CONDUITE DE L'HYSTÉRIQUE E>" COMMUNAUTÉ
Pour se faire une idée des ennuis et des désordres que peut causer la présence d'une hystérique, il suffit d'examiner la conduite qu'elle tient ordinairement en arrivant dans une maison.
Nous ne parlons pas, en ce moment, de la postulante et de la novice ; nous nous en occuperons dans le chapitre suivant ; nous parlons seulement de la reli-
gieuse qui, après avoir prononcé ses vœux entre les mains de la supérieure générale, est envoyée dans un des établissements de la congrégation.
La passion dominante de toutes les hystériques, avons-nous vu, c'est de se faire remarquer et de donner une haute opinion de leur personne, de leur capacité, de leur science et de leur vertu. Quelle que soit sa bonne volonté, la religieuse hystérique n'échappe pas plus que les autres à ce triste penchant. Aussi le premier besoin qu'elle éprouve, sans se rendre bien compte du motif qui la fait agir, c'est d'édifier tout le monde par sa régularité et par sa ferveur, c'est d'observer la règle jusque dans ses plus petits détails ; elle est la première rendue à tous les exercices; elle accepte avec empressement les fonctions les plus pénibles ; plus ces fonctions présentent de difficultés, plus elle paraît heureuse d'en être chargée ; prévenante, attentive, obligeante, elle a des paroles aimables pour toutes ses compagnes. Gomment ne pas aimer une personne aussi gracieuse, aussi zélée, aussi édifiante? On la vénère, on chante ses louanges, on la regarde comme un trésor pour la communauté. C'était au fond ce qu'elle voulait, ce qu'elle cherchait inconsciemment, se faisant illusion à elle-même et croyant en tout cela n'agir que par amour pour Dieu.
1° L'hystérique illuminée et visionnaire. — Il n'est pas rare de voir une hystérique se livrer avec ardeur à des pratiques d'une piété exagérée et mal entendue, s'imaginer qu'elle est très avancée dans les
voies de la perfection ; insinuer, et peut-être finit-elle par se le persuader à elle-même, qu'elle est favorisée de révélations extraordinaires, que Notre-Seigneur, la Très Sainte Vierge, son ange gardien ou quelque autre saint, lui apparaissent et lui font toutes sortes de communications, lui recommandent certaines pratiques ou lui révèlent certains secrets. D'autres fois, c'est le démon qui la tourmente et la maltraite cruellement ; et elle montre les traces des coups qu'elle en a reçus. C'est que, dans son délire, elle va jusqu'à se frapper et à se déchirer elle-même de la manière la plus affreuse, et elle le fait avec d'autant plus de facilité que, la plupart du temps, elle est insensible à la douleur, et qu'elle peut se piquer, se brûler, se mutiler, sans éprouver la moindre souffrance. Quel est le confesseur qui n'a pas rencontré, dans l'exercice du saint ministère, des personnes qui avaient eu, prétendaientelles, des visions merveilleuses, entendu des voix mystérieuses, reçu des ordres inattendus?
Une jeune fille de Strasbourg, âgée de vingt-trois ans, du nom de Marie H..., délicate, douée d'une jolie figure, pleine de douceur, ayant les yeux brillants, était sujette à des extases, pendant lesquelles elle entendait, disait-elle, des voix mystérieuses, angéliques, qui chantaient un très vieux cantique alsacien.
Un jour, les voix lui ayant ordonné de plonger la main dans un réchaud ardent, elle se leva aussitôt, alluma le réchaud et y tint la main pendant fort longtemps. Les voisins, attirés par un bruit et une odeur insolites, enfoncèrent la porte et la trouvèrent conve-
nablement vêtue, le bras étendu sur le brasier. Elle était à genoux et chantait le cantique que les voix mystérieuses lui avaient appris. On s'empressa de l'arracher à ce supplice. Le bras était presque entièrement calciné. On la transporta à Sainte-Anne. Le chirurgien, jugeant la situation de l'extatique extrêmement grave, lui annonça que l'amputation du bras malade était nécessaire. — « Ce que Dieu voudra, répondit-elle en souriant, coupez mon poignet. » On essaya inutilement de l'endormir avec de l'éther. La jeune fille chantait le vieux cantique pendant l'opération, et son visage rayonnait d'une joie inexprimable = « J'ai souffert, dit-elle au chirurgien, mais il le fallait pour les anges, pour les voix que j'ai entendues et que j'entendrai encore. » Elle s'est endormie peu après, en répétant toujours les paroles du cantique. (Legrand du Saulle.)
Dans un ordre d'idées différent, mais toujours sous l'influence de l'hystérie, « on a vu, raconte Tardieu, une jeune fille très bien née, pour se punir du péché d'orgueil et ne se laissant pas convaincre par les conseils du directeur éclairé qui combattait ses scrupules exagérés, quitter un jour la maison paternelle, changer ses habits pour des haillons de chiffonnière, se procurer les attributs de son nouveau métier et l'exercer pendant toute une semaine dans les rues de Paris ».
