CHAPITRE VII Education intellectuelle
FORMATION DE l'eSPRIT. INSTRUCTION
Si une bonne éducation forme le cœur, l'instruction forme l'esprit ; mais l'une et l'autre doivent avoir la religion pour base. Sans la religion, l'éducation n'est souvent qu'un masque qui sert à dissimuler les vices les plus grossiers; sans la religion, l'instruction n'est qu'une vaine pâture donnée à la curiosité et à l'orgueil, elle exalte outre mesure l'intelligence au détriment du caractère et de la conscience. Combien de gens abusent tous les jours de l'instruction qu'ils ont reçue pour commettre avec plus de facilité et d'habileté toutes sortes d'attentats contre les particuliers ou contre la société !
Et cependant aujourd'hui il semble que l'instruction est tout et que le reste n'est rien. Comme c'est par l'instruction, et par l'instruction seule, qu'on arrive aux places et que la plupart des jeunes gens veulent être fonctionnaires, on s'imagine qu'on ne peut la commencer trop tôt. Il y a une cinquantaine d'années, on se passionna pour les études précoces. Il n'était pas rare de voir des enfants, des petites filles surtout,
sachant lire à trois ans et écrire à quatre ; les mères en étaient très fières. On commence à revenir de cet engouement; on a reconnu que, pour avoir voulu aller trop vite, les sujets se sont essoufflés, ont perdu haleine et sont restés en chemin avant d'atteindre le but. Au témoignage des hommes les plus compétents et des professeurs les plus éminents de l'Université, le niveau des études a singulièrement baissé depuis qu'on a adopté celte méthode, et va toujours en diminuant. « Ce niveau est présentement si bas, écrivait, il n'y a pas longtemps, le professeur de philosophie d'un des plus importants lycées de France, que c'est une question de savoir s'il peut baisser encore. Partout, même à Paris, où nos habitudes de centralisation expédient, chaque année, les plus brillants sujets de la province, la moyenne des classes est déplorablement faible. A Paris, entre les cinq ou six premiers et le reste de la classe, il y a un abîme ; il y en a un autre entre les dix suivants et ce qu'on appelle la queue de la classe. Or, cette queue est interminable, si bien qu'entre le vingtième et le soixantième il n'y a pas de différence sérieuse ; le soixantième est un zéro, le vingtième est un infiniment petit... » — « Ces appréciations se vérifient de la manière la plus irréfragable et la plus triste aux épreuves du baccalauréat. Les Facultés ne sont pas bien méchantes, et cependant la proportion des candidats refusés pour n'avoir pas su faire passablement une version est vraiment formidable... Quant aux épreuves orales, je prie Dieu de toute mon âme qu'il n'y amène jamais un spectateur
allemand ou anglais, ou du moins qu'il épargne à mon amour-propre national la douleur et l'humiliation de m'y trouver à côté de lui. Je n'ai pas le courage d'en dire davantage; on peut aller voir... » (Dupais loup.)
On a tout effleuré et on n'a rien approfondi, et de toutes ces études précipitées et superficielles, il n'est absolument rien resté. « Qu'on se défie donc beaucoup, disait Quintilien, de ces esprits précoces qui n'arrivent presque jamais à maturité. On les reconnaît à leur facilité à faire de petites choses ; secondés d'une certaine audace, ils font voir ce qu'ils peuvent en ce genre ; mais ce qu'ils peuvent ne s'étend pas bien loin ; leur force est toute superficielle ; elle ne s'appuie pas sur de profondes racines. Ils ressemblent à ces semences tombées à fleur de terre qui lèvent incontinent et dont les tiges amaigries ne produisent que des épis vides avant le temps de la moisson. Tout à coup les progrès de ces enfanls s'arrêtent, et le charme s'évanouit. » (Morère.) Qu'on se défasse donc de la manie de créer de petits prodiges de cinq à sept ans, qui seront des enfants médiocres à quinze ou vingt. Combien d'enfants j'ai vus condamnés à ne rien faire pendant les plus belles années de leur jeunesse, de quatorze à dix-huit ans, parce que de six à dix ans on les avait accablés de travail et épuisés! (Dupasloup.)
Mais ces études fussent-elles aussi solides qu'elles sont futiles, il faudrait encore y renoncer, dans la crainte d'inspirer à ces enfants des habitudes de vanité, de suffisance, de présomption et d'orgueil qu'ils conserveront toute leur vie, qui les rendront insup-
portables à tout le monde et qui ne seront pas moins funestes à leur tempérament.
