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CHAPITRE MIT

Soins à donner à une hystérique en état de crise.

Malgré toutes les précautions prises par des parents chrétiens et sages ; malgré les soins bien entendus et la bonne éducation dont nous venons d'exposer les principes, il arrive par trop souvent qu'une jeune fille est tellement prédisposée à la névrose, comme par une espèce de transmission héréditaire, qu'à la suite d'une émotion, d'une surprise, d'une frayeur, elle éprouve subitement une crise plus ou moins forte. Qu'y a-t-il à faire dans ces circonstances ? Voici les conseils que donne le Dr Gilles de La Tourette, dont nous avons plus d'une fois combattu les tendances et les assertions irréligieuses, mais dont nous reconnaissons volontiers la grande compétence dans le traitement de l'hystérie, qu'il a étudiée d'une manière toute particulière.

« Nous sommes mandé, dit-il, près d'une femme à laquelle nous n'avons pas encore donné nos soins, et qu'on nous dit en proie à des crises nerveuses. On est venu nous chercher en toute hâte ; à notre arrivée, nous tombons au milieu d'un affolement général. La malade, en raison des phénomènes si fréquents de la

boule hystérique, ayant crié et criant encore qu'elle étouffe, on a déjà placé sur le cou, sur la partie antérieure de la poitrine, un sinapisme qui risque fort d'être oublié, vu l'aneslhésie qui accompagne l'attaque : bientôt, si l'on n'y prend garde, il fera vésicaloire. Une compresse d'éther est maintenue sous les narines : un bandeau imbibé d'eau sédative couvre son front. La chambre est pleine de monde, et les lamentations des assistants se mêlent aux cris du sujet que secouent les convulsions : il suffît d'avoir vu une fois ce spectacle pour qu'il reste gravé dans le souvenir.

« Nous approchons de la malade, nous établissons notre diagnostique par une rapide observation, et, comme premier soin, après avoir enlevé éther et sinapisme, nous faisons sortir de la pièce toutes les personnes qui ne nous semblent pas indispensables, c'està-dire, nous ne conservons avec nous que la gardemalade, s'il y en a une, ou celui ou celle qu'à son aspect plus calme nous jugeons pouvoir nous être de quelque utilité.

« On peut, en effet, poser comme règle générale que les soins trop empressés, excessifs, doublent au moins la longueur et l'intensité d'une crise ; plus on entoure l'hystérique, plus elle se débat, et souvent l'attaque cesse d'elle-même lorsque le sujet reste en la seule présence du médecin ou d'une personne que ne troublent pas ses cris. Nous avons surtout en vue, en ce moment, la forme moyenne des crises du second degré, celle dans laquelle la connaissance reste presque entière ; car les attaques de grande hystérie sont

beaucoup moins susceptibles d'être modifiées par les influences extérieures, bien que souvent la malade y puise de nouvelles et persistantes hallucinations.

« C'est que fréquemment, en effet, la crise a été déterminée par une discussion, par une contrariété, par une de ces futilités de la vie journalière qui impressionnent si vivement les hystériques. Le fait même d'éloigner la cause provocatrice en la personne de la mère, du mari, de tout autre, aura immédiatement un résultat favorable. C'est de cette manière qu'agira ultérieurement l'isolement, s'il est nécessaire pour prévenir le retour de la crise.

« Si l'attaque est de moyenne intensité ou si la malade a déjà été atleinte de semblables crises, sans qu'il en soit rien résulté de particulièrement fâcheux, une intervention très active est inutile. Généralement, nous l'avons dit, une fois le calme fait, l'agitation tombe, la crise se juge par les larmes, et tout est terminé.

« Mais on se comportera différemment, on le comprend, si les convulsions sont assez fortes, assez violentes, pour qu'on puisse craindre une chute du lit sur lequel a été placé le sujet, si la malade lacère ses vêtements et se déchire le cou et Ja poitrine avec ses ongles dans les mouvements qu'elle fait pour arracher la boule qui l'oppresse. Cependant il est toujours mauvais d'agir directement, c'est-à-dire de saisir ou faire saisir les poignets ou les chevilles pour modérer les mouvements désordonnés : on risquerait ainsi de produire des ecchvmoses ou des excoriations. Le moven

de contention le plus simple, déjà usité à la Salpêtrière du temps de Georget, consiste à placer transversalement un drap plié en alèze au niveau de l'ombilic pour entraver les mouvements du bassin et du tronc; un autre drap roulé, dont les extrémités latérales seront attachées aux barreaux du lit, que nous supposons en fer, maintiendra les membres inférieurs au-dessus des genoux. De plus, entourez rapidement d'ouate les poignets et le bas des jambes, nouez-y deux tours de bande et fixez ces bandes de façon à limiter l'excursion des extrémités supérieures et inférieures.

« L'attaque finie, faites disparaître aussi vite que possible les divers moyens de contention dont vous vous êtes servi ; leur vue pourrait impressionner désagréablement la malade. Toutefois il ne faut pas oublier qu'une crise d'une certaine intensité comprend ordinairement plusieurs attaques successives ; il ne faudrait donc pas s'exposer à avoir besoin d'appliquer de nouveau les entraves.