D'autres fois, en proie à une espèce de somnambulisme, la religieuse hystérique va se tapir dans un coin où l'on ne s'imaginerait jamais qu'une personne pourrait se tenir; elle y reste blottie, immobile, pen-
dant des heures et des journées entières. Vainement on la cherche de tous côtés, on ne peut la découvrir : on ne sait ce qu'elle est devenue ; la communauté est dans la consternation, quand tout à coup on la vok apparaître, soit au réfectoire, soit à la chapelle, soit à la chambre commune. Si on lui demande où elle était, d'où elle vient, elle répond que c'est le démon qui l'a transportée, tantôt au milieu d'une grande ville., tantôt dans un affreux désert rempli de serpents et d'animaux féroces ; mais, comme elle n'avait pas cessé d'invoquer la Sainte Vierge et son ange gardien, le démon vaincu a été contraint de la rapporter où il l'avait prise. Est-ce à dire que cette religieuse ment effrontément? Non, répondent Gharcot, Pitres, Gilles de La Tourette et beaucoup d'autres, elle est la dupe de ses propres illusions. C'est une hallucinée qui raconte simplement, sans aucune intention de tromper, ses rêves devenus pour elle des réalités. Cependant, émues par ce récit fait avec toutes les apparences de la sincérité, les âmes simples et naïves regardent de plus en plus cette religieuse comme une sainte, lui soumettent leurs embarras de conscience et la consultent dans les circonstances difficiles : elle devient l'oracle de la communauté. Un examen attentif de l'ensemble de sa conduite, de ses habitudes, de ses discours, fait bientôt reconnaître à un homme prudent que dans ces prétendues révélations il n'y a rien de surnaturel, que ce ne sont que des hallucinations d'un esprit malade, si même elles ne proviennent pas de la supercherie. Car l'hystérique, même religieuse^
éprouve un tel besoin de se singulariser, de jouer un rôle, de dramatiser sa vie, qu'elle ne pourra pas toujours résister à la tentation de recourir à une fraude inoffensive pour attirer l'attention ; et une fois engagée sur cette pente de la dissimulation, dit Taguet, on ne peut plus l'arrêter, d'autant moins qu'elle ne se reproche pas sa conduite, tant est grande l'aberration de son esprit.
Un jour, c'était en 1832, alors que la France entière était dans un état d'effervescence politique, Sœur G..., depuis assez longtemps professe dans une communauté très sévèrement cloîtrée, se mit à raconter aux autres religieuses, pendant la récréation, ce qui se passait à Rome, à Paris, à Lyon, etc., etc. Elle annonça que la duchesse de Berry était en France et que la guerre civile allait éclater en Vendée et en Bretagne. On était dans la stupéfaction. On se demandait comment une religieuse qui n'avait aucune relation avec le dehors, qui n'allait que très rarement au parloir et qui, si par hasard elle y était appelée, ne s'y rendait jamais seule, et pendant la visite ne s'entretenait que de choses pieuses et édifiantes, sans jamais dire un mot de politique, était ainsi au courant de tout ce qui se passait en Europe. Quant on l'interrogeait sur ces communications extraordinaires, elle répondait humblement qu'elle ne pouvait ni expliquer ni dire comment elle avait ces connaissances. D'ailleurs, en la voyant si modeste, si recueillie, si fervente, si exacte à observer tous les points de la règle, on commençait à croire qu'elle était favorisée de révélations surnaturelles.
Gomme elle était d'une santé débile et qu'elle était souvent gravement malade, on projetait déjà, quand elle mourrait, de l'inhumer dans un lieu à part et d'élever sur sa tombe un petit monument, lorsque, au grand scandale de la communauté, on découvrit que Sœur G... recevait des journaux qu'une amie lui faisait passer par un tout petit caniveau, ménagé dans le mur, à l'extrémité du jardin, du côté de la campagne, pour l'écoulement des eaux pluviales. Le charme était rompu ; les révélations cessèrent. Inutile d'ajouter que cette supercherie fut sévèrement punie.
2° L'hystérique intrigante. — Si l'hystérique illuminée et visionnaire est une exception, l'hystérique intrigante se rencontre partout. A peine est-elle arrivée dans une maison qu'elle se met à étudier, avec une perspicacité singulière, tout le personnel de la communauté, à commencer par la supérieure, et si elle découvre en celle-ci quelque côté faible, elle en tirera parti avec une prodigieuse habileté. Que n'en obtiendra-t-elle pas, si elle réussit à capter sa confiance et son affection ! Aussi n'épargne-t-elle rien pour y parvenir. Elle est pleine de prévenances et d'attentions pour elle, elle ne la quitte que le moins possible ; elle saisit avec empressement et, au besoin, fait naître les occasions de s'entretenir avec elle en particulier. Sous prétexte de la consulter, de lui ouvrir son âme, de lui confier ses embarras de conscience, elle se rend à chaque instant auprès d'elle, protestant sans cesse de sa confiance, de son affection, de son entier dévoue-
ment : le tout entremêlé de compliments et de douces flatteries auxquelles les personnes même les plus parfaites ne sont jamais complètement insensibles. Les supérieures prudentes ne se laissent pas prendre à tous ces beaux dehors et se tiennent sur la réserve. Mais si, par malheur, la supérieure est sans expérience et d'un caractère faible, bientôt elle ne verra plus que par les yeux de cette aimable Sœur dont elle n'a pas tardé à faire sa confidente. Enlacée dans les filets d'une trame habilement ourdie, elle croit encore agir par elle-même, quand déjà elle ne suit plus que les inspirations de cette enchanteresse, qui sait adroitement la conduire à ses fins et lui imposer ses volontés et ses caprices, mais qui le fait si subtilement, d'une main si douce et si légère, que la pauvre supérieure ne s'aperçoit pas que, si elle conserve encore son titre, c'est une autre en réalité qui en exerce les fonctions.