C'est ici le lieu de recommander, avec le Dr Al. Donné, la plus grande réserve relativement au développement prématuré de l'intelligence et des facultés. Trop d'empressement à cet égard peut apporter des perturbations graves dans leur état physique, leur cerveau étant déjà surexcité par le grand nombre d'acquisitions involontaires qu'ils font et qu'ils doivent faire. Aussi m'élèverai-je fortement contre l'usage très répandu aujourd'hui d'apprendre à lire aux enfants dès l'âge de trois ans. Il n'y a aucun bénéfice à commencer de si bonne heure cette partie de leur instruction ; c'est risquer de troubler, au profit d'un développement partiel de l'intelligence, sans avantage d'ailleurs pour l'instruction définitive, l'équilibre de l'économie et de la constitution. Profitons du petit nombre d'années qu'il nous est permis de consacrer aux soins de l'organisation physique des enfants ; ne perdons pas un moment de ce temps précieux ; employons-le sans partage à fortifier le jeu des organes, à constituer une bonne santé, sans laquelle il n'y aura plus tard de jouissance réelle ni complète possession des facultés intellectuelles. Qu'estce qu'une ou deux années perdues pour le peu d'instruction que l'on acquiert à quatre ou cinq ans ? Les enfants bien portants et bien dirigés auront promptement regagné ce temps si utilement employé d'ailleurs pour la santé. (Morère.)
Les médecins observent que dans un enfant trop appliqué les nerfs agissent trop peu sur le corps, et
comme leur action est absolument nécessaire à l'augmentation de ses forces, obliger un enfant à s'appliquer beaucoup, c'est achever de détruire sa santé, jeter chez lui le germe de tous les maux de nerfs, et lui préparer une vie douloureuse.
« Un célèbre médecin de ce siècle avait depuis longtemps entendu parler avec admiration des vastes connaissances que possédait un enfant dans l'âge le plus tendre. L'occasion se présenta de le voir et de l'entretenir ; il en profita pour lui faire des questions sur l'histoire, la physique, l'anatomie, la géométrie^ l'astronomie et les mathématiques. La justesse des réponses que lui fit l'enfant sur toutes les matières et la subtilité avec laquelle il leva les doutes que le médecin lui proposa, le remplirent d'étonnement. Mais ayant jeté un coup d'œil sur la structure de son corps,, sur la longueur de ses cheveux et sur l'expression des muscles de son visage, il comprit que l'irritation qu'on avait faite aux fibres du cerveau avait déterminé toutes les forces à se porter vers la tète. Et comme il est de la dernière importance que ces forces se distribuent également dans tous les organes pour contribuer à leur développement, il crut devoir conseiller au père de cet enfant de discontinuer, au moins pour quelques années, une éducation si précoce, s'il ne voulait pas que son fils reste faible, délicat et maladif pendant toute sa vie. D'ailleurs, ajoutait-il, ordinairement ces enfants précoces ne jouissent pas longtemps des connaissances qu'on veut leur inculquer. J'en ai vu plusieurs qui, après avoir fait l'étonnement de gens
d'esprit dans leur jeune âge, étaient devenus stupides et hébétés par la suite. » (École des mœurs.)
Le fils d'un instituteur, instruit de bonne heure par son père, avait terminé sa rhétorique à quinze ans, et il s'était maintenu parmi les dix premiers d'une classe de quarante élèves ; mais ce travail au-dessus de son âge avait épuisé ses forces, et ce jeune homme, dont on avait admiré l'intelligence et la facilité, ne fît plus tard qu'un médiocre maître d'école.
M-r Dupanloup avait donc bien raison de dire qu'il est beaucoup plus important de ménager la faiblesse de l'enfant que de tirer de lui tout ce qu'il peut produire. Il en est des enfants comme de ces plantes que l'on force pour en obtenir des fruits avant la saison : îa plante meurt ou reste improductive. Le grand principe qui domine tout ici, c'est que l'éducation doit suivre la nature et l'aider. Jamais la contraindre violemment ou la forcer. « J'ai vu, ajoutait-il, des jeunes gens heureusement doués et que ces excès de travail avaient réduits à l'impuissance et à l'imbécillité intellectuelle pour toute leur vie. »
« Je connais, écrivait jadis Plutarque, des pères qui pour trop aimer leurs enfants en sont réellement les ennemis. Ambitieux de leur voir faire les progrès les plus rapides et obtenir en tout une supériorité extraordinaire, ils les surchargent d'un travail forcé dont le poids les accable. Il en résulte un découragement qui leur rend l'étude odieuse. Le développement physique, intellectuel, moral et religieux, est nécessairement une céuvre de temps et de patience. »
Après notre dernière révolution, dans une fureur d'égalité démocratique, on proclama que tous les enfants devaient recevoir la même instruction. On ne tarda pas à reconnaître que cette utopie était tout à fait irréalisable, les enfants n'ayant ni la même intelligence, ni la même facilité, ni la même position. A cette occasion, un auteur fait une observation très juste : parce qu'un enfant a eu quelques succès à l'école, les parents le croient un génie capable des plus hauts emplois. On le met dans un bureau ; on en veut faire un demi-savant, un demi-monsieur, et ils ne réfléchissent pas que le monde est rempli de ces demisavants qui deviennent des impies ; de ces demi-messieurs qui meurent de faim. (Charpentier.)