« Au cours de certaines attaques, chez les hommes en particulier, les convulsions peuvent être véritablement excessives. Dans ces cas, il ne faut pas hésiter à appliquer des moyens de contention plus efficaces, la camisole de force en particulier, surtout chez les sujets qui, sous l'influence des hallucinations, s'élancent hors du lit et risquent de se blesser en tombant ou en se heurtant aux objets du voisinage. On comprend les difficultés qu'on aura pour parer à de semblables inconvénients dans des appartements particuliers

encombrés de meubles aux angles durs. Si de pareilles attaques devaient se répéter, il deviendrait urgent d'isoler le malade dans un établissement hydrothérapique, ou au moins de le transporter, dès l'aura, dans une pièce bien aménagée, où il ne risquerait plus de se faire mal. »

« D'après ce que nous venons de dire, on voit, ajoute le même docteur, que tous nos efforts tendent à mettre la malade dans la meilleure position pour que l'attaque suive son cours et se termine le plus rapidement possible, avec le moins de dommages. On pourrait se demander s'il ne serait pas plus simple et de beaucoup préférable de couper court à l'accès en entravant son évolution. D'une façon générale, nous disons : si nous avons tout lieu de penser que nous nous trouvons en présence d'une crise dont les convulsions en elles-mêmes sont le principal, sinon le seul élément de gravité, nous croyons qu'il n'y a aucun intérêt immédiat à couper l'attaque. Outre que cela n'est pas toujours facile, il est d'observation courante qu'on ne gagne ordinairement rien à faire cesser une crise commencée. Les malades ont souvent alors, dans la même journée, ou de nouvelles attaques ou des équivalents psychiques de l'attaque sous forme d'hallucinations, d'agitation, de délire, tandis que, lorsque l'accès a complètement évolué, la plupart deviennent calmes et se sentent réellement soulagés. Bien plutôt faudra-t-il s'attacher à prévenir le retour d'une nouvelle crise par un traitement préventif et général bien entendu. »

Il est cependant des circonstances où il faut s'efforcer d'arrêter la crise.

« C'est ainsi qu'il faut agir immédiatement dans les attaques dites de spasmes, où la constriction de la glotte risque de déterminer des accidents d'asphyxie souvent fort alarmants et pouvant même, dans certains cas, à la vérité exceptionnels, entraîner la mort. L'allure elle-même de la crise lèvera toute hésitation.

« En second lieu, si l'on sait que les convulsions en présence desquelles on se trouve placé ne sont que le prélude ordinaire d'un état de mal convulsif, délirant ou comateux, susceptible de durer plusieurs jours si l'on n'y met ordre ; ou bien encore que l'accès se termine habituellement par des accidents sérieux, paralysies, contractures de divers ordres, mutisme, etc., dont on a tout intérêt à prévenir l'apparition. »

Nous n'insisterons pas sur les moyens à employer pour enrayer la crise, c'est l'affaire du médecin, qu'il faut appeler le plus vite possible. En attendant son arrivée, on peut projeter de l'eau fraîche sur la tête du malade ou lui faire respirer un peu d'élher. Ces inhalations d'éther, dit le Dr Legrand du Saulle, calment presque à coup sûr les attaques convulsives, mais elles n'atteignent pas la maladie en elle-même et elles peuvent avoir de graves inconvénients, comme nous le verrons dans le chapitre suivant.

Quelque graves que soient les crises hystériques, elles ne sont pas très dangereuses ; il est rare qu'elles compromettent l'existence et qu'elles aient une funeste influence sur l'état général de la santé. Même quand elles se prolongent pendant fort longtemps, qu'elles se répètent à de courts intervalles, elles ne mettent pas en péril les jours des malades. L'état de l'hystérie diffère notablement en cela de l'état de l'épilepsie, qui se termine habituellement par la mort dans un laps de temps restreint. (Pitres.)

On diraît que les hystériques ont elles-mêmes la conscience de l'innocuité de la névrose sous ce rapport. Tandis que les épileptiques, les maniaques, les hypocondriaques, les malades atteints de paralysie organique, sont sombres et rêveurs, voient tout en noir, s'inquiètent de leur état, songent avec terreur à l'avenir, craignent de ne pas guérir, évitent avec grand soin toute allusion à leur mal ou n'en parlent qu'avec désespoir, l'hystérique ne s'inquiète de rien. « Rien ne l'effraye, dit le Dr Pitres ; l'indifférence avec laquelle elle supporte les accidents qui la frappent est tout à fait remarquable. Rien n'altère profondément et d'une