Arrivée à ce point, notre hystérique ne tarde pas à s'affranchir de la contrainte qu'elle s'était imposée à son arrivée et qui était si opposée à sa nature mobile ; elle rejette sur le mauvais état de sa santé ses infractions à la discipline : elle simule diverses maladies qui ne lui permettent pas de suivre le régime de la communauté, il lui faut un régime à part, des mets recherchés, des vins généreux ou aromatisés pour fortifier son estomac délabré ; elle ne peut plus se lever à l'heure ordinaire, elle a trop grand besoin de dormir le malin. La bonne supérieure gémit bien un peu de toutes ces faiblesses, mais que peut-on refuser à une
Sœur si intelligente, si active, si aimante et si dévouée?
Cependant, plus on lui cède, et plus elle devient exigeante. Se sentant soutenue par la supérieure, elle commence à faire sentir à ses compagnes le poids de son autorité usurpée.
L'hystérique éprouve un tel besoin de paraître et de se faire remarquer, que, s'il entre dans la communauté quelque grand personnage, l'évêque, le supérieur général, elle trouvera moyen de se montrer, de se mettre en avant, et, tandis que toutes ses compagnes gardent un silence respectueux, elle prendra la parole et se permettra de faire des réflexions singulières ou d'adresser au visiteur des questions indiscrètes. Aussi les personnes qui ont quelque expérience des effets de l'hystérie ne sont pas longtemps à distinguer les religieuses plus ou moins atteintes de cette maladie.
Gomme elle se croit supérieure à toutes les autres en science et en intelligence, elle trouve partout à critiquer et à condamner ; elle tourne en ridicule tout ce qui se faisait jusqu'alors ; elle veut imposer de nouveaux usages et de nouvelles méthodes qui ne sont, le plus souvent, que le produit de son imagination déréglée. Malheur à la religieuse qui ne paraît pas approuver ses idées et ses plans : elle la prend aussitôt en aversion. A partir de ce moment, il n'est pas d'insinuations perfides, d'accusations mensongères qu'elle n'invente contre elle ; elle travestit toutes ses paroles, incrimine tous ses actes et lui attire toutes sortes de désagréments. Elle la dépeint aux supérieurs comme animée d'un mauvais esprit, opposée aux meilleures
mesures, odieuse à toute la communauté. Plus d'une fois, une pauvre religieuse, victime de ces menées artificieuses, a été changée de maison parce qu'elle ne se prêtait pas avec assez d'empressement à ses ridicules combinaisons. Quand, à la fin, la supérieure désabusée veut mettre un frein à ses fantaisies et refuse de L'écouter plus longtemps, alors la scène change subitement. Cette religieuse, jusque-là si humble et si obéissante, devient tout à coup arrogante et intraitable; à la moindre observation elle se révolte, éclate en plaintes, en récriminations, en menaces ; et celle qu'on regardait tout d'abord comme une perfection devient un objet de scandale pour la communauté. Bientôt il ne reste plus à la supérieure d'autre ressource que de demander le changement d'une Sœur qui ne veut rien écouter et qui met partout le trouble et la confusion.
3° L'hystérique et les amitiés particulières. — Si, malgré tous ses efforts, l'hystérique ne parvient pas à capter la confiance et l'affeclion de sa supérieure, elle cherche bientôt à s'attacher à quelqu'une de ses compagnes, dont elle fait son intime amie et sa confidente. Jamais elle n'est plus heureuse que quand elle se trouve tète à tête avec elle, et qu'elle peut lui confier tout à son aise ses joies ou ses peines, ses craintes ou ses espérances, ses succès ou ses déceptions ; elle n'a point de secrets pour elle. Aussi voudrait-elle, s'il était possible, l'avoir sans cesse à ses côtés pour lui communiquer ses impressions sur ce qu'elle a vu, sur ce qu'elle a appris, sur ce qui se
passe dans la communauté. Elle sait si bien la gagner par ses paroles gracieuses, par ses attentions, que bientôt elles deviennent inséparables. C'est à tel point que, si par hasard elle la voit s'entretenir familièrement avec une autre compagne, elle ne peut se défendre d'un mouvement de dépit et de jalousie, comme si cette Sœur préférée ne devait vivre et n'avoir d'attentions que pour elle. Toutefois, quelque ardente que soit cette affection, elle n'a rien de charnel. Gomme le dit Esquirol, elle réside dans la tète, dans l'imagination, dans les affections vives du cœur, mais chastes et honnêtes, les sens n'y ont aucune part ; au moment même où l'hystérique prodigue à sa compagne les marques de la plus tendre affection, elle montre une horreur extrême pour tout ce qui serait contraire à la pudeur la plus délicate.