Que ne suit-on sur ce point les sages avis de Fénelon, qui ne conviennent pas moins aux garçons qu'aux filles? On doit considérer pour l'éducation des uns et des autres la condition où ils sont nés, les lieux où ils doivent passer leur vie, l'état qu'ils choisiront selon les apparences. Prenez garde qu'ils ne conçoivent des espérances au-dessus de leur fortune et de leur position sociale. Il y a peu de gens à qui il n'en coûte cher pour avoir trop espéré ; ce qui les aurait rendus heureux, s'ils avaient embrassé la profession paternelle, n'aura plus rien que de triste et de dégoûtant, s'ils envisagent une position plus élevée.
« Si une fille doit vivre à la campagne, de bonne heure tournez son esprit aux occupations qu'elle y doit avoir et ne lui laissez point goûter les amusements de la ville, montrez-lui les avantages d'une vie simple et
active. Si à la ville elle est d'une condition médiocre, ne la mettez point en relations avec les gens de la cour. Ce commerce ne servirait qu'à lui faire prendre un air ridicule et disproportionné ; renfermez-la dans les bornes de sa condition et donnez-lui pour modèles les personnes qui y réussissent le mieux ; formez son esprit pour les choses qu'elle doit faire toute sa vie ; apprenez-lui l'économie d'une maison bourgeoise, ce qui regarde l'éducation des enfants, enfin le détail des autres occupations dans lequel vous prévoyez qu'elle devra entrer quand elle sera mariée. »
Si au contraire elle se détermine à se faire religieuse, sans y être poussée par ses parents, tournez dès ce moment toutes ses aspirations vers l'état où elle aspire ; faites-lui faire des épreuves sérieuses, sans attendre le noviciat, qui est une espèce d'engagement d'honneur par rapport au monde. Accoutumez-la au silence, à la pauvreté, à l'obéissance même dans les choses contraires à son humeur et à ses habitudes, afin qu'elle puisse déjà apprécier combien on est heureux de renoncer à tout ce que le monde estime, pour s'attacher uniquement à Jésus-Christ.
Ainsi, d'après Fénelon, la science des femmes comme celle des hommes doit se borner à s'instruire par rapport à leurs fonctions ; la différence de leurs emplois doit faire celle de leurs études. Si une femme curieuse trouve que c'est donner des bornes bien étroites à sa curiosité, c'est qu'elle ne comprend pas l'importance et l'étendue des choses dont on lui propose de s'instruire. Quel discernement, en effet, ne lui
faut-il pas pour connaître le naturel et le génie de chacun de ses enfants et la manière de se conduire avec eux ! Car c'est elle qui est chargée de l'éducation de ses enfants : des garçons, jusqu'à un certain âge ; des filles, jusqu'à ce qu'elles se marient ou se fassent religieuses. Quelle prudence ne doit-elle pas avoir pour acquérir et conserver sur eux l'autorité, sans perdre la confiance ! Enfin n'est-ce pas elle qui est chargée de l'administration de l'intérieur de la maison, de la direction des domestiques, du règlement de la dépense, de manière à faire tout honorablement et avec économie? En faudrait-il davantage pour lui faire sentir l'étendue des connaissances dont elle a besoin pour s'acquitter convenablement de toutes ses obligations? Une mère de famille instruite et occupée des soins de son ménage n'a d'ordinaire qu'une curiosité médiocre et dédaigne d'apprendre une foule de choses qui passionnent les petits esprits et dont elle apprécie l'inutilité. Au contraire, la femme qui n'a reçu qu'une éducation superficielle et mal entendue s'abandonne aux divagations d'une imagination toujours errante. Faute d'aliment solide, sa curiosité se tourne avec ardeur vers les objets vains et dangereux... Elle se passionne pour des romans, pour des comédies, pour des récits d'aventures chimériques où l'amour profane est mêlé... Toute remplie des histoires tendres et merveilleuses qui l'ont charmée dans ses lectures, elle est étonnée de ne point trouver dans le monde de vrais personnages qui ressemblent à ces héros; elle voudrait vivre comme ces princesses imaginaires qui
sont dans les romans toujours charmantes, toujours adorées, toujours au-dessus de tous les besoins. Quel dégoût pour elle de descendre de l'héroïsme jusqu'au plus bas détail du ménage et du pot-au-feu ! (Fên'elon.) Il est une autre erreur qui n'est pas moins commune : parce qu'un enfant est riche, parce qu'il appartient à une famille haut placée, il faut qu'il apprenne le latin et le grec et reçoive une haute éducation intellectuelle. Mais en est-il capable? C'est ce dont on ne se préoccupe guère. Dirigé avec soin et intelligence, il aurait pu acquérir une instruction passable ; avec l'incurie dont il est l'objet, il est fatalement condamné à l'ignorance et à la stupidité. Perdu au milieu de soixante, quatre-vingts et quelquefois cent élèves entassés dans une classe, est-ce que ce malheureux a une possibilité quelconque d'étude et de succès? Qui s'en occupe, qui peut s'en occuper? Le professeur le plus zélé est obligé lui-même de le laisser languir dans la plus incroyable négligence de tout travail. Il ne lui demande qu'une chose, c'est de ne pas remuer et de se taire. L'ne immobilité silencieuse, voilà pour lui les conditions de la paix et de l'existence. De dix à vingt ans, après avoir essuyé la poussière de tous les bancs, après avoir traversé péniblement d'année en année les salles classiques depuis la huitième jusqu'à la seconde, il arrive enfin à la rhétorique sans avoir appris les éléments les plus vulgaires de ce triste latin, de ce triste grec qu'on l'a condamné à étudier pendant les plus belles années de sa vie, passant les longues heures de ses tristes journées à pâlir sur des auteurs qu'il
n'entend pas et qu'il ne peut pas entendre, à lire ou du moins à avoir forcément sous les yeux des livres qu'il ne comprendra jamais, à écrire des devoirs où il n'y a aucun sens, et cela à l'époque où toutes les facultés les plus actives de son esprit devraient se développer en lui î Gomment ne voit-on pas que c'est lui faire subir la tyrannie la plus brutale qui fut jamais? (Dupaxloup.) Faut-il s'étonner si, une fois affranchi de la tutelle d'un père ou d'un maître sévères, un enfant a conçu une sorte d'horreur pour l'étude et pour les livres qui lui ont causé tant d'ennuis?