façon durable sa sérénité. Il semble qu'elle ait la certitude absolue de sa curabilité. Elle vomit des flots de sang sans en être émue ; elle ne se croit jamais sérieusement malade. Chez elle, comme chez les enfants, le rire est toujours près des larmes, et souvent, au milieu des souffrances les plus violentes, elle surprend les personnes qui l'entourent par la vivacité de ses réponses, par la frivolité de ses préoccupations, par le souci qu'elle prend de sa toilette et de ses altitudes. » Aussi est-elle habituellement vive et enjouée ; elle s'entretient volontiers de sa maladie. A ses yeux, c'est une affection comme une autre, qui n'a rien de bien inquiétant ni de très fâcheux, et dont elle espère bien être débarrassée un jour ou l'autre. Si quelque chose l'afflige, c'est d'être séparée de ses compagnes et de ne pouvoir remplir son emploi. Un jour, une religieuse hystérique, très intelligente mais sujette à de violentes attaqués épileptiformes qui obligeaient parfois de la placer dans une maison de santé, après nous avoir entretenu longuement et sans embarras de sa maladie, nous déclara que son grand chagrin c'était d'être obligée de quitter son couvent. « 0 Père, ajouta-t-elle avec un touchant accès de tristesse, priez donc pour moi, afin que je ne sois plus malade ! » Mais cette impression de tristesse ne dura qu'un instant, et elle reprit avec enjouement la conversation.

Si l'hystérie n'a presque jamais une issue fâcheuse, il n'est pas possible de dire, comme Frank, que ce n'est qu'une affection simplement désagréable pour la patiente et pour ceux qui l'entourent. C'est vrai quand

il ne s'agit que de ce nervosisme léger qui n'entraîne après lui aucune conséquence grave et qui n'entrave pas chez la malade le libre exercice des fondions sociales. Mais quand les symptômes sont plus prononcés, quand on a affaire à l'hystérie du second degré et surtout à la grande hystérie, alors l'affection devient des plus sérieuses. (Legraxd du Saille.) Si, en effet, on considère sa longue durée, les souffrances qui l'accompagnent, les accidents auxquels elle expose, l'impossibilité où elle met souvent les malades de vivre de la vie commune et de remplir les devoirs de famille et de société ; les embarras, les inquiétudes, les chagrins qu'elle cause dans l'entourage des malades ; les modifications fâcheuses qu'elle produit dans la constitution, et l'extrême susceptibilité qu'elle laisse au physique, et au moral, on regardera avec raison l'hystérie comme l'une des maladies les plus redoutables. (Grasset.)

« Non, l'hystérie n'est pas simplement une maladie désagréable, c'est une maladie toujours digne d'attirer l'attention du médecin, et souvent une affection sérieuse qu'il doit soigner avec sollicitude. Ce n'est souvent qu'au prix d'un traitement méthodique et longtemps suivi qu'on pourra prévenir une fâcheuse aggravation de symptômes. » -Legrand du Saulle.)

Quant aux moyens à employer pour prévenir les crises ou pour les combattre, il y en a de deux sortes, les unes appartenant à la médecine, les autres dépendant de l'hygiène.

Les anciens, imbus d'idées singulières sur la nature de l'hystérie, n'hésitaient pas à avancer que Vuterus,

auquel ils en attribuaient la cause et qu'ils prenaient pour un animal, redoute les mauvaises odeurs et les évite par la fuite, tandis qu'il aime et recherche les parfums. C'est en vertu de cette théorie qu'on faisait respirer à la malade des substances fétides pour chasser l'utérus. En fait de mauvaises odeurs, on en imaginait de toutes sortes : on faisait brûler sous les narines du pied de bouc ou d'élan, du vieux cuir, de la corne de cerf, des poils ; on faisait respirer la fumée d'une chandelle ou d'une lampe à demi éteinte.

Il y a longtemps déjà qu'on a renoncé à de si étranges procédés, et aujourd'hui on a recours à des moyens plus rationnels. « A voir la multitude de remèdes tour à tour préconisés par les médecins, dit le Dr Bossu, on serait porté à croire que la thérapeutique des maladies nerveuses est fort riche, quand au fond elle est très pauvre, parce que tous les moyens échouent le plus souvent. »

C'est que le traitement curatif de l'hystérie ne saurait être soumis à des règles absolument fixes, les mêmes pour tous les cas. Il est tel agent chez qui une catégorie de malades donnera de bons résultats et restera impuissant chez les autres. Cependant, parmi les moyens dont la médecine dispose, il en est que leur efficacité habituelle recommande particulièrement, qu'on doit placer en première ligne et toujours essayer. (Legrand du Saulle.)

Sans vouloir empiéter le moins du monde sur le domaine de la docte Faculté, nous dirons que certains médecins préconisent l'emploi des antispasmodiques,

tels que l'éther, le tilleul, la feuille d'oranger, la valériane, la gomme ammoniaque, le camphre, etc., tandis que d'autres en condamnent absolument l'usage. Il en est de même des narcotiques, tels que la belladone, l'opium, la morphine, le chloroforme, qu'on associe souvent aux antispasmodiques, et qui seraient les premiers antispasmodiques s'ils n'avaient le grave inconvénient de congestionner le cerveau. Utiles pour calmer momentanément de vives souffrances, ils n'atteignent pas le principe de la névrose. Les inhalations de chloroforme ou d'élher calment à coup sur les attaques convulsives. Mais quelque tendance qu'on puisse avoir à user des inhalations médicamenteuses contre les crises d'hystérie, et quoique celte tendance soit généralement encouragée par les sollicitations des malades qui prennent un goût très vif à ces sortes de calmants, on ne doit pas perdre de vue que ces agents sont quelquefois dangereux. On a eu dans maints cas à déplorer des syncopes et à redouter l'imminence de la mort. Aussi l'usage de ces agents doit être exclusivement réservé aux praticiens, et ne faut-il y recourir qu'avec discrétion.