La supérieure connaît trop bien les funestes effets de ces liaisons intimes et de ces amitiés particulières, défendues par la règle, pour ne pas y mettre un terme, elle interdit à ces deux religieuses tout tête-à-tète et toute conversation à l'écart. Elles sont d'abord désolées ; puis bientôt, tout en ayant l'air de se soumettre, elles inventent toutes sortes de moyens pour continuer leurs rapports et se communiquer leurs chagrins. Les difficultés qu'elles rencontrent ne font, ce semble, qu'exciter leur passion. Si elles ne peuvent parler, elles s'écrivent. Enfin, si on les met dans l'impossibilité de se voir et de s'entendre, elles finissent par perdre l'esprit de leur vocation et quelquefois même par quitter la communauté.
Sœur M..., âgée de vingt-quatre ans, avait reçu une excellente éducation ; douce, gracieuse, spirituelle, obligeante, elle était aimée de toutes ses compagnes. Toutefois d'une constitution très impressionnable, elle éprouvait de temps en temps des crises d'hystérie, mais sans gravité et sans convulsions, et qui ne consistaient guère que dans des accès, quelquefois de gaieté folle, plus souvent de tristesse et de mélancolie, avec un penchant très prononcé pour des amitiés particulières. Elle avait déjà été plusieurs fois changée de maison à cause de cette transgression à la règle, lorsque, pour le même motif, elle reçut Tordre de se rendre dans une autre communauté. Froissée, chagrine, énervée par ces changements successifs, elle n'accepta qu'avec une extrême répugnance sa nouvelle position ; tout lui coûtait, tout l'agaçait, tout lui déplaisait. Vainement la supérieure, touchée de compassion pour son triste état, mit tout en œuvre pour calmer cette âme agitée, la traitant avec bonté, la supportant avec patience, la reprenant avec douceur, tâchant de la gagner par ces attentions délicates dont les femmes seules ont le secret ; tout fut inutile ; son esprit s'était aigri, elle ne voulut rien entendre. Par malheur elle rencontra une Sœur dans les mêmes dispositions; elles ne tardèrent pas à se lier intimement et à se communiquer leurs chagrins et leurs prétendus sujets de mécontentement. A les entendre, elles avaient à se plaindre de tout le monde, à chaque instant on les vexait et on leur faisait mille avanies. Bref, elles se montèrent tellement la tête, qu'au bout de quelque temps, trou-
vant la vie de communauté insupportable, elles quittèrent un jour le couvent, sans rien dire à personne. Gomme Sœur M... avait quelque fortune, elles se retirèrent dans une ville voisine, et pendant un an elles vécurent ensemble dans un appartement qu'elles avaient loué, ne se quittant que le moins possible. Au bout d'un an, l'ennui prit nos deux religieuses, elles étaient fatiguées Tune de l'autre ; elles se séparèrent. Sœur M... se retira auprès de sa famille, regrettant amèrement sa communauté.
C'est que ces amitiés, si fortes en apparence, reposent sur un fondement peu solide. L'hystérique est foncièrement égoïste, et quand elle s'attache à quelqu'un, ce n'est pas par intérêt ou par dévouement pour la personne qu'elle a prise en affection, mais parce qu'elle y trouve son avantage et son plaisir. Si, pour une cause ou pour une autre, elle est obligée de s'en séparer, elle oublie bien vite cette compagne tant aimée, pour former une nouvelle liaison. Elle écrit encore à son ancienne amie quelques lettres remplies de protestations d'une affection qui ne s'éteindra jamais, mais il est facile de voir que le cœur n'y est plus ; la correspondance devient de plus en plus languissante, jusqu'à ce qu'elle cesse tout à fait.
Au reste, les religieuses hystériques en viennent rarement à cette extrémité et à quitter leur couvent, soit que les occasions leur manquent, soit que d'autres considérations les arrêtent. Gomme la névrose n'affecte pas leur intelligence, elles se rendent bien compte qu'elles ne sauront que faire et que devenir, quand
elles seront rentrées dans le monde, et si parfois, dans un moment de crise, elles songent à quitter la communauté, cette réflexion suffit pour les y retenir. Il arrive même assez souvent, qu'après avoir éprouvé beaucoup de déceptions, après avoir beaucoup souffert et fait souffrir les autres, le calme se fait peu à peu dans leur àme, à mesure qu'elles avancent en âge, que touchées de la grâce, à la suite d'une retraite, elles cherchent dans l'amour de Dieu un bonheur qu'elles n'ont pu trouver dans les affections humaines.