L'éducation du grand Dauphin, fils de Louis XIV, est demeurée en ce genre un monument d'une triste et mémorable célébrité. D'une intelligence bornée, mais d'une nature molle et flexible, il se prêtait, sans résistance, à tout ce qu'on exigeait de lui. « A cinq ou six ans, écrivait Mme de Maintenon, il savait mille mots latins, et pas un seul quand il fut maître de lui. » C'est parce qu'il ne comprit pas tout d'abord le peu d'intelligence de son élève et qu'il ne sut pas se mettre à sa portée que Bossuet échoua complètement dans son éducation. « La manière rude avec laquelle on le forçait d'étudier, dit Mme de Gaylus, lui donna un si grand dégoût pour les livres, qu'il prit la résolution de n'en jamais ouvrir quand il serait son maître, et il a tenu parole. » — « Agé de plus de quarante ans, rapportent les Mémoires du temps, il passait des journées entières appuyé sur ses coudes, les yeux fixés sur une table nue. » Sa jeunesse s'était ainsi écoulée sous les enseignements de Bossuet. « Ce n'est pas sans doute,
ajoute M?rDupanloup, l'instituteur qui manqua à l'élève, mais l'élève à l'instituteur. Bossuet ne s'en aperçut pas as-ez tùt. Le fils de Louis XIV avait une nature vulgaire, il fut trop magnifiquement cultivé ; des soins si élevés et une culture si forte l'étouffèrent. Bossuet était trop grand pour lui, et ce grand homme fut ici trompé par son génie même ; il ne sut pas descendre jusqu'à cette faible intelligence pour lui faire faire ce dont elle était capable, et le Dauphin resta dans un étal de médiocrité déplorable qu'il conserva jusqu'au terme de son insignifiante carrière. »
Mais, dira-t-on peut-être, que faire de ces enfants incapables qui n'ont absolument aucun goût, aucune aptitude pour l'élude des lettres et des sciences ? La réponse est bien simple. Il faut étudier leur nature, chercher à découvrir ce dont ils sont capables et les y appliquer, en donnant à leur éducation tout le développement possible dans un milieu qui ne les étouffe pas. En dehors des règles communes et des systèmes généraux: d'éducation, on peut en adopter d'autres qui ont aussi leur valeur. Il n'y a pas d'enfant, quelque dénué qu'il soit, qui n'ait quelque aptitude pour certaines choses. Tel homme qui n'aurait été qu'un littérateur plus que médiocre, un poète insipide, un savant du dernier ordre, pourra devenir, grâce à une direction et à une méthode bien entendues, un administrateur habile et un homme de bon sens qui occupera dans la société une place honorable.
Cependant il n'est pas rare, dit M"r Dupanloup, de voir des parents exiger, sous prétexte de faire avancer
leurs enfants qui savent à peine lire et écrire, qu'on mette à la fois entre leurs mains des grammaires française, grecque et latine, qu'on leur donne en même temps des notions d'histoire, de géographie, de botanique, etc., et des maîtres, pour conserver des élèves, céder aux instances les plus déraisonnables des parents. C'est alors qu'on établit des classes de huitième, de neuvième et même de dixième, dans lesquelles ces pauvres enfants languissent des années et se dégoûtent pour toujours de toute application sérieuse. C'est cependant avec cette instruction nulle et une éducation plus déplorable encore que plus des trois quarts des élèves quittent les lycées. Que peuvent-ils faire ? que peuvent-ils devenir, sinon, s'ils ont quelque fortune, mener la vie de Paris, c'est-à-dire partager leur existence entre le Jockey-Club, le boulevard des Italiens, le jeu effréné, les foyers des théâtres, les chevaux, les courses, les chasses et des avilissements qu'on ne peut pas dire?