Que conclure de ces diverses opinions que nous venons d'exposer? C'est qu'il y a peu de services à attendre des agents pharmaceutiques ! Toutefois les médecins s'accordent à dire que l'hydrothérapie est un des plus puissants moyens pour combattre l'hystérie. Les divers procédés qu'on emploie peuvent se ramener à deux principaux, les bains et les douches.

Les bains lièdes prolongés sont un très bon calmant

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contre tous les phénomènes d'excitation. Pomme en faisait un fréquent usage. C'est un excellent moyen contre les convulsions permanentes ; on leur donne une durée de quatre, six ou huit heures. Cependant ils sont aujourd'hui peu employés.

S'appuyant sur des principes opposés, Dupuytren prescrivait des bains froids donnés par immersion et par surprise. Il faisait saisir la malade par deux personnes qui lui tenaient, l'une les bras, l'autre les jambes, et la plongeaient rapidement dans une baignoire d'eau froide, d'où elles la sortaient aussitôt. Cette immersion était répétée cinq ou six fois dans l'espace d'un quart d'heure ou de vingt minutes. Puis, essuyée avec soin et vêtue, la malade devait prendre un certain exercice pendant une heure environ.

Ces bains ou immersions peuvent être remplacés par de simples lotions froides, ou plus avantageusement par des douches, répétées deux ou trois fois dans le courant de la journée et durant chacune à peine une ou deux minutes. (Leblanc, Grasset.)

« L'eau glacée a encore une action calmante ; l'ingestion de glace pilée, l'application sur l'abdomen d'une vessie remplie de glace, sont utiles contre les vomissements et le hoquet. Cruveilhier faisait boire à ses malades plusieurs verres d'eau froide à la régalade. Briquet prescrit la glace pilée et avalée par cuillerées à bouche. L'action perturbatrice est obtenue en projetant de l'eau à la figure ou sur le corps de l'hystérique pendant l'attaque. Enfin on peut agir sur le système nerveux, et sur la névrose elle-même, par le drap

mouillé, les lotions froides, les afiusions, les douches, etc. C'est une médication que nous ne pouvons trop recommander », dit Grasset.

Nous ne parlerons ici que pour mémoire de Yélectrisation et de la Métallo thérapie, aujourd'hui très en vogue pour le traitement de l'hystérie, mais qui ne peuvent être employées que par des praticiens et des spécialistes.

Au xvue siècle, Willis conseillait la compression de l'abdomen pour empêcher le spasme convulsif de monter au cou et à la tète. Au winc, la pratique populaire recommandait ce moyen comme secours aux convulsionnaires ; tantôt on appuyait sur le ventre avec un pesant chenet; tantôt on enserrait le ventre de longues bandes que l'on tirait à droite et à gauche. De nos jours on a repris l'étude scientifique de ce traitement. Dans les cas graves où l'on ne sait comment arrêter les convulsions, on peut sans inconvénient, à l'exemple du célèbre Dr Récamier, recourir au moyen indiqué par Willis, comprimer l'abdomen avec de longues et larges bandes que l'on serre autant que possible, en attendant l'arrivée du médecin.

Il y a quelques années, on s'était passionné pour l'hypnotisme, que plusieurs docteurs regardaient comme devant être la base du traitement des hystériques ; mais depuis que l'on a reconnu que l'hypnotisme n'est pas autre chose qu'une crise hystérique à L'état aigu, qui est provoquée au lieu d'être spontanée, et qui agit comme toutes les crises, en modifiant profondément le terrain hystérique, on est bien revenu de cet enlhou-

siasme. Les partisans de ce traitement prétendaient que le sommeil hypnotique ne différait en rien du sommeil naturel, et que les effets merveilleux qui arrivent parfois pendant ce sommeil provenaient uniquement de la suggestion. « Voici, disaient-ils, un sujet atteint de paralysie, nous l'endormons ; pendant le sommeil nous lui suggérons que sa paralysie doit disparaître, et elle disparaît en effet : l'hypnotisme a triomphé ! »

« Ce sont, dit Gilles de La Tourette, les théoriciens de l'hypnose qui parlent ainsi : les observateurs sincères qui ont la pratique du traitement des hystériques sont loin de partager leur sentiment, puisque pendant ce sommeil il se produit assez souvent des aneslhésies ou des hyperesthésies, des céphalalgies, des spasmes, des contractures, des convulsions, en un mot des phénomènes en tout semblables à ceux de l'hystérie. » D'où le même docteur conclut : « Le médecin qui essaye de déterminer le sommeil artificiel doit avoir constamment présent à l'esprit qu'il ne peut savoir à l'avance si les effets qu'il va produire, au lieu d'être curalifs, ne seront pas tout simplement désastreux. Au lieu d'un état de calme pendant lequel le sujet se prêtera à ses suggestions thérapeutiques, c'est parfois une attaque qui fera son apparition et pourra être la première manifestation convulsive de l'hystérie. Avant de tenter l'hypnotisation, il faut faire une étude approfondie du malade et se dire qu'on risque souvent beaucoup pour gagner peu. Quelle sera l'altitude du médecin en présence d'une attaque qu'il a lui-

même provoquée et qu'il est le plus souvent impuissant à enrayer? Et les faits de ce genre abondent dans la science !