4° V hystérique fantasr/up, haineuse et vindicative. — L'hystérique n'est pas, comme on dit vulgairement, une personne facile à vivre ; son commerce est rendu le plus souvent intolérable par l'esprit d'opposition, de contradiction, de controverse, dont elle est sans cesse animée. Son humeur agressive et toujours en révolte rend difficiles et parfois insupportables ses relations habituelles. Qui n'a pas souvent entendu une hystérique provoquer l'étonnement et la stupéfaction par les idées extraordinaires et paradoxales qu'elle soutient avec une assurance qui n'a d'égale que l'absence de conviction? C'est qu'elle veut à tout prix attirer l'attention sur elle. (Dally.) Sans avoir de haine ou même d'antipathie pour personne en particulier, elle se plaît à vexer, à taquiner, à contredire ses compagnes ; à semer la division par de faux rapports ou des histoires mensongères qu'elle invente elle-même et qu'elle attribue à d'autres. Dissimulant sous des apparences affectueuses ses desseins
malicieux, elle avertit une Sœur, en grande confidence, des bruits désavantageux qui courent sur son compte dans la communauté et qu'elle a elle-même répandus, et quand elle voit celte compagne toute bouleversée, elle rit intérieurement de la peine qu'elle lui a causée.
Nous n'en finirions pas, si nous voulions décrire tous les ennuis, tous les soucis que donnent les hystériques. C'est en vain qu'on les change d'établissements, dans l'espoir que le changement améliorera leur état, elles portent partout les mêmes dispositions. Après avoir déjà passé dans plusieurs maisons, Sœur N... est envoyée dans un nouvel établissement. Tout d'abord elle est enchantée ; la maison est très belle, le parc et les jardins sont magnifiques, la supérieure est très bonne et les religieuses sont très aimables ; mais, au bout de quelques semaines, l'ennui la prend, on n'a pu lui trouver un emploi à son goût ; elle demande son changement ; on la refuse. Alors elle déclare qu'elle n'ira pas à confesse qu'on ne Tait envoyée ailleurs, et en effet, malgré toutes les représentations et les instance? qu'on put lui faire, elle resta plus de six mois sans approcher des sacrements. Les supérieures finirent par céder. Elle a depuis été employée dans plusieurs maisons, et partout, par ses caprices et ses bizarreries, elle a fait la désolation des supérieures.
D'un entêtement sans pareil, l'hystérique ne veut rien écouter, et si elle ne résiste pas toujours en face à la supérieure, elle ne lui obéit qu'autant que cela lui convient et se livre à ses fantaisies. Sœur G...,
quoique hystérique, était chargée d'une petite classe qu'elle tenait très sévèrement. Gomme il est expressément et rigoureusement défendu de frapper les enfants, même légèrement, Sœur G... avait tourné la difficulté; elle faisait un bouquet d'orties qu'elle promenait sur la main de l'enfant qui n'était pas sage. Elle ne frappait pas ! Gomme cet évêque des Croisades qui, pour obéir aux canons de l'Eglise, assommait les mécréants à grands coups de massue, au lieu de les transpercer d'un coup de lance ou d'épée ; il ne versait pas le sang humain.
Une autre fois, Sœur G... s'était imaginé de gratter des timbres-poste déjà oblitérés pour les faire servir de nouveau. On avait beau lui représenter qu'elle commettait une indélicatesse et un vol, en même temps qu'elle s'exposait à être traduite en police correctionnelle et à faire condamner la maison à une grosse amende, elle ne voulait rien entendre. Ce ne fut qu'en la menaçant de jeter au feu toutes ses lettres, sans même les regarder, que la supérieure put amener sœur G... à renoncer à cette fantaisie.
Passant d'un jour à l'autre, d'une heure ou d'une minute à l'autre, avec une incroyable rapidité, de la joie à la tristesse, les hystériques se comportent comme de véritables enfants. Aussi Sydenham a pu dire avec justesse que ce qu'il y a de plus constant chez les hystériques, c'est leur inconstance. Hier, elles étaient enjouées, aimables et gracieuses ; aujourd'hui, elles sont de mauvaise humeur, irascibles, se fâchant de tout et de rien ; indociles par système, taquines par
paru pris, maussades par caprices ; mécontentes de leur sort ; rien ne les intéresse ; elles s'ennuient de
tOUt. (HUCHARD.)
Que de fois on a vu une religieuse contrariée, chagrine, mécontente d'elle-même et des autres, ne sachant à qui s'en prendre et accusant volontiers tout le monde, quitter à la hâte sa cellule ou la chambre commune, en proie à une vive émotion, et s'en aller pleurer à la chapelle. Elle se confesse en sanglotant, s'accuse avec exagération, témoigne une ferveur extrême et tout à fait inattendue. Elle sort du confessionnal baignée de larmes, pousse de fréquents soupirs, reste pendant un certain temps accablée, immobile, ne songeant presque à rien ; puis, devenue visiblement calme, elle revient au milieu de ses compagnes, elle est gaie, prévenante, aimable. L'orage est dissipé. (Legrand du Saulle.)