Ce sont surtout les petites filles de quatre à cinq ans qui sont les victimes de la vanité de leurs mères. Comme elles sont ordinairement plus avancées, plus intelligentes el d'un caractère plus docile que les petits garçons de cet âge, on en abuse pour les surcharger de travaux qui ne conviennent qu'à des enfants de douze à quinze ans. Quelques-unes résistent à la fatigue: mais alors elles deviennent vaniteuses, remplies d'ellesmêmes, nerveuses, irritables, et, pour peu qu'elles y soient prédisposées, hystériques à vingt ans. Quant aux autres, elles succombent sous le fardeau, s'étiolent
comme des plantes forcées, et perdent tout goût pour les choses sérieuses. Incapables de s'occuper de leur ménage et de la direction de leur maison, elles partagent leur vie entre les soins de leur toilette, la lecture des romans à la mode et les visites mondaines. Heureuses encore quand elles ne forment pas de liaisons dangereuses qui ne tardent pas à dégénérer en scandales.
Que de fois nous avons vu des maîtresses gémir des ridicules exigences de ces femmes orgueilleuses qui jouent, pour ainsi dire, à la poupée avec leurs petites filles et qui s'imaginent que tout doit céder à leurs caprices, parce qu'elles tiennent le haut du pavé et qu'elles exercent une grande influence dans leur petite bourgade ! Voici le conseil que nous donnions aux maîtresses qui n'osaient pas leur résister en face : après avoir exposé, avec beaucoup de douceur et de ménagement, qu'à son avis on ne pouvait pas pousser trop fort un enfant sans s'exposer à fatiguer sa tête et sans nuire à sa santé, la maîtresse ajoutait modestement : « Au reste, Madame, si vous ne voulez pas vous en rapporter à moi, consultez votre médecin, vous verrez ce qu'il vous dira et nous nous conformerons à ses prescriptions. » Presque toujours le médecin abondait dans le sens de la maîtresse, et tout était dit.
Il faut donc avant tout s'appliquer à découvrir ce dont un enfant est capable, puis ne pas trop le presser, laisser affermir ses organes, ménager sa santé et le former peu à peu, selon les occasions qui se présentent d'elles-mêmes.
Mais à quel âge faut-il commencer l'instruction des enfants? Sous ce rapport, les anciens étaient beaucoup plus raisonnables que nous. Chez les Grecs et chez les Romains, l'enfant jusqu'à sept ans restait confié aux soins de sa mère ou de ses nourrices. Pendant ces premières années, les jeux, les exercices du corps pour développer ses forces physiques et la discipline morale constituaient le fond de son éducation. Les jeux étaient à peu près les mêmes que chez nous : les petites filles avaient des poupées ; les garçons avaient des tambours, des chevaux de carton, des toupies. Il y avait des jeux communs aux deux sexes, la balançoire, le cerceau, la course, et les jeux de cache-cache. (Mo-
RÈRE.)
A sept ans, chez les Grecs, on envoyait les enfants à des espèces d'écoles qu'on appelait didascalées, où on leur apprenait à lire, à écrire et à parler correctement leur langue. Platon allait même plus loin, il recommandait de ne mettre des livres entre les mains des enfants qu'à l'âge de dix ans. Non pas que ce grand philosophe prétendit que jusqu'à cet âge on devait négliger complètement la culture de l'intelligence, il était trop sage pour donner un pareil conseil. En effet, s'il faut éviter avec soin d'écraser l'enfant sous le poids de connaissances trop fortes pour son âge, il faut bien se garder, sous prétexte de ne pas le fatiguer, de négliger tout à fait le soin de son intelli-
gence et de ne pas la préparer tout doucement à une culture plus étendue. Lorsqu'un enfant est arrivé à un certain âge sans avoir rien appris et sans jamais s'être appliqué à rien, il est très dilïicile de lui inspirer le goût de rétude. Tout ce qui est sérieux lui paraît triste, tout ce qui demande une attention suivie le fatigue. Il n'a plus d'attrait que pour des plaisirs ou des amusements frivoles. [Fénelon.) Il faut donc profiter habilement de tous les moyens de développer les facultés ; mais il faut que cette première instruction soit extrêmement simple ; j'oserai presque dire qu'elle ne le sera jamais assez. (Dupanlocp.)