« Le médecin ne doit jamais pratiquer l'hypnotisation que chez les malades qui présentent des symptômes d'hystérie confirmée, c'est-à-dire chez lesquels il existe des phénomènes nerveux tels que ceux qu'on risque de produire soient inférieurs en gravité aux symptômes actuels. Nous n'hésitons pas à le répéter : il vaut mieux vivre en paix avec de légers troubles hystériques que de s'exposer à faire éclater les accidents les plus tenaces de la névrose, les crises convulsives en particulier. »

« Car, dit Bailly, ces convulsions sont extraordinaires par leur nombre, par leur durée et parleur force... Elles sont caractérisées par les mouvements précipités, involontaires de tous les membres et du corps entier, par le resserrement de la gorge, par des soubresauts, par le trouble et l'égarement des yeux, par des pleurs, des hoquets et des cris immodérés. »

« Voilà ce que peut obtenir, malgré lui, le médecin le plus expérimenté. Nous sommes loin, comme on le voit, de la pratique de ceux qui font de l'hypnotisme la panacée de l'hystérie. » (Gilles de La Tolrette.)

Mais quels que soient les moyens que les docteurs emploient, tous s'accordent à dire que le temps et l'hygiène sont leurs meilleurs auxiliaires.

La durée plus ou moins longue de l'hystérie dépend principalement de la constitution et du tempérament du sujet. Il est très rare que la névrose ne dis-

paraisse pas, ou tout au moins ne s'atténue pas, avec les progrès de l'âge, particulièrement après la ménopause. Cependant il est bon d'avoir présentes à l'esprit ces réflexions qu'une longue expérience avait suggérées à Briquet : « Jusqu'à présent on sait très peu de choses positives sur la durée de l'hystérie. Aussi ne trouve-t-on à ce sujet, dans les auteurs spéciaux, que des assertions vagues, qui se résument dans celte donnée banale que la susceptibilité diminue avec l'âge, et que l'époque à laquelle on observe le plus souvent la guérison de l'hystérie est celle de l'âge critique.

« J'ai vu bien des hystériques, parmi le grand nombre de malades que j'ai traitées, beaucoup m'ont quitté n'ayant plus d'accidents hystériques. Malgré tout cela, je serais fort embarrassé d'assigner un terme à la durée de l'hystérie. Je la regarde comme une maladie de toute l'organisation, dont on calme les accidents assez facilement, mais qu'on guérit rarement, et dont la guérison, comme celle de l'aliénation, est toujours très précaire et dépendante des circonstances dans lesquelles se trouvent placés les sujets. »

C'est ce que nous avons déjà dit en d'autres termes. Si, après plusieurs années, une attaque ne s'est produite, on peut regarder la malade comme guérie. Toutefois, malgré celte apparence de guérison, l'hystérique reste toujours très impressionnable, et il suffit d'une surprise, d'un chagrin, d'une émolion vive, pour ramener la névrose, avec tout le cortège de ses accidents.

Ce sont surtout les précautions hygiéniques qui peu-

vent prévenir ou atténuer les attaques. « L'hygiène, on le sait, est l'ensemble des règles à suivre pour conserver ou rétablir sa santé, quand elle a été altérée par des excès ou des accidents. Aussi cette science a-t-elle toujours été en grand honneur dans tous les temps et chez tous les peuples, parmi les moralistes, les législateurs et les médecins... » (A. Bossu.)

« Les règles de l'hygiène varient nécessairement suivant les individus, le tempérament, la constitution, l'âge, le sexe, les habitudes, la profession, le climat, les dispositions héréditaires, etc. Mais il existe des règles générales applicables à tous les organes, chez tous les individus, dans tous les lieux, dans tous les temps... Nous sommes guidés dans l'appréciation de nos besoins par des sensations internes, tantôt pénibles, tantôt agréables, qui nous avertissent presque sûrement de ce que nous devons faire ou rechercher, du repos ou du travail auquel nous devons soumettre nos organes.

« Un autre principe fondamental est celui-ci : il ne faut jamais se soustraire trop soigneusement à certains excitants auxquels on est exposé par les obligations et les nécessités de la vie. C'est rendre l'économie impressionnable à l'excès que de la garantir trop soigneusement des influences ordinaires environnantes. Appliquer aux constitutions fortes les précautions qui conviennent aux faibles, c'est convertir la force en faiblesse. Par exemple, qu'on couvre de tissus de laine la peau d'un homme vigoureux qui s'expose impunément aux intempéries des saisons, bientôt l'habitude

de ce vêtement le rendra, comme l'homme faible, le jouet des moindres impressions de l'atmosphère. Ce que nous disons de la peau est applicable à tous les organes.