Ce sont là des enfantillages. Malheureusement les hystériques n'en restent pas toujours là. Impressionnables à l'excès, la plupart du temps incapables de dominer le premier mouvement et de résister à des impulsions de la nature la plus opposée, elles présentent un défaut d'équilibre entre les facultés supérieures de l'àme : la volonté, la conscience, et les facultés inférieures : instincts, passions, désirs. (Moreau, de Tours.) Il n'est pas rare que, dans cet état de torpeur morale, elles cèdent sans résistance à l'entraînement du moment et se livrent inconsciemment aux actes les plus répréhensibles.
« La Sœur F..., religieuse de l'Ordre de la Visitation, âgée de trente-sept ans, mit sept fois le feu au
couvent de Dijon (1845). La justice, frappée du très bon état apparent de ses facultés, la fit comparaître devant la Cour d'assises de la Côte-d'Or. M. Dugast, ancien interne de Bicêtre, fut chargé de procéder à un minutieux examen de la prévenue. Avec un tact remarquable, M. Dugast, dont le talent égale la modestie, vit bientôt qu'il avait affaire à une malade. Dans une brillante déposition qui émut l'auditoire, il exposa que la religieuse, sujette à des accidents névropathiques multiples, ne jouissait pas, au moment de l'accomplissement des actes incriminés, de son libre arbitre, que son trouble passager et intermittent des facultés intellectuelles l'avait rendue inhabile à discerner les notions du juste et de l'injuste, du bien et du mal, et qu'elle devait être considérée comme étant complètement irresponsable de ses actes. Les membres du jury, ayant rendu un verdict de non-culpabilité, la Cour prononça l'acquittement de la Sœur F... » (Legra.nd du Saulle.)
En 1890, le même fait se reproduisit dans une autre communauté. Sœur C..., âgée de cinquante ans, s'était toujours montrée d'un bon naturel, soumise à ses supérieures, affectueuse avec ses compagnes. A cause de son activité, de son attention et de ses prévenances, on l'avait chargée de prendre soin des personnes étrangères qui devaient passer quelques jours dans la communauté. Un accident fortuit vint bouleverser cette existence jusque-là si calme et fit éclore subitement la maladie dont elle portait le germe probablement depuis bien des années. Un matin, au milieu de
la chapelle, le feu prit aux vêtements de l'aumônier, vieillard vénérable, aveugle depuis longtemps, qui fut assez grièvement brûlé. Sœur G... fut vivement émue de ce spectacle, et, depuis ce moment, la pensée du feu, de l'incendie, ne la quitta plus, sans qu'on eût cependant remarqué aucun changement dans sa manière d'être. Un jour, après avoir amoncelé en sept ou huit endroits de la communauté des matières inflammables, elle y mit le feu et alla ensuite se jeter dans la rivière qui passe à l'extrémité du jardin. Des personnes qui l'avaient aperçue coururent h son secours et s'empressèrent de la retirer. À peine était-elle sortie de l'eau qu'elle fut prise d'une crise effroyable de grande hystérie, avec des contractures et des convulsions telles que plusieurs personnes avaient de la peine à la contenir. Quand plus tard on l'interrogea sur ce qu'elle avait fait, elle répondit qu'elle ne se l'expliquait pas elle-même. Sur le rapport du médecin, le magistrat chargé de l'enquête ne tarda pas à reconnaître que Sœur G... avait cédé à une de ces impulsions irrésistibles auxquelles les hystériques ne sont que trop sujettes. L'enquête fut abandonnée et on renonça à poursuivre.
Qui pourrait dire les inquiétudes et les angoisses d'une pauvre supérieure, quand elle a dans sa maison une pareille malade qui, à la moindre observation, se révolte, menace de se venger et roule dans son esprit de sinistres projets, que trop souvent elle met à exécution ; qui brise par caprice les objets les plus précieux et qui peut mettre le feu au couvent ; qu'on
est exposé à trouver pendue, noyée ou étendue sur le pavé de la rue, car ces malades sont souvent poursuivies par l'idée de suicide. Le Dr Pitres affirme qu'il en est peu qui, une fois ou l'autre, n'aient essayé de se donner la mort pour les raisons les plus futiles en apparence.
Il n'y a pas longtemps, une jeune postulante entrait dans la chambre de la supérieure au moment où la communauté montait au dortoir pour se coucher, et lui disait : « Ma Mère, je veux partir tout de suite ; je ne veux pas rester un instant de plus dans la maison. — Mon enfant, lui répondit la supérieure, on ne retient personne de force, mais ce soir il est trop tard; demain, j'écrirai à vos parents de venir vous chercher ; en attendant, allez vous reposer. — Vous ne voulez pas m'ouvrir la porte, répliqua la jeune fille, je trouverai bien le moyen de sortir. » La supérieure n'attacha aucune importance à ce propos, qu'elle attribua à un mouvement de surexcitation momentanée. Le lendemain matin, au point du jour, deux agents de police en tournée aperçurent sur le pavé, au milieu de la rue, le corps d'une femme nue : c'était celui de cette pauvre enfant qui s'était précipitée du quatrième étage.