Chez les Romains, les soins de l'éducation se partageaient entre le père et la mère. Le père initiait les garçons aux connaissances pratiques de la vie, aux devoirs et aux droits des citoyens, et leur inspirait la crainte des dieux. On lit dans Plularque que Galon le Censeur, qui gouverna Rome avec tant de gloire, éleva lui-même son fils dès le berceau et avec un tel soin qu'il quittait tout pour être présent quand on le levait, qu'on le baignait, qu'on l'habillait, qu'on le faisait manger. Nous voyons Gicéron instruire lui-même son fils, et l'empereur Auguste enseigner les éléments des sciences à sa fille et à ses petits-enfants, qu'il avait toujours autour de lui. A défaut du père, la mère le suppléait : Véturie éleva Goriolan ; Gornélie, mère des Gracques, dirigea elle-même l'éducation de ses enfants et les regardait comme son plus bel ornement. Anthuse, mère de saint Jean Ghrysoslome, restée veuve après deux ans de mariage, instruisit elle-même son
fils jusqu'à sa vingtième année. Ce ne fut qu'à cet âge qu'il entra à l'école de Libanius, le plus célèbre rhéteur de son temps, pour prendre des leçons d'éloquence. Ce philosophe païen, l'ayant interrogé sur son éducation, s'écria, tout émerveillé de l'étendue de ses connaissances et de la rectitude de son jugement : « 0 dieux de la Grèce, quelles femmes parmi les chrétiens î »
D'après les hommes les plus expérimentés, jusqu'à l'âge de sept à huit ans, l'instruction devrait être purement orale. L'enfant interroge sans cesse, sa curiosité n'a pas de bornes ; il vous poursuivra de ses questions jusqu'à vous ennuyer et peut-être même vous embarrasser ; ne le rebutez pas, profitez au contraire de ces dispositions naturelles pour lui donner des notions exactes sur chaque chose et pour exercer et orner sa mémoire qui, au jugement de Plutarque, est comme le réservoir et le trésor des sciences. « C'est là, dit Fénelon, qu'il faut faire un amas de hons matériaux, qui, quand le temps en sera venu, s'assembleront d'eux-mêmes. » Répondez précisément à ses questions et laissez-le en faire d'autres à son gré. Si par hasard il vous en fait une à laquelle, pour une raison ou pour une autre, vous ne savez trop que répondre, dites-lui que vous lui expliquerez cela une autre fois. Mais ne le trompez jamais.
Il n'est pas rare cependant de voir des hommes, qui se croient de l'esprit et qui ne sont que des sots, abuser du besoin de s'instruire qu'éprouve l'enfant, pour faire à ses questions des réponses absurdes et se moquer ensuite de sa crédulité. Un enfant de trois
ans, très intelligent, avait un jour remarqué que la lune était toute ronde ; il fut bien surpris, quelques jours après, de voir qu'il n'en paraissait plus que la moitié. Il en demanda la raison à une personne qu'il aimait beaucoup et en qui il avait une grande confiance : elle lui répondit d'un air sérieux qu'une grosse bête en avait mangé la moitié. L'enfant la crut. Gomme, quelques instants après, elle riait de sa simplicité, le père, très mécontent, lui fit de vifs reproches et lui déclara sèchement que désormais il ne lui confierait plus son enfant. Nous avons déjà dit combien il était dangereux de raconter aux enfants des histoires effrayantes de revenants, de sorciers, de loups-garous, qui les rendent peureux pour le reste de leur vie. Nous avons eu pour professeur de philosophie un homme d'une haute intelligence, un des plus brillants élèves de la célèbre école de Saint-Acheul, au temps de sa splendeur, qui n'aurait pas osé descendre seul, la nuit, dans la cour du séminaire où nous étions plus de deux cents jeunes gens de vingt ans. Il se moquait luimême de ses vaines terreurs qui provenaient des contes qu'on lui avait faits dans son enfance et dont le souvenir lui causait encore une si forte impression la nuit, qu'il ne pouvait s'en défendre, et qu'il se serait trouvé mal s'il avait voulu la braver.
Les enfants aiment les récits merveilleux, les faits extraordinaires et les scènes touchantes. Les vaillants exploits, les combats émouvants, les dévouements sublimes, voilà ce qui attire et fixe leur attention. Qu'on en profite pour orner leur esprit des traits les plus
saillants de l'histoire sainte et de l'histoire profane, et qu'on les accoutume en même temps à apprécier ces faits et à discerner ce qu'ils ont de bon et ce qu'ils ont de blâmable. Qu'au lieu de ces récits fabuleux qui ne servent qu'à frapper leur imagination et à leur inspirer une fausse pitié, on leur raconte la chute d'Adam, la mort d'Abel, la punition du genre humain par le déluge, l'histoire de Joseph. Quoi de plus propre à exciter dans leur âme la crainte de Dieu, le mépris de la jalousie, l'horreur du péché et la confiance dans la divine Providence?
Il suffît souvent de la lecture d'un passage intéressant d'un livre pour leur donner le désir de s'instruire. Un enfant de sept à huit ans avait trouvé chez un de ses voisins un Télémaque dans lequel il y avait un certain nombre de gravures représentant des guerriers. Il aurait bien voulu connaître leur histoire, mais personne dans la maison n'avait lu l'ouvrage et ne pouvait le renseigner. Alors il s'appliqua à apprendre à lire avec une extrême ardeur, et quand il y fut parvenu, il lut et relut tant de fois l'ouvrage de Fénelon qu'il le savait presque par cœur, à l'exception toutefois des discours de Mentor qu'il trouvait ennuyeux ; ce qui prouve, pour le dire en passant, que les faits et les exemples touchent beaucoup plus que les discours et les remontrances.