« La régularité des actes de la vie est encore un point fort important en hygiène. Elle doit exister surtout pour le régime, l'exercice et le repos. Ces deux derniers actes doivent s'opérer, autant que possible, suivant l'ordre établi parla nature : c'est-à-dire l'exercice pendant le jour et le repos pendant la nuit. » A. Bossu.

Au point de vue physique, les influences organiques se rapportent principalement, soit au mouvement, soit à la nutrition.

La marche est l'exercice le plus naturel, le plus facile que l'homme puisse exécuter, en même temps qu'il est le plus propre à balancer l'excitation nerveuse de certaines personnes sédentaires. Tous les organes en reçoivent une salutaire incitation, excepté le cerveau. « Pourquoi celte exception ? demande le Dr Bossu. D'où vient que l'activité cérébrale diminue en proportion de l'accroissement des puissances musculaires ? La raison en est toute simple, répond-il. C'est le cerveau qui commande aux agents des mouvements et qui leur envoie l'influence nerveuse dont ils ont besoin ; il est évident que plus ces mouvements sont répétés, plus la somme d'influx nerveux est considérable. Conséquemment, moins il reste d'innervation pour la production des autres fondions cérébrales, pour la pensée en particulier. Chacun a pu remarquer que le

travail mental est difficile après un exercice violent et qu'il n'est jamais plus facile qu'après le repos. Comme l'hystérie afïecte surtout les facultés mentales, la marche et en général tous les exercices du corps, eu émoussant la vivacité de l'imagination, sont donc éminemment favorables aux hystériques et aux jeunes filles, qui sont toutes aujourd'hui plus ou moins nerveuses. »

Toutefois il faut que l'exercice du mouvement soit convenablement dirigé ; car au lieu de rendre les muscles plus agiles et plus forts, le mouvement trop longtemps continué produit la lassitude, sentiment pénible qui est le premier degré de la douleur musculaire, laquelle, à la suite d'un exercice outré, peut plonger un membre dans une sorte d'engourdissement, de raideur qui persiste même après un repos prolongé, et qui est surtout dangereux pour les hystériques déjà trop prédisposées à avoir des contractures. (A. Bossu.)

La danse, qui tient à la fois de la marche et du saut, puisqu'elle résulte de la combinaison de ces deux exercices, en produit aussi les effets. Elle pourrait être très utile aux jeunes personnes nerveuses, rêveuses, mélancoliques, si le mal n'était pas à côté du bien. Car, sous le rapport moral, la danse peut avoir pour elles les plus graves inconvénients. Neuf fois sur dix une jeune hystérique s'éprendra de son danseur, et la passion détruira tous les bienfaits de l'exercice musculaire, par l'excitation nerveuse qu'elle produira en elle. Quant aux bals nombreux où la danse est a peu près impossible, au milieu d'une atmosphère altérée par

les émanations animales, les lumières et la poussière, ils ne peuvent être que très funestes à la santé.

Nous ne dirons rien de la course, du saut, de la chasse, de la lutte, de l'escrime et de la natation, parce que ces exercices ne conviennent guère qu'à des jeunes gens, à l'exception toutefois de la natation, qui pourrait être utile à quelques jeunes personnes. (Bossu. )

Pour ce qui est de l'alimentation, on comprend qu'elle doit varier suivant les climats et qu'elle influe non seulement sur le physique, mais même sur le moral. C'est la température, la nature du sol, le climat, qui modifient l'homme et lui font préférer telle ou telle alimentation. Les habitants des pays septentrionaux ont besoin d'une alimentation substantielle, stimulante, fortement réparatrice, pour résister à la rigueur du froid : les populations du midi s'alimentent principalement de fruits et de végétaux. Dans nos climats tempérés, le régime participe des deux alimentations : il est à la fois animal et frugal.

Le moyen de se préparer une vie calme et longue , c'est de tempérer l'usage de substances animales par celui des végétaux. C'est chez les personnes sobres qui mangent peu de viande et qui préfèrent une alimentation frugale, qu'on remarquera généralement l'existence la plus douce et la plus heureuse. Les hystériques se trouveront donc bien d'aliments doux, non excitants, de digestion facile, et en même temps nourrissants, si elles sont faibles. Jamais de vin, de café, ni de liqueurs alcooliques. Plus le régime alimentaire sera simple, et mieux il vaudra. (A. Bossu.)

Mais c'est surtout de ce que nous appellerons l'hygiène morale que l'on peut attendre les meilleurs résultats. Puisque la plupart des auteurs affirment que toutes les crises nerveuses, depuis les plus légères jusqu'aux plus graves, proviennent d'émotions psychiques, on évitera avec soin tout ce qui peut impressionner vivement l'hystérique. C'est une sensitive à laquelle on ne peut loucher du bout du doigt sans que toute l'économie s'en ressente.

Il nous reste en terminant à traiter brièvement une question aussi délicate que difficile à résoudre. Doiton favoriser les tendances qu'une jeune fille, qu'on croit disposée à l'hystérie, a naturellement pour le mariage, en lui choisissant un mari? Doit-on au contraire chasser de son esprit toute idée matrimoniale, soit par crainte de voir se développer l'hystérie, que l'on redoute, soit par crainte de l'hérédité morbide chez les enfants qu'elle pourrait mettre au monde? D'après Gilles de La Tourelte, cette dernière considération doit être écartée, car si l'on devait pour de telles craintes détourner du mariage toutes les personnes nerveuses, il n'y aurait plus qu'à fermer le registre des naissances.