C'est surtout quand l'hystérique est dominée par la haine et le désir de la vengeance qu'elle forme, avec une habileté diabolique, des machinations et des cabales de toute espèce. A la suite d'une observation, d'une réprimande, d'un changement d'emploi, d'une mesure qui lui déplaît, elle prend sa supérieure en
aversion, et, à partir de ce moment, il n'y a pas de critiques, de plaintes, de récriminations, de faux bruits qu'elle ne répande dans la communauté. Souvent elle écrit aux supérieurs généraux ou à l'évêque du diocèse pour dénoncer sa supérieure, qu'elle accuse de violer toutes les règles et les constitutions de la congrégation ; de donner mauvais exemple ; de n'assister jamais à la récitation de l'office divin ou aux autres exercices religieux ; de dilapider les biens de la maison pour enrichir sa famille ou faire des cadeaux à ses amis ; de ne se plaire qu'avec les personnes du monde; de ne se rien refuser, tandis qu'elle se montre d'une sévérité extrême pour les autres ; d'avoir des favorites auxquelles elle permet tout, tandis qu'elle accable de ses dédains celles qui n'ont pas le don de lui plaire, etc., etc.
Si elle écrit cette lettre, ajoute-t-elle, ce n'est pas que personnellement elle ait à se plaindre de sa supérieure qui est remplie de bonté pour elle ; c'est à regret, et comme malgré elle, qu'elle se croit obligée de faire connaître ces abus et de signaler à l'autorité compétente la conduite de la supérieure. Sa lettre est rédigée avec tant d'art, de réserve et de discrétion, les faits allégués sont si précis qu'il est difficile de ne pas y ajouter foi. L'évêque s'empresse de déléguer quelqu'un pour faire une visite canonique et minutieuse. Gomme les religieuses appelées par le visiteur lui déclarent unanimement n'avoir aucune connaissance des faits sur lesquels il les interroge, qu'il a beau insister, préciser, et qu'il ne peut rien obtenir, il
finit par se retirer, parfois assez mécontent et ne sachant que penser. Que d'ennuis et de désagréments de pareilles lettres ont attirés à d'excellentes supérieures !
C'est à ce moment que surviennent le plus souvent les crises épileptiformes que nous avons décrites précédemment; elle tombe sans connaissance, en proie à d'horribles convulsions ; il faut cinq ou six personnes pour la maintenir.
Puis survient la période des attitudes passionnelles et du délire pendant laquelle, par ses gestes et par ses paroles, elle indique les impressions qu'elle subit intérieurement. Il n'est pas rare que dans ces moments une religieuse prenne une attitude peu honnête et prononce des paroles obscènes qui font frémir celles qui les entendent. Elles ne comprennent pas comment une personne toujours si réservée, si pudique, peut tenir de pareils propos, tandis qu'une femme dont la vie n'est rien moins qu'édifiante aborde très rarement de pareils sujets. Voici l'explication qu'on en peut donner. On a remarqué que, pendant la période de délire, la pensée des hystériques se reporte surtout sur des émotions vives qu'elles ont éprouvées dans leur état normal. Or, comme la grande préoccupation des religieuses est de se conserver pures et chastes, que la moindre tentation et la moindre pensée contre la chasteté font sur elles une très vive impression, il n'est pas étonnant que ces pensées et ces images se représentent à leur esprit pendant la crise et que, la raison n'étant plus là pour réprimer ces impressions, elles
les manifestent en dehors ; tandis que les personnes d'une conduite peu régulière, étant en quelque sorte blasées sur les émotions voluptueuses, reportent leurs pensées sur d'autres objets, sur des violences qu'elles ont subies ou sur des scènes effrayantes dont elles ont été témoins.
Mais une chose bien remarquable, c'est qu'au moment des crises les plus violentes, la religieuse conserve quelque chose de la réserve de sa profession. Ainsi, il est très rare, nous disait le directeur d'un asile, qu'en présence d'un homme elle prononce une parole indécente.
Puisque les hystériques peuvent causer tant de désordres, de scandales et d'ennuis, il semble que l'on devrait éviter avec grand soin d'en recevoir dans les communautés. Cependant il n'est pas rare de voir des supérieures, entraînées par une déplorable complaisance ou par une charité mal entendue, admettre des jeunes fdles dont les facultés sont mal équilibrées et qui présentent déjà les symptômes de cette triste maladie. Pour justifier à leurs propres yeux une conduite si peu raisonnable, elles essaient de se persuader que peut-être ces petits accidents finiront par disparaître, et sur ce peut-être, elles ne craignent pas de compromettre, pour de longues années, la paix et le bon ordre dans leur communauté.