Aujourd'hui qu'on trouve partout en abondance des livres de toute espèce, on aura de la peine à croire qu'au commencement du siècle on ne voyait guère dans les campagnes et dans les bourgades que des
livres de piété. J'en ai fait moi-même l'expérience. Dans la petite ville où je suis né, ville très commerçante, de 4,000 habitants, je cherchais vainement à me procurer quelques ouvrages convenables à mon âge. Un des vicaires de la ville eut l'obligeance de me prêter les Oraisons fanèbres de Bossuet; c'était, me dit-il, le seul livre intéressant qu'il eût dans sa bibliothèque ; tous les autres étaient des ouvrages de théologie ou des sermonnaires. J'avais à peine dix ans. Je lus quelques discours, mais je n'eus pas la force d'aller jusqu'au bout.
Maintenant les livres ne manquent pas, mais il y a un grand choix à faire. Beaucoup sont très dangereux, tels que les romans à la mode, les revues remplies de nouvelles émouvantes, de scènes passionnées, parfois de détails obscènes, propres à exalter l'imagination, à fausser l'esprit, à corrompre le cœur et à conduire à tous les désordres. Depuis quelques années, tous les journaux se sont mis à publie!' des feuilletons-romans, et même les plus graves et les plus religieux n'ont pas échappé à la contagion. Pour s'excuser, ils prétendent que ceux qu'ils publient n'ont rien de contraire à la foi et aux mœurs. Mais on peut leur objecter ce que saint François de Sales disait des champignons : c'est que les meilleurs ne valent rien. N'y eût-il que l'inconvénient de faire perdre le goût des lectures sérieuses, et d'accoutumer l'imagination à rêver une existence chimérique qui dégoûte des obligations de la vie réelle et les rend presque insupportables. Pourquoi ne pas mettre de bonne heure entre les mains des enfants
des ouvrages propres à élever l'esprit et à fortifier le cœur, tels que les livres d'histoire, la vie des saints et des grands hommes, les récits de voyages, la description des pays étrangers et des mœurs de leurs habitants, qui feroul voir aux enfants la vie telle qu'elle est, où les joies sont rares et les chagrins nombreux. Formé à celte école, l'enfant, devenu grand, ne s'étonnera plus des déceptions qu'il éprouvera dans la vie et ne se laissera pas abattre par les difficultés qu'il rencontrera.
Nous n'entrerons pas dans de plus longs détails sur l'instruction des enfants du premier âge. Les méthodes ne manquent pas, il n'y a que l'embarras du choix. Mais il y a une chose sur laquelle nous croyons devoir insister.
Aujourd'hui en France les parents sont tellement absorbés, les hommes par le soin des affaires, les femmes par les préoccupations et les distractions de la vie mondaine, qu'ils n'ont plus le temps de s'occuper de l'éducation de leurs enfants, et qu'ils s'empressent de s'en débarrasser en les confiant à des maîtres étrangers. Or, au jugement de Plularque, il n'y a rien de plus essentiel dans toute l'éducation que le choix, d'un maître. « Il faut, dit-il, qu'il joigne à des mœurs pures, à une conduite irréprochable, un grand fond de sagesse et d'expérience, car une bonne éducation est la source de toutes les vertus. » — « Que votre cordon-
nier, disait Platon, soit mauvais ouvrier et vous fasse de mauvaises chaussures, ou qu'il se donne pour cordonnier sans l'être, vous n'en éprouverez pas grand dommage ; mais que l'instituteur de vos enfants ne le soit que de nom, ne voyez-vous pas qu'il entraîne votre famille à la ruine et que de lui dépend votre bonheur ? » — « 0 citoyens, s'écriait Gratès l'ancien, quelle erreur est la vôtre î vous mettez tous vos soins à amasser des richesses, et vous ne vous inquiétez pas de l'éducation de vos enfants à qui vous les destinez ! »
« Voilà pourquoi, ajoute M"rDupanloup, je n'hésite pas à dire que c'est pour des parents un devoir rigoureux de connaître parfaitement, personnellement, ceux qui seront chargés d'élever leurs enfants. Gomme le voulait autrefois Platon, ils doivent leur demander : Qui êtes-vous? d'où venez-vous? êtes-vous de véritables instituteurs ? quels sont vos titres à notre confiance? quelle est votre vie? vos œuvres? quelle a été votre jeunesse? qui vous a formés? quels ont été vos maîtres? quelle est votre intelligence, votre sagesse, votre instruction, votre prudence, votre fermeté, votre caractère, et surtout quel est votre dévouement? quel est votre amour pour la jeunesse et pour l'enfance? quelle est votre religion, votre foi, votre vertu? êtesvous meilleurs que nous? vous le devez être ; car vous devez avoir ce qui nous manque à nous-mêmes pour achever l'éducation de nos enfants.