Tous les anciens médecins n'auraient pas hésité un seul instant à répondre affirmativement à la première question et à conseiller le mariage. Nous avons déjà cité l'axiome sur lequel ils appuyaient leur décision : Nubat puella et morbus effugiet : mariez la jeune fille et la maladie disparaîtra. Des expériences multipliées ont démontré la fausseté de cet axiome : une

foule de femmes sont restées ou même sont devenues hystériques après s'être mariées.

« Pour savoir à quoi m'en tenir à cet égard, dit Briquet, qui a fait une étude approfondie de l'hystérie, j'ai recherché l'influence qu'avait eue le mariage, d'une part, sur cinquante et une femmes chez lesquelles l'hystérie préexistait, et d'autre part sur vingt-neul autres femmes mariées chez lesquelles l'époque de l'invasion de la névrose n'a pas été indiquée dans l'observation de ces malades.

« Parmi les cinquante et une premières femmes, il y en avait eu dix-sept chez lesquelles les accidents hystériques avaient augmenté par le fait du mariage ; vingt chez qui il y avait eu de l'amélioration dès l'abord, puis plus tard de l'augmentation ; dix-neuf chez qui le mariage n'avait eu aucune influence appréciable, soit en bien, soit en mal ; et treize chez qui le mariage avait été suivi, soit d'une amélioration notable dans les accidents, soit d'une guérison. Enfin chez les vingt-neuf femmes à époque d'invasion inconnue, il s'en est trouvé treize chez lesquelles il y avait eu pendant le mariage une augmentation des accidents ; douze chez qui il avait été sans influence, et quatre chez lesquelles il y avait de l'amélioration.

« Gela donne un exemple de cinquante cas dans lesquels le mariage a été nuisible ; de trente et un cas dans lesquels il a été sans influence ni en bien ni en mal, et de dix-sept chez qui le mariage a amené, soit une amélioration très prononcée, soit la guérison.

« Ainsi, d'après ces chiffres, la moitié des hystéri-

ques s'est mal trouvée du mariage, uu peu plus du tiers y a été indifférente, et chez un peu moins du cinquième seulement le mariage a été utile. »

Ce à quoi Gilles de La Tourette ajoute : « Les causes qui ont influencé défavorablement les hystériques dans l'état de mariage ont été, ainsi qu'il était facile de le prévoir, les ennuis résultant d'une union mal assortie, ou d'événements malheureux qui, dans le mariage, se produisent avec plus de fréquence encore que dans le célibat. »

D'où nous conclurons à notre tour qu'il faut être extrêmement réservé, quand il s'agit de donner sur ce point des conseils à une hystérique.

Briquet nous parait avoir envisagé la question sous son véritable aspect. « Si, dit-il, on considère spéculativement le mariage comme répondant au vœu de la matière, comme un état qui serait le bonheur parfait, sans mélange du plus léger souci, je serais le premier à le conseiller dans la majorité des cas, attendu que la félicité sans mélange serait le meilleur de tous les remèdes contre l'hystérie et, qu'à mon sens, il pourrait à lui seul dispenser de tous les autres. Mais il ne s'agit pas de discuter une thèse de philosophie et de considérer le mariage tel qu'on désirerait qu'il fût et qu'il devrait être, il faut le considérer tel qu'il est et tel que le comporte l'état actuel des choses et de la société. »

Nous l'avons déjà dit, depuis plus de cinquante ans, la plupart des jeunes gens ne reçoivent aucune éducation morale et relideuse, et s'ils conservent extérieu-

rement un certain vernis de politesse mondaine, imposée par les convenances ou les nécessités de leur position sociale, au fond ils n'ont jamais extirpé de leur cœur les mauvaises inclinations que tout homme apporte avec lui en venant au monde ; aussi se débarrassent-ils bien vite, dans l'intimité, de la contrainte qu'ils sont obligés de s'imposer en public et se montrent-ils tels qu'ils sont : égoïstes, orgueilleux, violents, jaloux, grossiers, exigeants. De là tant d'unions malheureuses. Voilà pourquoi nous ne cessons de répéter aux jeunes filles dont la direction nous est confiée : « Mes chères enfants, faites-vous de bonne heure une ample provision de douceur et de patience ; car si vous n'êtes pas douces et patientes comme sainte Monique, votre vie sera un enfer. »

Aujourd'hui la plupart des mariages se font par passion ou par intérêt. Un homme s'est laissé éblouir par l'éclatante beauté d'une jeune personne et sacrifie tout pour l'obtenir, sans se préoccuper de ses qualités, de son caractère, de ses goûts, de ses habitudes. Qu'arrive-t-il souvent? Un an n'est pas encore écoulé que déjà ces nouveaux époux sont fatigués et dégoûtés l'un de l'autre. Il y en a d'autres pour qui le mariage est une affaire d'argent ; tout est calcul, le cœur n'y a aucune part. Évidemment ce n'est pas dans de pareilles unions qu'une hystérique, qui a le plus grand besoin d'une affection solide, trouvera le bonheur.