« Que voulez- vous que deviennent ces pauvres filles? nous disait un jour une bonne supérieure. Si elles restent dans le monde et qu'elles se marient, elles seront extrêmement malheureuses et feront le malheur
de leur mari et de leurs enfants ; dans une communauté, elles seront tranquilles et n'auront pas beaucoup à souffrir. » C'est vrai. Mais combien n'auront pas à souffrir de leurs caprices, de leurs bizarreries, de leur caractère insupportable, celles qui seront obligées de vivre avec elles du matin au soir? La place de ces personnes est dans leur famille, ou, si leur famille ne veut pas les garder, c'est à elle de les placer dans des maisons spéciales, établies pour ces sortes de maladies. Mais c'est à quoi les familles riches et d'un rang élevé ne se décident qu'à la dernière extrémité. Des parents ont honte d'une pauvre malade, trop souvent malheureuse victime de leurs propres fautes, de leurs excès ou de leurs imprudences, ils seraient heureux d'en être débarrassés ; mais ils ont une répugnance indicible à la placer dans un asile ; ils craignent de nuire à l'établissement de leurs autres enfants, car ils se disent qu'on ne se soucie pas d'entrer dans une famille où il y a des excentriques. C'est alors qu'ils s'efforcent de lui inspirer des sentiments d'une piété exagérée et de l'engager à entrer au couvent. Pour l'y déterminer, ils font sans cesse miroiter à ses yeux tous les avantages et toutes les douceurs de la vie religieuse. Et comme l'hystérique a une volonté débile et facile à influencer, elle cède, la plupart du temps, à ces suggestions aussi perfides qu'intéressées. Peu importe à ses parents si elle a des goûts tout opposés, si elle soupire après les plaisirs et les divertissements du monde, peu leur importe si le calme et la monotonie du cloilre sont antipathiques à sa
nature ardente, mobile, capricieuse, impatiente de tout frein ; peu leur importe si elle aura beaucoup à souffrir. Elle est religieuse ! On ne dira pas dans le monde qu'elle a parfois la tête aux champs ; l'honneur de la famille est sauf; c'est tout ce qu'on voulait. Cependant celle qu'on a ainsi sacrifiée reconnaît bientôt les difficultés d'un état pour lequel elle n'était pas faite ; les exercices de piété lui sont à charge, les assujettissements de la vie commune la révoltent, elle finit par quitter le couvent et, comme pour se venger du joug qu'on avait voulu lui imposer, elle s'abandonne assez fréquemment aux plus affreux désordres. Le Dr Legrand du Saulle en rapporte un triste exemple.
« Une jeune fille, vers l'âge de la puberté, avait éprouvé des accidents hystériques et s'était fait remarquer, dans son pensionnat, par un penchant très accusé au vol. Sa famille crut bien faire en développant chez elle des sentiments religieux extrêmement prononcés, et l'on vit bientôt Mlle X... tomber dans une dévotion exaltée. A vingt ans. elle entra comme novice dans un couvent cloîtré. Au bout de six mois elle présenta les phénomènes les mieux accusés de l'hystérie confirmée ; elle devint querelleuse, fantasque, vaniteuse ; trompa la confiance de tout le monde, inventa mille récits mensongers qui donnèrent lieu à des événements désagréables pour la communauté ; écrivit des lettres anonymes ; elle finit par s'évader.
« Réintégrée dans la maison paternelle, elle se mit à lire des romans, à boire des liqueurs alcooliques, à tenir des propos déplacés, à fréquenter de mauvaises
compagnies, à battre ses parents et ses domestiques. Elle faisait le tourment et le désespoir de sa famille qui songeait sérieusement à un internement dans une maison de santé, lorsque tout à coup elle disparut.
« On apprit plus lard qu'un voyageur de commerce, séduit par son éclatante beauté, l'avait emmenée à l'étranger où elle avait mené la vie la plus licencieuse, qu'elle avait été plusieurs fois condamnée pour vol et qu'enfin elle était morte à l'âge de vingt-sept ans, sur un lit d'hôpital, en proie à la plus cruelle et à la plus honteuse des maladies. Au milieu de ses désordres, cette malheureuse avait conservé un reste de pudeur à l'endroit de sa famille ; elle avait changé plusieurs fois de nom, et avait fait répandre le bruit que les regrets que lui causait son inconduite passée l'avaient déterminée à recourir au suicide et qu'elle s'était noyée. »
Il n'y a pas à en douter, dira-t-on encore, la présence d'une hystérique dans une communauté est une source d'embarras pour les personnes obligées de vivre dans sa société. Mais que faire ? Quand une jeune fille se présente on ne la connaît pas. De l'aveu même des spécialistes, l'hystérique a quelque chose d'attrayant et de séduisant au premier abord, et pendant son noviciat, si elle se montre quelquefois un peu vive et légère, on n'a pas de plaintes sérieuses à formuler contre elle ; ce n'est que plus tard, quand la maladie éclate, qu'on s'aperçoit qu'on s'était trompé sur son compte. C'est là une erreur ; il n'est pas aussi difficile qu'on se l'imagine de reconnaître dans une jeune fille une prédisposition à l'hystérie.