« Je crains qu'on ne me trouve ici bien pressant, bien exigeant ; et toutes ces questions paraîtront peutêtre à plusieurs d'une indiscrétion offensante. C'est
ainsi cependant que l'entendaient jadis la probité et la sagesse païenne ; je ne demande rien que ce que demandaient les païens : voilà pourquoi je mets tant de prix à citer des auteurs profanes. »
Si donc des parents qui se disent chrétiens ne veulent pas demeurer au-dessous de ce qu'exigeait autrefois le paganisme, il faut qu'ils s'informent, consultent, voient par eux-mêmes ; ils ne peuvent donner leur confiance et livrer leurs enfants qu'après avoir fait humainement tout ce qui dépendait d'eux pour trouver, non seulement de bons instituteurs, mais les meilleurs, mais les plus dignes, non seulement par la science, mais surtout par la vertu, par la gravité, je ne dis pas assez, parla sainteté des mœurs. Quintilien, tout païen qu'il était, voulait expressément que les parents ne choisissent pour instituteur qu'un homme d'une vertu et d'une sainteté consommée : Prœceptorem eligere saxctissimlm : c'est leur soin capital, ils n'y mettront jamais trop de zèle et de prudence.
On ne s'étonnera donc pas après cela si Pline répondait à une dame romaine qui l'avait consulté sur le choix d'un instituteur pour son fils : « Avec l'aide du ciel, confiez cet enfant à un homme qui lui enseigne avant tout les bonnes mœurs, puis l'éloquence, laquelle sans les bonnes mœurs n'est qu'une mauvaise science. » — « Car négliger la vertu, disait Plutarque, c'est sacrifier ce qu'il y a de plus essentiel dans toute l'éducation. 11 faut que l'instituteur joigne à un grand fond de sagesse et d'expérience des mœurs pures et une conduite irréprochable, autrement tout est perdu. »
Quant à l'école, à l'institution, au collège, si l'on veut, qui doit être choisi, Quintilien n'hésite pas à déclarer qu'il faut préférer la maison où règne la discipline la plus sévère et la plus parfaite, et ne pas se contenter de celte réputation facile de vague moralité, dont il est si aisé et si commode de jouir dans le monde. C'est surtout aux: époques de relâchement et de licence dans les mœurs publiques que ce choix est de la dernière importance.
Il y a quelques années, nous nous trouvions avec un professeur d'un grand lycée de Paris, homme aux idées larges et à l'esprit droit : « Vous êtes peut-être plus forts que nous, lui disions-nous, en fait d'instruction, mais nous l'emportons de beaucoup sur vous pour l'éducation ; vous visez uniquement à faire des savants ; nous tenons aussi à la science, mais nous tenons pardessus tout à faire des hommes honnêtes et vertueux; des hommes de bien dans toute l'étendue du mol. Voilà pourquoi nos établissements prospèrent, malgré le mauvais vouloir du gouvernement. » Il en convenait et gémissait de cette lacune dans l'enseignement universitaire. Il avouait qu'il était presque impossible à un élève de rester religieux dans les lycées. « Nous avons, ajoutait-il, un excellent aumônier, homme très capable, très bon, très aimable. Eh bien ! je ne crois pas que depuis vingt ans il soit sorti du lycée vingt jeunes gens véritablement chrétiens. » Il aurait pu ajouter : vingt jeunes gens avec des mœurs pures et sans habitudes honteuses.
Mais, s'il en est ainsi, que penser de ces parents si
nombreux de nos jours qui placent leurs enfants où ils savent très bien qu'ils ne recevront aucune éducation morale et religieuse, où au contraire ils entendront souvent professer hautement Ta théisme, tourner en ridicule les premières vérités, bases de toute morale, l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme, et où ils auront sous les yeux l'exemple de maîtres aussi dépravés qu'impies? Et l'on s'étonne après cela qu'à vingt ans un jeune homme ainsi élevé tombe dans les plus déplorables excès et fasse la désolation de ses parents et la honte de sa famille ! Que peut devenir une pauvre enfant élevée dans ces lycées de filles d'où tout enseignement religieux est banni, où le nom de Dieu n'est jamais prononcé, où l'on ne prie pas? Les histoires scandaleuses qui retentissent chaque jour à nos oreilles montrent assez ce que devient une femme sans principes religieux. Elle ne tarde pas, selon l'expression du Prophète, à ressembler à la courtisane dont le front ne sait plus rougir.
Il est inutile d'insister davantage ; les parents qui tiennent à la bonne éducation de leurs enfants ne les mettront pas dans ces lycées ; ils savent trop bien ce qui s'y passe ; et les parents qui ne tiennent qu'à la science ne nous écouteraient pas.
La conduite à tenir avec les enfants du premier âge, que nous venons d'exposer peut-être un peu longuement, convient à tous les enfants en général ; nous ne craignons pas d'ajouter et de dire aux parents qu'elle est indispensable pour les enfants prédisposés à la névrose, s'ils veulent leur préparer une existence aussi
heureuse que possible avec leur tempérament, et s'épargner à eux-mêmes beaucoup d'ennuis et de chagrins. Cependant nous ne nous faisons pas illusion ; aujourd'hui on aime si peu à se gêner que la plupart des parents trouveront ces principes trop sévères et trop difficiles à mettre en pratique ; nous serons heureux si nous avons pu leur faire comprendre que l'éducation de leurs enfants mérite toute leur attention et les décider à ne pas la négliger complètement, comme on ne le fait que trop souvent.