Cependant il y a des circonstances où le mariage peut être avantageux pour une jeune fille prédisposée à la névrose : c'est quand elle appartient à des parents

qui se monirent impatients de la caser, et que de son côté il lui tarde de s'affranchir de la tutelle de parents moroses et sévères. Nous supposons qu'il s'agit d'une hystérique au premier degré, c'est-à-dire dont les crises consistent simplement à se montrer nerveuse, impressionnable, susceptible, capricieuse, versatile, taquine, impatiente, tantôt triste, tantôt joyeuse sans motif. Si elle trouve dans son mari aide et affection, des prévenances et des attentions auxquelles elle n'était pas accoul umée, le bonheur qu'elle goûtera paralysera les mauvais effets de son tempérament nerveux.

Nous en dirons autant d'une jeune fille qui. vers l'âge de quatorze ou quinze ans, à la suite d'une émotion vive, d'une frayeur, d'un choc violent, d'un accident de chemin de fer, a éprouvé une crise de grande hystérie avec convulsions et délire. Cette attaque ne s'est pas reproduite, mais elle lui a laissé un souvenir pénible et une impression de crainte et de tristesse. Il y a tout lieu d'espérer que le mariage dissipera ces idées fâcheuses, si elle a le bonheur d'épouser un homme d'un caractère doux et affectueux.

Il en serait tout autrement d'une jeune fille qui éprouverait, périodiquement et à des intervalles plus ou moins rapprochés, des contractions, des convulsions, du délire, etc. Pour celle-là, nous n'hésitons pas à dire qu'il faut, autant que possible, la détourner du mariage et la garder dans la famille. Car, si elle se marie, elle sera presque infailliblement malheureuse, et fera le malheur et la désolation de son mari.

Pour ce qui est de l'hystérique au second degré, il

est beaucoup plus difficile de se prononcer. La solution dépend d'une foule de circonstances qui peuvent varier à L'infini. 11 n'y a pas deux hystériques exactement dans la même situation. Si la névrosée n'a que des crises assez légères et ne revenant que de loin en loin ; si d'un autre côté la vie de famille est remplie pour elle de tristesse et d'ennuis ; si, dans un temps donné, elle se trouvera comme abandonnée, livrée à elle-même, sans appui, sans considération, le mariage pourra être avantageux pour elle. Si, au contraire, les crises sont assez fréquentes et assez graves, sans aller cependant jusqu'aux convulsions ; si d'un autre côté elle est heureuse dans sa famille, si elle a tout lieu d'espérer que plus tard elle trouvera dans ses frères et ^rurs l'assistance, la protection et surtout L'affection dont elle a besoin, nous croyons que dans cette position il vaudra mieux pour elle renoncer au mariage et rester dans sa famille. Mais alors il y a quelques précautions à prendre.

C'est d'abord d'éviter, autant que possible, de la conduire dans les sociétés où elle rencontrerait fréquemment des jeunes gens de son âge. Une politesse, une attention, un mot aimable de L'un d'eux, qui seraient sans importance pour une personne dont l'esprit est sain et qui seraient à peine remarqués, pourraient prendre aux yeux de l'hystérique une importance très considérable ; elle se bercerait de mille chimères, et quand enfin elle comprendrait que ses espérances sont irréalisables, elle en éprouverait un si violent chagrin, qu'il pourrait amener les crises les plus redoutables.

Il est bon ensuite de faire ressortir, de temps en temps et sans avoir l'air d'y loucher, les peines de toute espèce dont n'est pas exempt le ménage le mieux assorti : les ennuis de la grossesse, les souffrances de l'accouchement, les maladies et la mort du mari et des enfants, les soucis que donne l'éducation d'une famille, les contrariétés que provoque infailliblement la tenue d'une maison, etc. Mais que sera-ce si, au lieu du ménage le plus heureux, on parle des ménages malheureux, si l'on énumère les contrariétés, les peines et les chagrins que donnent la mauvaise conduite du mari et des enfants, les embarras du ménage, les revers de fortunes, etc. Et certes les exemples ne manqueront pas. Quel effet ne se produira pas sur une hystérique, de tous les êtres le plus impressionnable, mais dont la maladie n'a pas affaibli l'intelligence? Et quand elle comparera sa position à celle de la plupart de ses voisines et de ses connaissances, comme elle se trouvera heureuse au sein de sa famille !

Enfin ce qui pourrait lui arriver de mieux, comme à toutes les hystériques en général, c'est s'il lui était donné de passer sa vie à la campagne, loin du bruit et des agitations du monde. Cette existence calme et sereine au grand air, avec ses occupations si simples mais si variées, entretiendra dans son esprit une paix profonde que rien ne viendra troubler. Sa vie s'écoulera sans troubles et sans souffrances au milieu des siens, et il y a tout lieu d'espérer qu'elle n'aura jamais de crises sérieuses quelles que soient ses prédispositions héréditaires.

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