‹ L'hystérieChapitre 18 sur 31 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L ADMISSION DES HYSTÉRIQUES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L ADMISSION DES HYSTÉRIQUES

Après avoir décrit les funestes effets produits par l'hystérie et dans les organes des sens et dans les facultés de l'âme, il est inutile, ce semble, d'insister longuement sur les ennuis, les embarras et les désagréments de toute espèce auxquels s'expose une supérieure, en admettant trop facilement des hystériques dans sa communauté. Et cependant, il y a bien peu de maisons qui ne renferment des sujets plus ou moins

impressionnables, plus ou moins nerveux, disons le mot, plus ou moins hystériques. C'est que ces personnes ont quelque chose de si attrayant, de si séduisant au premier abord, que beaucoup de supérieures s'y laissent prendre. En effet, cette maladie, qui trouble si profondément les facultés. affectives et annihile, en quelque sorte, la volonté, respecte les facultés intellectuelles. Si elle ne donne pas l'intelligence à celles qui en sont dépourvues, comme quelques-uns l'ont prétendu, si elle ne fait pas d'une idiote une femme d'esprit, il semble que l'état d'agitation nerveuse où ces malades sont presque continuellement surexcite leur intelligence. Elles s'expriment avec facilité, ont des aperçus ingénieux, des réflexions charmantes, et répondent avec vivacité et avec finesse aux questions captieuses que parfois on leur adresse. Presque toujours elles exécutent dans la perfection les ouvrages manuels les plus délicats ; la plupart excellent dans la peinture et dans la musique ; aussi presque partout sont-elles chargées de toucher l'orgue et de diriger le chant. Actives, gracieuses, enjouées, complaisantes, elles sont généralement aimées par ceux qui n'ont que des rapports passagers avec elles. Gomment ne pas accueillir avec empressement une personne qui se présente avec des dehors si attrayants et qui pourra rendre de grands services ?

Mais, sous ces belles apparences, se cachent des défauts qui ne tardent pas à mettre le trouble dans la communauté. Si, comme l'a dit un docteur, l'hystérie est la plaie de bien des ménages, on peut dire qu'elle

est le fléau de bien des communautés. Que de malheurs intimes, que de scènes regrettables, que de fâcheux scandales n'eût-on pas évités, en refusant, ou du moins en retardant l'admission jusqu'à la guérison de la maladie ! On oublie trop souvent, lorsqu'on reçoit une hystérique, que le fond même de son caractère, c'est la mobilité, l'impressionnabilité excessive, la susceptibilité la plus accusée et la plus irréfléchie ; qu'il est dans la tendance de son esprit de s'inquiéter sans motif, de soupçonner ceux qui l'entourent, de rêver les plus chimériques éventualités ; qu'elle est irascible, injuste, violente, qu'elle récrimine avec aigreur, se plaît aux bruits, aux pleurs, aux extravagances, fait volontiers parade des passions qui la dominent, amour ou haine, jalousie ou orgueil. Gomment veut-on qu'avec un pareil état mental une hystérique ne mette pas le trouble partout où elle se trouve?

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