donnât pour le garantir du froid une mauvaise couverture qu'on laissait au grenier. Par un reste de pitié elle lui fut accordée, et le jeune fils fut chargé de la lui remettre. Mais il ne lui en porta que la moitié. Son père, honteux lui-même de la conduite de son fils, crut devoir lui en faire un reproche. « Papa, répondit l'enfant, j'ai « gardé l'autre moitié pour vous, quand vous serez à « l'hôpital. »
Que les parents qui ne veulent pas s'exposer à entendre de pareilles paroles s'appliquent donc à prêcher par leurs exemples la religion à leur petite famille. L'enfant qui a vu, dès ses plus tendres années, son aïeul, son père, sa mère, ses frères, ses sœurs, agenouillés chaque soir devant l'image de Jésus crucifié, n'oubliera jamais les pieuses traditions du foyer domestique. Dans la maison des Petites-Sœurs des pauvres où nous exercions le saint ministère, il y avait des hommes de tout pays, de toute condition. Les hommes nés en province qui avaient été élevés chrétiennement, avaient toujours conservé quelque sentiment religieux. L'un d'eux nous disait : « Il y avait plus de soixante ans que je n'étais allé à la messe. J'étais maréchal-
ferrant, et le dimanche matin était le jour où le travail était le plus pressant; mais je n'ai jamais laissé passer un jour sans faire le signe de la croix, en disant : Mon Dieu, je me recommande à vous. C'était toute ma prière. » Les hommes nés à Paris ou flans les grandes villes, élevés par des parents sans religion, avaient souvent passé plus de soixante ans sans penser une seule fois à Dieu, si ce n'est peut-être pour le maudire et blasphémer son saint nom, quand il leur arrivait quelque accident. Leur conduite avait répondu à leur crovance, ils avaient donné dans tous les excès.
Que Ton s'applique donc, répétons-nous encore une fois, à graver profondément dans le cœur de l'enfant la crainte et l'amour de Dieu, l'horreur du mal et une confiance sans borne dans la divine. Providence. Peutêtre dans l'effervescence des passions ou le tumulte des affaires il paraîtra avoir oublié ces grandes vérités ; mais quand les passions seront apaisées, quand les vaines illusions de ce monde seront dissipées, il y reviendra et y cherchera force et consolation.
Après la Révolution de 1830, on supprima dans tous les régiments les aumôniers militaires, et aujourd'hui encore, c'est à peine si l'on peut obtenir que quelques prêtres accompagnent un corps d'armée partant pour une expédition lointaine. Eh bien ! malgré la licence des camps, un des plus grands chagrins qu'éprouvent les soldats atteints par la mitraille ou par la maladie, tous les rapports en font foi, c'est de mourir sans l'assistance du prêtre. Quoi de plus touchant que l'épisode rapporté dans la Vie du général de Sortis? Dans
le cours d'une expédition sur les frontières du Maroc, un petit corps d'armée fut décimé par le choléra ; le lieutenant-colonel Fénin en fut atteint, et bientôt, se sentant mourir, il ne cessait de répéter : « Un prêtre! Je veux un prêtre! » Hélas! il n'y en avait ni à l'état— major de la première division ni au quartier général, et le prêtre qu'on avait envoyé chercher bien loin n'arrivait pas. Alors, imitant le chevalier Bavard, qui, frappé à mort, se confessait à son écuyer, le pauvre malade s'adresse à M. de Sonis et lui dit : « Capitaine, je vais vous faire ma confession, et quand le prêtre arrivera, si je ne puis plus parler, vous la lui répéterez. » Douloureusement ému de cette triste situation, le colonel de Montalembert ne put s'empêcher de s'écrier : « C'est un crime et une honte qu'une armée de quinze mille chrétiens soit ainsi privée de tout secours religieux par le gouvernement de la France, quand ces hommes meurent pour elle sur une terre barbare ! »
Quelques jours après, le jeune colonel tombait à son tour victime du redoutable fléau ; mais du moins il eut la consolation d'être assisté à ses derniers moments par le prêtre appelé en toute hâte pour le lieutenantcolonel Fénin.
0 mère ! si vous voulez assurer le bonheur de votre enfant et pour le temps et pour l'éternité, et votre propre bonheur, accoutumez-le à joindre ses petites mains devant l'image de notre divin Sauveur, en prononçant avec amour les doux noms de Jésus et de Marie, et quand, après une vie plus ou moins agitée,
étendu sur un lit de douleurs, il sentira sa fin approcher, il lèvera les yeux vers le ciel d'où il attend son secours, et les dernières paroles qui s'échapperont de ses lèvres mourantes seront celles que vous lui aurez apprises aux jours de son enfance : Jésus ! Marie I
Que de choses nous aurions encore à dire sur l'éducation des enfants du premier âge, car la matière est inépuisable, puisque, d'après un philosophe, c'est sur celle première éducation que repose toute la conduite de la vie. Si nous avons si longuement insisté sur ce point, c'est que nous sommes désolé en voyant la déplorable éducation que reçoivent la plupart des enfants. Il nous reste maintenant à parler de leur instruction qui n'est pas beaucoup plus raisonnable et mieux entendue que l'éducation.